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Houcine Rhili : « L’eau, l’électricité et les médicaments avant le stade d’El Menzah »

14. Oktober 2026 um 09:07

Face aux pénuries de médicaments, au stress hydrique et à la dégradation des infrastructures publiques, l’expert en ressources hydriques, Houcine Rhili, questionne les priorités de l’investissement public, alors que la rénovation du stade d’El Menzah pourrait coûter jusqu’à 480 millions de dinars.

L’eau et les médicaments devraient passer avant la rénovation d’un stade, fût-il d’El Menzah. C’est le message défendu par l’expert en ressources hydriques Houcine Rhili dans une déclaration à L’Économiste Maghrébin. Il souligne que le coût du projet de rénovation dudit stade impliquant la Chine pourrait atteindre les 480 millions de dinars (MDT). Il estime donc que cet investissement devrait être examiné à la lumière des besoins urgents du pays et des choix budgétaires qu’ils imposent.

 

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Houcine Rhili rappelle que la Tunisie fait face à des pénuries de médicaments, qui concerneraient près de 50 % des produits selon son estimation, ainsi qu’à la dégradation des infrastructures des hôpitaux locaux, régionaux et universitaires. Les insuffisances touchent également les routes et les transports publics, notamment le réseau ferroviaire et le métro.

La situation est tout aussi préoccupante dans les secteurs de l’eau et de l’électricité. L’expert fait état d’un déficit de capacité électrique estimé à 1 400 mégawatts pendant les heures de pointe. Concernant l’eau, il souligne le vieillissement des réseaux de distribution, dont une partie a plus de cinquante ans, et les pertes qui en résultent. Ces défaillances aggravent les difficultés d’approvisionnement en eau potable et contribuent au recours croissant des ménages à l’eau en bouteille, particulièrement durant l’été.

Dans ce contexte, Houcine Rhili s’interroge sur la pertinence de mobiliser plusieurs centaines de millions de dinars pour un stade fermé depuis près de vingt ans. Il ne conteste pas l’importance du sport, mais estime que les investissements publics devraient d’abord répondre aux besoins fondamentaux de la population, notamment en matière de santé, d’eau et de services essentiels.

 

Dans ce contexte, Houcine Rhili s’interroge sur la pertinence de mobiliser plusieurs centaines de millions de dinars pour un stade fermé depuis près de vingt ans.

 

Le site d’El Menzah, un potentiel foncier à valoriser

Au-delà du coût des travaux, l’expert remet en question le maintien du stade dans son emplacement actuel, au cœur d’une zone densément urbanisée. Les grandes rencontres sportives y provoquent des perturbations de la circulation et des transports, compte tenu de la concentration de la population et des activités dans ce secteur.

A cet égard, il précise qu’une autre option aurait pu consister à reconvertir le site en espace destiné à des investissements immobiliers et commerciaux générateurs de richesse, tout en construisant de nouveaux équipements sportifs dans des zones éloignées des grands ensembles résidentiels. Cette approche permettrait de valoriser le foncier et de mieux intégrer les infrastructures sportives dans l’aménagement urbain.

 

Le développement du sport ne peut se limiter à la construction de grands stades … En privilégiant les équipements destinés aux grandes compétitions sans investir suffisamment dans la pratique sportive de proximité, la Tunisie risque, estime-t-il, de négliger la formation à la base.

 

Houcine Rhili estime également que le développement du sport ne peut se limiter à la construction de grands stades. Il déplore le recul du sport scolaire, universitaire et de quartier, qui constitue un vivier essentiel pour la formation des jeunes talents. En privilégiant les équipements destinés aux grandes compétitions sans investir suffisamment dans la pratique sportive de proximité, la Tunisie risque, estime-t-il, de négliger la formation à la base. La modernisation des infrastructures ne garantit pas, à elle seule, de meilleures performances sportives.

Pour illustrer l’importance d’une stratégie économique fondée sur la création de richesse, il cite le Maroc, qui a développé ses infrastructures portuaires, notamment Tanger Med, tout en renforçant son industrie automobile et en transformant son secteur touristique. Ces activités ont contribué à consolider la place du royaume dans l’économie régionale. Pour l’expert, cette expérience montre l’intérêt de soutenir des secteurs capables de créer de la valeur, de développer les exportations et de générer des revenus. Les infrastructures sportives devraient accompagner cette dynamique plutôt que se substituer aux investissements productifs.

Projet chinois : quelles garanties pour la Tunisie ?

L’éventuel financement chinois ne suffit pas, selon Houcine Rhili, à conclure que la rénovation sera sans coût pour la Tunisie. Il rappelle que les entreprises chinoises intervenant à l’étranger peuvent bénéficier de garanties ou de contreparties accordées par les États partenaires, selon les modalités négociées pour chaque projet.

