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Louisa Babari: entre antiquités vivantes et modernités berbères

23. Mai 2026 um 10:46

Qui dit Marseille dit Saison Méditerranée, une manifestation qui cherche à dépasser les clichés pour rendre visibles les enjeux contemporains, écologiques, culturels et économiques  et favoriser des formes de coopération durable entre les pays riverains. C’est ce qui ressort des événements clés, lors de ce court séjour à Marseille.  Rencontrée lors de la journée du 16 mai 2026 au Musée d’Art Contemporain de Marseille, Louisa Babari a souligné l’importance de se rappeler des histoires concrètes : patrimoines en mouvement, créations contemporaines. 

Louisa Babari puise son inspiration dans les strates antiques et la minéralité des territoires méditerranéens. Son travail évoque la tribu des Bab présente dès l’Antiquité, mentionnée au IIIe siècle après J.-C. sur une plaque commémorant une victoire romaine et liée à des événements ayant opposé des tribus locales aux légions, et met en lumière les continuités culturelles entre l’Algérie et la Tunisie.

Issue d’une famille paternelle de la région de Constantine, l’artiste rappelle combien les échanges entre l’Est algérien et la Tunisie, notamment à l’époque antique, effacent les frontières modernes.

Pour Louisa Babari, la pierre, la statuaire et la minéralité sont autant de formes qui résonnent avec une esthétique de la modernité « native ». Elle voit la Méditerranée comme un laboratoire de modernité tribale, où les apports berbères se croisent avec les influences romaines, byzantines et pharaoniques, créant une richesse esthétique qui perdure dans les vêtements, la musique, les motifs, les bijoux et les usages quotidiens de certaines communautés.

Son travail cherche à sonder les temps immémoriaux pour interroger le présent. La question reste à savoir: comment le patrimoine antique nous parle-t-il aujourd’hui et quel potentiel artistique offre la Méditerranée ? A cette interrogation, elle nous répond qu’elle s’intéresse à la modernité des formes nord-africaines et africaines, à leurs dialogues avec la statuaire grecque et égyptienne, et aux façons dont ces héritages peuvent nourrir de nouvelles représentations contemporaines.

En somme, Louisa Babari poursuit ce dialogue en confrontant sa production aux formes du patrimoine ancien, en développant de nouvelles manières de représentation et en interrogeant la conservation face aux destructions contemporaines. Artiste active internationalement, elle expose régulièrement, notamment en Afrique, au Qatar (biennale de photographie), aux États-Unis et ailleurs, portant son travail dans des contextes variés pour nourrir ce questionnement méditerranéen.

 

Louisa Babari

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Elias Kurdy, ou l’art qui interroge le monde

20. Mai 2026 um 07:52

Le lancement de la Saison Méditerranée à Marseille les 16 et 17 mai 2026 a porté une émotion profonde : celle d’un dialogue entre les deux rives de la Méditerranée, reliant passé et futur, mais aussi entre ce qui se perd et ce qui s’obstine à demeurer. Parmi les moments forts de cette ouverture, l’exposition Archéologie du futur d’Elias Kurdy au Château de Servières à Marseille se dessine comme un lieu de silence et de résonance. À travers ses sculptures, Elias Kurdy offre bien plus qu’une exposition : une mémoire de son vécu, qui invite avant tout à ressentir, plutôt qu’à simplement comprendre.

Arrivé à Marseille en septembre 2012 pour poursuivre des études d’architecture qu’il avait entamées, Elias raconte exclusivement à l’Economiste Maghrébin avoir obtenu son visa pour la France après un passage prévu à Tunis. Lié au Liban par ses origines, il évoque aussi des liens familiaux et médicaux qui l’attachent à Beyrouth : soigné là-bas en 2009-2010, il garde une dette de gratitude envers les médecins libanais qui ont sauvé son bras.

Son exposition interroge “ l’archéologie du futur”, expression proposée par Jean-Marc Prévost. Pour Elias, il ne s’agit pas tant d’anticiper une archéologie à venir que de repenser collectivement la manière dont on narre l’histoire. Il invite à revoir les représentations familières, par exemple la carte de la Méditerranée, dont l’axe et l’orientation conditionnent notre lecture du monde, afin de briser les images reçues et de permettre à chacun d’inventer sa propre histoire. Selon lui, ces récits individuels peuvent contribuer à construire une histoire collective plus inclusive.

