La dette américaine, le bazooka financier de l’Europe face à Donald Trump ?
Détenus massivement par des investisseurs européens, les bons du Trésor américains pourraient servir de levier stratégique face à l’agressivité de l’administration Trump. Mais, c’est une arme à double tranchant.
Et si la dette américaine était le levier stratégique dont disposent les Européens face à l’administration Trump qui ne cesse de manier, tel un Etat voyou, menaces de taxes douanières, chantage à la guerre commerciale et velléités expansionnistes avec la volonté affichée de faire main basse sur le Groenland sous prétexte que ce territoire est nécessaire à la sécurité nationale des Etats-Unis ?
« Nous avons besoin du Groenland pour des raisons stratégiques », a déclaré le milliardaire américain, mercredi 21 janvier, au Forum économique mondial de Davos, réfutant à l’occasion la thèse selon laquelle il s’y intéresserait pour ses minerais et terres rares. « Tout ce que je demande, c’est un bout de glace, qui peut jouer un rôle vital dans la paix mondiale et la protection du monde », a-t-il insisté, confondant au passage le Groenland avec l’Islande.
Arme nucléaire financière
De quoi s’agit-il au juste ? D’une montagne de bons du Trésor américain que l’Europe a acquise au fil des ans. Ces obligations sont des reconnaissances de dette émises par la Fed contre de l’argent prêté aux États-Unis par les investisseurs. Ainsi, la dette américaine serait l’arme que l’Europe pourrait dégainer pour remporter le bras de fer engagé avec Washington.
Or, il se trouve que les pays européens membres de l’Otan détiennent ensemble plus de 2 000 milliards de dollars en titres de bons de Trésor et d’autres actifs américains. Le montant grimpe à environ 3 000 milliards en incluant le Canada, autre cible récurrente du président américain. Et si tous ces pays décidaient de vendre massivement Ces titres sur le marché en une seule fois ? Les vendre équivaudrait, pour certains experts, à déclencher une « arme nucléaire financière ».
C’est que la première puissance économique mondiale est lourdement endettée et vit largement à crédit. Si l’Europe décidait de vendre massivement ses titres sur le marché en une seule fois, la panique serait assurée à Wall Street. En pratique, le prix des titres s’effondrerait, les taux d’intérêt américains exploseraient et l’économie de l’Oncle Sam serait sérieusement bousculée.
« L’Amérique est dépendante du reste du monde pour financer le déficit extérieur… et c’est la faiblesse majeure des Américains, exactement comme pour nous », explique un expert économique. Ajoutant que l’Europe « est le premier détenteur d’actifs en dollars ». « Si on vend massivement la dette, les taux américains s’envolent en 48 heures comme des dingos. Là, le pays est pris à la gorge et c’est juste le scénario ultime de crise d’une nation ».
Panique
Panique outre-Atlantique. Donald Trump qui suit de près les marchés américains, y compris le marché obligataire, a aussitôt mis en garde les pays européens qui envisagent de vendre des actifs américains. « Si cela arrivait, nous lancerions de grosses représailles et nous avons toutes les cartes en main », a-t-il prévenu jeudi 22 janvier dans une interview avec la chaîne Fox Business depuis Davos.
Donald Trump a de quoi s’inquiéter en constatant qu’un grand fonds de pension suédois, Alecta, avait vendu la majeure partie de ses bons du Trésor américain, en raison de la fragilité des finances publiques des Etats-Unis.
Il s’agit du deuxième fonds nordique à rendre publique une telle décision, après que le fonds danois Akademiker Pension a annoncé, mardi 20 janvier, son intention de se délester de 100 millions de dollars d’obligations du Trésor américain. Un autre fond danois, Pædagogernes Pensionskasse (PBU), a annoncé à la chaîne de télévision danoise TV2 vendre également des obligations d’État américaines.
Le spectre du chaos
Un timing anodin ? « Ce sont des montants bien trop faibles pour déstabiliser le marché financier nord-américain, mais cela prouve que dans le contexte actuel, les investisseurs européens ne sont pas fermés à l’idée de se débarrasser de leurs obligations du Trésor », assure un expert financier. D’autant plus que dans ce scénario catastrophe, « Washington devrait aussi payer plus cher pour rembourser tout l’argent emprunté et, ainsi, creuser encore un peu plus son déficit. La perspective de devoir payer encore plus pour financer ces mesures risquerait de froisser l’aile fiscalement conservatrice de la droite américaine. Donald Trump n’a pas besoin de nouvelles frictions au sein de sa majorité, surtout à l’approche des élections de mi-mandat, qui se tiendront en novembre prochain », a-t-il encore ajouté.
Toujours est-il que ce scénario est tout de même à double tranchant. La confiance dans le dollar s’écroulerait, tout comme la Bourse de New York, ce qui aurait des répercussions mondiales. Or, déstabiliser l’économie américaine, équivaudrait in fine à un chambardement au sein de l’ordre économique mondial dont nul ne sortirait indemne.
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