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Dr Bouattour Abdennaceur (Chirurgien maxillo-facial et esthétique) : la reconstruction mammaire est un parcours chirurgical progressif qui nous permet d’obtenir un résultat stable et harmonieux

Von: tmps
22. Oktober 2026 um 10:25

Le Temps.news: La reconstruction mammaire fait partie intégrante de la prise en charge du cancer du sein. Quelles sont les motivations d’une reconstruction mammaire ?

Dr Bouattour Abdennaceur : la reconstruction mammaire n’est pas systématique dans la prise en charge du cancer du sein, elle est facultative, à la demande de la patiente. Par contre, la motivation n’est pas uniquement esthétique . C’est une restauration de l’intégrité corporelle en vue d’atténuer le rappel quotidien de la maladie et effacer la mutilation physique liée à la mastectomie.Un bénéfice psychologique et émotionnel important qui permet de : récupérer l’estime de soi, dépasser l’état de « patiente » pour redevenir une femme active, et limiter les syndromes anxio-dépressifs post-thérapeutiques tout en facilitant  la réappropriation du corps et réduire les blocages dans la vie intime ou affective.Cette reconstruction éliminer les contraintes de la prothèse externe amovible (glissements, irritation cutanée, transpiration)et rééquilibrer la statique vertébrale car la perte d’un sein (particulièrement de volume moyen à lourd) entraîne une asymétrie de charge au niveau de la colonne dorsale et des épaules.tout en facilitant l’habillage (sous-vêtements, maillots de bain, décolletés).

Quelles sont les méthodes d’interventions pour une reconstruction mammaire ? 

Il existe deux principales méthodes de reconstruction mammaire, parfois associées : la mise en place d’une prothèse interne (implant mammaire) et l’utilisation de tissus provenant d’autres parties du corps (reconstruction par lambeau ou reconstruction autologue avec ou sans microchirurgie).

Combien de temps nécessite une reconstruction mammaire ?

Le premier temps, dédié à la création du volume, peut être réalisé en immédiat lors de la mastectomie ou en différé, soit 6 à 12 mois après la fin des traitements de radiothérapie ou de chimiothérapie. Les modalités varient selon la technique choisie :Par prothèse : l’intervention dure entre 1 h et 1 h 30, nécessite 24 à 48 heures d’hospitalisation et implique 2 à 4 semaines de convalescence.Par lambeau du grand dorsal : l’opération prend 2 h 30 à 3 h 30, avec un séjour hospitalier de 3 à 5 jours et une convalescence de 4 à 8 semaines.Par lambeau DIEP : cette chirurgie plus complexe dure de 4 à 6 heures, requiert 4 à 6 jours d’hospitalisation et entraîne également 4 à 8 semaines de récupération.Le deuxième temps, est consacré à la symétrisation du sein controlatéral et aux retouches, intervient 3 à 6 mois après la première intervention, le temps que les tissus s’assouplissent et trouvent leur place définitive. Cette procédure dure de 1 h 30 à 2 h 30, s’effectue en ambulatoire ou avec 24 heures d’hospitalisation, et requiert 1 à 2 semaines de convalescence.Enfin, le troisième temps finalise la reconstruction par la recréation de l’aréole et du mamelon, programmée 2 à 3 mois après la symétrisation.. Réalisé sous anesthésie locale en ambulatoire en seulement 30 à 45 minutes, ce geste permet une reprise immédiate des activités, sous réserve de simples soins locaux pendant une dizaine de jours.La reconstruction mammaire est un parcours chirurgical progressif qui s’étale en moyenne sur 6 à 18 mois afin d’obtenir un résultat stable et harmonieux.

Après reconstruction mammaire, faut-il avoir recours à des séances de rééducation et de kinésithérapie ?

Le cancer du sein et les traitements qu’il entraîne sont une épreuve difficile dans la vie d’une femme. Pendant et après la maladie, les séances de kinésithérapie peuvent être d’un grand soutien, à la fois physique et psychologique..Le recours à la kinésithérapie est recommandé avec des  massages et assouplissement pour éviter brides et adhérences.La mobilité de l’épaule permet une récupération complète des amplitudes articulaires (essentielle après grand dorsal ou loge rétro-pectorale). Le drainage lymphatique aide à la réduction des œdèmes et à la prévention du lymphœdème du bras aux  côtés du renforcement abdominal et de la correction des déséquilibres et des positions antalgiques compensatoires.

