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L’eau sous pression :  l’été met à l’épreuve les ressources hydriques 

Von: tmps
07. Juli 2026 um 09:30

Avec l’arrivée des fortes chaleurs, la consommation d’eau augmente inévitablement en Tunisie. Douches plus fréquentes, arrosage des jardins, remplissage des piscines, nettoyage des terrasses, activité touristique et besoins agricoles : durant les mois d’été, la demande atteint ses niveaux les plus élevés. Cette hausse saisonnière, longtemps considérée comme un phénomène ordinaire, prend aujourd’hui une dimension beaucoup plus préoccupante dans un pays confronté à un stress hydrique structurel. Même si les pluies enregistrées au cours des derniers mois ont permis une nette amélioration du niveau des barrages, la question de l’eau reste l’un des défis majeurs de l’été 2026.

Les indicateurs sont certes plus rassurants que ceux des années précédentes. Au début du mois de juin, les réserves des barrages étaient estimées à près de 1,4 milliard de mètres cubes, avec un taux de remplissage supérieur à 60%. Quelques semaines auparavant, au début du mois de mai, ce taux avait même atteint environ 67%, grâce à des apports cumulés estimés à 1,56 milliard de mètres cubes depuis le début de l’année hydrologique. Cette amélioration offre une marge de sécurité appréciable après plusieurs années particulièrement difficiles. Elle ne signifie toutefois pas que la Tunisie peut relâcher ses efforts. Car l’équilibre reste fragile et la pression exercée sur les ressources augmente précisément au moment où les températures grimpent et où les besoins se multiplient. 

Une consommation qui s’envole avec les températures

L’été modifie profondément les habitudes de consommation. Dans les foyers, l’eau est davantage utilisée pour l’hygiène, le rafraîchissement et le nettoyage. Dans les zones touristiques, l’arrivée des vacanciers entraîne une hausse brutale de la population présente et, par conséquent, des besoins en eau potable. Hôtels, restaurants, cafés, maisons de location et résidences secondaires sollicitent davantage les réseaux de distribution. Dans certaines régions côtières, cette demande saisonnière se concentre sur quelques semaines et peut mettre les infrastructures à rude épreuve.

À cette consommation domestique et touristique s’ajoutent les besoins du secteur agricole. L’été correspond à une période particulièrement sensible pour l’irrigation, alors que l’évaporation augmente sous l’effet de la chaleur. Les mêmes ressources doivent ainsi répondre à plusieurs besoins essentiels : fournir de l’eau potable aux habitants, soutenir l’agriculture, accompagner l’activité économique et répondre à la demande touristique. Cette concurrence entre les usages devient plus difficile à gérer lorsque les vagues de chaleur se prolongent.

La pression ne vient donc pas uniquement de la quantité d’eau disponible dans les barrages. Elle dépend également de la capacité des réseaux à transporter et distribuer cette eau au moment où la demande atteint son maximum. Une région peut disposer de ressources suffisantes à l’échelle nationale tout en connaissant localement des perturbations, notamment en raison d’équipements vieillissants, de capacités de pompage insuffisantes ou de réseaux qui ne parviennent pas à absorber les pics de consommation. Les autorités ont d’ailleurs reconnu que la rareté des ressources, le vieillissement de certaines infrastructures et la hausse de la demande figurent parmi les principales causes des difficultés d’approvisionnement observées dans plusieurs régions. 

La question du gaspillage devient, dans ce contexte, particulièrement sensible. Chaque été, certains usages non essentiels se multiplient précisément aux heures où la demande est la plus forte. La Société nationale d’exploitation et de distribution des eaux a déjà appelé les citoyens à rationaliser leur consommation lors des périodes de forte demande. À l’occasion de l’Aïd al-Adha, qui a coïncidé cette année avec une hausse des températures, elle avait notamment recommandé de reporter certains usages secondaires au-delà de 18 heures afin de réduire la pression sur le réseau et de préserver un approvisionnement plus équitable. 

