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Fitch confirme la notation « B- » de la Tunisie

Von: farhat
09. September 2026 um 15:39

L’agence de notation Fitch Ratings vient de confirmer la note de défaut émetteur à long terme de la Tunisie à « B- » avec une perspective stable.

D’après un communiqué, publié mardi, par l’agence, « la notation « B- » de la Tunisie reflète un PIB par habitant et des indicateurs de développement humain supérieurs à ceux de ses pairs, une économie diversifiée dotée d’une main-d’œuvre qualifiée et une situation extérieure résiliente malgré les chocs externes ».

« Ces atouts sont contrebalancés par une dette publique et des déficits budgétaires élevés, une vulnérabilité budgétaire aux chocs externes due à d’importantes subventions et des besoins de financement considérables », a-t-elle encore noté.

Fitch Ratings, qui prévoit « une croissance du PIB réel de la Tunisie de 2% en moyenne sur la période 2026-2028 », a souligné que « le déficit du compte courant tunisien (DCC) atteindra 3,9% du PIB en 2026, sous l’effet de la hausse des prix de l’énergie, qui accentuera le déficit commercial, malgré des recettes d’exportation d’huile d’olive favorables (+44% en glissement annuel au premier semestre 2026) et de solides performances du compte des services ». Ceci, entrainera « une baisse des réserves en devises à 3,3 mois de paiements extérieurs courants (PEC) en 2026 ».

« Un resserrement du DCC sous la barre des 2,5%, est attendu, en 2027 et 2028 », a encore noté l’agence de notation, estimant que cela « permettra aux réserves internationales de remonter à 3,7 mois de PEC en 2028 ».

S’agissant du déficit budgétaire, elle a noté qu’il devrait atteindra 6,4% du PIB en 2026, en raison d’une hausse de 0,8 point de pourcentage du coût des subventions aux carburants, avant de diminuer progressivement jusqu’en 2028, à condition que le prix du pétrole baisse.

Pour ce qui est de la dette publique, elle augmenterait légèrement pour atteindre 85% du PIB en 2026 et resterait globalement stable jusqu’en 2028, bien au-dessus de la médiane de 55% prévue pour 2028.

Fitch Ratings s’attend, en outre, à « une baisse des besoins de financement budgétaire, hors refinancement de la dette à court terme, lesquels resteront néanmoins élevés, à 13,5% du PIB en 2028 ».

Rappelant que la Banque Centrale de Tunisie (BCT) avait octroyé des prêts à taux zéro d’un montant de 7 milliards de dinars en 2024 (4,4% du PIB) et 2025 (4,1% du PIB), et qu’un prêt de 11 milliards de dinars est prévu dans le projet de loi de finances 2026 (6,1% du PIB attendu). L’agence a estimé « que le financement de la BCT devrait prendre fin en 2027, compte tenu de l’absence d’importants remboursements de dettes externes ».

Sur un autre registre, elle a estimé que les pressions inflationnistes demeurent limitées, tablant sur une hausse modérée de l’inflation moyenne, qui atteindra 5,7% en 2026, avant de redescendre à 5% en 2028, un niveau nettement inférieur à la moyenne de 8,3% enregistrée entre 2022 et 2024.

Pour ce qui est du taux de change effectif réel de la Tunisie, elle a rappelé que le FMI a fait état de son appréciation de 24% entre 2019 et 2025, grâce à une stabilité générale du taux de change nominal par rapport aux principales devises et à un différentiel d’inflation positif important avec ses partenaires commerciaux.

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Enrayage du taux d’inflation : l’Etat fait de son mieux, mais d’autres intervenants sont tenus de se surpasser

Von: tmps
09. September 2026 um 08:25

Par Kamel ZAIEM

Après quelques mois de stabilité et même de recul, le taux d’inflation est reparti légèrement à la hausse en août 2026 (5,4%) après 5,1% en juillet, poussénotamment par une accélération des prix de l’alimentation qui progressent de 7,8% sur un an. Toutefois, cette légère hausse ne doit pas trop inquiéter car la politique économique du pays tend toujours à stabiliser ce taux et à contenir les prix, une action qui exige, en plus des efforts de l’Etat, un meilleur engagement de la part de toutes les parties concernées, notamment les banques…

Le taux d’inflation a atteint 5,4% au mois d’août 2026, contre 5,1%, en juillet 2026. Cette hausse est expliquée par l’accélération du rythme de progression des prix du groupe «Alimentation» (7,8% en août 2026 contre 6,8% en juillet 2026), des prix du groupe «Boissons et eaux minérales» (3,7% en août 2026 contre 3,1% en juillet 2026), ainsi que par la hausse des prix du groupe «Santé» (3,4% en aout 2026 contre 2,7% en juillet 2026), a annoncé l’Institut National de la Statistique (INS), dans une note publiée samedi dernier.

