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Vacances d’été : loyers à prix brûlants, pieds dans l’eau ou pas 

Von: farhat
09. Juni 2026 um 19:17

L’été est déjà là et en pareille période, les parents pensent déjà à prévoir une bonne «Khleaâ» (villégiature) pour eux et leurs enfants pendant les deux mois de vacances scolaires pour quelques jours, une semaine, deux semaines ou un mois. L’occasion pour la famille de profiter des beaux jours d’été en bord de mer. Mais on peut toujours en rêver aujourd’hui les yeux fermés ou grands ouverts.

Car la vraie villégiature d’antan n’existe plus depuis des dizaines d’années. Elle est devenue impossible d’atteindre à cause des prix exorbitants des loyers affichés pour l’été par les propriétaires qui défient et ignorent la réalité sociale des Tunisiens moyens. Les familles, à ressources financières moyennes ou limitées, en subissent les conséquences. Ces prix surréalistes, qui s’élèvent parfois à plusieurs millions pour un seul mois de location, n’ont pas cessé d’augmenter, d’année en année. Résultats des courses, ici pour voir la mer et s’y baigner, les gens se contentent de gagner les plages les plus proches de leur lieu d’habitation pour nager et parfois rentrer au plus vite.

Cela se passe donc aux antipodes de l’ancienne et de la nouvelle situation générée par un vent de folie mercantiliste. Et si on a créé sous nos cieux des logements sociaux et d’autres formules pour les familles à revenus bas, on n’a pas songé au détail des vacances estivales (par exemple), moment idoine pour le repos, durant les congés payés pour repartir du bon pied. Les familles fuient étrangement et paradoxalement aujourd’hui et durant l’été les maisons, les appartements et les chambres d’hôtels pour passer, amèrement et malheureusement, de mauvaises vacances (qu’on se le dise) dans la canicule diurne et nocturne de la ville. Cela engendre chez eux une attitude de mécontentement et d’hypersensibilité à toute chose négative. Car dans la vie, on ne vit pas que pour le travail, la bouffe et le sommeil. Le repos, le farniente et les instants de joie de vivre, en dehors de la monotonie de la vie quotidienne, sont également nécessaires pour un développement sain de l’organisme.

Y a-t-il une solution envisageable ?
Nous ne savons pas trop pourquoi les prix des loyers affichés pour l’été ont atteint des degrés inimaginables, sachant que cela serait dû à l’augmentation de tout ce que consomme le citoyen tunisien au niveau des produits et des services. Si bien que le prix de location pour un mois d’une maisonnette correspondait à son prix de vente, quelques dizaines d’années auparavant. Tout a augmenté, certes, et augmente de jour en jour. Mais il est des détails que l’entendement ne peut admettre. Les prix de location en saison hivernale n’ont rien à voir avec ceux en saison estivale. Ils correspondent, en effet, à ceux du quart du prix affiché pour l’été. Et là, comme dirait l’autre : «Je vais me taire un peu». Le gain facile est là et c’est un commerce juteux que les propriétaires ne peuvent abandonner de si peu. Et il arrive que les lieux à louer restent fermés durant tout l’été, n’ayant pas bénéficié d’une baisse du prix initial. Serait-ce là un signe d’une certaine méchanceté et d’ignorance de la part des propriétaires ? On pourrait accepter toutes leurs «folies» si le citoyen avait tous les moyens financiers pour en bénéficier. Sans même songer audit prix. Mais dans la réalité, tout se passe autrement.

Lotfi BEN KHELIFA

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Malek Sassi Boughzala (coach parental) : l’arrivée d’un premier enfant fait naître une maman. L’arrivée d’un deuxième enfant fait souvent naître une nouvelle famille

Von: tmps
09. Juni 2026 um 09:55

Si tu as déjà connu cette sensation de devenir transparente à l’arrivée de ton enfant, c’est que tu es probablement une maman. Si tu ne connais pas cette sensation, sache que beaucoup de mamans autour de toi la connaissent très bien.Lorsqu’un enfant naît, il reçoit des cadeaux, des visites et toute l’attention de son entourage. On surveille son poids, son sommeil, ses premiers sourires, ses premiers mots. On s’émerveille de chaque étape de son développement. Mais le carnet de suivi de la santé physique et mentale de la maman, quelqu’un l’a vu passer ?Car il ne s’agit pas seulement de lui préparer de la soupe, du zrir et du fenugrec ! Quoique, personnellement, je valide totalement ces pépites, mais si et seulement si l’environnement qui va avec soutient lui aussi la maman, les parents !