Des moyens importants mobilisés pour éviter les perturbations

Face au risque de tensions estivales, le gouvernement a mis en place un programme d’urgence destiné à sécuriser l’approvisionnement en eau potable durant l’été 2026. Ce plan comprend 81 projets, dont 35 étaient déjà en cours de réalisation au mois de juin, pour un coût global estimé à 58 millions de dinars. Il prévoit notamment le forage et le raccordement de 38 puits profonds, la maintenance ou la rénovation de 26 stations de pompage ainsi que des interventions sur 22 réseaux de distribution.  Les zones rurales constituent un autre point sensible. Un programme de 147 millions de dinars porte sur 187 systèmes hydrauliques destinés à près de 248.000 habitants. Il prévoit l’amélioration de dizaines d’installations existantes, la remise en exploitation de systèmes à l’arrêt, la création de nouveaux puits et la mobilisation de camions-citernes pour les zones montagneuses ou difficiles d’accès. La Sonede a également annoncé avoir réalisé 56 projets, pour un coût global de 81 millions de dinars, notamment dans les régions confrontées à un déficit hydrique. Ces investissements montrent que la gestion de l’eau en été ne se résume plus à attendre le niveau des barrages. Elle nécessite une surveillance permanente des équipements, une maintenance préventive et une capacité d’intervention rapide. À la mi-juin, une réunion de coordination a d’ailleurs été consacrée à l’état des installations hydrauliques et électriques en prévision du pic de consommation estivale. 

Au-delà de l’été, un changement de modèle devenu indispensable

Les pluies récentes ont apporté un répit, mais elles ne peuvent constituer une réponse durable. La Tunisie reste exposée à une forte variabilité des précipitations et aux conséquences du changement climatique. Une bonne saison hydrologique peut améliorer temporairement les réserves sans résoudre les problèmes structurels : pertes dans les réseaux, surexploitation de certaines nappes, infrastructures vieillissantes et demande croissante. C’est pourquoi la stratégie nationale de l’eau à l’horizon 2050 prévoit des investissements considérables, estimés à 74,5 milliards de dinars. Plus de la moitié des investissements programmés doivent être consacrés à la valorisation des ressources non conventionnelles, notamment le dessalement et la réutilisation des eaux usées traitées, mais aussi à la modernisation des réseaux, à la collecte des eaux pluviales et à l’amélioration de la gestion des ressources. 

Le développement des eaux usées traitées pourrait notamment jouer un rôle majeur dans les prochaines décennies. Le ministère de l’Agriculture envisage 120 projets destinés à valoriser, à l’horizon 2050, jusqu’à 450 millions de mètres cubes de ces ressources. Une partie pourrait être consacrée à l’irrigation agricole, aux espaces verts, à l’industrie et aux zones humides, réduisant ainsi la pression exercée sur l’eau conventionnelle. Mais les investissements publics ne suffiront pas à eux seuls. La gestion de l’eau dépend également d’un changement durable des comportements. Réparer rapidement les fuites domestiques, éviter de laisser couler l’eau inutilement, limiter les lavages excessifs et privilégier des méthodes d’arrosage plus économes sont autant de gestes qui prennent une importance particulière lorsque des millions de consommateurs augmentent simultanément leurs besoins.

L’été 2026 s’ouvre donc dans une situation moins alarmante que les précédents, grâce à des réserves de barrages plus confortables. Mais cette amélioration ne doit pas créer une illusion d’abondance. Le véritable défi n’est plus seulement de disposer de suffisamment d’eau après une période pluvieuse, mais d’apprendre à gérer une ressource limitée dans la durée. À mesure que les températures augmentent et que les usages se multiplient, chaque été rappelle que la sécurité hydrique de la Tunisie dépendra autant des grands projets d’infrastructure que d’une nouvelle culture de consommation.