La reconstruction mammaire demeure un choix personnel, mais elle est fortement recommandée car elle s’inscrit au cœur de la réhabilitation oncologique : bien qu’il s’agisse d’un processus qui s’étale dans le temps (nécessitant généralement entre 6 et 18 mois et plusieurs étapes chirurgicales complémentaires pour stabiliser les volumes, symétriser et recréer l’aréole), elle permet de restaurer l’intégrité corporelle, d’effacer la trace permanente de la mastectomie, de retrouver une féminité épanouie ainsi que l’estime de soi, tout en apportant un confort physique immédiat qui libère des contraintes de la prothèse externe et rétablit l’équilibre postural du rachis.

Kamel Bouaouina

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Festival maghrébin du théâtre amateur de Nabeul :  la 14e édition dédiée à Salah Jedai

Von: tmps
22. Oktober 2026 um 09:58

Le Festival maghrébin du théâtre amateur de Nabeul est un rendez-vous culturel consacré au théâtre amateur dans le monde maghrébin, organisé à Nabeul, du 24 au 27 octobre 2026 à  la maison de la culture de Nabeul. Il met en valeur les troupes de théâtre, les comédiens amateurs, les metteurs en scène et les échanges artistiques entre les pays du Maghreb. Ce Festival intitulé « Un théâtre pour chaque enfant »rendra un hommage vibrant à l’une des figures emblématiques du 4e art tunisien, Salah Jedai. La 14e édition sera placée sous le signe de ce grand artiste, dont la carrière riche et foisonnante a marqué de son empreinte le paysage théâtral national.

Cette manifestation comme l’a précisé Faouez Ben Kraiem, directeur du festival,vise à créer un espace de rencontre, de partage d’expériences et de coopération artistique entre les comédiens et metteurs en scène amateurs de la région du Maghreb, offrir une scène aux troupes théâtrales émergentes et valoriser la pratique amateur et  proposer des ateliers d’initiation et de perfectionnement

Ce rendez-vous théâtral maghrébin , a ajouté le directeur artistique, Faouzi Ben Brahim, réunira cinq groupes de la Tunisie, d’Algérie, de la Libye ,du Maroc et de la Mauritanie « Elle représente aussi un espace de dialogue artistique et intellectuel, ainsi qu’une plate-forme de valorisation des expériences théâtrales et d’échanges d’expertises entre les artistes, contribuant ainsi au développement de la pratique théâtrale. Au programme trois ateliers : le premier s’intitule « Jeu et expression dramatique par Sahar Maalmi, le second porte sur le petit clown par Nizar Kchaou et le troisième sur l’art du conte dédié à la famille par Salah Jedai

Cette dimension populaire traduit ainsi  une ambition culturelle fondamentale : faire du festival non seulement un rendez-vous pour les amateurs de théâtre, mais aussi une véritable fête collective, ouverte aux familles, aux enfants et aux habitants des quartiers.

                                                               Kamel Bouaouina

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25 Mds de dinars pour les salaires des fonctionnaires en 2027 : un mammouth difficile à dégraisser

Von: tmps
22. Oktober 2026 um 09:21

L’enveloppe consacrée aux rémunérations des fonctionnaires devrait atteindre le seuil de 25 milliards de dinars en 2027, selon le projet de budget pour le prochain exercice. Cette somme colossale illustre à quel point l’administration publique tunisienne s’apparente à un mammouth, dont la taille et le coût obèrent les équilibres macroéconomiques du pays. La Tunisie compte quelque 692.702 agents de l’État pour une population d’environ 12 millions d’habitants. À titre de comparaison, le Maroc voisin, qui abrite une population près de quatre fois plus nombreuse, ne dénombre que 576.062 fonctionnaires. Ce grand déséquilibre met en lumière une «sur-administration» chronique de l’économie tunisienne, où le secteur public a longtemps joué le rôle de principal employeur de substitution face à un secteur privé atone.