En glissement annuel, les prix du groupe «Alimentation et boissons» ont augmenté de 7,5%, suite à l’accroissement des prix de la viande de volaille de 16,5%, de la viande ovine de 14,7%, des fruits de 14,4%, de la viande bovine de 13,6% et du poisson frais de 10,9%. Les prix des huiles alimentaires ont, cependant, diminué de 4,3%

En ce qui concerne les services, leurs prix ont enregistré une progression de 4,3% sur un an. Elle est due principalement à l’augmentation des prix des services d’hébergement de 15,6%.

L’Institut a précisé, en outre, que le taux d’inflation sous-jacente (hors produits alimentaires et énergie) a connu, au mois d’août 2026, une légère hausse pour s’établir à 4,9%, contre 4,8% au mois de juillet 2026. Pour ce qui est des prix des produits libres (non encadrés), ils ont augmenté de 6,5% sur un an, alors que les prix des produits encadrés ont évolué, quant à eux, de 1,3%.

Le suivi constant du Président de la République

Il est vrai que toute hausse, aussi limitée soit-elle, inquiète un tant soit peu, mais il faut rappeler que ce taux dépassait les 6% il y a moins d’une année et il semble beaucoup plus contrôlable ces derniers mois.

C’est que le Président de la République, Kaïs Saïed,met toujours en avant une politique de souveraineté et du «compter-sur-soi» pour stabiliser les grands équilibres et contenir les prix, tout en appelant régulièrement les autorités monétaires et gouvernementales à intensifier les efforts pour réduire l’impact de la cherté de la vie.

Suivant de très près le mouvement de ce taux très significatif, Kaïs Saïed n’hésite pas, à chaque fois que le taux tend à s’élever, à appeler à œuvrer davantage pour le réduire et pour consolider les réserves en devises.

«Les réserves en devises indiquent les prémices d’une relance de l’économie tunisienne, dont les retombées devraient bénéficier à tous», dit-il souvent.

Le Chef de l’Etat insiste également sur «la nécessité pour toutes les banques, publiques et privées, de s’engager dans l’effort national visant à stimuler l’investissement et à simplifier les transactions financières».

Entre satisfaction et interrogations

Malgré une croissance de 2,5%, une inflation maîtrisée, des réserves en devises en hausse et le remboursement des dettes dans les délais, les Tunisiens ne perçoivent toujours pas les retombées de ces performances économiques. C’est ce que pensent les citoyens, confrontés chaque jour à la fièvre des prix de certains produits essentiels de consommation. Kaïs Saïed partage, pour sa part, ce même constat et il l’a exprimé lors de sa récente rencontre avec le Gouverneur de la Banque centrale de Tunisie (BCT).

A ce propos, il a rappelé que la Banque centrale bénéficie d’une autonomie monétaire tout en étant soumise aux politiques étatiques. Tout en mettant en avant le contrôle de l’inflation comme preuve des choix nationaux efficaces et en appelant à intensifier les efforts pour de meilleurs résultats. A cet égard, il a déclaré : «La BCT demeure soumise aux orientations de l’État et doit contribuer au soutien de l’économie nationale».

«Les performances affichées par l’économie tunisienne ne suffisent pas si elles ne se traduisent pas par une amélioration du quotidien des citoyens». C’est le message plein de responsabilité et de réalisme qu’a délivré le Président de la Républiquequi a réaffirmé le rôle de la Banque centrale dans le soutien à l’économie nationale, estimant que la Tunisie avait démontré la pertinence de ses choix nationaux à travers plusieurs indicateurs économiques favorables.

Tout en saluant ces résultats, Kaïs Saïed a reconnu qu’ils ne se reflétaient pas encore dans la vie des Tunisiens. Il a souligné que la population n’avait pas bénéficié de ces performances, ayant surtout supporté les charges liées à l’endettement.

Pour le Chef de l’État, les indicateurs macroéconomiques ne constituent pas une finalité. Leur véritable valeur réside dans leur capacité à produire des effets concrets sur les conditions de vie des citoyens, dans toutes les régions du pays.

Il a ainsi insisté sur le fait que les résultats économiques ne prennent tout leur sens que lorsqu’ils sont ressentis par les Tunisiens dans leur quotidien, au-delà des chiffres et des statistiques.

