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A Hammamet, des bénévoles à pied d’oeuvre pour réhabiliter l’écomusée de l’orangeraie

Von: farhat
26. August 2026 um 19:49

Des jeunes hammamettois de 12 à 18 ans tentent de réhabiliter l’écomusée de l’orangeraie de Hammamet au centre culturel international d’Hammamet dans le cadre du  34ᵉ chantier de jeunes bénévoles du 23 au 30 août 2026, organisé par l’’Association d’Éducation Relative à l’Environnement (AERE)  « Ce chantier   est, certes, une initiative louable, indique Salem Sahli, Président de l’AERE  qui vise à sensibiliser les jeunes au problème de l’environnement .  Des gestes simples au quotidien pourraient tout changer. Notre association compte 32 chantiers de jeunes à son actif. En effet, son premier chantier remonte à 1993 et avait pour cadre la zone forestière d’El Faouara à Hammamet.Depuis, se sont succédés plusieurs chantiers à raison d’un par an avec les mêmes enthousiasme et engagement : chantiers dans les établissements scolaires, en milieu rural, dans les espaces naturels, les quartiers de la ville, les structures socio-collectives 

Photos Berrazagua

Projet initié par l’AERE et cofinancé par le programme Euromed Heritage de l’Union européenne, l’écomusée de l’orangeraie a été conçu en juillet 2009 lors d’un atelier d’étude international, avant d’être mis en œuvre par des bénévoles et inauguré en 2011. Il permet aux habitants comme aux visiteurs de redécouvrir le patrimoine paysager et agricole de la région de Hammamet. Une dizaine de  jeunes s’empare du matériel, brouettes, pelles, seaux… et attendent de recevoir les consignes de leur chef.Loin des bruits stressants de la ville, chaque jeune prendra place dans un lieu calme où la nature a encore ses droits pour profiter de ce chantier qui a pour ambition ainsi  de sensibiliser nos jeunes  aux conséquences de notre mode de consommation sur l’environnement, de lui offrir des solutions concrètes et applicables, et de créer un lieu de partage et d’échange. 

Ensemble, ils ont procédé à des travaux de débroussaillage, de  nettoyage, de désherbage, et de badigeonnage des arbres, ainsi que la réparation, la consolidation de la passerelle en bois, le curage et le  badigeonnage des rigoles et du bassin. Islem Ben Fradj, étudiante en médecine, estime que ce chantier constitue un univers festif de partage, de rencontres et de découvertes. Il s’adresse à ces générations durables qui ont  envie d’un moment et d’une planète proposant un peu plus d’engagement, d’art et de culture et de sensibilisation à la sauvegarde de l’environnement . « C’était passionnant comme action .Pas besoin de compétences particulières pour participer à l’entretien des espaces verts et des bassins .Nos équipes d’animateurs sont là pour nous transmettre les techniques traditionnelles. Les talents se révèlent dans l’action et chacun trouvera un rôle dans ce projet citoyen .Nous travaillons main dans la main avec l’AERE pour redonner à l’éco-musée de l’orangeraie son lustre d’antan. Nous y travaillons de façon volontariste. » dit-elle 

Aymen Attia, lycéen, est convaincu que ce chantier aura un impact sur ces jeunes « Ils seront conscients que leur avenir dépend de la préservation des espaces naturels, de leurs ressources ainsi que d’un développement plus durable. L’objectif c’est d’être acteur dans son environnement. Le programme leur donne les outils pour arriver à être des éco-citoyens en action.Ce chantier est, certes, une initiative louable, qui vise à sensibiliser les jeunes au problème de l’environnement. Des gestes simples au quotidien pourraient tout changer » Pour Iyed Kasdaghli,  « Ce chantier nous permet d’agir en faveur d’un monde plus durable. Il  offre une diversité d’opportunités que chaque bénévole peut saisir à tout instant de sa vie. J’ai apprécié l’ensemble des travaux effectués à l’école. L’accueil par les membres de l’association, la découverte du travail  sont des éléments que j’ai beaucoup appréciés. » Pour le jeune lycéen, Seyfeddine Sahli « L’esprit de groupe était fort. Apprendre un savoir-faire est une expérience enrichissante pour moi . Ce chantier   offre une opportunité unique de relier les jeunes à leur environnement naturel, tout en leur donnant les moyens de devenir des acteurs du changement. »

