Le Kef : voici comment YAZ veut lutter contre le chômage des diplômés
Le Kef — Face au chômage persistant des jeunes diplômés dans les régions intérieures, une initiative locale tente de rebattre les cartes. Porté par Association Cirta pour la culture et la jeunesse, le projet YAZ propose de transformer le patrimoine culturel amazigh en moteur d’innovation économique, grâce aux industries créatives numériques. Son ambition : faire émerger dans le gouvernorat du Kef une nouvelle génération de « Digital Fashion Creators », capables de conjuguer identité territoriale et marchés internationaux.
Il faut souligner qu’en Tunisie le chômage des jeunes diplômés demeure l’un des défis socio-économiques majeurs, avec une acuité particulière dans les régions intérieures comme le gouvernorat du Kef. Faible diversification économique, mobilité réduite, raréfaction des investissements : les contraintes structurelles limitent les perspectives d’insertion professionnelle.
A cet égard, les jeunes femmes sont particulièrement exposées, cumulant obstacles d’accès au marché du travail et manque d’opportunités adaptées à leurs compétences. Dans ce contexte, les dispositifs classiques d’employabilité peinent à produire des résultats durables. C’est précisément sur ce terrain que le projet YAZ entend innover, considérant que le chômage n’est pas une fatalité.
Quand patrimoine amazigh et économie numérique se rencontrent
L’originalité de YAZ réside dans la convergence qu’il opère entre la valorisation culturelle et les compétences digitales avancées. En s’appuyant sur les industries culturelles et créatives – souvent regroupées sous le concept d’« économie orange » -, le projet transforme la richesse patrimoniale locale en ressource économique.
Au cœur du dispositif : le métier émergent de Digital Fashion Creator. À l’intersection du design, de la création artistique et des technologies numériques, cette spécialisation ouvre l’accès à des marchés globaux tout en préservant l’ancrage identitaire. Les participantes sont formées à la conception digitale, à la modélisation et aux outils de création numérique, avec une orientation assumée vers le freelancing et la collaboration à distance. Avec un objectif clair : inscrire les bénéficiaires dans les dynamiques internationales du travail créatif, sans les contraindre à l’exode.
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Au-delà d’un simple programme de formation, YAZ revendique une transformation des trajectoires professionnelles. L’approche privilégie l’autonomisation économique par l’entrepreneuriat et l’acquisition de compétences transférables.
Dans un marché du travail marqué par la digitalisation accélérée, les industries créatives numériques occupent une place croissante. En positionnant les jeunes du Kef sur ces segments porteurs, le projet entend dépasser les logiques d’assistance pour installer une dynamique de création de valeur.
Une alliance institutionnelle pour ancrer le projet
Le projet s’inscrit dans une dynamique collaborative impliquant plusieurs acteurs. Outre l’Association Cirta pour la Culture et la Jeunesse, YAZ bénéficie du soutien technique et financier de la Coopération suisse.
À l’échelle nationale, un partenariat opérationnel a conclu avec Agence nationale pour l’emploi et le travail indépendant (ANETI), afin d’assurer un ancrage institutionnel et un accompagnement structuré des bénéficiaires.
Cette logique multi-acteurs vise à consolider un écosystème local favorable à l’innovation, condition essentielle à la durabilité du projet.
Un modèle exportable vers d’autres régions ?
Au-delà du Kef, YAZ ambitionne de devenir un modèle reproductible dans d’autres territoires confrontés à des défis similaires. En articulant inclusion économique, valorisation du patrimoine et transformation numérique, l’initiative esquisse une alternative aux schémas traditionnels de développement régional.
La question demeure toutefois centrale : cette hybridation entre culture et numérique peut-elle s’imposer comme levier structurel de croissance au Kef mais aussi au niveau national ?
Si sa viabilité à long terme se confirmait, YAZ pourrait contribuer à repositionner les industries culturelles et créatives au cœur des stratégies nationales d’employabilité. Une perspective qui, dans une Tunisie en quête de nouveaux moteurs de développement, mérite une attention soutenue.
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