Parce qu’une maman n’a pas « juste eu un bébé ». Elle n’a pas juste besoin de produire du lait pour le nourrir. Une femme qui accouche d’un bébé accouche aussi de la mère qui dormait en elle. Elle accouche parfois de blessures anciennes qui refont surface. Elle enterre sur la table d’accouchement une partie de son quotidien, de ses habitudes et de ses priorités pour en faire naître d’autres. Une version d’elle-même qu’elle a à peine le temps de quitter qu’une nouvelle version est déjà en train de naître.

Et pourtant, beaucoup de femmes vont passer des mois, parfois des années, à chercher celles qu’elles étaient avant, et je ne parle pas que de la taille ! Comme si l’objectif était de retrouver l’ancienne version d’elles-mêmes. Alors que le chemin le plus sain est souvent ailleurs. Il consiste à faire le deuil  pour laisser émerger une nouvelle version, plus riche, plus profonde, plus adaptée à ses ambitions. Une version qui demande à être découverte avec patience, foi et confiance plutôt qu’avec lutte et résistance.Et elle n’est pas la seule à devoir s’adapter à cette nouvelle version d’elle-même. Son conjoint découvre une nouvelle femme, âme et corps. Son enfant, quant à lui, attend de mieux se connaître à travers le regard et la présence de parents qui se cherchent eux-mêmes en même temps.

Une nouvelle charge mentale

Certaines femmes se découvrent plus sensibles, plus inquiètes, plus fortes aussi. Elles peuvent ressentir une joie immense le matin et se sentir dépassées, coupables ou épuisées quelques heures plus tard. Cette période n’est pas seulement une transition vers des nuits plus courtes et des journées hachées. C’est aussi une transition vers une responsabilité nouvelle, une charge mentale nouvelle et une vigilance permanente. Cette charge est souvent sous-estimée par l’entourage, mais parfois aussi par la maman elle-même, simplement parce que personne n’en parle vraiment.

Alors certaines femmes regardent autour d’elles et se disent : « La honte… Je suis la seule à vivre ça. Je ne suis pas assez pour être maman, la maman de cet enfant. » Alors que non. Elles sont nombreuses. Très nombreuses.

Je pense qu’il est essentiel de mettre des mots sur ce vécu et de le reconnaître. D’abord pour permettre à la maman de le reconnaître en elle-même, de l’accepter et de construire dessus une plus belle réalité. Ensuite pour permettre à son entourage de la soutenir efficacement.

Avant de parler de solutions, d’organisation, de retour au travail ou d’équilibre familial, il me semble essentiel de reconnaître cette vérité. Parce que beaucoup de femmes n’ont pas d’abord besoin qu’on leur explique comment mieux gérer leur temps. Elles ont besoin qu’on mette des mots sur ce qu’elles vivent, sans attente ni comparaison. Elles ont besoin d’entendre que leurs pensées parfois déconcertantes et leurs émotions intenses sont légitimes et normales, qu’elles ne sont pas seules, qu’elles ne sont pas faibles et surtout qu’elles ne sont pas folles. Car parfois, le premier remède n’est pas une solution. Le premier remède, c’est de se sentir comprise. Comme les autres et différente des autres en même temps.

En Tunisie, malgré tous les défis que rencontrent les jeunes parents, nous avons conservé quelque chose que je trouve précieux. Lorsqu’un bébé naît, il est rare qu’une famille laisse complètement seule une jeune maman. Une mère prépare un plat, fait le ménage, une sœur passe donner un coup de main ou accompagne les devoirs des autres enfants, une tante apporte les corbeilles pour organiser les affaires du bébé, une voisine prend des nouvelles, une grand-mère s’installe quelques jours.

Derrière ces gestes se cache une idée profondément juste : lorsqu’un enfant naît, une famille entière devrait prendre soin de celle qui vient de lui donner naissance, l’aider dans cette transition et lui transmettre les bonnes pratiques dans les meilleures conditions pour qu’elle puisse ensuite s’envoler de ses propres ailes.Et pourtant, même avec les meilleures intentions du monde, certaines maladresses se glissent souvent dans cette période déjà fragile.

La première consiste à s’occuper du bébé à la place de la maman plutôt que de s’occuper de la maman elle-même. Bien sûr qu’un parent a parfois besoin de souffler quelques minutes. Mais la maman a surtout besoin de présence auprès de son bébé pour apprendre à le connaître, créer un lien avec lui, découvrir ses mimiques, ses pleurs, son rythme et ses besoins. Cette rencontre a besoin de temps. Elle a besoin d’un vide fertile où la mère et l’enfant peuvent apprendre à se découvrir en tête à tête, en peau à peau. On ne vient donc pas aider machinalement. On ne vient pas appliquer à la lettre un rituel.  On ne vient pas faire ce qui nous a manqué dans notre propre accouchement. On vient à l’écoute de ce dont cette maman a réellement besoin, dans ses peurs à elle, dans ses doutes à elle, dans son histoire à elle.

