Normale Ansicht

Es gibt neue verfügbare Artikel. Klicken Sie, um die Seite zu aktualisieren.
Heute — 01. Mai 2026Haupt-Feeds

De la résistance au streaming : Dhia Bousselmi décrypte l’empire du rap tunisien

01. Mai 2026 um 09:00

Des trottoirs poussiéreux du Bronx aux enceintes saturées des quartiers populaires tunisiens, le rap a transcendé son statut de curiosité marginale pour s’ériger en un véritable empire culturel et économique. À l’occasion de la parution de son essai en langue arabe aux éditions Pop Libris, intitulé Musique des profondeurs et du fracas : Les pérégrinations du rap, des rues américaines aux quartiers tunisiens, Dhia Bousselmi analyse trente ans d’une métamorphose fulgurante. Présenté lors d’une première séance de dédicace le 26 avril 2026 à la Foire internationale du livre de Tunis, cet ouvrage explore les tensions permanentes entre contre-culture séditieuse et hégémonie commerciale. Dans un entretien accordé à L’Économiste Maghrébin, l’auteur décrypte les paradoxes d’un genre musical qui, au-delà du rythme, a profondément redéfini l’identité de la rue et les codes de la jeunesse contemporaine.

L’auteur de l’ouvrage confie que sa démarche scripturale repose sur une triple motivation fondamentale. Tout d’abord, ce projet s’inscrit dans la continuité d’un engagement intellectuel au long cours, l’auteur consacrant ses écrits au rap depuis 2015, période durant laquelle la genèse de ce livre a commencé à mûrir au sein de ses réflexions. À cette inclinaison personnelle s’ajoute une nécessité historique puisque ce genre musical n’avait, jusqu’alors, fait l’objet d’aucun ouvrage de référence dans le monde arabe, une lacune que l’écrivain a souhaité combler en documentant et en analysant rigoureusement le phénomène. Enfin, la portée de son travail réside dans une approche journalistique et analytique inédite, offrant une lecture profonde d’un genre dont l’évolution demeure intrinsèquement liée aux soubresauts politiques et aux mutations sociales de la Tunisie.

Notre invité bouscule d’emblée les idées reçues en précisant que le rap tunisien n’a pas émergé au sein des quartiers populaires mais plutôt dans des milieux privilégiés à l’aube des années quatre-vingt-dix. Il  invoque le parcours pionnier de Slim Larnaout, fils de l’illustre acteur Mahmoud Larnaout, qui importait cette culture depuis sa chambre d’el Menzah par l’intermédiaire de MTV et du satellite. L’auteur souligne qu’à cette époque, le rap était perçu comme une hérésie artistique, à tel point que l’administration tunisienne ignorait la signification même du terme lors du traitement des demandes de cartes professionnelles. Slim Larnaout a néanmoins marqué l’histoire en signant la bande originale du film Miel et Cendres, œuvre dans laquelle il figurait également, tout en assurant les premières parties de figures internationales telles que Coolio ou MC Solaar sur les scènes de Carthage et de Paris.

La structuration des collectifs face à la répression

L’émergence d’une dynamique collective a ensuite succédé aux trajectoires individuelles sous l’impulsion de collectifs emblématiques comme Filozof, emmené par Ferid El Extranjero, Arab Clan ou encore Wled Bled, dont Balti fut l’un des membres fondateurs. L’essayiste relate une anecdote édifiante concernant le groupe T-Man et son cofondateur DJ Danger, expliquant qu’en l’absence de cadres contractuels formels, les rappeurs se voyaient parfois contraints de racheter leurs propres disques dans le commerce après les avoir enregistrés sans aucune garantie. L’année 2005 est identifiée comme un pivot politique fondamental avec la parution du titre Abad fi Tarkina de Ferid El Extranjero, morceau qui a provoqué le basculement du rap d’une chronique sociale vers une contestation frontale s’attaquant au système sécuritaire. Notre invité interprète cette période comme le triomphe des mots de la rue sur la langue de bois de Ben Ali, singulièrement lorsque 2010 fut proclamée année de la jeunesse, tandis que le réseau des Publinets et le portail mac125 permettaient la diffusion des œuvres malgré la surveillance du ministère de l’Intérieur qui multipliait les violences envers Balti ou DJ Danger.

Le rôle du rap dans le tumulte révolutionnaire

Revenant sur les bouleversements de 2011, l’écrivain apporte une nuance historique essentielle afin d’éviter tout raccourci simpliste. Si la chanson Rayes Le Bled d’El Général a bénéficié d’un écho planétaire au point de figurer dans le classement des personnalités les plus influentes du magazine Time, l’auteur récuse l’idée d’une révolution exclusivement impulsée par le rap. Il explique que ce genre musical a agi en synergie avec d’autres forces sociales, à l’instar de la révolte du bassin minier en 2008 durant laquelle des blogueurs comme Lina Ben Mhenni utilisaient des pistes de rap pour illustrer des séquences de répression policière. L’auteur insiste sur le fait que le rap constituait un affluent parmi d’autres ayant irrigué le mouvement menant à la chute du système, avant de subir une tentative de récupération massive lors des scrutins de 2014. Il mentionne alors le ralliement d’El Général à Moncef Marzouki, l’engagement de Psycho-M auprès d’Ennahdha ou encore l’usage opportuniste du succès Houmani de Hamzaoui et Kafon par Nidaa Tounes, illustrant une classe politique prête à tout pour briser la fracture avec la jeunesse.

Entre l’écran de cinéma et les nouveaux circuits de diffusion

Le septième art constitue également un terrain d’expression que Dhia Bousselmi analyse avec minutie, rappelant que les cinéastes furent les premiers à accorder de la crédibilité à ce mouvement. Il cite les collaborations entre Balti et Dali Nahdi pour Le Projet, le travail de Marwen Meddeb sur Croque-monsieur, ainsi que les films Making Of de Nouri Bouzid, Cinecittà d’Ibrahim Letaïef ou Le Prince avec Abdelmonem Chouayet. Il regrette néanmoins que la cinématographie nationale n’ait pas davantage suivi la méthodologie de Spike Lee, malgré la présence de comédiens talentueux comme Hamzaoui dans Vent du Nord ou Issam Abssi. Aujourd’hui, le paysage semble scindé entre un rap mainstream assujetti aux impératifs du streaming et une scène underground qui persiste comme un sanctuaire de résistance artistique. Pour l’auteur, après trois décennies d’existence, le rap tunisien demeure une entité plurielle dont la force réside dans sa capacité à osciller entre l’industrie du divertissement et la préservation de son essence séditieuse originelle.

L’article De la résistance au streaming : Dhia Bousselmi décrypte l’empire du rap tunisien est apparu en premier sur Leconomiste Maghrebin.

❌
❌