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Délestages, les urgences pour éviter un nouvel été sous tension

26. August 2026 um 15:28

Les délestages de l’été 2026 ont donné une image très concrète de la fragilité du système électrique tunisien. Les délestages ont touché tous les niveaux de l’économie, des particuliers aux petites entreprises jusqu’aux industriels. Pour certains, la coupure a surtout été une gêne. Pour d’autres, elle s’est traduite par des équipements endommagés, des marchandises perdues, une production interrompue ou des journées de travail annulées. Pendant les heures les plus chaudes de la journée, la demande a dépassé les capacités disponibles et la Steg a dû interrompre temporairement l’alimentation de certaines zones pour préserver l’équilibre du réseau. Le phénomène a été aggravé par une consommation dopée par la climatisation et par une perturbation de l’approvisionnement électrique en provenance d’Algérie.

Le retour à une situation plus stable ne règle pourtant pas la question de fond. Pour l’economiste Chakib Ben Mustapha, consultant et spécialiste des questions énergétiques, le délestage est d’abord un mécanisme de protection du réseau.Il devient préoccupant lorsqu’il se répète. “La multiplication et la systématisation” des coupures sont alors le signe d’un “modèle sous pression”, estime-t-il. À dire vrai, cette pression ne vient pas d’un seul facteur. Elle résulte d’un système qui doit produire davantage, alors même que les investissements dans certaines capacités de production ont fortement reculé. Un rapport récent de l’Observatoire tunisien de l’économie (OTE) a “chiffré à 87 % la baisse des investissements de la Steg dans les stations de production entre 2016-2020 et 2021-2025, passant de 1,947 milliard de dinars à 248 millions de dinars”, cite-t-il. Dans le même temps, la consommation électrique a continué de progresser.

Un système à bout de souffle?

Le problème tunisien ne se résume donc pas à un manque de panneaux solaires. Il est plus profond. Il faut sécuriser la production existante, renforcer le réseau, absorber de nouveaux producteurs et répondre à une demande dont les pics deviennent plus difficiles à gérer. C’est ici que le raisonnement de Ben Mustapha prend une autre dimension. La Tunisie a longtemps organisé son système électrique autour de grandes unités de production centralisées. La transition énergétique vient casser cette logique. Les nouvelles centrales renouvelables sont souvent implantées loin des grands centres de consommation, tandis que les projets d’autorisation multiplient les points d’injection sur le réseau. Autrement dit, produire de l’électricité supplémentaire ne signifie pas automatiquement disposer de davantage d’électricité là où elle est nécessaire. En effet, “Le réseau de la Steg a été conçu pour une production d’électricité classique avec des pôles de production centralisés”, rappelle Chakib Ben Mustapha. Ainsi, l’arrivée des renouvelables impose désormais une architecture différente, capable de gérer une production plus dispersée et plus variable. En outre, cette transformation concerne aussi les PME. L’autoproduction industrielle devrait se développer à mesure que les exportateurs cherchent à réduire leur empreinte carbone. Mais les réseaux de moyenne tension n’ont pas nécessairement été conçus pour intégrer cette multiplication de producteurs. À l’échelle des ménages, l’autoconsommation pose une problématique comparable sur les réseaux basse tension, notamment en l’absence de compteurs intelligents permettant aux gestionnaires de mieux piloter les flux.

Le paradoxe est donc assez simple : la transition énergétique, si elle n’est pas accompagnée d’une modernisation du réseau, peut elle-même créer de nouvelles contraintes sur le système électrique.