Leila SELMI

 

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L’enfance tunisienne : ce miroir fragile de notre avenir

Von: tmps
07. Juli 2026 um 08:26

Par Zouhaïr BEN AMOR (Universitaire)

Il est des sujets que l’on croit connaître parce qu’ils nous accompagnent depuis toujours. L’enfance en fait partie. Chacun de nous a été enfant, chacun de nous croise chaque jour des enfants dans la rue, à l’école, dans les transports, dans les familles, dans les cafés, devant les écrans ou aux portes des établissements scolaires. Pourtant, l’enfance reste souvent la grande absente de notre débat public. On parle d’économie, de politique, de prix, de salaires, de dettes, de crise sociale, mais rarement de l’enfant comme centre de gravité de la nation. Or, si l’on veut comprendre l’état réel d’un pays, il ne suffit pas d’écouter les discours officiels ni de lire les indicateurs économiques. Il faut regarder comment vivent ses enfants, comment ils dorment, comment ils mangent, comment ils apprennent, comment ils jouent, comment ils espèrent et parfois comment ils se taisent.

En Tunisie, l’enfance porte à la fois une mémoire de progrès et une inquiétude profonde. Le pays a longtemps été fier de son école publique, de la scolarisation massive, de la place accordée à la santé, de la protection juridique de l’enfant et de cette idée, longtemps partagée, selon laquelle chaque génération devait vivre un peu mieux que la précédente. L’enfant tunisien était alors le symbole d’une promesse, celle d’une société qui avançait par le savoir, la famille, l’effort et l’ascension sociale. Mais cette promesse semble aujourd’hui fragilisée. Elle n’a pas disparu, mais elle est devenue moins évidente, moins sûre, parfois même moins crédible pour une partie des familles qui regardent leurs enfants grandir avec tendresse, mais aussi avec une forme d’inquiétude qu’elles n’osent pas toujours nommer.

L’enfance n’est pas seulement une période douce que l’on évoque avec nostalgie. Elle est une fondation. Ce que l’on donne ou ce que l’on refuse à un enfant devient plus tard une attitude, une confiance, une blessure, une réussite ou une révolte. Une société qui néglige ses enfants ne voit pas immédiatement les conséquences de cette négligence. Elles apparaissent plus tard, dans l’échec scolaire, dans la violence sociale, dans le découragement des jeunes, dans la perte du goût de l’effort, dans le sentiment d’abandon ou dans cette fatigue morale qui traverse parfois les familles les plus ordinaires. C’est pourquoi parler de l’enfance tunisienne, ce n’est pas ouvrir un dossier secondaire, c’est interroger, avec gravité, le futur même de notre pays.

L’école, promesse nationale en perte de souffle

L’école demeure le premier lieu où se joue le destin de l’enfant tunisien. Elle a été, pendant des décennies, le grand passage vers la dignité sociale. Dans beaucoup de familles modestes, elle représentait presque une religion civile : apprendre pour sortir de la pauvreté, réussir pour honorer les parents, obtenir un diplôme pour ne pas revivre les difficultés des générations précédentes. Cette croyance dans l’école a construit une grande partie de la Tunisie moderne. Elle a permis à des enfants nés dans des villages pauvres, dans des quartiers discrets ou dans des familles sans relations, d’entrer dans l’université, dans l’administration, dans la médecine, dans l’enseignement, dans l’ingénierie, dans la culture et dans la vie publique.

Mais l’école actuelle ne rassure plus comme avant. Elle accueille encore, mais elle ne retient pas toujours. Elle enseigne encore, mais elle ne convainc pas toujours. Elle promet encore, mais elle ne garantit plus. Les classes surchargées, la fatigue des enseignants, les inégalités entre régions, la dépendance excessive aux cours particuliers, l’usure des bâtiments, le manque d’activités artistiques et scientifiques, ainsi que le décrochage progressif de nombreux élèves ont changé le rapport des familles à l’institution scolaire. Pour certains enfants, l’école reste un espace d’ouverture. Pour d’autres, elle devient un lieu de découragement, où l’on se sent perdu, jugé, dépassé ou simplement invisible.