L’expert s’interroge donc sur les engagements pris par l’État tunisien dans le cadre de cette opération. Quelles garanties ont été accordées aux entreprises chinoises ? Des contreparties financières ou des engagements portant sur des actifs publics sont-ils prévus ? Pour lui, ces questions doivent être clarifiées afin d’évaluer les implications réelles du projet pour les finances publiques.

Présenter cette rénovation comme un financement sans coût pour le pays ne dispense pas d’examiner les conditions de l’accord et les obligations éventuelles de l’État. La transparence sur le montage financier est indispensable pour mesurer la portée réelle de cet engagement.

 

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Investir dans l’eau pour préserver les ressources du pays

Houcine Rhili estime que les ressources mobilisées pour le stade pourraient être consacrées à des projets répondant aux urgences du secteur hydrique. Il évoque notamment la recharge des nappes phréatiques, la modernisation des réseaux d’irrigation et la réduction des pertes d’eau. Ces investissements permettraient de préserver les ressources disponibles et d’améliorer la productivité agricole dans un contexte de stress hydrique croissant.

Au-delà du cas du stade d’El Menzah, l’expert pose la question de l’affectation des ressources publiques. Pour lui, les investissements doivent être évalués à l’aune des besoins les plus pressants de la population et de leur capacité à soutenir durablement l’économie tunisienne. Le développement des infrastructures sportives ne peut se faire au détriment de secteurs aussi essentiels que l’eau et la santé.

 

Les investissements doivent être évalués à l’aune des besoins les plus pressants de la population et de leur capacité à soutenir durablement l’économie tunisienne.

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Stress hydrique : l’expert Hussein Rhili plaide pour une refonte du modèle de production agricole

Von: tmps
10. Oktober 2026 um 09:20

Face à une pression de plus en plus importante sur les ressources en eau, la Tunisie se trouve confrontée à la nécessité de revoir ses orientations agricoles. Entre raréfaction des précipitations, diminution des réserves hydriques et besoins croissants en irrigation, le modèle de production actuel soulève des interrogations quant à sa viabilité à long terme. Pour Hussein Rhili, chercheur spécialisé dans le développement et la gestion des ressources en eau, une réorganisation de la carte agricole nationale devient indispensable afin de préserver les ressources disponibles et de mieux anticiper les conséquences du changement climatique. Dans une déclaration accordée à un journal en ligne, l’expert a notamment attiré l’attention sur le poids considérable de l’agriculture dans la consommation nationale d’eau. Selon les chiffres qu’il a avancés, ce secteur absorbe à lui seul 77% des volumes d’eau mobilisés annuellement dans le pays. Une proportion particulièrement importante, d’autant que les superficies agricoles bénéficiant de l’irrigation ne représentent que 8% de l’ensemble des terres consacrées à l’activité agricole.

Cette situation illustre l’importance des besoins hydriques liés aux cultures irriguées et pose, plus largement, la question de l’adéquation entre les ressources naturelles disponibles et les orientations de la production agricole. Toutefois, Hussein Rhili précise que cette prédominance de l’agriculture dans l’utilisation de l’eau ne constitue pas une particularité tunisienne. À l’échelle internationale, les activités agricoles représentent généralement entre 70 et 80% des prélèvements hydriques. La véritable difficulté réside donc moins dans cette proportion que dans la capacité de chaque pays à adapter ses pratiques agricoles à ses propres contraintes climatiques et géographiques.

Une agriculture confrontée aux limites des ressources disponibles

En Tunisie, cette problématique prend une dimension particulière en raison de la vulnérabilité du pays face aux épisodes de sécheresse et à l’irrégularité des précipitations. La diminution des apports pluviométriques, conjuguée aux fluctuations des réserves des barrages, réduit les marges de manœuvre dans la gestion de l’eau et accentue la concurrence entre les différents usages. L’approvisionnement en eau potable, les besoins industriels et les activités agricoles reposent sur des ressources limitées, dont la disponibilité varie considérablement selon les régions et les saisons. Dans ces conditions, maintenir certaines orientations agricoles sans tenir compte de leur consommation hydrique pourrait accentuer les déséquilibres existants.