L’hypertrophie des effectifs de l’administration se traduit par une facture salariale colossale qui siphonne à elle seule 46% des recettes fiscales totales de l’État (54,280 milliards de dinars en 2027). Les répercussions sur les finances publiques sont directes et alarmantes. Le déficit budgétaire global devrait ainsi s’établir à 14,615 milliards de dinars, ce qui représente près de 7,8% du PIB. Ce ratio place la Tunisie dans une position particulièrement vulnérable comparativement à ses principaux partenaires économiques : le déficit budgétaire moyen observé chez les partenaires européens de la Tunisie tourne autour de 3,5% du PIB, tandis qu’il se limite à 3,6% au Maroc.

Les diagnostics successifs établis par le Fonds monétaire international (FMI) et la Banque mondiale depuis la révolution de 2011 pointent invariablement du doigt les effectifs pléthoriques de l’administration, qui absorbent une part léonine des ressources nationales, tout en offrant un rendement administratif souvent jugé insuffisant au regard des moyens colossaux déployés.

La fonction publique comme soupape de paix sociale

Comment en est-on arrivé à une telle situation ? Depuis la chute du régime de Ben Ali en 2011, les rangs de la fonction publique se sont garnis de plusieurs dizaines de milliers de nouveaux fonctionnaires. En l’absence d’un système performant d’indemnisation du chômage et de filets de sécurité sociale robustes, l’embauche massive dans le secteur public a systématiquement été utilisée par les gouvernements successifs comme une soupape de sécurité pour absorber les tensions sur le marché du travail et calmer les contestations sociales explosives. Cette gestion à court terme a cependant fini par montrer ses limites structurelles. Les recrutements massifs post-révolutionnaires, conjugués à des augmentations de salaires parfois extravagantes accordées à certains corps spécifiques, à l’instar des magistrats ou des forces de sécurité, ont propulsé la masse salariale de l’administration à des hauteurs insoutenables, oscillant entre 13% et 14% du PIB. Pour marquer le contraste, les données montrent que la masse salariale de la fonction publique ne représente que 10% du PIB au Maroc et environ 3,2% en Égypte.

L’asphyxie des investissements et des dépenses sociales

La conséquence inévitable de cette domination écrasante de la masse salariale est l’éviction progressive des ressources réservées aux autres composantes essentielles du budget de l’État. Chaque dinar injecté dans le paiement des salaires des fonctionnaires est un dinar soustrait aux investissements publics productifs. Les chantiers de construction d’infrastructures de transport, d’édification d’établissements scolaires et universitaires, de rénovation des structures sanitaires et de financement de la recherche et du développement se trouvent ainsi complètement sacrifiés ou du moins, sévèrement rationnés.

De surcroît, les dépenses sociales pâtissent directement de cette situation. Les subventions allouées aux produits de base, la prise en charge des dépenses de santé des assurés sociaux et les programmes d’accompagnement en faveur des populations vulnérables et des enfants handicapés subissent des arbitrages budgétaires de plus en plus drastiques. L’État tunisien se retrouve ainsi pris en étau entre des dépenses salariales incompressibles et des besoins sociaux croissants.

 Alléger sans sabrer brutalement les effectifs

Conscient de cette impasse, le gouvernement tunisien a engagé une stratégie minutieuse pour reprendre le contrôle de la masse salariale dans le secteur public, sans recourir à des coupes massives et brutales dans les effectifs ni décréter un gel total et aveugle des salaires qui risquerait de paralyser l’administration.

Dans cette optique, le programme général de majorations salariales a été maintenu, mais aucune hausse sectorielle spécifique ne sera accordée durant la période triennale. Cette discipline tarifaire permettra de limiter la progression des dépenses salariales à environ 4,6% par an, soit un net recul par rapport au rythme effréné de plus de 7% par an enregistré durant la décennie 2012-2021.

