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Jeux méditerranéens : Hafnaoui renonce, son état psychologique en cause

13. August 2026 um 07:42

Le champion olympique tunisien Ahmed Ayoub Hafnaoui ne participera finalement pas aux Jeux méditerranéens de Tarente, en Italie, prévus du 20 août au 3 septembre 2026.

La décision a été prise à l’issue d’une réunion réunissant des représentants de la Fédération tunisienne de natation, du ministère de la Jeunesse et des Sports ainsi que des représentants du nageur. Le médecin qui suit Hafnaoui a confirmé qu’il n’était pas actuellement en mesure de prendre part à la compétition, aussi bien sur le plan physique que psychologique, rapporte l’agence TAP.

Cette précision sur son état psychologique constitue un élément particulièrement important. Pour un sportif de très haut niveau, la préparation à une compétition internationale ne se limite pas à la condition physique. La capacité à supporter la pression, à maintenir la concentration et à retrouver les exigences d’une préparation de haut niveau fait également partie des conditions nécessaires pour reprendre la compétition.

Le choix de renoncer aux Jeux méditerranéens apparaît ainsi comme une décision de prudence plutôt qu’un simple forfait sportif. Une participation alors que le nageur n’est pas considéré comme prêt mentalement et physiquement pourrait en effet compromettre son retour à la compétition et accentuer la pression qui accompagne son statut de champion olympique.

Hafnaoui reste, depuis son sacre olympique à Tokyo en 2021 puis ses performances internationales, l’un des principaux symboles de la natation tunisienne. Cette trajectoire explique aussi les attentes considérables qui entourent chacune de ses apparitions. Son absence à Tarente rappelle qu’après une période de haut niveau, le retour à la compétition doit parfois passer par une phase de récupération et de reconstruction, y compris sur le plan psychologique.

Une question qui dépasse le simple forfait

La situation de Hafnaoui remet également au premier plan une question encore peu évoquée dans le sport tunisien : la santé mentale des sportifs de haut niveau.

La pression des résultats, les attentes du public, les obligations institutionnelles et médiatiques ainsi que la difficulté de maintenir pendant plusieurs années le niveau exigé par le sport professionnel peuvent peser lourdement sur les athlètes. L’état mental ne constitue donc pas un élément secondaire de la préparation sportive : il peut conditionner directement la capacité à s’entraîner et à concourir.

Lire aussi : Ayoub Hafnaoui poursuit sa montée en puissance en Floride avant les Jeux méditerranéens

Dans ce contexte, l’avis du médecin chargé du suivi de Hafnaoui donne un autre sens à son retrait. Il ne s’agit pas nécessairement d’un abandon de la compétition, mais d’une décision visant à ne pas précipiter son retour alors qu’il n’est pas encore considéré comme prêt.

Des interrogations sur l’anticipation et l’accompagnement

La décision suscite également des réactions dans le milieu sportif tunisien. Dans un post publié après l’annonce du forfait, Faten Ghattas, ancienne nageuse, fait part de sa « déception » et de sa « frustration », tout en précisant ne pas connaître les coulisses du dossier et ne pas vouloir « juger sans savoir ». Son interrogation porte surtout sur le calendrier de la décision et sur la capacité du dispositif d’encadrement à anticiper une éventuelle difficulté.

Alors que Hafnaoui évolue aux États-Unis au sein d’une structure de haut niveau et qu’une équipe tunisienne se prépare à participer aux Jeux méditerranéens, elle s’interroge notamment sur la possibilité de prévenir, d’accompagner ou d’anticiper la situation avant d’aboutir à un forfait annoncé à quelques jours du début de la compétition.

« Y avait-il un pilote dans l’avion ? », écrit-elle, avant de poser plus largement la question de la gestion du sport de haut niveau en Tunisie et de la communication autour de ses champions. Ces interrogations ne remettent pas en cause la nécessité de respecter l’état de santé ou mental du nageur, mais soulèvent la question de la manière dont son entourage sportif et institutionnel a géré cette situation et dont elle a été communiquée au public.

