Le mois de juin trop chargé pour les enseignants : course contre la montre
Dès la fin des examens du troisième trimestre, c’est une course effrénée contre la montre qui attend les profs. Un programme chargé où tous les jours de juin sont pleins. Trop de choses à faire et tout est fixé par des délais à ne pas dépasser. C’est le mois où se profilent le bac, le diplôme de fin de l’enseignement de base, le concours de sixième année, les réunions relatives à ces différents examens nationaux, la correction des devoirs du troisième trimestre, les conseils de classes…
Le mois de juin est effectivement une période particulièrement intense pour les enseignants, marquée par plusieurs responsabilités cruciales liées à la fin de l’année scolaire. Le mois de juin est donc une période charnière qui demande aux enseignants une organisation rigoureuse, une grande disponibilité et une forte capacité d’adaptation. Leur rôle est essentiel pour assurer une transition réussie vers la fin de l’année scolaire et la préparation de la suivante, tout en accompagnant au mieux les élèves dans leurs réussites et leurs difficultés.
Le mois de juin est synonyme d’oisiveté pour les élèves des collèges et des lycées (sauf ceux des classes terminales qui doivent affronter leurs examens). Ils sont déjà en vacances d’été, car depuis fin mai, les examens sont faits.
Une fin d’année marathonienne
Mais les profs, eux, ont d’autres tâches à accomplir durant tout ce mois et presque sans relâche. En effet, il y a des réunions qui précèdent les examens nationaux (bac et examen de 9e A, concours d’accès aux collèges pilotes) auxquelles les profs sont tenus d’assister, la surveillance pendant les épreuves de ces deux examens nationaux, ce qui peut durer jusqu’à six jours et peut-être plus si le prof est convoqué à surveiller pendant la session de contrôle du bac qui a lieu fin juin. Il y a également les conseils des classes qui se déroulent généralement entre les deux sessions du bac et qui s’étalent sur plusieurs jours selon le nombre de classes dans chaque établissement et les conseils d’orientation qui doivent siéger au mois de juin et auxquels les profs des classes concernées doivent assister pour donner leur avis et leur décision. Ajoutons à cela les bulletins trimestriels et les livrets scolaires qu’il faut remplir avant la fin de l’année. Bref, ils doivent s’acquitter de mille formalités administratives avant de partir en vacances. Ainsi, ceux qui sont invités à surveiller ou à corriger les épreuves de la deuxième session du bac auront à bosser jusqu’au début du mois de juillet. A ce propos, un prof de collège nous a déclaré : «Il est vrai qu’en juin, on ne fait plus de cours et qu’il n’y a plus de soucis pour le programme que nous avons bouclé à temps. Mais le stress demeure jusqu’à la fin du mois de juin. Il y a encore beaucoup de choses à faire selon un calendrier établi d’avance ; nous sommes bousculés par le temps et les délais qu’il faut respecter. Personnellement, cette année, je dois surveiller à l’examen du bac (les deux sessions) et à l’examen de fin d’études de l’enseignement de base (9e année), ce qui va me prendre au moins une dizaine de jours ; et entre-temps, je dois corriger les copies de mes élèves et remettre les résultats à l’administration dans le délai fixé, sans parler des bulletins et des livrets scolaires qu’il faut également remplir et signer avant la fin de l’année. C’est une course endiablée contre la montre ! » Un autre prof du secondaire nous a déclaré : « Les enseignants convoqués aux différents centres de correction pour corriger les copies des candidats aux examens nationaux ne sont pas plus privilégiés : ils ont leur part de fatigue et de stress. Ils sont mobilisés du matin au soir, durant trois ou quatre jours (selon les matières à corriger) parfois dans des conditions de travail peu ou non reposantes : des salles de classe aménagées pour la circonstance que la chaleur du mois de juin rend très chaudes.
La correction, une tâche délicate
Ces profs, à qui a été attribuée la responsabilité de la correction des milliers d’épreuves, toutes disciplines confondues, sont parfois débordés, tant ce travail exige de l’attention et de la précision. C’est que souvent, certains correcteurs sont obligés d’avoir un supplément de copies à corriger, en cas d’absence de deux ou trois collègues (ce qui est fréquent). De cette façon, le prof qui a en moyenne 120 copies à corriger peut atteindre 150 copies ou plus, dans la même période, ce qui peut avoir des conséquences graves sur le rendement de ce prof. Heureusement qu’un contrôle systématique est assuré par d’autres profs sur chacune des copies. Certains profs ne supportent pas ces contraintes qui s’exercent sur eux pendant la correction (nombre de copies, délais courts, condition de travail, rémunération par copie peu motivante…) et préfèrent plutôt la surveillance aux épreuves du bac ou du brevet de 9e. Comme cet enseignant qui ne veut plus être convoqué à la correction et qui nous a confié : «La correction des épreuves porte généralement sur un lot de 120 à 150 copies pour chaque correcteur et comme une copie peut réclamer en moyenne un quart d’heure, cela demande de 30 à 40 heures pour corriger toutes les copies, c’est-à-dire, quatre à cinq journées de travail ! Franchement, je préfère être parmi les enseignants-surveillants que d’être correcteur des épreuves ; je ne supporte plus le stress et l’opération en tant que telle est très fatigante, autant passer quelques heures à surveiller dans un centre d’examen et rentrer chez soi à midi pour se reposer. Et puis, je n’aime pas travailler sous la pression du temps. D’ailleurs, mon âge ne supporte plus ce genre de travail, c’est à peine si j’arrive à corriger les copies de mes élèves qui attendent encore sur mon bureau !» Et dire que les professeurs désignés pour la correction des épreuves de fin d’études de l’enseignement de base sont également convoqués à la surveillance des épreuves de l’examen de baccalauréat… «Cette double tâche (corriger et surveiller) n’a pas été d’usage dans toute l’histoire de l’éducation nationale : la tradition veut que ceux qui corrigent ne surveillent pas et inversement. Charger l’enseignant d’accomplir les deux tâches pourrait mener au surmenage et nuire ainsi à l’efficacité escomptée.
Hechmi KHALLADI
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