En outre, il souligne que l’art est en grande partie futile. Tout en concluant: “Je crois vraiment que l’art est futile. Je pars de cette pensée‑là et je continue à travailler parce que je ne peux pas faire autre chose. Mais je pense que si mes pièces aident à ouvrir une conversation entre deux personnes à ce sujet, ou par rapport à ce qu’il se passe autour de nous, ou à ce qui s’est passé, ou encore à ce que ces objets signifient pour nous et pour les gens à venir, je suis déjà ravi.”

Une chose est certaine : si ses pièces parviennent à susciter une conversation entre les personnes ou sur le sens des objets pour les générations futures, c’est justement là que l’art trouve sa raison d’être la plus lumineuse.

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Sous la tente, la vie, entre art et survie depuis Gaza

17. Mai 2026 um 20:47

Vivre en paix et travailler sereinement, loin de la guerre. Tels sont les mots de Raed Issa, artiste palestinien rencontré lors du deuxième jour du lancement de la Saison Méditerranée  à Marseille.

Raed Issa n’est pas un témoin ordinaire. Son parcours est marqué par une histoire lourde. Lors de son intervention à l’exposition, il confie avoir quitté Gaza il y a environ un an grâce au programme Pause, après avoir été évacué par le consulat français à Jérusalem. Aujourd’hui, il poursuit sa pratique artistique et culturelle à Marseille.

Dans ce contexte, il nous explique : “ Je participe actuellement à une exposition avec deux œuvres distinctes. La première est une série de dessins réalisés pendant la guerre et le génocide à Gaza, alors que je vivais sous une tente. Ces dessins témoignent directement de cette expérience, de la vie quotidienne dans des conditions extrêmes. “

Il poursuit : “ La seconde œuvre est une tente que j’ai fabriquée moi-même lors de mon déplacement forcé du nord vers le sud. À ce moment-là, il était impossible de se procurer une tente. Je l’ai donc construite à partir de sacs de farine en plastique que j’ai cousus ensemble. C’est cette même tente que je présente aujourd’hui dans l’exposition.
À Gaza, cette tente n’était pas adaptée à la vie : elle n’offrait aucune intimité, laissait passer la chaleur en été et l’eau en hiver. À travers cette œuvre, j’exprime aussi un rêve : celui d’une tente meilleure, fermée, protégée, presque recouverte symboliquement de cire d’abeille pour empêcher l’eau d’entrer. Cette image est une métaphore : elle évoque un abri digne, mais aussi une forme de douceur et de beauté, à travers le parfum et la texture de la cire.”

Ce travail met en lumière le manque du strict minimum vital. Des besoins simples deviennent des rêves : trouver du bois pour faire du feu, préparer à manger, ou simplement obtenir une tasse de thé. Il n’y avait ni gaz ni électricité. Posséder une tente devenait un privilège. Certains dormaient des semaines à l’air libre en attendant d’en obtenir une.

Par ailleurs, l’artiste représente également le déplacement forcé qu’il a lui-même vécu, lorsqu’il a marché de Gaza jusqu’à Rafah avec ses enfants pendant toute une journée. Une scène réelle, directement issue de son expérience.

Une autre œuvre montre une personne allongée, tenant un instrument de musique, symbole de son talent et de son identité. Malgré la douleur, la guerre et les pertes, cette figure continue de créer, de jouer, de vivre. “Pour moi, c’est cela la véritable résistance : continuer à exister, à créer, à rester humain, même dans les pires conditions “, souligne-t-il.

À travers cette exposition, Raed Issa souhaite transmettre un message clair : les habitants de Gaza sont des civils, des êtres humains qui aspirent simplement à vivre dignement. “ Ils ne sont pas ce que certains discours prétendent. Ils vivent sous la violence, l’injustice et la peur, et espèrent un jour voir cette souffrance prendre fin “, conclut-il.

