Limogé puis rétabli « grâce à Kaïs Saïed » : Fethi Rebaï, un cheikh au cœur des polémiques depuis 2016
Rebondissement à Sfax. Quelques heures seulement après avoir annoncé son éviction de la mosquée Essalem à Sakiet Eddaïer, le cheikh Fethi Rebaï a indiqué, mercredi 29 juillet, avoir été réintégré dans ses fonctions. Selon l’imam, ce retour fait suite à une intervention du président de la République, Kaïs Saïed. Une affirmation qui n’a toutefois été confirmée, à ce stade, ni par la présidence de la République ni par le ministère des Affaires religieuses.
Cet épisode remet sur le devant de la scène un imam déjà au cœur d’une vive polémique nationale en 2016, à la suite d’un prêche qui avait suscité de nombreuses réactions.
« L’injustice a été levée »
Dans une publication partagée sur sa page Facebook, Fethi Rebaï s’est félicité de cette issue rapide et a adressé ses remerciements au chef de l’État.
« Je tiens à adresser mes sincères remerciements à Monsieur le Président de la République pour avoir levé cette injustice qui m’a été infligée », écrit-il.
L’imam remercie également le ministre des Affaires religieuses ainsi que les cadres du département. Il conclut son message par des prières pour la stabilité de la Tunisie, son unité et la préservation de ses institutions.
Un appel au respect des institutions
Plus tôt dans la journée, alors que l’annonce de son limogeage suscitait de nombreuses réactions sur les réseaux sociaux, Fethi Rebaï avait publié un premier message destiné à remercier les personnes lui ayant exprimé leur soutien.
S’affirmant pleinement attaché aux institutions de l’État et à l’autorité du ministère des Affaires religieuses, il avait pris ses distances avec les propos tenus en ligne contre les responsables publics. L’imam avait précisé qu’il ne pouvait être tenu responsable des commentaires publiés par des tiers et avait appelé à éviter toute atteinte aux institutions.
Se présentant comme un « soldat de la patrie », il assurait qu’il continuerait à servir les intérêts du pays, quelle que soit la mission qui lui serait confiée.
Le sermon sur les coupures d’eau et d’électricité en toile de fond
Si aucun motif officiel n’a été communiqué concernant sa suspension, de nombreux internautes et fidèles ont rapidement établi un lien avec le sermon prononcé par Fethi Rebaï vendredi dernier et largement relayé sur les réseaux sociaux.
Au cours de ce prêche, l’imam avait évoqué les difficultés auxquelles sont confrontés les Tunisiens, notamment les coupures d’eau et d’électricité. Il avait appelé les responsables à assumer pleinement leurs responsabilités face à cette situation, tout en invitant les citoyens à ne pas s’en prendre aux agents de la STEG et de la SONEDE, estimant que ces derniers ne portaient pas la responsabilité des dysfonctionnements.
Aucun élément officiel ne permet toutefois d’établir un lien entre ce sermon et la décision d’éviction annoncée quelques jours plus tard.
Le précédent de 2016
L’affaire actuelle rappelle un épisode qui avait placé Fethi Rebaï sous les projecteurs en 2016. À l’époque, alors qu’il officiait déjà à la mosquée Essalem, l’imam avait appelé, lors d’un prêche, à l’exécution des personnes homosexuelles au nom de l’application de la charia, suscitant une vive controverse.
L’association Shams avait alors déposé une plainte contre lui, estimant que ses déclarations constituaient un appel au meurtre et une incitation à la haine et à la violence. Pour sa défense, Fethi Rebaï avait affirmé qu’il s’était borné à citer des textes religieux et qu’il n’avait pas appelé personnellement à l’exécution des homosexuels.
Cette affaire avait relancé le débat sur les limites de la liberté de prêche, le contenu des discours tenus dans les mosquées et le contrôle exercé par les autorités religieuses.
Aujourd’hui, les circonstances exactes de l’éviction puis du rétablissement de Fethi Rebaï restent inconnues. Ni le ministère des Affaires religieuses ni la présidence de la République n’ont communiqué officiellement sur les motifs de la suspension initiale ou sur les modalités de son retour.
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