Le solaire ne suffira pas à lui seul

La Tunisie dispose pourtant d’un atout majeur, à savoir le soleil. “Avec environ 3 000 heures d’ensoleillement par an, le pays possède un potentiel important pour le photovoltaïque”, souligne-t-il. Or, cette ressource ne peut pas répondre à toutes les contraintes du système. “Le photovoltaïque est une énergie intermittente”, affirme Chakib Ben Mustapha. Et de poursuivre:” Sa production dépend de l’ensoleillement et reste concentrée pendant la journée. Elle peut donc contribuer à réduire la pression sur le réseau, mais ne constitue pas à elle seule une réponse aux besoins de sécurité électrique”. En fait, il explique le stockage pourrait changer cette équation en permettant de conserver une partie de l’électricité produite pendant les heures d’ensoleillement pour la restituer lorsque la production solaire diminue. Mais son coût reste encore un frein à un déploiement massif. “Le jour où les solutions collectives de stockage deviendront plus abordables, la situation énergétique changera du tout au tout”, estime-t-il. En attendant, la Tunisie doit jouer sur plusieurs leviers. “Il nous faut, en Tunisie, utiliser toutes les solutions possibles”, dit-t-il, au fil de ses propos, en citant en autres, les concessions, les autorisations, l’autoconsommation et l’autoproduction. Ici, il ajoute l’éolien à cette équation. Mais, selon lui, cette filière reste au point mort depuis le lancement des appels d’offres de 2017. L’objectif serait de construire un mix énergétique adapté aux besoins du pays, à sa courbe de consommation et aux capacités de son réseau. Par ailleurs, cette adaptation devient d’autant plus urgente que les épisodes de forte chaleur devraient continuer à exercer une pression sur la demande. Les pics estivaux, tirés notamment par la climatisation, nécessitent des moyens de production disponibles au moment où la consommation atteint son maximum.La question du réseau revient alors au centre du débat. La Steg doit désormais gérer un système dans lequel l’électricité peut provenir de grandes centrales, mais aussi de nombreuses installations décentralisées. Certaines concessions sont implantées dans des régions où la consommation est relativement faible, alors que les principaux besoins se concentrent dans les zones urbaines et industrielles. Les projets réalisés sous le régime de l’autorisation accentuent cette dispersion. Quant à l’autoproduction des entreprises et à l’autoconsommation des ménages, elles ajoutent de nouveaux points de production au réseau. “La transition énergétique va, à elle seule, créer d’importantes pressions sur le réseau de la Steg”, prévient-t-il. Les investissements nécessaires ne concernent donc pas seulement les grandes lignes de transport. Ils touchent également les réseaux de moyenne et basse tension, les postes électriques et les outils de pilotage. Les compteurs intelligents deviennent notamment importants pour permettre aux gestionnaires de mieux suivre et gérer les flux. Cette pression intervient alors que les moyens financiers de la Steg restent limités. Selon l’économiste, l’opérateur a dû ces dernières années donner la priorité au renforcement du réseau haute tension pour transporter l’électricité produite par les nouvelles concessions, au détriment d’autres besoins de modernisation. À cette équation s’ajoutent les effets du changement climatique. Des pics de consommation plus élevés, combinés à des épisodes de chaleur plus fréquents, pourraient rendre les tensions estivales plus difficiles à gérer.