Photos Berrazagua

Pour Malek Fray «  il y a toujours cette envie d’agir pour les autres tout en satisfaisant sa propre curiosité avec cet épanouissement qu’on tire au contact des autres .C’est un passionnant. Le chef de chantier est là pour nous aider à contrôler nos efforts. A ne pas aller au-delà de nos limites .Et puis c’est une expérience pratique que je juge très utile pour la suite de mes études, et pour ma future activité professionnelle. Ça nous aide à apprécier les gens qui travaillent sur les chantiers. Nous, comme futurs ingénieurs, on doit juste théoriser. Mais là on voit comment ça se passe dans la réalité » dit-elle« En donnant aux jeunes une « voix » et une « main » ajoute Ahmed Baccara, nous pouvons non seulement enrichir nos apprentissages, mais aussi nous engager dans des actions concrètes pour un avenir plus équitable et résilient . C’est un travail collectif, visible et immédiatement utile au territoire qui se joue l’apprentissage de la citoyenneté ».

L’eau, une ressource précieuse dans les vergers

Au fil des ans, l’agriculture a évolué et a progressé grâce à des technologies innovantes. Ces dernières années, nous avons assisté à des changements météorologiques résultant du réchauffement de la planète. Les agriculteurs doivent relever de nouveaux défis. L’un des plus importants concerne le climat qui, suite au réchauffement de la planète, est de plus en plus imprévisible et extrême. Certai­nes régions sont soumises à des chaleurs ou à des froids extrêmes et à des conditions météorologiques ne correspondant pas à la saison, ce qui entraîne parfois la destruction totale des cultures.Dans un verger, bien irriguer ne signifie pas simplement apporter de l’eau : il s’agit surtout d’apporter la bonne quantité, au bon moment et régulièrement. Une irrigation bien pilotée ne consiste donc pas à arroser davantage, mais à apporter l’eau nécessaire au bon moment pour éviter les à-coups de croissance, sécuriser la récolte et préserver la qualité.  Dans les vergers des agrumes d’Hammamet , l’eau joue un rôle essentiel pour garantir une production régulière et de qualité. « Mais ce qui est important, explique Dr.Sahli , c’est que les paysans hammamétois ont perpétué un précieux patrimoine hérité de leurs ancêtres Andalous. Il s’agit de l’organisation et de l’irrigation du verger d’agrumes.

La richesse du langage vernaculaire lié à l’usage de l’eau témoigne encore de la vivacité de cet héritage.L’eau sortant du puits, grâce à la traction animale s’il s’agit d’un Dalou ou à la force d’entraînement d’une éolienne désignée localement par le terme Sarout, arrive d’abord dans un premier bassin appelé Hjir servant à collecter temporairement l’eau pour les besoins de la famille. Elle s’écoule ensuite gravitairement vers un grand bassin nettement plus profond que le premier dénommé Jabia qui sert à stocker l’eau. La Jabia est muni de deux orifices pouvant être fermés ou ouverts à l’aide d’un Moghlak afin de maîtriser les volumes d’eau d’irrigation.Quittant la Jabia en direction du verger, l’eau passe dans un troisième petit bassin dit Khossa qui sert à casser l’énergie de l’eau émergeant du grand bassin. Elle est drainée ensuite dans la Séquia mère ou principale construite en brique tout au long de l’axe central du verger. La Séquia est munie de plusieurs petites encoches latérales placées face à d’autres Séquias secondaires façonnées à même le sol. De ces Séquias en terre, l’eau est dirigée intentionnellement par le fellah vers les carrés d’agrumes Haoudh, limités chacun par une levée de terre dite Tssir. Une fois les agrumes du premier carré irrigués, le fellah réoriente l’eau vers un autre carré et ainsi de suite »

                                                                     Kamel Bouaouina

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JM Tarente-2026 : Achraf Zouaoui décroche l’or et offre une deuxième médaille à la Tunisie

Von: tmps
26. August 2026 um 10:05

Achraf Zouaoui s’est imposé comme la grande figure de la journée de mardi aux Jeux méditerranéens de Tarente-2026 en montant sur la plus haute marche du podium en tir de précision, dans le cadre des épreuves de boule lyonnaise, offrant ainsi à la Tunisie sa deuxième médaille d’or après celle remportée par le taekwondoïste Firas Katoussi.

