Une vision stratégique «Bizerte 2050»
L’événement “Bizerte 2050” rassemble les 15 et 16 avril 2026 dans la ville balnéaire du nord tunisien un large éventail d’acteurs institutionnels, professionnels et académiques autour d’une ambition commune : dessiner les contours du développement de la région à l’horizon 2050. Organisée sous l’égide du gouvernorat, cette rencontre est marquée par une forte mobilisation des parties prenantes locales, traduisant une volonté partagée de construire une vision stratégique intégrée, durable, innovante et résiliente.
Lotfi Sahli
A l’ouverture des travaux, plusieurs responsables se sont succédé au pupitre, donnant une dimension officielle et structurée aux échanges. Le président de l’Ordre des ingénieurs, le président de l’Ordre des architectes, le président de l’association Bâtisseurs de la Tunisie, un représentant du ministère de l’Environnement et le gouverneur de la région convergent autour d’un même message : la nécessité de repenser l’aménagement du territoire dans une logique de développement durable et participative.
Le gouverneur insiste notamment sur l’importance de coordonner les grands projets structurants, en citant plusieurs investissements majeurs appelés à transformer durablement la région : le pont suspendu de Bizerte (800 millions de dinars), l’alimentation en gaz naturel (133 millions de dinars), la dépollution du lac de Bizerte (327 millions de dinars), l’adduction en eau potable en milieu rural (375 millions de dinars), la première tranche de la protection du littoral (40 millions de dinars sur un total de 100 millions), ainsi que les programmes de développement intégré (110 millions de dinars) et de développement agricole intégré (104 millions de dinars).
De leur côté, les représentants des ordres professionnels soulignent le rôle de l’expertise technique et de la planification dans la réussite de cette transformation.
Territoire, climat et projets structurants
Le premier jour du forum définit la vision stratégique “Bizerte 2050”. La première session fixe une orientation cohérente pour l’aménagement territorial, en intégrant les orientations régionales, une vision économique vigoureuse et l’impact du changement climatique sur le système lagunaire Bizerte–Ichkeul, tandis que des priorités régionales s’affinent dans un débat animé entre participants. La seconde session plonge dans les projets structurants : le premier panel aborde les infrastructures de transport et de logistique (pont de Bizerte, réseau routier, transport public, projets ferroviaires, ports, logistique, transport aérien, zones industrielles et Bizerte Marina) ; le second cible les projets urbains et environnementaux (protection du littoral, dépollution du lac via EcoPact, économie circulaire, assainissement, gestion des eaux pluviales et des inondations, alimentation en eau potable en milieu urbain et rural, urbanisme durable) ; le troisième renforce le réseau énergétique, intègre le gaz naturel, accélère la transition énergétique et déploie les infrastructures numériques pour une «smart city» attractive ; le quatrième valorise l’agriculture, le tourisme, les ressources naturelles, le développement rural en zones montagneuses et l’écotourisme patrimonial.
Une table ronde met l’humain au cœur de ces projets en interrogeant éducation, santé, formation, culture et qualité de vie, tandis qu’un panel d’experts dans la session 3 propose une lecture critique de la cohérence des projets, de leur impact réel sur le territoire et de la vision “Bizerte 2050”, dans un débat ouvert avec le public.
Au cœur de la rencontre, un hackathon constitue l’un des moments forts de l’initiative. Trente‑six étudiants issus de plusieurs universités, répartis en équipes pluridisciplinaires, travaillent sur des problématiques concrètes liées à l’urbanisme, à la transition écologique, à l’innovation technologique et à la gestion durable des ressources. Leurs contributions sont saluées comme un levier essentiel pour renouveler les approches et dynamiser l’innovation. Les discussions et ateliers permettent d’approfondir plusieurs thématiques clés, notamment l’aménagement du territoire, la préservation de l’environnement, les solutions «smart city» et la valorisation des ressources locales, dans une approche intégrée associant institutions publiques, experts et société civile.

Gouvernance inclusive et économie bleue
Aujourd’hui se dérouleront des ateliers participatifs autour de l’environnement et de l’économie bleue (risques climatiques, dépollution, littoral, nature en ville, économie circulaire), de la gouvernance et du capital humain (coordination des acteurs, participation citoyenne, inclusion des jeunes et des femmes, services essentiels) et des infrastructures et de l’attractivité (transport, logistique, zones industrielles, numérique, financement des projets).
La restitution des ateliers, la présentation des projets du Hackathon AI Design Lab, la délibération et la remise des prix, ainsi que la clôture officielle, couronneront ces travaux.
À travers cette initiative, Bizerte s’affirme comme un territoire en réflexion, cherchant à anticiper les mutations à venir et à construire un modèle de développement équilibré.
“Bizerte 2050” apparaît ainsi comme une étape structurante dans l’élaboration d’une vision collective, dont la réussite dépendra désormais de la capacité des acteurs à transformer les ambitions affichées en réalisations concrètes.
Une phrase du président de l’OIT, Mohsen Gharsi, résume cette conviction : la valeur d’une nation se reflète dans sa capacité à reconnaître et à valoriser ses ingénieurs.
Un message qui résonne encore davantage dans les propos de l’ancien président de l’Ordre des architectes, Karim Ellouz, affirmant que l’avenir de la Tunisie repose sur une meilleure reconnaissance et valorisation du rôle des ingénieurs et des architectes.
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