Des financements, mais encore des freins pour les entreprises

Le développement des renouvelables ne bute cependant pas uniquement sur les infrastructures. Le financement reste un enjeu important, notamment pour les projets d’autorisation et l’autoproduction industrielle. Pour les concessions, le cadre est relativement favorable. Le ministère de l’Industrie et de l’Énergie a préparé des contrats types avec l’appui des principaux bailleurs de fonds et de l’Instance générale de partenariat public-privé. Ces dispositifs visent à réduire les risques pour les investisseurs et à faciliter leur accès au crédit. “Le financement des projets de concessions à l’international ne pose pas de problèmes tant que la rentabilité est assurée”, raconte Chakib Ben Mustapha. Les projets d’autorisation se trouvent dans une situation différente. Ils ne bénéficient pas du même cadre et rencontrent, selon lui, des difficultés auprès du système bancaire tunisien. “Le système bancaire tunisien ne leur reconnaît pas l’accès au project finance” indique-t-il. Les porteurs de projets doivent alors fournir des garanties réelles, ce qui peut freiner l’investissement. Pour les entreprises industrielles qui souhaitent investir dans leur propre production électrique, la question est également économique. Il pointe notamment les conditions actuelles de valorisation de l’électricité produite, avec un tarif de 80 millimes et une limite de vente fixée à 30 % de la capacité nominale. Des conditions qui, selon lui, réduisent la rentabilité des investissements. Pour les industriels exportant vers l’Europe, le sujet devient pourtant stratégique. Réduire l’empreinte carbone n’est plus seulement une question environnementale. C’est progressivement un facteur de compétitivité. Les délestages donnent une dimension très concrète à cette question. Dans une usine, une coupure peut entraîner des équipements endommagés, des produits en cours de fabrication irrécupérables, des pertes de produits réfrigérés ou congelés, des journées de travail annulées et des retards de livraison. ” Le principal défi des entreprises est celui des délestages”, résume-t-il. Ensuite, les groupes électrogènes peuvent servir de solution de dépannage lorsque les interruptions restent courtes. Ils ne constituent toutefois pas une réponse adaptée aux coupures prolongées. “Il n’y a pas de solution pour les interruptions trop longues”. Ici, la réponse doit donc être collective. Il cite notamment les zones sécurisées et les compteurs intelligents, et appelle à une concertation entre le ministère, la Steg et les organisations patronales pour préparer les prochaines périodes estivales. Le développement du solaire et de l’éolien ne permet pas, à lui seul, de sécuriser l’approvisionnement électrique. Tant que le stockage reste coûteux et que les renouvelables restent intermittentes, la Tunisie a encore besoin de capacités capables de prendre le relais lorsque la production renouvelable baisse ou que la demande explose. C’est dans ce cadre que Chakib Ben Mustapha évoque les centrales à cycle combiné prévues dans la stratégie énergétique à l’horizon 2035, notamment SKHIRA I et II et BIZERTE I et II. Pour les ménages, un mécanisme de financement de l’autoconsommation existe depuis 2008. Il prévoit un financement sur sept ans, avec un remboursement échelonné à travers les factures de la Steg. D’après lui, ce dispositif doit être reconduit à travers un nouveau crédit de 1 milliard de dinars jusqu’en 2030. Au fond, le défi dépasse les seuls délestages de cet été. La Tunisie doit produire davantage, diversifier ses sources et moderniser son réseau en même temps. Le photovoltaïque peut réduire une partie de la pression, l’éolien peut compléter le mix et le stockage pourrait, à terme, apporter davantage de flexibilité. Mais aucune de ces solutions ne fonctionnera sans un réseau capable de les intégrer.

Les coupures de 2026 ont ainsi rendu visible une fragilité plus ancienne. Le véritable enjeu n’est plus seulement de produire davantage d’électricité, mais de pouvoir la produire au bon moment, la transporter au bon endroit et la rendre disponible lorsque l’économie en a besoin.

  

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La BCT muscle l’arsenal technologique de la CTAF

26. August 2026 um 13:54

La Banque centrale de Tunisie (BCT) vient de lancer un appel d’offres national (AON N°2026/08) pour la refonte intégrale de l’infrastructure informatique de la Commission tunisienne des analyses financières, la cellule chargée de traquer le blanchiment d’argent et le financement du terrorisme en Tunisie. Objectif affiché: donner à l’institution des moyens à la hauteur de flux financiers suspects toujours plus complexes à démêler, dans un contexte où les volumes de données à analyser explosent.

Un contrat qui va bien au-delà du matériel

Le futur prestataire ne se contentera pas de fournir du matériel: le marché englobe un accompagnement complet, du déploiement des solutions logicielles jusqu’à leur mise en service opérationnelle, en passant par un volet formation pensé pour que les équipes de la CTAF gagnent en autonomie. Licences, entretien et dépannage sont couverts sur une durée contractuelle de cinq ans. Autre particularité: le marché se divise en deux volets que les entreprises peuvent aborder séparément ou conjointement, chaque option nécessitant toutefois une soumission qui lui est propre.

Un marché de cette ampleur, étalé sur cinq ans avec un fort volet services, constitue une opportunité pour intégrateurs et éditeurs tunisiens spécialisés en cybersécurité et en gestion de données financières, à condition de pouvoir répondre aux exigences techniques pointues d’un organe de supervision. Plus largement, cette modernisation renforce la crédibilité de la Tunisie auprès des évaluateurs internationaux de la conformité anti-blanchiment, un critère de plus en plus scruté par les investisseurs étrangers et les partenaires bancaires internationaux.