La journée de mardi s’est soldée par un bilan tunisien particulièrement positif, avec quatre médailles au total, grâce notamment à la pétanque qui en a récolté trois, une en or et deux en bronze, tandis que la lutte a sauvé sa participation en décrochant une médaille de bronze.

La Tunisie porte ainsi son total à 12 médailles (2 or, 2 argent et 8 bronze), grimpant à la neuvième place du classement général, toujours dominé par l’Italie avec 81 médailles (29 or, 29 argent et 23 bronze), devant la Turquie, deuxième avec 37 médailles (17 or, 10 argent et 10 bronze), et la Grèce, troisième avec 26 médailles (9 or, 8 argent et 9 bronze).

Achraf Zouaoui a décroché le précieux métal après sa victoire en finale face à l’Italien Matteo Mana, représentant le pays hôte, sur le score de 11 à 9.

Dans une déclaration à l’envoyé spécial de l’agence TAP à Tarente, Zouaoui s’est dit particulièrement heureux de cette médaille d’or, soulignant la valeur particulière de ce sacre, le premier de sa carrière pour sa deuxième participation aux Jeux méditerranéens.

Il a ajouté que son parcours vers le podium n’avait pas été de tout repos, précisant avoir disputé les épreuves malgré une blessure, mais avoir fait preuve de détermination et de combativité jusqu’au bout pour finalement décrocher l’or.

La pétanque a également offert à la Tunisie deux médailles de bronze dans l’épreuve du tir de précision. Mouna Béji s’est imposée face à l’Italienne Sara Ferrera sur le score de 43 à 40, avant de récidiver en double avec sa coéquipière Ahlem Haj Hassan, grâce à une victoire 13 à 3 contre la paire turque Mizgin Morkoyun-Dilcin Oguz.

Dans une déclaration à l’envoyé spécial de l’agence TAP, Mouna Béji s’est dite satisfaite de son résultat en tir de précision, tout en reconnaissant ressentir une certaine amertume après avoir manqué de peu la qualification pour la finale et la possibilité de briguer l’or, à la suite de sa défaite d’un seul point en demi-finale face à la Française Nelly Peyre, 36 à 37.

De son côté, Zeineb Sghaïer a sauvé la participation de la lutte tunisienne en remportant la médaille de bronze dans la catégorie des 68 kg, après avoir battu la Croate Veronika Vilk, 7 à 1.

En natation, la prestation du champion du monde Ahmed Jaouadi n’a en revanche pas répondu aux attentes. Il a pris la sixième place de la finale du 1.500 m nage libre en 15 min 30 sec 99 cent, décevant une nouvelle fois les espoirs placés en lui après s’être contenté de la médaille de bronze sur 400 m et 800 m nage libre.

L’Italien Matteo Diodato a remporté l’or en 15 min 06 sec 27 cent, devant l’Espagnol Cristob Vargas Trujillo, médaillé d’argent en 15 min 07 sec 37 cent, et un autre Italien, Ivan Giovannoni, qui a décroché le bronze en 15 min 08 sec 01 cent.

Dans les sports collectifs, l’équipe de Tunisie masculine de handball a bien réagi après sa défaite lors de la première journée face à la Grèce (27-39), en signant son premier succès aux Jeux contre Chypre, sur le score de 34 à 27, dans le cadre de la deuxième journée du groupe B.

Avec deux points, la Tunisie, troisième du classement, devra impérativement battre jeudi l’Algérie, co-leader avec la Grèce avec trois points chacune, pour assurer sa qualification pour les demi-finales. Les deux premiers de chaque groupe accèdent au dernier carré.

En revanche, la sélection tunisienne masculine de volley-ball s’est inclinée face à la France sur le score de 3 sets à 0 (25-21, 25-20, 25-22), lors de la quatrième journée du groupe A, perdant ainsi toute chance de qualification pour les demi-finales.

La Tunisie, troisième avec cinq points, à sept longueurs du duo de tête composé de la France et de l’Italie, clôturera vendredi son parcours au premier tour face au Portugal, cinquième avec deux points.