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Jean-Noël Barrot ouvre la Saison Méditerranée et appelle à renforcer les liens entre les peuples

15. Mai 2026 um 21:26

Marseille a donné le coup d’envoi de la  Saison Méditerranée, un vaste programme culturel et diplomatique destiné à célébrer les liens entre les peuples du bassin méditerranéen. À cette occasion, le ministre de l’Europe et des affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, a souligné l’importance stratégique, humaine et culturelle de cet espace, appelant à renforcer les échanges face aux crises contemporaines.

Dans un discours empreint de références à Albert Camus, Jean-Noël Barrot, ministre de l’Europe et des affaires étrangères, a rappelé l’attachement profond des peuples à la Méditerranée, qu’il a décrite comme un espace fondateur de civilisation et de dialogue. Il a insisté sur le rôle central de cette région dans les priorités diplomatiques françaises, soulignant qu’elle constitue à la fois un carrefour d’échanges économiques et un point névralgique des équilibres géopolitiques mondiaux.

Le ministre a alerté sur les vulnérabilités croissantes du bassin méditerranéen, directement exposé aux effets du dérèglement climatique. Il a évoqué des phénomènes de plus en plus marqués, tels que les canicules, les sécheresses ou les inondations, appelant à une mobilisation collective pour préserver cet espace fragile. Il a également mis en avant l’engagement de la France dans la protection des océans, rappelant le rôle joué lors de la Conférence des Nations unies sur l’Océan à Nice.

Abordant la situation géopolitique, il a dénoncé les conséquences durables des conflits au Proche-Orient, notamment la guerre à Gaza et ses répercussions régionales. Il a insisté sur la nécessité de refuser toute fatalité face aux drames humains qui poussent des populations à l’exil, la Méditerranée devenant trop souvent, a-t-il déclaré, un « cimetière » pour ceux qui fuient la guerre et les persécutions.
Sur le plan politique, il a rappelé la décision de la France de reconnaître l’État de Palestine, présentée comme un acte de justice  et un levier essentiel pour relancer la solution à deux États. Cette reconnaissance constitue, selon lui, un moyen de lutter contre les extrémismes en redonnant une perspective politique aux populations concernées. Il a également annoncé la tenue prochaine d’une conférence internationale à Paris visant à donner la parole aux sociétés civiles israéliennes et palestiniennes.

Le ministre a ensuite mis en avant la dimension concrète de l’engagement français en Méditerranée, notamment à travers le soutien aux initiatives portées par les sociétés civiles, les jeunes, les artistes et les entrepreneurs. Il a rappelé les grandes étapes de cette dynamique, du Sommet des deux rives en 2019 au Forum des mondes méditerranéens, jusqu’au Sommet pour une Méditerranée connectée organisé en 2025.

La culture comme vecteur de rapprochement entre les peuples

Évoquant la Saison Méditerranée, il a souligné qu’elle constitue l’aboutissement de cette stratégie, avec une programmation culturelle déployée dans toute la France et en lien avec plusieurs pays partenaires, dont la Tunisie, l’Algérie, le Maroc, l’Égypte et le Liban. Il a insisté sur l’importance de la culture comme vecteur de rapprochement entre les peuples, estimant qu’elle permet de combattre les discours de haine et de préserver un socle commun d’humanité.

M. Barrot a également salué les initiatives en faveur des artistes et intellectuels en exil, citant notamment le programme PAUSE, et annoncé la participation du poète palestinien Mahmoud al-Shaer à cette saison culturelle. Il a réaffirmé, à cette occasion, la mobilisation de la France pour faciliter les évacuations humanitaires depuis Gaza.

« Continuer à créer, à transmettre et à espérer »

Enfin, il a appelé à ne pas céder à la division ni aux tentations de repli, affirmant que le boycott culturel ne constitue pas une réponse aux crises politiques. De poursuivre en soulignant que la culture, la musique et les arts demeurent des outils essentiels pour maintenir le dialogue entre les peuples.

Concluant son intervention sur une note d’optimisme et d’espoir,  il a invité à  « continuer à créer, à transmettre et à espérer », insistant sur la vocation de la Méditerranée à incarner un espace de lumière, de beauté et de coexistence.

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