Place de l’Indépendance – Un haut lieu des événements du 9 avril 1938
Alors que la Tunisie commémore en ce jour du 9 avril 2026 le 88ème anniversaire de la fête des martyrs, il est bon de se rappeler l’importance d’un lieu symptomatique de la lutte pour l’Indépendance : la place de l’Indépendance. C’est en ce lieu qu’Ali Belhaouane, un des grands militants du Néo-Destour, dont le nom est largement associé aux événements du 9 avril 1938, prend la parole, face à quelque 8 000 personnes, pour prononcer cette phrase restée dans l’Histoire : « Maintenant, c’est la lutte sans fin […] Que la police et l’armée se servent de leurs armes si elles veulent et on verra de quoi le peuple sera capable ».
Parmi les photographies qui immortalisent les événements du 9 avril 1938, plus connus sous le nom de “fête des martyrs“, celle qui montre un attroupement de Tunisiens face à la Cathédrale Saint-Vincent de Paul, sur l’actuelle avenue Habib-Bourguiba, est, sans doute, la plus répandue. La foule brandissait de nombreuses banderoles, dont l’une demandait à ce que « le pouvoir » soit « aux Tunisiens ». Un moment d’histoire qui est restée dans le souvenir de tous nos compatriotes.
La photographie, que nous reproduisons dans cet article consacré à l’un des plus importants événements de l’histoire du mouvement national, permet facilement de reconnaître le lieu : l’actuelle place de l’Indépendance et ancienne place de la résidence. Un nom qui a été évidemment donné à cette place qui abritait, avant le 20 mars 1956, le bâtiment accueillant les services de la Résidence générale de France à Tunis. Et qui abrite aujourd’hui l’ambassade de France.
Outre la façade de la cathédrale de style romano-byzantin, divisée en trois parties et qui n’a pas bougé d’un iota, beaucoup reconnaîtront, sans doute, les lieux grâce aussi aux quelques longs palmiers imposants.
Ali Belhaouane fait face à quelque 8 000 personnes
Le lieu est symptomatique de la lutte pour l’indépendance de la Tunisie. Notre confrère Jeune Afrique a du reste écrit, dans un article publié en 2023, que les événements du 9 avril 1938 constituaient « un premier pas de la Tunisie vers l’indépendance ». On se souvient que le bilan était bien lourd : 22 morts et près de 150 blessés.
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En fait, la photographie a été prise la veille du 9 avril 1938. Le 8 avril 1938 ont eu effectivement lieu une grève générale et une première manifestation. C’est sur cette place de la résidence qu’Ali Belhaouane (notre photo), un des grands militants du Néo-Destour, dont le nom est largement associé aux événements du 9 avril 1938, prend la parole, fait face à quelque 8 000 personnes, pour prononcer dette phrase restée dans l’Histoire : « Maintenant, c’est la lutte sans fin […] Que la police et l’armée se servent de leurs armes si elles veulent et on verra de quoi le peuple sera capable » (voir “Anissa El Materi Hached, Mahmoud El Materi : pionnier de la Tunisie moderne“, Paris, Les Belles Lettres). Il sera emprisonné le lendemain.
Des places et lieux qui ont marqué l’Histoire en tant qu’épicentre de combats politiques, la Tunisie en a eu beaucoup. Dans un mémoire de master en architecture, soutenu en 2019, à l’École nationale supérieure d’architecture (ENSA) de Nantes (France), Sarra Baccouche évoque, par exemple, ces lieux où la révolution tunisienne de 2011 a fleuri.
« Et ils campent aussi sur leur position »
On peut y lire : « Depuis dimanche 23 janvier 2011, la jolie place de La Kasbah à Tunis, celle du gouvernement, a été désacralisée pour devenir une agora. Les Tunisiens de l’intérieur, qui ont payé un lourd tribut humain dans la révolte contre le régime de Ben Ali, campent au cœur du symbole de l’exécutif. Et ils campent aussi sur leur position ».
Et Sarra Baccouche d’ajouter : « Le choix de la place et son occupation n’étaient pas anodins. Investir La Kasbah signifiait la réappropriation de l’espace public confisqué, à l’image des idéaux démocratiques où la représentativité politique n’interdit ni n’interroge le pouvoir ni prend en compte les exigences du Peuple ».
On peut parler autant des marches du Théâtre de la Ville de Tunis sur l’avenue Habib-Bourguiba, appelé un temps place de la Révolution. Ou encore, toujours sur cette avenue Bourguiba, de la Tour de l’horloge, sur l’ancienne avenue 7-Novembre débaptisée pour être appelée place 14 janvier 2011.
Autant dire que la place de l’Indépendance aura été, peut-être, une précurseure !
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