Le problème n’est pas seulement scolaire. Il est social. Un enfant qui arrive en classe sans petit-déjeuner suffisant, sans soutien familial, sans espace calme pour étudier, sans transport régulier ou sans confiance en lui ne part pas avec les mêmes chances qu’un autre. L’égalité proclamée par l’école se heurte alors à l’inégalité vécue dans les maisons, les quartiers et les régions. La réforme de l’école ne peut donc pas se limiter aux programmes, aux examens ou aux horaires. Elle doit considérer l’enfant dans son ensemble : son corps, sa santé, sa langue, son environnement familial, son rapport à la lecture, son besoin de jeu, son besoin d’être encouragé et reconnu.

Quand la pauvreté vole l’insouciance

La pauvreté des enfants est probablement l’une des réalités les plus dures à regarder. Elle ne se limite pas au manque d’argent. Elle signifie parfois une alimentation moins équilibrée, des soins reportés, des vêtements insuffisants, des fournitures scolaires achetées avec peine, des loisirs absents, une chambre partagée, du bruit, de l’angoisse et cette sensation précoce que le monde n’offre pas les mêmes portes à tous. Il y a des enfants qui apprennent très tôt à ne pas demander, à ne pas réclamer, à comprendre les silences des adultes, à deviner qu’un cahier, un médicament, une paire de chaussures ou un simple trajet peuvent devenir des problèmes.

L’enfant pauvre comprend souvent la difficulté avant même de savoir la nommer. Il voit la fatigue du père, l’inquiétude de la mère, la tension autour des dépenses, les calculs répétés à la fin du mois. Cette conscience précoce peut fabriquer des enfants trop vite sérieux, trop vite silencieux, parfois trop vite adultes. On croit parfois que l’enfant ne comprend pas, parce qu’il joue encore, parce qu’il sourit, parce qu’il court dans la rue. Mais l’enfant enregistre tout. Il enregistre les humiliations discrètes, les comparaisons, les privations, les promesses reportées, les regards des autres et les petites blessures de l’inégalité.

Une société qui laisse ses enfants grandir dans le sentiment d’exclusion prépare ses propres fractures de demain. Soutenir un enfant, ce n’est pas faire de la charité, c’est prévenir l’échec scolaire, la marginalisation, la violence, la maladie, le chômage et la reproduction de la pauvreté. La Tunisie ne manque pas seulement de ressources, elle manque parfois d’une vision claire de l’enfance comme investissement prioritaire. On construit des routes, on discute des budgets, on annonce des projets, mais l’enfant reste trop souvent placé à la périphérie des décisions. Pourtant, chaque dinar investi dans la petite enfance, dans la santé scolaire, dans les bibliothèques, dans les cantines, dans le transport, dans les clubs de quartier et dans l’accompagnement familial est un dinar investi dans la stabilité future du pays.

Protéger l’enfant, au-delà des textes

La Tunisie dispose d’institutions, de lois et de mécanismes destinés à protéger les enfants. C’est un acquis qu’il ne faut pas minimiser. Mais la protection réelle ne dépend pas seulement de l’existence des textes, elle dépend de leur application, de la proximité des services, de la formation des intervenants, de la capacité des familles à demander de l’aide et de la rapidité des réponses lorsqu’un enfant est en danger. Dans beaucoup de situations, le problème n’est pas l’absence totale de cadre, mais la distance entre le cadre annoncé et la réalité vécue.

La violence reste une question sensible. Elle existe dans certains foyers, dans certaines écoles, dans la rue, parfois même dans le langage quotidien. Elle peut être physique, mais aussi verbale, psychologique et symbolique. On humilie un enfant, on le compare, on le menace, on le réduit au silence, puis on s’étonne plus tard qu’il manque de confiance, qu’il se replie sur lui-même ou qu’il reproduise la brutalité qu’il a reçue. Une société qui banalise la violence éducative finit par fragiliser son propre lien humain. L’autorité n’a pas besoin de brutalité pour exister, elle a besoin de cohérence, de patience, de limites claires et de respect.

Il faut aussi parler des enfants invisibles : ceux qui vivent dans les zones rurales éloignées, ceux qui quittent l’école, ceux qui travaillent trop tôt, ceux qui portent un handicap, ceux qui vivent dans des familles éclatées, ceux qui subissent la négligence, ceux qui se taisent parce qu’ils ne savent pas à qui parler. L’enfance vulnérable n’est pas toujours spectaculaire, elle est souvent discrète, cachée derrière une porte, un silence, une absence répétée en classe, un regard fatigué ou une agressivité que personne ne prend le temps de comprendre. Protéger l’enfant, c’est donc apprendre à voir ce qui ne crie pas encore.

