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Que dit l’affaire Epstein sur l’évolution des réseaux criminels ?

13. Februar 2026 um 12:21

On ne pourrait peut-être jamais dire un jour que tout a été dit à propos de l’affaire Epstein. Et telle que l’affaire est traitée par les autorités judiciaires et les médias dominants, on ne saurait sans doute jamais tout sur cette affaire dont des pans entiers semblent destinés à rester dans l’ombre. Mais que dit cette affaire sur l’évolution des réseaux criminels dans le monde d’aujourd’hui ? 

Med-Dahmani Fathallah *

L’organisation Epstein est structurée en holding avec des ramifications qu’on découvre jour après jour. C’est un conglomérat d’affaires imbriquées où les formes les plus abjectes du crime sont associées à la politique, au business, à la finance, à l’espionnage, à la culture et même à la philanthropie. Cette affaire nous offre un instantané de l’état du monde moderne à l’aube de ce millénaire. Ce monde complexe porté par la science et la technologie mais qui nous offre beaucoup plus de déceptions que de satisfactions. Comment appréhender ce stade de l’évolution de l’humanité sachant qu’Epstein n’est que la partie visible de l’iceberg et que ce qui a été révélé à ce jour est loin de refléter l’ampleur de cette affaire criminelle et ses répercussions sur l’ordre mondial.

Il est impératif de cesser de la considérer comme une simple affaire criminelle que l’on va rapidement dépasser et oublier, même si le président Trump, qui y est lui-même impliqué, insiste pour qu’on passe à autre chose.

Il est impératif aussi d’analyser cette affaire tant qu’elle est encore à la Une de l’actualité et avant que les puissantes parties concernées ne parviennent à la noyer dans le brouhaha de la vulgarité et de l’insignifiance.

Un miroir déformant de notre société

L’affaire Epstein, dans sa complexité, est le miroir de notre évolution sociétale. Elle participe d’une démarche et d’un plan qui visent à capitaliser sur toutes le formes de perversité et de déviance, interdites ou tolérées.

Commençons par examiner la genèse et l’évolution des organisations criminelles, aujourd’hui mondialisées.

Au début du XXe siècle, des groupes comme Cosa Nostra ou les Triades naissent d’une carence de l’Etat. Dans des zones où la loi est absente ou injuste, ces groupes proposent une «protection» et une justice parallèle. La structure est basée sur les liens du sang ou du serment. L’appartenance à une «famille» ou une «fraternité» constitue le levier psychologique qui comble le vide identitaire et/ou social et donne une légitimité au groupe ainsi constitué autour du crime.

​Avec l’industrialisation des États-Unis (1920-1980), la prohibition, c’est-à-dire l’interdiction légale de fabriquer, vendre ou transporter de l’alcool, a été le catalyseur de la «professionnalisation». Le crime a appris la logistique, la gestion des stocks et la corruption systémique des forces de l’ordre. On passe de la violence de rue à sa gouvernance corporatiste («Syndicat du crime»).

​Avec les ruptures technologiques et financières amorcées dans les 1990, le crime a commencé à s’intégrer dans les structures sociétales. De nos jours, il est devenu totalement «liquide». Il s’est adapté à la mondialisation plus vite que les institutions légales. Les cartels et les mafias fonctionnent désormais en réseaux. Ils confient la gestion logistique à des gangs locaux, le blanchiment d’argent à des experts financiers, et la cybercriminalité à des hackers interntionaux. C’est le principe même de l’externalisation. La frontière entre économie légale et économie illégale est devenue poreuse. Le crime investit dans l’immobilier, la gestion des déchets ou les énergies renouvelables. Il adopte avec succès le concept d’«infiltration»

​Pour jouer son rôle et lutter contre le crime, l’Etat a d’abord développé une réponse répressive qui a rapidement montré ses limites (c’est le «paradoxe de l’hydre» : couper une tête en fait repousser d’autres). Il a fallu développer une stratégie multidimensionnelle basée sur la mise en place d’un nombre de garde-fous pour prétendre à un certain niveau d’efficacité.

Le principal garde-fou est économique. C’est la traque de l’argent sale. Le talon d’Achille du crime organisé est en effet son besoin d’injecter l’argent sale dans le circuit légal. Il a fallu donc généraliser la transparence pour pouvoir pourchasser les bénéficiaires des flux financiers douteux cachés derrière des sociétés écrans. On a aussi imposé la taxation inversée en renforçant les lois sur les «biens mal acquis», obligeant les individus à prouver l’origine licite de leurs actifs.

Le second garde-fou est social. Il s’agit de réoccuper les terrains perdus ou abandonnés par l’Etat, sachant que le crime prospère là où l’Etat recule. On a donc tenté de briser le prestige social du criminel en offrant des alternatives économiques dans les zones de non-droit par l’instauration de programmes d’éducation et d’insertion. On a aussi travaillé à restaurer la confiance envers les institutions, en instaurant une justice de proximité, afin que le citoyen n’ait plus besoin de la «protection» criminelle.

Le dernier garde-fou est psychologique, par la démystification des certaines pratiques criminelles qui instrumentalisent l’art, le cinéma, la musique ou les réseaux sociaux pour recruter. Dans ce contexte, des campagnes sont menées pour montrer la réalité sordide du monde du crime (trahisons, violences, règlements de comptes…).

Il y a aussi les protocoles de protection des repentis mis en place pour créer des «portes de sortie» psychologiques et juridiques robustes pour les anciens criminels et pour venir à bout de l’omerta (ou loi du silence) dont se drapent les barons.

Cependant, l’efficacité de ces garde-fous reste à évaluer face à l’internationalisation des organisations criminelles. Tant qu’il n’y aura pas une harmonisation des législations anti-mafia (sur le modèle de l’article 416-bis du code pénal italien), les organisations continueront d’utiliser les failles juridiques dans certains pays.

Les criminels à la table des décideurs

L’organisation Epstein appartient à ce modèle criminel moderne, qui bénéficie du recul de l’Etat de droit face aux intérêts privés. Elle agit comme un réseau global présent dans toutes les plus sphères politiques, économiques et sociales. Ses membres, qu’ils en soient conscients ou pas, vont du haut responsable piégé aux plus pervers des complices. Les présomptions de liens de cette organisation avec de puissantes agences internationales de renseignement restent certes à prouver, mais ses liens avec des personnalités politiques de haut rang sont avérés. Ces derniers étaient parfois plus que des complices : ils jouaient aussi un rôle de facilitateurs et de protecteurs. 

La dimension globale de l’organisation facilitait les opérations. Les victimes étaient déplacées entre des îles privées, Dubaï, Paris, New York et la Floride, utilisant les failles juridiques et la mobilité internationale pour échapper à la surveillance, illustrant parfaitement le défi de la coopération supranationale.

La personnalité d’Epstein a aussi joué un rôle prépondérant dans le succès de son organisation criminelle. Il disposait d’une très grande fortune dont il va falloir déterminer les origines exactes et jouissait d’un grand charisme et d’une solide culture cosmopolite.

A la lumière de ce qui précède, l’affaire Epstein montre que le crime organisé ne cherche plus seulement à s’opposer à l’Etat et à le remplacer là où il est absent. Le criminel ne se cache plus ; il dîne à la table des décideurs, il est lui-même décideur.

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