Les primes et les attentes autour du champion

Le dossier intervient également dans un contexte où les performances de Hafnaoui ont donné lieu à des récompenses financières importantes. Le nageur a perçu l’ensemble de ses droits, pour un montant d’environ 570 000 dinars, auxquels s’est ajoutée une prime de 50 000 dinars accordée par le Comité national olympique tunisien.

Ces montants ont parfois nourri les débats publics sur les revenus et les obligations des sportifs de haut niveau. Mais ils ne changent pas la réalité fondamentale : une rémunération ou une prime ne peut se substituer à la préparation physique et psychologique nécessaire pour reprendre la compétition.

Le cas Hafnaoui pourrait ainsi contribuer à faire évoluer le regard porté sur les champions tunisiens : derrière les médailles, les performances et les primes, il existe aussi des sportifs confrontés à la pression, aux périodes de doute et aux exigences psychologiques d’une carrière internationale.

Pour Hafnaoui, la priorité semble aujourd’hui être de retrouver les conditions nécessaires à un retour durable, plutôt que de participer à une compétition à tout prix.

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Phosphates : L’Algérie passe à la vitesse supérieure, la Tunisie face à un nouveau concurrent

13. August 2026 um 07:20

L’Algérie est-elle en train de préparer une nouvelle bataille régionale autour des phosphates et des engrais ? Les annonces faites mercredi 12 août 2026 donnent en tout cas un signal clair : Alger veut passer rapidement de l’exploitation de ses réserves minières à une véritable industrie intégrée des engrais, avec l’ambition de se positionner sur les marchés régionaux et internationaux.

À Alger, deux contrats stratégiques ont été signés dans le cadre du projet de phosphates intégré. Le premier porte sur la réalisation des infrastructures portuaires à Annaba avec la société chinoise China Harbour Engineering Company (CHEC). Le second concerne les installations du projet sur les sites de Bled El Hadba, à Tébessa, et d’Oued Kebrit, à Souk Ahras, avec l’italienne Saipem.

Le projet repose sur quatre maillons : l’extraction du phosphate à Bled El Hadba, son enrichissement, sa transformation chimique à Oued Kebrit et un ensemble d’infrastructures logistiques comprenant notamment les voies ferrées et l’extension du port d’Annaba.

Une accélération qui change la donne

Ce qui attire particulièrement l’attention est le calendrier annoncé par les autorités algériennes. Le recours à une formule « Fast Track » doit permettre de réduire les délais de réalisation. Alger prévoit ainsi de commencer la production de phosphate enrichi dès le premier trimestre 2027, puis de passer à la production d’engrais au quatrième trimestre de la même année.

L’ambition est considérable. Le projet algérien repose sur des réserves exploitables estimées à 840 millions de tonnes et vise à terme une production annuelle de 10,5 millions de tonnes de phosphate brut.

L’objectif n’est donc pas simplement de vendre davantage de minerai. L’Algérie cherche à construire une chaîne de valeur complète, allant de la mine jusqu’aux engrais et aux produits chimiques dérivés.

C’est précisément sur ce terrain que la question tunisienne se pose.

La Tunisie conserve une longueur d’avance… mais avec un handicap

La Tunisie possède une longue expérience dans le secteur et dispose déjà d’une industrie de transformation du phosphate et de production d’engrais. Mais cette position historique est aujourd’hui fragilisée par la faiblesse persistante de la production minière.

Selon le ministère tunisien de l’Industrie, des Mines et de l’Énergie, la production de phosphate a atteint 3,04 millions de tonnes en 2024, contre 2,9 millions en 2023. Elle reste donc très éloignée des niveaux enregistrés avant 2011 : la Tunisie produisait environ 8,2 millions de tonnes en 2010.

Le gouvernement tunisien ambitionne de porter cette production à 14 millions de tonnes à l’horizon 2030. Mais cette remontée doit encore se concrétiser sur le terrain.

C’est là que le projet algérien peut devenir stratégique.