La stratégie élaborée par l’Exécutif repose également sur un triptyque : la suspension des recrutements non essentiels, l’encouragement au départ volontaire et le redéploiement interne des surplus d’effectifs. Désormais, seuls les secteurs d’utilité vitale et à forte valeur ajoutée bénéficieront d’autorisations d’embauche au compte-gouttes, tandis que les contrats de prestation de service et de sous-traitance à long terme sont suspendus.

Le programme spécifique de mise à la retraite anticipée avant l’âge légal, qui avait été lancé en 2022, a également été reconduit jusqu’au 31 décembre 2027.

Par ailleurs, l’application de l’arrêté n° 387 qui encadre le redéploiement des fonctionnaires entre les différents départements ministériels et établissements publics administratifs se poursuit activement, tout comme l’octroi de congé spécifique pour la création d’entreprise.

Le pari des autorités est de réussir à transformer la fonction publique tunisienne en une machine plus agile, efficiente et soutenable financièrement, sans compromettre la paix sociale. 

Walid KHEFIFI

 

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Financement durable : face au défi de la transformation du système financier 

Von: tmps
22. Oktober 2026 um 08:33

 Par Ahmed NEMLAGHI

La diversification des sources de financement, le développement du marché financier, la couverture des risques naturels et la promotion de l’investissement durable figurent parmi les orientations retenues pour 2027. À travers ces chantiers, l’enjeu est de mieux mobiliser l’épargne nationale, de faciliter l’accès des PME et des nouveaux entrepreneurs aux financements et d’orienter les ressources vers une économie plus résiliente. 

Une démarche qui rejoint les priorités affichées par le président Kaïs Saïed en matière de justice sociale, de développement équilibré et de valorisation des capacités nationales.

Le document du projet de budget économique pour 2027 accorde une place importante à la modernisation du système financier tunisien. Le renforcement du secteur des assurances, la consolidation du système bancaire et la dynamisation du marché financier y apparaissent comme des leviers complémentaires pour répondre aux besoins de financement de l’économie et soutenir l’investissement productif.

Au-delà des mesures techniques envisagées, cette orientation soulève une question fondamentale : comment faire du système financier un instrument au service du développement national, plutôt qu’un mécanisme dont les ressources profiteraient principalement aux acteurs déjà établis ? La réponse passe notamment par une meilleure répartition des possibilités de financement, une gestion plus rigoureuse des risques et une mobilisation de l’épargne au bénéfice des entreprises, des projets productifs et des initiatives porteuses de valeur ajoutée.

Cette ambition rejoint les orientations économiques défendues par Kaïs Saïed, qui insiste sur la nécessité de concilier création de richesses, justice sociale et réduction des disparités régionales. Encore faut-il que les réformes annoncées se traduisent par des mécanismes accessibles, des investissements effectifs et des résultats mesurables.

Un système financier au service de l’économie réelle

L’un des principaux enjeux du programme envisagé pour 2027 réside dans la complémentarité entre les banques, le marché financier et le secteur des assurances. Ces trois composantes ne répondent pas aux mêmes besoins, mais leur coordination peut contribuer à élargir les possibilités de financement offertes aux entreprises et aux porteurs de projets.

Le crédit bancaire demeure une source essentielle de financement en Tunisie. Toutefois, une dépendance excessive à l’égard du secteur bancaire peut limiter les possibilités des entreprises qui ne disposent pas de garanties suffisantes ou dont les projets présentent des risques élevés. Les jeunes entrepreneurs et les petites et moyennes entreprises sont particulièrement concernés.

Le développement du marché financier pourrait leur offrir des possibilités supplémentaires, tandis que les mécanismes de garantie et les instruments d’assurance contribueraient à mieux répartir les risques liés à l’investissement.

Cette diversification ne consiste donc pas simplement à multiplier les instruments financiers. Elle doit permettre de rapprocher les ressources disponibles des besoins réels de l’économie, en favorisant les activités productives, l’innovation, l’emploi et la création de valeur.

Dans cette perspective, la politique économique défendue par Kaïs Saïed accorde une importance particulière à la nécessité de mettre les ressources nationales au service du développement. L’objectif est de renforcer les capacités du pays à financer ses propres priorités, tout en élargissant les possibilités offertes aux acteurs économiques.

