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Le poème du dimanche | ‘‘La Centaine d’amour’’ de Pablo Neruda

17. Mai 2026 um 07:30

Pablo Neruda est poète, écrivain, diplomate et intellectuel engagé au Parti Communiste chilien. Il a reçu le Prix Nobel de littérature, en 1971.

Né en 1904 à Parral, au Chili, il meurt quelques jours après le renversement du régime de Salvador Allende, en 1973.  Sa mort est suspecte et on pense plutôt à un assassinat.

Neruda peut être considéré comme une voix majeure de la poésie en langue espagnole, comme de la poésie du XXe siècle. Son œuvre qu’il commence à publier dès 1923, compte de nombreux recueils où le thème de la terre du Chili est central, chants de liberté et d’amour, elle est célébration de la nature de son pays, de son peuple, et de l’émancipation de l’être humain, en général.

Tahar Bekri

Sonnet Trente-huitième

La maison esr sonore à midi comme un train

la casserole chante et la guêpe bourdonne 

la cascade nous dit ce qu’a fait la rosée,

et ton rire déploie ses trilles de palmier.

La lumière du mur, bleue, parle avec la pierre,

sifflant comme un berger, arrive un télégramme,

voici, entre les deux figuiers à la voix verte,

que raconte Homère avec ses souliers de mystère..

C’est ici que la ville a perdu sa voix et pleurs,

l’infini, la sonate; et ses lèvres, et sa trompe,

mais gardé son discours de cascade et de lions.

Et toi qui montes, chantes, et qui cours, vas descends,

et plantes, couds, cuisines, écris, cloues, et reviens,

si tu t’en vas, c’est que l’hiver a commencé.

Traduit de l’espagnol par Jean Marcenac et André Bonhomme

‘‘La Centaine d’amour’’, Ed. Messidor, 1965.

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Gros plan | ‘‘Colonia’’ ou le broyage psychologique

14. Mai 2026 um 07:34

En apprenant tout à l’heure que le ciné-club du Rio projetait ‘‘Colonia’’, j’ai immédiatement pensé au film de Florian Gallenberger qui date de 2015. Quelle ne fut pas ma déception en découvrant qu’il s’agissait en réalité du long-métrage égyptien du réalisateur Mohamed Siam (2025). Ce quiproquo m’a néanmoins donné envie de revenir sur l’œuvre de Gallenberger et de vous en dire quelques mots.

Mohamed Sadok Lejri

Pour commencer, j’ai pris le soin de vous préparer un court synopsis afin de situer l’intrigue du film : dans le chaos du coup d’État chilien de 1973, le destin de Daniel et Lena bascule. Arrêté pour son opposition au régime, Daniel disparaît dans les tréfonds de la Colonia Dignidad, un lieu de torture dissimulé derrière une façade religieuse. Face à l’impossibilité d’un sauvetage extérieur, Lena décide de pénétrer de son propre gré dans cette forteresse afin d’organiser leur évasion de ce camp dont on ne revient jamais.

Bien que le film s’appuie sur des faits réels, l’existence de la Colonia Dignidad échappe parfois aux spécialistes du Chili. Ce nom, «Colonie de la Dignité», constitue une antiphrase aussi glaçante que le célèbre «Arbeit macht frei» («Le travail rend libre») qui était inscrit au fronton et sur les grilles d’entrée de plusieurs camps de concentration et d’extermination nazis.

En réalité, la secte Colonia n’était qu’une façade humanitaire dissimulant un centre de torture secret dirigé par Paul Schäfer, un criminel nazi en exil. En cheville avec la police politique de Pinochet, cette secte fonctionnait comme un laboratoire de broyage psychologique. Colonia Dignidad était une véritable machine à déshumaniser. Les survivants à la torture subissaient une rééducation psychologique totale destinée à briser leur esprit et leur capacité d’insoumission.

‘‘Colonia’’ s’impose comme l’un des films les plus marquants sur la dictature. S’il n’est pas l’unique chef-d’œuvre du genre, il en est devenu une référence incontournable, bien qu’il soit moins âpre et brutal que d’autres productions sud-américaines similaires. L’intrigue amoureuse portée par Lena (Emma Watson) et Daniel (Daniel Brühl) vient contrebalancer la noirceur du récit et l’horreur du régime décrit.

L’œuvre de Florian Gallenberger a le mérite de sortir de l’ombre ce chapitre oublié et méconnu du plus grand nombre de l’histoire latino-américaine, en offrant aux victimes de la dictature de Pinochet, notamment à celles de Colonia Dignidiad, une visibilité mondiale grâce au septième art. Cette tragédie chilienne résonne d’ailleurs de manière troublante avec des événements contemporains se déroulant sous d’autres latitudes.

A voir absolument !

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