La baisse ne reflète pas la réalité du quotidien

En Tunisie, malgré un léger repli du taux d’inflationces derniers mois, à l’exception du mois d’août, le pouvoir d’achat des ménages demeure fortement sous pression. Comme l’a expliqué Elyès Asmi, directeur central des statistiques de la conjoncture et des études économiques à l’Institut national de la statistique (INS).

Le taux d’inflation annoncé chaque mois correspond en effet à une moyenne nationale, qui ne traduit pas les disparités entre les profils de consommation. Tandis que certains foyers consacrent une part importante de leur budget à l’alimentation, d’autres sont davantage affectés par les coûts de l’éducation, du transport ou de l’énergie. Pour établir ces indicateurs, l’INS procède à plus de 120.000 relevés mensuels de prix sur l’ensemble du territoire, couvrant divers secteurs.

Les prix stables sont observés chaque mois, tandis que ceux sujets à de fortes fluctuations, comme les fruits et légumes, font l’objet d’un suivi quotidien. Les agents de l’institut, équipés de tablettes et d’un système d’alerte automatisé, veillent à la fiabilité des données avant d’élaborer le calcul final du niveau général des prix.

C’est dire que ce taux d’inflation occupe une place de choix dans le travail de l’INS pour mieux informer le citoyen et surtout pour mieux orienter le travail du gouvernement qui doit tout prendre en considération pour établir une politique efficace des prix qui tienne compte du pouvoir d’achat du citoyen. Le Président de la République l’a compris et n’a jamais cessé d’appeler à faire profiter ce citoyen de la baisse éventuelle du taux d’inflation pour qu’il ne reste pas un simple chiffre à classer dans les tiroirs des ministères concernés.

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Textile et habillement : un secteur stratégique pour l’investissement, l’exportation et l’emploi en Tunisie

Von: tmps
04. September 2026 um 13:45

« Le secteur du textile et de l’habillement a contribué à la réalisation des équilibres économiques et sociaux, ainsi qu’à la promotion de l’investissement, de l’exportation et de l’emploi », a souligné jeudi le ministre de l’Équipement et de l’habitat, chargé de la gestion du ministère de l’Industrie, des mines et de l’énergie, Salah Zouari, mettant l’accent sur la capacité de résilience du secteur face aux mutations profondes enregistrées ces dernières années sur les marchés internationaux.

Intervenant lors de l’ouverture des travaux d’une conférence internationale intitulée « Construire une chaîne de valeur textile plus résiliente, compétitive et durable dans l’espace euro-méditerranéen « , organisée à Tunis, Zouari a indiqué que le secteur occupe la deuxième place dans les industries manufacturières exportatrices, après les industries mécaniques et électriques, représentant environ 16 % du total des exportations de ces industries.

Il a rappelé, dans ce contexte, que les exportations du secteur du textile et de l’habillement ont atteint 9 069 millions de dinars (MD) à la fin de l’année 2025, avec un taux de couverture de 127 %, selon un communiqué publié jeudi par le ministère de l’Industrie.

Il a également précisé que le secteur compte plus de 1 400 entreprises industrielles et génère environ 146 000 emplois.

Le ministre a relevé que la Tunisie dispose d’une base industrielle développée et de compétences humaines qualifiées et expérimentées dans le domaine du textile et de l’habillement. Cela permet au pays de poursuivre le développement de ce secteur et de créer une forte valeur ajoutée, notamment dans des domaines prometteurs tels que le textile technique, les technologies propres et la digitalisation, a-t-il précisé.

Dans ce contexte, Zouari a souligné la capacité de la Tunisie à répondre aux exigences du marché européen et à renforcer son positionnement dans de nouveaux marchés.

Il a ajouté que les services du ministère œuvrent, dans le cadre des grandes orientations de la Stratégie nationale de l’industrie et de l’innovation, à fournir des mécanismes d’appui et d’accompagnement au profit des entreprises actives dans le secteur. Cela se traduit notamment par le programme de mise à niveau industrielle (PMN), les investissements technologiques prioritaires, les programmes de restructuration financière ainsi que d’autres mécanismes visant à moderniser les équipements, améliorer la productivité et renforcer la compétitivité.

Cette conférence internationale s’est déroulée en présence de l’ambassadeur de l’Union européenne (UE) en Tunisie, Giuseppe Perrone, des ambassadeurs d’Allemagne, d’Italie, des Pays-Bas et de Suisse, aux côtés du président de la Confédération européenne du textile et de l’habillement (EURATEX), Mário Jorge Machado, et du président de la Fédération tunisienne du textile et de l’habillement (FTTH), Haïthem Bouagila.

