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Fruits tunisiens : quand l’État, les syndicats et les corporatismes étouffent un secteur exportateur par excellence

01. Februar 2026 um 06:00

La Tunisie continue de se présenter comme le « jardin de la Méditerranée ». La formule est flatteuse, mais elle masque de moins en moins la réalité d’un secteur fruitier en perte de vitesse, miné moins par le climat que par des blocages politiques, syndicaux et administratifs persistants.

La Tunisie a exporté, en 2025, 38,54 mille tonnes de fruits, pour une valeur de 148,66 MD; contre 35,28 mille tonnes d’une valeur de 104,88 MD, au cours de l’année 2024.

Derrière les chiffres de production encore honorables se cache une filière exportatrice affaiblie, désorganisée et découragée, incapable de transformer ses atouts naturels en véritable moteur de croissance, comme nous l’explique un observateur du secteur.

« Objectivement, les fondamentaux sont là. Plus de 70 % des fruits produits dans le monde proviennent de zones à climat méditerranéen. La Tunisie, avec ses terroirs variés et son savoir-faire agricole, dispose d’un avantage comparatif rare. Deglet Nour en est l’exemple le plus emblématique », affirme S.B.A., universitaire.

Sur le plan analytique, avec une production estimée à 404 000 tonnes pour la campagne 2025/2026, dont 347 000 tonnes de Deglet Nour, la Tunisie est le deuxième producteur mondial. Les exportations ont atteint 124 000 tonnes en 2022/2023, vers des marchés aussi divers que l’Europe, le Maroc et les pays du Golfe.

Sauf que, regrette un exportateur, «… ce potentiel est systématiquement bridé. La filière dattière, pourtant l’une des plus compétitives et des plus rentables du pays, est devenue un terrain d’expérimentation d’un interventionnisme étatique aussi rigide qu’inefficace ». Cet interventionnisme porte les noms de : fixation administrative de prix planchers; restrictions arbitraires sur le stockage; soupçons permanents de “spéculation“ brandis pour justifier le refus d’utiliser les chambres froides. Ces décisions, souvent prises sous la pression de syndicats agricoles ou de structures corporatistes se réclamant de la défense du producteur, finissent par pénaliser toute la chaîne de valeur, explique encore notre vis-à-vis, amer. Résultat : « Une perte de compétitivité, des retards à l’export et le désengagement progressif des opérateurs privés », constate-t-il.

Toutefois, une source bien informée réfute une partie de ces explications, assurant que les syndicats font tout leur possible pour aider les acteurs privés à bien s’organiser et pouvoir ainsi exporter le maximum de leurs fruits.

Failles structurelles

Mais à l’analyse, le cas des agrumes est encore plus révélateur. Malgré une production de 365 000 tonnes pour la campagne 2024/2025, concentrée à 75 % dans le Cap Bon, la Tunisie n’exporte que 8 000 à 15 000 tonnes. « La maltaise sanguine, fruit unique au monde, reste confinée au marché local, faute de stratégie d’export digne de ce nom. Ici encore, les responsabilités sont partagées entre une administration frileuse, incapable d’anticiper les exigences des marchés internationaux, et des acteurs professionnels qui préfèrent la protection du marché intérieur à la conquête de débouchés extérieurs plus compétitifs », analyse un autre expert en production et exportation de fruits tunisiens.

Idem pour la grenade qui illustre elle aussi le même gâchis. Avec 90 000 à 105 000 tonnes produites annuellement, selon les chiffres disponibles, notamment à Gabès et Testour, la Tunisie figure parmi les dix premiers producteurs mondiaux. Pourtant, seuls 10 % des volumes sont exportés. La faute à l’absence de structuration, au manque de coopératives puissantes et à l’incapacité des syndicats à dépasser une logique revendicative pour porter une vision économique qui, hélas, condamnent ce produit à une sous-valorisation chronique.

Certes, le changement climatique et le stress hydrique constituent une menace réelle. Mais ils servent trop souvent d’alibi commode pour éviter de poser les vraies questions. Pourquoi les investissements dans l’irrigation intelligente, la recherche variétale et la modernisation agricole sont-ils aussi faibles ? Pourquoi les politiques publiques continuent-elles de gérer l’agriculture productive comme un secteur social à administrer et non comme un levier économique stratégique ?

Quand la stratégie d’exportation fait défaut

À ces failles structurelles s’ajoute un problème sanitaire évitable. L’utilisation excessive et mal contrôlée des pesticides dans certaines filières, comme le raisin ou la fraise, bloque l’accès aux marchés européens. Là encore, l’échec est politique. Les normes internationales ne sont ni nouvelles ni négociables. Pourtant, ni l’État ni les organisations professionnelles n’ont su accompagner efficacement les producteurs vers la certification, la traçabilité et la conformité. Le résultat est brutal : exclusion des marchés à forte valeur ajoutée, dénonce S.B.A.

Pendant ce temps, la concurrence avance. Les pays du Maghreb et de l’Europe du Sud investissent massivement dans la logistique, la promotion et le branding territorial. Certains n’hésitent pas à pratiquer le protectionnisme, comme le Maroc pour les dattes lors de la campagne 2025/2026. Face à cela, la Tunisie continue d’exporter sans stratégie claire, prisonnière d’un modèle où l’administration décide, les syndicats bloquent et les exportateurs subissent.

« La vérité est dérangeante : la crise de l’exportation des fruits tunisiens est avant tout une crise de gouvernance. Tant que l’État continuera à confondre régulation et contrôle, tant que les syndicats agricoles privilégieront la rente et la peur du marché plutôt que la compétitivité, et tant que les exportateurs resteront marginalisés dans les processus de décision, le secteur restera sous-performant », affirment des sources concordantes.

In fine, les analystes s’accordent à dire que la Tunisie possède l’un des rares secteurs naturellement compétitifs de son économie. « Le laisser s’éroder par calcul politique, immobilisme administratif et conservatisme syndical, soulignent-ils, n’est pas une fatalité climatique. C’est un choix. Et comme tout choix, il engage des responsabilités ».

Alors, on sait maintenant ce qu’il faut faire.

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