C’est précisément sur ce point que le chercheur insiste, en appelant à une transformation profonde de l’organisation de la production agricole. Il ne s’agit plus uniquement d’améliorer les techniques d’irrigation ou de rationaliser ponctuellement les quantités utilisées, mais de s’interroger sur la pertinence des cultures pratiquées, leur répartition géographique et leur compatibilité avec les ressources hydriques disponibles. Une telle réflexion suppose notamment de mieux prendre en considération les caractéristiques climatiques de chaque région, les besoins en eau des différentes productions ainsi que leur contribution à l’économie nationale et à la sécurité alimentaire. L’enjeu consiste à parvenir à un équilibre entre les impératifs de production, les revenus des agriculteurs et la préservation d’une ressource naturelle devenue particulièrement précieuse.

Les exportations agricoles au cœur du débat sur l’eau

Parmi les questions soulevées par Hussein Rhili figure également celle des productions agricoles destinées aux marchés étrangers. Si les exportations constituent une source de revenus et contribuent à l’activité économique, elles impliquent aussi une consommation de ressources naturelles qui mérite d’être intégrée dans l’évaluation de leur rentabilité. Le chercheur rappelle ainsi que la commercialisation de produits agricoles à l’étranger représente indirectement un transfert des quantités d’eau nécessaires à leur production. Cette notion, connue sous le nom d’«eau virtuelle», permet de mesurer l’empreinte hydrique des produits alimentaires, depuis leur culture jusqu’à leur commercialisation. Pour illustrer ce phénomène, Hussein Rhili prend l’exemple des agrumes, en estimant qu’une orange exportée correspond à une mobilisation de huit litres d’eau. Cette estimation, avancée par l’expert, met en évidence une dimension souvent peu visible des échanges agricoles : derrière chaque produit commercialisé se trouvent des ressources hydriques utilisées au cours de sa production.

Dans un pays caractérisé par un stress hydrique structurel, cette réalité invite à examiner plus attentivement les choix de spécialisation agricole, notamment lorsque certaines cultures nécessitent des apports en eau importants. Il ne s’agit pas nécessairement de remettre en cause l’ensemble des exportations agricoles, mais plutôt d’évaluer leur intérêt économique au regard de leur coût environnemental et hydrique. La valeur ajoutée des productions, leur capacité à générer des emplois et des recettes, ainsi que leur consommation d’eau constituent autant de paramètres susceptibles d’orienter les décisions futures. Cette approche pourrait également conduire à privilégier, dans certaines régions, des cultures mieux adaptées aux conditions climatiques locales, tout en accompagnant les exploitants dans une éventuelle transition vers des systèmes de production moins exigeants en eau.

Moderniser les réseaux d’irrigation et préparer les cinq prochaines années

Au-delà de la nature des cultures, la question des infrastructures hydrauliques représente un autre défi majeur. Hussein Rhili souligne notamment les pertes enregistrées dans les réseaux destinés à l’irrigation, dont une partie souffre du vieillissement des installations. Les défaillances des conduites, les fuites et les insuffisances d’entretien peuvent entraîner un gaspillage de volumes d’eau pourtant indispensables à la production agricole. Dans un contexte de pénurie, ces pertes constituent une difficulté supplémentaire pour les exploitants comme pour les gestionnaires des ressources hydriques. La réhabilitation des infrastructures apparaît dès lors comme un levier essentiel pour améliorer l’efficacité de l’utilisation de l’eau. Elle pourrait s’accompagner d’une modernisation des équipements, d’un meilleur suivi des volumes distribués et d’une généralisation progressive des techniques d’irrigation économes lorsque les conditions techniques et financières le permettent.

Cependant, l’amélioration des réseaux ne saurait, à elle seule, répondre à l’ensemble des défis auxquels l’agriculture tunisienne est confrontée. Une réflexion plus globale sur les orientations productives, les disponibilités régionales en eau et les conséquences du réchauffement climatique demeure nécessaire. Pour Hussein Rhili, les cinq prochaines années devraient ainsi constituer une période déterminante pour engager cette réorganisation. L’objectif serait de construire un modèle agricole davantage adapté aux contraintes hydriques du pays, capable de préserver les ressources tout en maintenant une activité économique essentielle pour de nombreuses régions.

Une telle évolution nécessiterait une coordination entre les politiques agricoles, hydrauliques et environnementales, mais également un accompagnement des agriculteurs, qui demeurent les premiers concernés par les changements envisagés. A terme, la question dépasse largement celle de la seule gestion de l’irrigation. Elle touche directement à la sécurité alimentaire, à la pérennité des exploitations, à l’équilibre économique des territoires ruraux et à la capacité de la Tunisie à faire face aux transformations climatiques. Dans un environnement où chaque ressource hydrique disponible revêt une importance croissante, l’avenir de l’agriculture tunisienne pourrait ainsi dépendre autant des quantités produites que de la manière dont l’eau est utilisée pour les obtenir.

Leila SELMI

 

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