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Le demi-monde : quand les pays riches fabriquent leurs pauvres

Von: tmps
25. August 2026 um 09:00

Par Jamel BENJEMIA

On a longtemps considéré que la cartographie de la pauvreté relevait d’une évidence. D’un côté, le monde dit avancé, de l’autre, celui qui ambitionnait de le rejoindre. Le Nord et le Sud. Puis s’est imposée, sous la plume d’Alfred Sauvy en 1952, la catégorie du tiers-monde, avant que le père Joseph Wresinski, fondateur d’ATD Quart Monde, n’offre à la grande pauvreté une autre visibilité et une autre appellation : le quart-monde, cette misère tapie au cœur même des sociétés d’abondance.

Au cœur de certaines des nations les plus riches surgissent aujourd’hui des scènes que l’ancien lexique peine à saisir : files d’attente devant les banques alimentaires, salariés demeurant pauvres malgré l’emploi, familles étranglées par le coût du logement, étudiants rationnant leurs repas, retraités arbitrant entre se chauffer et se nourrir, personnes à la rue dormant à quelques pâtés de maisons des vitrines du luxe.

Il suffit parfois de quelques stations de métro pour passer d’une topographie de l’opulence à un tout autre pays.

Or ces États ne sont ni démunis ni économiquement défaillants.  Leurs économies pèsent des milliers de milliards, leurs entreprises opèrent sur tous les continents, leurs universités recrutent les élites mondiales.    Comment désigner une telle contradiction ? Peut-être convient-il de risquer un troisième terme : le demi-monde. 

Le mot n’est pas vierge. En 1855, Alexandre Dumas fils donnait à voir, dans Le Demi-Monde, un milieu gravitant autour de la richesse, du pouvoir et de leurs codes. Plus d’un siècle et demi plus tard, les salons ont changé, les couloirs aussi. Les courtisans, eux, n’ont pas disparu.

Dans ce nouveau sens, le demi-monde désignerait ces nations suffisamment riches pour être classées parmi les économies développées, mais assez fracturées pour qu’une partie de leur population ait cessé d’en partager effectivement la prospérité. 

 

Riches, certes, mais prospères pour qui ?

Le produit intérieur brut sait compter. Il sait moins bien raconter. Il additionne ce qu’une nation produit, échange, construit. Mais entre ses colonnes disparaît souvent l’essentiel : la manière dont cette richesse atteint, ou n’atteint plus, la vie ordinaire.

Une moyenne flatteuse peut parfaitement résulter de la cohabitation d’un milliardaire et de mille travailleurs précaires.

C’est ici que s’enracine le malentendu.

Durant des décennies, l’augmentation de la richesse nationale a été tenue pour l’indice le plus sûr de l’amélioration du sort commun. La métaphore de la marée qui soulève tous les bateaux semblait aller de soi. Elle portait en elle la promesse du ruissellement : la richesse créée au sommet devait, tôt ou tard, descendre les étages de la société, relever les revenus et irriguer jusqu’aux plus modestes.

Cette mécanique s’est enrayée.

Dans plusieurs économies développées, l’emploi ne protège plus nécessairement de la vulnérabilité. L’appartenance aux classes moyennes ne garantit plus la possibilité d’épargner. De nombreux ménages, sans être statistiquement pauvres, vivent désormais au voisinage du basculement. Leur équilibre tient moins à un niveau de vie assuré qu’à l’absence d’accident.

La ligne de fracture de la pauvreté ne sépare donc plus uniquement des ensembles nationaux. Elle traverse désormais les nations elles-mêmes.

C’est peut-être là que les mots nous trompent. La richesse dit ce qu’un pays possède, la prospérité, ce que ses habitants peuvent réellement en vivre.

Entre les deux s’est ouvert un espace.

C’est là que s’installe le demi-monde.

 

Lorsque l’abondance côtoie le manque

Il faut éviter les raccourcis. La pauvreté observée à Paris, Londres ou New York n’est pas assimilable à celle de régions privées d’eau potable, de soins essentiels ou d’infrastructures de base.

Le scandale propre au demi-monde relève d’une autre logique : il tient à l’écart entre les ressources disponibles et les garanties effectivement offertes à chacun.

Quand une économie souffre de rareté, celle-ci explique pour partie la misère. Lorsque, au contraire, l’opulence et le dénuement partagent le même espace, parfois la même rue, la question se déplace. Il ne s’agit plus de demander combien possède la société, mais comment elle organise ce qu’elle possède.

Un pays peut accumuler des actifs tandis que sa cohésion s’érode, multiplier les fortunes privées tout en fragilisant ses classes moyennes, ériger des tours étincelantes tandis qu’à leur pied s’enracine le sentiment d’une prospérité devenue hors de portée.