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Une soirée de rythme et d’émotion avec Sofiene Safta et sa fille Sandra à l’Amphithéâtre d’El Jem 

Von: farhat
25. August 2026 um 17:24

Cela faisait longtemps que l’on n’avait pas vu un tel engouement pour un chanteur tunisien. Circulation intense, parking saturé et marée humaine du côté de l’Amphithéâtre d’El Jem .La nouvelle avait fait le tour des réseaux sociaux : « Sofiène Safta va se produire sur scène, le lundi 24 août 2026 au Festival Musique du Monde. »

A 22h00 Sofiene sort des coulisses. Les yeux « inspectant » le vide, il tente de discerner les spectateurs de leurs silhouettes. Puis, machinalement, il se tourna vers son orchestre. Fait quelques gestes, le maestro échangea quelques regards avec sa troupe et… Le spectacle commence. Sur les sons assourdissants de guitares électriques, de basses et de percussions, Sofiene donne le «la». Et c’est l’euphorie totale. Les musiciens s´en donnent à coeur joie. C’est la frénésie. Les chansons se suivent et se succèdent. Il fallait être un bon connaisseur du répertoire de cet artiste pour pouvoir trouver les titres des chansons interprétées. Ce soir ,il a interprété des tubes de ses quatre derniers albums.Question d’équilibrer les choses, et que tout le monde soit content.

Les cinq musiciens étaient au rendez-vous ! Ramsis Zanati à la basse, Sofiene Ghanem à la batterie, Hatem Hmila  à la percussion, Montassar Ghunia au nay, et enfin Ahmed Néji au kanoun invité la violoniste sandra Safta . Acclamé par une foule survoltée, le chanteur guitariste Sofiène Safta accompagné par sa fille Sandra   a livré un show maîtrisé et percutant, enchaînant ses tubes les plus populaires, dont « Alam Jadid » et « mazael el kir » .Sandra nous a régalés au violon pendant le récital ! Concentrée, appliquée… elle est  déjà super à l’aise sur scène. Tel père, telle fille !

Puisé dans la musique tunisienne, enrobé de jazz et de World music, soutenu par de brillants musiciens, Sofiène électrisa la foule avec ses tubes : « bladi zina » et « Miroir » .L’amphithéâtre d’El Jem  résonna aux rythmes de sa musique .Avec une spontanéité incomparable et une force unique qu’il a mené son show en interprétant ses meilleurs tubes, notamment ceux de son  album «Barzakh», où il est passé par différents rythmes et mélodies, puis ses anciens succès que le public a chantés fiévreusement en chœur avec lui.Ce public a repris les refrains des chansons qu’il connaît par cœur, en faisant clignoter des centaines de téléphones portables, comme des étoiles brillantes dans le ciel d’El Jem.

Durant tout le concert, ses chansons mythiques furent acclamées et ovationnées par une assistance enflammée qui était éblouie et n’en revenait pas d’être devant son idole.  « Carthage » « Souvenirs d’enfance » et « Danse de l’oasis » et bien d’autres ont semé la fièvre dans tous les coins de l’amphithéâtre . Sofiene a pu conquérir le grand public avec sa voix chaude au timbre mélodieux et un charisme que seul un vrai artiste peut dégager. Une vraie star qui ne manquera pas de marquer l’histoire de la musique tunisienne

                              Kamel Bouaouina

Photos :

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Le demi-monde : quand les pays riches fabriquent leurs pauvres

Von: tmps
25. August 2026 um 09:00

Par Jamel BENJEMIA

On a longtemps considéré que la cartographie de la pauvreté relevait d’une évidence. D’un côté, le monde dit avancé, de l’autre, celui qui ambitionnait de le rejoindre. Le Nord et le Sud. Puis s’est imposée, sous la plume d’Alfred Sauvy en 1952, la catégorie du tiers-monde, avant que le père Joseph Wresinski, fondateur d’ATD Quart Monde, n’offre à la grande pauvreté une autre visibilité et une autre appellation : le quart-monde, cette misère tapie au cœur même des sociétés d’abondance.

Au cœur de certaines des nations les plus riches surgissent aujourd’hui des scènes que l’ancien lexique peine à saisir : files d’attente devant les banques alimentaires, salariés demeurant pauvres malgré l’emploi, familles étranglées par le coût du logement, étudiants rationnant leurs repas, retraités arbitrant entre se chauffer et se nourrir, personnes à la rue dormant à quelques pâtés de maisons des vitrines du luxe.