L’assurance, un rempart contre les risques naturels

La préparation d’un projet de loi instituant un système de couverture des catastrophes naturelles constitue l’un des chantiers importants annoncés pour 2027. Elle répond à un besoin économique et social : mieux protéger les ménages, les entreprises et les exploitations agricoles contre les conséquences financières des événements naturels.

Les catastrophes peuvent détruire des infrastructures, compromettre des récoltes, interrompre des activités et fragiliser durablement les revenus. Lorsque les mécanismes de couverture sont insuffisants, les pertes pèsent directement sur les victimes et peuvent nécessiter des interventions publiques coûteuses.

La mise en place d’un dispositif adapté permettrait de mieux répartir ces risques et d’améliorer les capacités de reconstruction. Sa réussite dépendra néanmoins de plusieurs conditions : des règles de fonctionnement claires, une répartition équilibrée des responsabilités, des garanties accessibles et une articulation efficace entre les assureurs et les pouvoirs publics.

La poursuite des travaux techniques relatifs à l’assurance agricole revêt, à cet égard, une importance particulière. L’agriculture reste exposée aux aléas climatiques, dont les effets peuvent compromettre les revenus des exploitants et fragiliser l’approvisionnement du marché intérieur.

Une assurance agricole adaptée pourrait contribuer à sécuriser les investissements, à faciliter l’accès au crédit et à renforcer la résilience des exploitations. Elle devrait toutefois tenir compte de la diversité des structures agricoles et des capacités financières des petits exploitants, afin que le coût des garanties ne devienne pas un obstacle supplémentaire.

Ces mesures rejoignent l’enjeu de souveraineté alimentaire régulièrement mis en avant dans les orientations économiques nationales : protéger la production suppose aussi de protéger ceux qui la rendent possible.

Le financement durable, une nouvelle étape à concrétiser

Le financement durable constitue l’un des volets les plus structurants des orientations annoncées. Il ne s’agit plus seulement de financer des entreprises ou des infrastructures, mais de mieux intégrer les conséquences environnementales et sociales des investissements dans les décisions économiques.

Le document prévoit notamment la mise en place d’un système national d’attribution du label «Entreprise verte ou durable» et la création d’un indice de durabilité au sein de la Bourse de Tunis. Ces deux instruments pourraient contribuer à identifier les entreprises engagées dans des démarches responsables et à rendre leurs efforts plus visibles auprès des investisseurs.

Un label crédible permettrait de mieux distinguer les engagements réels des simples déclarations de communication. Pour remplir cette fonction, il devra reposer sur des critères précis, vérifiables et transparents ainsi que sur des procédures de contrôle adaptées. Sans ces garanties, le risque serait de voir la notion de durabilité perdre sa portée et sa crédibilité.

L’indice de durabilité envisagé à la Bourse de Tunis pourrait, de son côté, améliorer l’information disponible sur les entreprises cotées et favoriser la prise en compte de critères environnementaux, sociaux et de gouvernance dans les décisions d’investissement.

L’enjeu est de faire de ces instruments des leviers concrets d’orientation de l’épargne vers des activités plus résilientes, moins exposées aux risques environnementaux et davantage attentives aux conséquences sociales de leur développement.

Cette démarche peut s’inscrire dans une conception du développement qui ne réduit pas la performance économique aux seuls résultats financiers à court terme. La création de richesses doit également être appréciée au regard de sa contribution à l’emploi, à l’équilibre territorial, à la protection des ressources naturelles et à l’amélioration des conditions de vie.

Pour autant, le financement durable ne pourra se développer par la seule création d’un label ou d’un indice boursier. Il nécessitera une mobilisation coordonnée des banques, des assureurs, des investisseurs, des entreprises et des pouvoirs publics ainsi qu’une information fiable sur les risques et les effets des projets financés.

Le marché financier, un levier encore sous-exploité

Le document consacré au projet de budget économique pour 2027 souligne plusieurs limites du marché financier tunisien, notamment le nombre restreint de sociétés cotées et la prédominance du secteur bancaire dans le financement de l’économie.