Le demi-monde n’est donc ni le tiers-monde ni le quart-monde. Il est le paradoxe d’une société où la pauvreté perdure alors même que les moyens de la réduire existent.

Et cet avertissement ne concerne pas les seules démocraties occidentales.

Les pays qui ambitionnent de rejoindre le cercle des économies développées gagneraient à ne pas se demander seulement quand ils deviendront riches, mais quelle société ils entendent bâtir avec cette richesse.

Car un État peut franchir le seuil de la richesse bien avant que son peuple n’atteigne celui de la prospérité.

 

L’impôt et ses antichambres

Toute inégalité n’est pas nécessairement une injustice. La créativité, la prise de risque propre à l’entrepreneuriat, l’excellence technique, l’effort soutenu ou la rareté d’une expertise peuvent, à bon droit, engendrer des écarts de rémunération.

L’inégalité change pourtant de nature lorsqu’elle ne procède plus seulement de la création de valeur, mais aussi de la capacité inégalement répartie à peser sur les règles de son partage. 

C’est à ce point que l’impôt devient une affaire éminemment politique.

Devant l’impôt, tous les citoyens sont égaux en droit. Ils le sont beaucoup moins en moyens.

À mesure que les patrimoines s’accroissent, les instruments se sophistiquent : holdings, arbitrages d’actifs, choix de juridictions, optimisation et conseil fiscal sur mesure. 

Ces dispositifs n’ont rien, en eux-mêmes, d’illégal. La difficulté tient moins à la fraude qu’à l’asymétrie des moyens que les contribuables peuvent mobiliser face à la norme fiscale.

Et voici la dette. Elle entre dans l’histoire comme une créancière silencieuse : avant même que l’État ne décide ce qu’il fera de ses recettes, une part du lendemain appartient déjà au passé. Plus son poids augmente, plus se resserre l’espace où arbitrer entre école, santé, investissement et protection sociale. La dette ne fabrique pas le demi-monde. Mais lorsqu’elle étrangle les marges publiques, elle peut en approfondir les fissures.

L’épisode français de la taxe dite «Zucman», inspirée des travaux de l’économiste et traduite dans une proposition d’impôt plancher de 2% sur les patrimoines supérieurs à 100 millions d’euros, a cristallisé cette tension.

Reste une question : jusqu’où demander davantage à ceux qui ont le moins de moyens pour organiser leur contribution, lorsque les détenteurs des patrimoines les plus considérables peuvent, eux, mobiliser expertises juridiques et réseaux d’influence pour défendre leurs intérêts ?

L’impôt ne se réduit alors plus à un barème, il engage la question du consentement.

Un citoyen accepte difficilement qu’une règle se veuille commune si, au moment d’être appliquée, elle semble s’ouvrir par plusieurs portes.

 

Les demi-mondains d’aujourd’hui

C’est ici qu’Alexandre Dumas fils réapparaît dans notre imaginaire collectif.

Le Demi-Monde de Dumas avait ses courtisans, ses antichambres et tout un microcosme aimanté par la richesse.

Le XXIe siècle s’est doté de ses propres médiateurs : lobbyistes, consultants, conseillers, fiscalistes. Leurs fonctions sont légitimes et souvent indispensables. Il va de soi que tous ne travaillent pas au bénéfice des plus puissants.

Seulement voilà : toutes les voix ne parlent pas à la même distance du pouvoir.

Le retraité n’a pas d’antichambre. Le salarié n’a pas de cabinet pour recomposer son impôt. Le travailleur pauvre, lui, n’a guère d’actifs à déplacer d’une juridiction à l’autre.

Certaines grandes fortunes peuvent, en revanche, réunir autour d’elles les meilleures expertises afin de préserver les conditions de leur enrichissement.

À l’autre extrémité, des ménages ne se demandent plus comment accroître ce qu’ils possèdent, mais comment préserver ce qu’ils risquent de perdre : leur autonomie, leur sécurité, parfois simplement leur place dans la société.

C’est là que le demi-monde révèle sa véritable fracture : non parce que l’existence des riches constituerait une nouveauté, mais parce que l’enrichissement fulgurant des uns et l’appauvrissement éprouvé des autres finissent par apparaître comme deux mouvements contraires d’un même mécanisme d’horlogerie.

Dumas décrivait les demi-mondains qui évoluaient dans l’orbite des riches.

Notre époque a peut-être inventé ceux qui veillent à ce qu’ils le restent.

Et c’est peut-être là la définition contemporaine du demi-monde : un pays suffisamment riche pour ne plus pouvoir expliquer ses pauvres par son manque de ressources, mais pas encore assez juste pour empêcher que la prospérité se fracture entre eux.



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