Grandir à l’âge des écrans

L’enfant tunisien d’aujourd’hui grandit dans un monde traversé par les écrans. Le téléphone portable, les réseaux sociaux, les vidéos courtes, les jeux en ligne et les images permanentes occupent une place immense dans son quotidien. Le numérique peut ouvrir des horizons formidables : apprendre, découvrir, communiquer, créer, écouter une autre langue, regarder une expérience scientifique, visiter un musée lointain sans quitter sa chambre. Mais il peut aussi enfermer, isoler, exposer à la violence, au harcèlement, à la comparaison sociale et à une forme de fatigue mentale continue.

Le danger n’est pas l’écran en lui-même, mais l’absence d’accompagnement. Beaucoup d’enfants sont techniquement connectés, mais affectivement seuls devant ce qu’ils voient. Ils naviguent dans un monde d’images rapides, de modèles artificiels, de désirs fabriqués et de violences banalisées, sans toujours disposer des outils pour comprendre, trier, résister ou se protéger. Là encore, la famille et l’école doivent apprendre à dialoguer avec l’enfant au lieu de se contenter d’interdire ou de laisser faire. Interdire sans expliquer produit souvent la ruse. Laisser faire sans guider produit l’abandon. Entre les deux, il existe une éducation au numérique, patiente et humaine, qui apprend à l’enfant à rester libre dans un monde qui cherche sans cesse à capter son attention.

La culture, le sport, la lecture, le théâtre, la musique, les clubs scientifiques et les espaces publics sûrs sont essentiels. Un enfant ne grandit pas seulement avec des manuels scolaires, il grandit avec des expériences, des rencontres, des jeux, des émotions, des modèles, des lieux où il peut découvrir ce qu’il aime et ce qu’il peut devenir. Priver l’enfant de culture, c’est réduire son imaginaire. Or un pays qui réduit l’imaginaire de ses enfants réduit aussi son propre avenir. Il ne suffit pas de demander à l’enfant de réussir, il faut lui donner des raisons d’aimer la vie, d’aimer apprendre, d’aimer créer, d’aimer appartenir à une communauté qui le reconnaît.

Il faut donc replacer l’enfance au centre de notre réflexion collective. Non pas dans les slogans, mais dans les décisions concrètes. Chaque budget, chaque réforme scolaire, chaque politique sociale, chaque choix urbain, chaque programme culturel devrait poser une question simple : qu’est-ce que cela change pour les enfants ? Les protège-t-on mieux ? Les instruit-on mieux ? Les écoute-t-on davantage ? Leur donne-t-on une chance plus juste de grandir ? Une ville sans trottoirs sûrs, sans jardins, sans bibliothèques, sans terrains de sport accessibles, sans transports réguliers et sans espaces de rencontre n’est pas seulement une ville inconfortable, c’est une ville qui dit aux enfants qu’ils ne sont pas sa priorité.

L’enfance tunisienne n’est pas seulement une catégorie d’âge. Elle est notre miroir. Elle nous renvoie ce que nous sommes devenus et ce que nous refusons parfois de voir. Si nos enfants doutent trop tôt, se taisent trop souvent, quittent l’école trop vite ou grandissent avec le sentiment d’être oubliés, alors le problème n’est pas seulement le leur. Il est le nôtre. À l’inverse, si nous savons les protéger, les instruire, les écouter et leur ouvrir des chemins, alors la Tunisie retrouvera peut-être ce qui lui manque le plus aujourd’hui : une confiance profonde dans son avenir. Car un pays ne se relève jamais seulement par ses chiffres. Il se relève par la manière dont il prend la main de ses enfants et leur dit, avec des actes plus qu’avec des discours : vous comptez, vous êtes attendus, et l’avenir a besoin de vous.



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