Le développement de la Bourse de Tunis apparaît dès lors comme un enjeu stratégique. Un marché plus dynamique pourrait permettre aux entreprises de diversifier leurs ressources, de financer leur croissance et de réduire leur dépendance exclusive au crédit bancaire.

Cela suppose d’améliorer le cadre législatif et réglementaire, d’encourager les entreprises à accéder au marché des capitaux et d’élargir la base des investisseurs. La création d’une plateforme numérique dédiée à l’éducation financière répond également à un besoin important : permettre aux épargnants de mieux comprendre les produits disponibles, leurs avantages, leurs risques et les mécanismes de protection existants.

La confiance constitue ici une condition essentielle. Elle dépend de la transparence des opérations, de la qualité de l’information communiquée aux investisseurs et de l’efficacité du contrôle exercé sur les acteurs du marché.

Le renforcement du marché obligataire, le développement des organismes de placement collectif et la diversification des instruments de financement de l’État et des collectivités locales figurent également parmi les pistes envisagées. Ces mécanismes pourraient élargir les possibilités de mobilisation de l’épargne, à condition de préserver une gestion prudente des ressources et de garantir la soutenabilité des engagements financiers.

Le financement des grands projets et des partenariats public-privé pourrait aussi bénéficier d’un marché financier plus développé. Mais cette évolution exige une évaluation rigoureuse des risques, une répartition transparente des responsabilités et une appréciation précise des retombées économiques et sociales attendues.

La modernisation du système financier passe également par la consolidation du secteur bancaire. Le renforcement du contrôle des établissements, le traitement des créances classées et la restructuration des banques à capitaux mixtes et de la Banque de financement des petites et moyennes entreprises figurent parmi les priorités annoncées.

La gestion des créances classées constitue un enjeu majeur, car l’accumulation de crédits difficiles à recouvrer peut réduire la capacité des banques à accorder de nouveaux financements. Une amélioration de leur situation financière pourrait donc contribuer à réorienter davantage de ressources vers les entreprises viables et les projets productifs.

Le développement des services de la Société tunisienne de garantie (SOTUGAR) est également présenté comme un moyen de soutenir l’investissement. Les garanties peuvent faciliter l’accès au crédit des entreprises qui ne disposent pas de sûretés suffisantes, sans pour autant supprimer la nécessité d’évaluer sérieusement la viabilité des projets.

La réussite de ces réformes dépendra ainsi de l’équilibre entre prudence financière et soutien à l’initiative économique. Il s’agit de préserver la stabilité des établissements tout en évitant que les exigences de financement ne deviennent un obstacle systématique pour les PME et les nouveaux entrepreneurs.

De l’annonce des réformes à leur mise en œuvre

Les orientations retenues pour 2027 dessinent les contours d’un système financier appelé à jouer un rôle plus diversifié dans le développement national. La couverture des catastrophes naturelles, l’assurance agricole, la mobilisation de l’épargne, le renforcement du marché des capitaux et la promotion du financement durable répondent à des besoins complémentaires.

Elles rejoignent plusieurs priorités affichées par Kaïs Saïed : renforcer l’autonomie économique, soutenir les activités productives, mieux prendre en compte les besoins sociaux et favoriser un développement plus équilibré. Toutefois, il convient de distinguer les objectifs annoncés des résultats qui restent à obtenir. La portée de ces orientations dépendra de la concrétisation des projets législatifs, de la qualité de leur mise en œuvre et de l’accessibilité réelle des mécanismes créés.

Le défi sera notamment de veiller à ce que le financement durable ne bénéficie pas uniquement aux grandes entreprises capables de supporter les coûts de mise en conformité, mais qu’il puisse également accompagner les PME, les exploitations agricoles et les initiatives implantées dans les régions moins favorisées.

En définitive, la transformation du système financier ne se mesurera pas seulement à la diversité des instruments disponibles ou au volume de l’épargne mobilisée. Elle devra être appréciée à l’aune de sa capacité à financer une économie productive, à protéger les acteurs contre les risques, à soutenir la transition environnementale et à créer des opportunités durables. C’est à cette condition que la finance pourra devenir un véritable instrument de développement au service de la souveraineté économique et du progrès social.

 

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