Il suffit parfois de quelques stations de métro pour passer d’une topographie de l’opulence à un tout autre pays.

Or ces États ne sont ni démunis ni économiquement défaillants.  Leurs économies pèsent des milliers de milliards, leurs entreprises opèrent sur tous les continents, leurs universités recrutent les élites mondiales.    Comment désigner une telle contradiction ? Peut-être convient-il de risquer un troisième terme : le demi-monde. 

Le mot n’est pas vierge. En 1855, Alexandre Dumas fils donnait à voir, dans Le Demi-Monde, un milieu gravitant autour de la richesse, du pouvoir et de leurs codes. Plus d’un siècle et demi plus tard, les salons ont changé, les couloirs aussi. Les courtisans, eux, n’ont pas disparu.

Dans ce nouveau sens, le demi-monde désignerait ces nations suffisamment riches pour être classées parmi les économies développées, mais assez fracturées pour qu’une partie de leur population ait cessé d’en partager effectivement la prospérité. 

 

Riches, certes, mais prospères pour qui ?

Le produit intérieur brut sait compter. Il sait moins bien raconter. Il additionne ce qu’une nation produit, échange, construit. Mais entre ses colonnes disparaît souvent l’essentiel : la manière dont cette richesse atteint, ou n’atteint plus, la vie ordinaire.

Une moyenne flatteuse peut parfaitement résulter de la cohabitation d’un milliardaire et de mille travailleurs précaires.

C’est ici que s’enracine le malentendu.

Durant des décennies, l’augmentation de la richesse nationale a été tenue pour l’indice le plus sûr de l’amélioration du sort commun. La métaphore de la marée qui soulève tous les bateaux semblait aller de soi. Elle portait en elle la promesse du ruissellement : la richesse créée au sommet devait, tôt ou tard, descendre les étages de la société, relever les revenus et irriguer jusqu’aux plus modestes.

Cette mécanique s’est enrayée.

Dans plusieurs économies développées, l’emploi ne protège plus nécessairement de la vulnérabilité. L’appartenance aux classes moyennes ne garantit plus la possibilité d’épargner. De nombreux ménages, sans être statistiquement pauvres, vivent désormais au voisinage du basculement. Leur équilibre tient moins à un niveau de vie assuré qu’à l’absence d’accident.

La ligne de fracture de la pauvreté ne sépare donc plus uniquement des ensembles nationaux. Elle traverse désormais les nations elles-mêmes.

C’est peut-être là que les mots nous trompent. La richesse dit ce qu’un pays possède, la prospérité, ce que ses habitants peuvent réellement en vivre.

Entre les deux s’est ouvert un espace.

C’est là que s’installe le demi-monde.

 

Lorsque l’abondance côtoie le manque

Il faut éviter les raccourcis. La pauvreté observée à Paris, Londres ou New York n’est pas assimilable à celle de régions privées d’eau potable, de soins essentiels ou d’infrastructures de base.

Le scandale propre au demi-monde relève d’une autre logique : il tient à l’écart entre les ressources disponibles et les garanties effectivement offertes à chacun.

Quand une économie souffre de rareté, celle-ci explique pour partie la misère. Lorsque, au contraire, l’opulence et le dénuement partagent le même espace, parfois la même rue, la question se déplace. Il ne s’agit plus de demander combien possède la société, mais comment elle organise ce qu’elle possède.

Un pays peut accumuler des actifs tandis que sa cohésion s’érode, multiplier les fortunes privées tout en fragilisant ses classes moyennes, ériger des tours étincelantes tandis qu’à leur pied s’enracine le sentiment d’une prospérité devenue hors de portée.

Le demi-monde n’est donc ni le tiers-monde ni le quart-monde. Il est le paradoxe d’une société où la pauvreté perdure alors même que les moyens de la réduire existent.

Et cet avertissement ne concerne pas les seules démocraties occidentales.

Les pays qui ambitionnent de rejoindre le cercle des économies développées gagneraient à ne pas se demander seulement quand ils deviendront riches, mais quelle société ils entendent bâtir avec cette richesse.