Si l’Algérie parvient effectivement à respecter son calendrier 2027 et à atteindre progressivement les volumes annoncés, elle disposera d’un avantage majeur : une nouvelle capacité industrielle construite dès le départ autour d’une chaîne intégrée, avec des infrastructures minières, chimiques, ferroviaires et portuaires conçues pour fonctionner ensemble.

Un concurrent, mais pas encore un « nouveau Maroc »

Il faut toutefois éviter de présenter l’Algérie comme le prochain géant mondial du phosphate.

Aujourd’hui, le paysage régional reste dominé par le Maroc, qui possède une industrie des engrais beaucoup plus développée. Une analyse de Deloitte souligne notamment l’avance marocaine dans les produits fertilisants à plus forte valeur ajoutée, tandis que la Tunisie reste pénalisée par une capacité limitée et une production irrégulière. L’Algérie, de son côté, reste encore largement absente du marché des engrais phosphatés exportés.

Lire aussi : Tunisie : Le phosphate vise 9,4 millions de tonnes en 2035, après une décennie de panne

Le projet annoncé cette semaine pourrait justement permettre à Alger de commencer à combler ce retard.

La proximité géographique peut renforcer la concurrence

Pour la Tunisie, le sujet est d’autant plus important que les deux pays évoluent sur des marchés proches : Afrique du Nord, Méditerranée et marchés africains d’engrais.

L’Algérie dispose en outre d’un atout industriel particulier : ses ressources en gaz naturel peuvent être intégrées à la chaîne de production des engrais azotés, tandis que le phosphate fournit la base des engrais phosphatés. Les autorités algériennes présentent précisément cette combinaison comme un élément permettant de développer une industrie chimique intégrée et de diversifier les exportations hors hydrocarbures.

Autrement dit, Alger ne cherche pas seulement à devenir producteur de phosphate. Elle veut utiliser ses ressources minières et énergétiques pour devenir producteur de produits transformés.

Le signal d’alerte pour Tunis

La véritable menace pour la Tunisie ne serait donc pas que l’Algérie produise davantage de phosphate brut. Elle résiderait dans sa capacité à devenir un fournisseur régulier d’engrais compétitifs sur les mêmes marchés.

La situation actuelle montre d’ailleurs que la Tunisie possède encore des débouchés dans la région : en 2024, elle a exporté vers l’Algérie pour près de 19,4 millions de dollars de phosphates de calcium relevant de la catégorie concernée par les statistiques commerciales internationales.

Mais demain, une partie de cette relation commerciale pourrait évoluer si l’Algérie développe ses propres capacités de transformation.

Une course contre la montre pour la Tunisie ?

L’annonce algérienne ne signifie donc pas que la Tunisie est immédiatement dépassée. Elle signifie plutôt que le temps où son avance historique dans le phosphate suffisait à lui garantir une position régionale est révolu.

La Tunisie dispose encore d’un savoir-faire industriel, d’infrastructures existantes et d’une expérience ancienne dans la transformation du phosphate. Mais son véritable défi est désormais de transformer son potentiel minier en production régulière et compétitive.

L’équation est simple : l’Algérie accélère pour construire sa filière ; la Tunisie cherche encore à relancer la sienne.

Si Alger respecte son calendrier et parvient à faire fonctionner l’ensemble de sa chaîne industrielle à partir de 2027, elle pourrait alors devenir un concurrent sérieux de la Tunisie sur le marché régional des phosphates et surtout des engrais.

La concurrence ne se joue donc pas encore aujourd’hui. Mais elle pourrait se jouer beaucoup plus clairement dès 2027.

Parallèlement à cette stratégie industrielle, l’Algérie cherche également à reconstruire et à renforcer son secteur touristique, avec l’objectif de mieux valoriser son littoral, son patrimoine et son potentiel saharien. Cette volonté de diversifier l’économie dépasse donc les seuls hydrocarbures et les activités minières : Alger cherche à développer plusieurs secteurs exportateurs et à renforcer son attractivité auprès des investisseurs et des visiteurs étrangers.


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