Atuge 2026 | La culture dans l’assiette
Pour sortir la Tunisie de sa torpeur, la solution ne serait pas de passer directement par la politique ou le militaire ou la voie religieuse. L’intervention serait davantage à encourager dans le domaine culturel, éducatif, économique puis financier. Face à l’obscurantisme et à l’inopérance des partis politiques, des actions dans ces domaines parviendront-elles à créer une Tunisie des Lumières ?
Jean-Guillaume Lozato

Un cadre solennel mais une ambiance décontractée pour un après-midi studieux. C’est dans son enclave parisienne que l’Association des Tunisiens des grandes écoles a organisé sa journée spéciale «Open’Atuge 2026». C’est par un bien sinistre après-midi, que l’Atuge a rendu une éclaircie dans l’espace intellectuel et associatif parisien. Paris connue pour être «la ville lumière» doit, c’est le cas de le dire, une fière chandelle à une association qui relève le niveau général d’un paysage événementiel francilien gangréné par l’opportunisme intellectuel et les procédés abjects des influenceurs/ceuses.
Dans ce havre de paix assimilable à une principauté tunisienne qu’est l’édifice de la Cité Universitaire Internationale de Paris, l’événement a suivi une tournure plus pédagogique que véritablement promotionnelle. Ce traitement informatif des actions menées et à venir s’est opéré en parfait accord avec l’esprit qui imprègne les membres. C’est-à-dire la mise en avant de l’importance du bagage culturel et éducatif acquis lors du parcours d’études de chaque individu. C’est-à-dire un enracinement profond dans le substrat du pays d’origine. C’est-à-dire une constante recherche de l’excellence et du renforcement des contacts en vue d’une mutualisation.
L’avantage d’un triple regard
Tout ceci au cours d’une présentation à la fois cérémoniale et conviviale. Une tonalité rendue possible par la présidente de l’association, Ines Trojette, dont la prestance remarquée par l’assemblée présentait parfois quelques similarités avec le jeu de l’actrice Monica Bellucci. Grâce aussi à l’aide précieuse de ses deux plus proches collaborateurs, qui assurent la vice-présidence : Basma Farhoud, à l’indispensable polyvalence et à la bonne humeur si communicative, et Houcem Ben Jemaa si à l’aise dans son rôle d’attaché culturel.
Cette mise en condition a permis au public de se tenir informé immédiatement des perspectives proposées par l’Atuge.
La force de cette association, c’est d’abord l’homogénéité de son réseau. Une toile tissée à partir d’un épicentre extrêmement bien défini par le civisme national, consolidé par l’affiliation consciente à la diaspora.
Vient la diversité des angles de vue proposés. La compartimentation de cette organisation à but non lucratif propose en effet des tables rondes variées grâce à ses clubs : finance, entrepreneuriat, culture, digital, féminin, santé, carrière, business connect, break, BDE… Un panel d’offres qui témoigne de la force créatrice d’un noyau fort d’expatriés bénéficiant de l’avantage d’un double regard. D’un triple regard, si l’on reprend les propos passés de l’ancienne présidente du bureau de Paris Rihab Hafidhi en référence aux trois antennes associatives (à Londres, Paris et Tunis).

Transformer les inconvénients en challenges
C’est justement dans les échanges formels et informels que le phénomène puise ses ressources. Dans un public où s’entrecroisaient dans de justes proportions conservatisme et laïcité. Chez les interlocuteurs rencontrés ici et là, les interrogations voire les angoisses se sont exprimées. Pas tellement sur le plan de la politique intérieure. Plus sur les lenteurs bureaucratiques et sur la géopolitique. Un frein qui empêcherait des contacts avec des investisseurs étrangers.
«Ce genre de rencontres sont justement le prétexte de découvrir et de nous faire découvrir. Le monde doit réaliser que la Tunisie a de plus en plus de jeunes spécialisés dans les technologies de pointe. Que beaucoup se soient expatriés peut se transformer en avantage à condition de leur donner l’envie de revenir», explique avec tout son sens du contact au service de l’expertise Marwen Ben Lamine, gestionnaire principal de la communication interne chez Ooredoo.
Plus loin, c’est Imen Ben Slama, rayonnante spécialiste en ressources humaines chez HR Talent Hub, qui livre son opinion : «Nous, les Tunisiens, aimons apprendre des autres, mais les autres doivent réaliser qu’ils peuvent eux aussi apprendre énormément à notre contact».
Un élitisme reviendrait-il à être constaté à partir de cette réunion parisienne ? Pas exactement puisque l’isolationnisme n’est pas le but recherché. Plutôt la performance d’un écosystème qui se sert de la matière grise très diplômée comme d’un levier, tout en pouvant rassembler les Tunisiens expatriés en général vers des thématiques moins lucratives ou plus prosaïques. Comme en cette journée thématique «La culture dans l’assiette», organisée à l’occasion de la Journée du Patrimoine et axée sur la cuisine tunisienne, le 20 septembre dernier, à la Maison de Tunisie, à Paris, lorsque le directeur du bureau de l’Office du tourisme tunisien (ONT), Lotfi Elmani, et la linguiste Héla Msellati avaient insisté respectivement sur «le tourisme culinaire et gastronomique» et «le plat comme marqueur d’identité». Leur message était de rappeler combien la culture culinaire et artistique tunisienne est un vecteur essentiel de transmission, de fierté et de rayonnement à l’international.
Pour une Tunisie des Lumières
Restituer l’ambiance d’un tel programme de rencontre incite à un témoignage bienveillant tant les considérations d’ordre humaniste ont été mises en avant, bien avant les préoccupations d’ordre strictement économiques.
Pour sortir la Tunisie de sa torpeur, la solution ne serait pas de passer directement par la politique ou le militaire ou la voie religieuse. L’intervention serait davantage à encourager dans le domaine culturel, éducatif, économique puis financier. Face à l’obscurantisme et à l’inopérance des partis politiques, des actions dans ces domaines parviendront-elles à créer une Tunisie des Lumières ?
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