Car un État peut franchir le seuil de la richesse bien avant que son peuple n’atteigne celui de la prospérité.

 

L’impôt et ses antichambres

Toute inégalité n’est pas nécessairement une injustice. La créativité, la prise de risque propre à l’entrepreneuriat, l’excellence technique, l’effort soutenu ou la rareté d’une expertise peuvent, à bon droit, engendrer des écarts de rémunération.

L’inégalité change pourtant de nature lorsqu’elle ne procède plus seulement de la création de valeur, mais aussi de la capacité inégalement répartie à peser sur les règles de son partage. 

C’est à ce point que l’impôt devient une affaire éminemment politique.

Devant l’impôt, tous les citoyens sont égaux en droit. Ils le sont beaucoup moins en moyens.

À mesure que les patrimoines s’accroissent, les instruments se sophistiquent : holdings, arbitrages d’actifs, choix de juridictions, optimisation et conseil fiscal sur mesure. 

Ces dispositifs n’ont rien, en eux-mêmes, d’illégal. La difficulté tient moins à la fraude qu’à l’asymétrie des moyens que les contribuables peuvent mobiliser face à la norme fiscale.

Et voici la dette. Elle entre dans l’histoire comme une créancière silencieuse : avant même que l’État ne décide ce qu’il fera de ses recettes, une part du lendemain appartient déjà au passé. Plus son poids augmente, plus se resserre l’espace où arbitrer entre école, santé, investissement et protection sociale. La dette ne fabrique pas le demi-monde. Mais lorsqu’elle étrangle les marges publiques, elle peut en approfondir les fissures.

L’épisode français de la taxe dite «Zucman», inspirée des travaux de l’économiste et traduite dans une proposition d’impôt plancher de 2% sur les patrimoines supérieurs à 100 millions d’euros, a cristallisé cette tension.

Reste une question : jusqu’où demander davantage à ceux qui ont le moins de moyens pour organiser leur contribution, lorsque les détenteurs des patrimoines les plus considérables peuvent, eux, mobiliser expertises juridiques et réseaux d’influence pour défendre leurs intérêts ?

L’impôt ne se réduit alors plus à un barème, il engage la question du consentement.

Un citoyen accepte difficilement qu’une règle se veuille commune si, au moment d’être appliquée, elle semble s’ouvrir par plusieurs portes.

 

Les demi-mondains d’aujourd’hui

C’est ici qu’Alexandre Dumas fils réapparaît dans notre imaginaire collectif.

Le Demi-Monde de Dumas avait ses courtisans, ses antichambres et tout un microcosme aimanté par la richesse.

Le XXIe siècle s’est doté de ses propres médiateurs : lobbyistes, consultants, conseillers, fiscalistes. Leurs fonctions sont légitimes et souvent indispensables. Il va de soi que tous ne travaillent pas au bénéfice des plus puissants.

Seulement voilà : toutes les voix ne parlent pas à la même distance du pouvoir.

Le retraité n’a pas d’antichambre. Le salarié n’a pas de cabinet pour recomposer son impôt. Le travailleur pauvre, lui, n’a guère d’actifs à déplacer d’une juridiction à l’autre.

Certaines grandes fortunes peuvent, en revanche, réunir autour d’elles les meilleures expertises afin de préserver les conditions de leur enrichissement.

À l’autre extrémité, des ménages ne se demandent plus comment accroître ce qu’ils possèdent, mais comment préserver ce qu’ils risquent de perdre : leur autonomie, leur sécurité, parfois simplement leur place dans la société.

C’est là que le demi-monde révèle sa véritable fracture : non parce que l’existence des riches constituerait une nouveauté, mais parce que l’enrichissement fulgurant des uns et l’appauvrissement éprouvé des autres finissent par apparaître comme deux mouvements contraires d’un même mécanisme d’horlogerie.

Dumas décrivait les demi-mondains qui évoluaient dans l’orbite des riches.

Notre époque a peut-être inventé ceux qui veillent à ce qu’ils le restent.

Et c’est peut-être là la définition contemporaine du demi-monde : un pays suffisamment riche pour ne plus pouvoir expliquer ses pauvres par son manque de ressources, mais pas encore assez juste pour empêcher que la prospérité se fracture entre eux.



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