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Tunisie / Hydrogène vert : Berlin se frotte les mains

26. August 2026 um 11:14

Fin septembre, une délégation d’entreprises allemandes fera étape en Tunisie, après un premier passage en Algérie, pour explorer les opportunités liées à l’hydrogène vert, au Power-to-X et au stockage d’énergie.

Portée par l’agence energiewaechter GmbH et relayée localement par les chambres de commerce germano-tunisienne et germano-algérienne, cette tournée du 21 au 25 septembre culminera à Tunis le 23, avec un petit-déjeuner d’affaires puis un atelier dédié aux montages en consortium.

Toute la chaîne de valeur dans le viseur

Les industriels allemands s’intéressent aussi bien à la fourniture d’électrolyseurs et à l’intégration du renouvelable qu’au dessalement de l’eau, indispensable à la production d’hydrogène. Le transport n’est pas en reste, avec un intérêt marqué pour l’ingénierie des futurs réseaux de canalisations et leurs équipements associés. Côté débouchés, plusieurs industries lourdes sont visées ; chimie, engrais, phosphates, sidérurgie, avec la filière naissante de l’ammoniac vert.

Le corridor SoutH2 en toile de fond

Cette démarche s’inscrit dans la feuille de route tunisienne à l’horizon 2050, qui table sur 6 millions de tonnes exportées, avec un premier palier de 300 000 tonnes dès 2030 via l’infrastructure « H₂ Backbone ». À l’échelle régionale, le futur gazoduc SoutH2 ; quelque 3 300 kilomètres reliant l’Afrique du Nord au cœur industriel européen, vise une capacité de plus de 4 millions de tonnes annuelles, la liaison Tunisie-Italie ayant déjà obtenu le label de projet d’intérêt mutuel à Bruxelles.

Pour les acteurs tunisiens, cette mission constitue une passerelle concrète vers des partenariats en ingénierie, maintenance et certification aux côtés des groupes allemands. Mais la conversion de ce positionnement stratégique en projets bancables reste conditionnée à des investissements lourds dans le renouvelable et le dessalement, sans lesquels l’ambition du corridor risque de rester lettre morte.

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Export / Dattes tunisiennes : Deglet Nour tient la cadence, le bio monte en puissance

26. August 2026 um 09:45

L’Observatoire National de l’Agriculture (ONAGRI) vient de publier son bilan de la campagne 2025/2026, et les chiffres confirment une embellie nette pour la filière des dattes en Tunisie : entre octobre et juillet, 144,1 mille tonnes ont quitté les ports tunisiens, soit 17 mille tonnes de plus qu’à la même période de l’année précédente. Il s’agit d’un gain de 13,3%. Côté recettes, la barre des 900 millions de dinars est désormais franchie, à 908,4 MD, contre 809,6 MD précédemment.

Impossible de parler dattes tunisiennes sans évoquer Deglet Nour : une variété qui capte à elle seule 84% des tonnages et pèse pour près de 94% dans les recettes globales, à 7,05 DT/kg. Sur l’ensemble de la filière, le kilo se négocie en moyenne à 6,30 DT, un tarif quasi stable malgré un repli marginal de moins d’un point. Le segment bio, lui, accélère franchement : ses volumes (8 257 tonnes) grimpent de 8,1%, mais ce sont surtout ses recettes qui s’envolent, avec un tiers de croissance supplémentaire, l’Allemagne restant de loin le principal client de la Tunisie dans ce segment.

Un marché qui se diversifie, un Sud qui s’étend

Près de la moitié des tonnages sont expédiés vers l’Europe ; l’Afrique et l’Asie se partagent le reste, chacune autour d’un cinquième. Autre signal intéressant : Tataouine, région peu connue pour ses palmeraies, commence à structurer une petite filière (une cinquantaine d’hectares), même si la question des ressources hydriques disponibles pour ces nouvelles plantations est problématique.

Le bio, la nouveauté entrepreneuriale

Le segment bio, en forte accélération sur les prix comme sur les volumes, ouvre une brèche pour les opérateurs de certification et de conditionnement premium. La diversification géographique vers l’Asie, encore modeste, reste un axe à exploiter pour les exportateurs cherchant à réduire leur dépendance au marché européen, à condition d’anticiper les contraintes hydriques qui pèsent déjà sur l’extension des palmeraies du Sud.

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