La deuxième maladresse consiste à ne pas faire attention à ce que l’on raconte devant elle. « Il sera comme son frère. » « Il deviendra coléreux comme son père. » « Tu verras, ta vie va changer. » « Celui-là sera plus difficile. » Derrière ces phrases souvent anodines se cachent parfois les inquiétudes de la personne qui parle, ses comparaisons ou ses projections. Elles parlent davantage de celui qui les prononce que de cet enfant qui vient de naître et dont cette maman n’a pas besoin. J’ai envie de proposer une règle très simple : si tu penses que ce que tu vas dire aide cette maman, dis-le. Sinon, si tu as le moindre doute, bois ton jus au lieu de parler. Tu sentiras moins le malaise du silence et tu éviteras peut-être d’alourdir le sac à dos déjà bien rempli de cette famille.

La troisième maladresse consiste à écarter le papa au lieu de l’aider à prendre sa place. Sous prétexte qu’il travaille, qu’il fait les courses ou qu’il gère l’extérieur de la maison, on oublie parfois qu’un père est lui aussi en train de naître. Plus les autres prennent sa place, plus il peut avoir du mal à trouver la sienne. Et même si la maison est remplie de monde, la maman ressentira souvent ce vide. Car personne ne peut remplacer la place particulière qu’occupe un père auprès de son enfant et de sa compagne.

Parfois, le plus beau cadeau que l’on puisse faire à une jeune mère, c’est déjà de lui offrir un vrai cadeau à elle. Pas seulement à son bébé. C’est de lui apporter un repas, lui remplir son verre d’eau, lancer une machine à laver, lui permettre de fermer les yeux pendant une heure, s’occuper ponctuellement de son aîné ou simplement, et surtout, l’écouter sans lui offrir un catalogue de conseils, de remarques ou de comparaisons.

Aîné : comment l’aider à accueillir son petit frère ou sa petite sœur

En parlant de l’aîné justement…L’arrivée d’un premier enfant fait naître une maman. L’arrivée d’un deuxième enfant fait souvent naître une nouvelle famille.J’aime souvent utiliser cette image : imaginez trois personnes assises autour d’une table. Lorsqu’une quatrième personne arrive, personne ne quitte la table. Pourtant, tout le monde doit bouger un peu sa chaise. Chacun ajuste sa place pour permettre à l’autre de trouver la sienne. Et cela prend du temps.L’arrivée d’un deuxième enfant ressemble beaucoup à cela. Le bébé cherche sa place. L’aîné cherche sa place. La maman cherche sa place. Le papa cherche sa place. Et parfois même les grands-parents et l’entourage doivent réajuster la leur.Pendant des mois, parfois des années, l’aîné a grandi avec certaines habitudes, certaines attentions et certaines certitudes. Puis un jour, quelque chose change. Derrière ce que nous appelons souvent « jalousie » se cache bien souvent une question beaucoup plus profonde :« Est-ce qu’il reste encore une place pour moi ? Laquelle au juste ?»C’est là que la culpabilité s’invite souvent chez la maman. Celle de regarder son aîné et de penser : « Je ne suis plus aussi disponible qu’avant. » Puis de regarder son bébé et de penser exactement la même chose.

Alors laisse-moi te livrer un secret.

Le besoin principal du grand n’est pas que tu restes exactement la même maman dans des conditions complètement différentes. Son besoin principal est de trouver sa nouvelle place et que tu l’aides à la trouver sans trop de dégâts.Et cette place commence à se construire bien avant la naissance. Pendant la grossesse, aidons le à réduire l’écart entre l’image qu’il se fait de l’arrivée du bébé et la réalité qu’il va vivre. Répondons à ses questions. Accueillons ses émotions. Et si cela ne nous vient pas naturellement, cela s’apprend.Lorsqu’un enfant dit : « J’ai peur qu’il arrive quelque chose à maman », évitons le : « N’aie pas peur. »

Privilégions plutôt :

« Tu t’inquiètes. Je comprends. C’est normal. Tout cela est nouveau pour toi. Tu peux me poser tes questions. Je peux te raconter ce que les médecins en pensent. Je peux aussi te prendre dans mes bras. Nous pouvons prier ensemble. »Et si une larme vient, elle a toute sa place.Puis viennent les premières semaines. Celles où l’enfant vérifie une chose essentielle, souvent maladroitement, avec une sensibilité qui nous semble excessive et des comportements qui nous paraissent parfois bien étranges :« Est-ce que j’ai encore une place ici ? Si oui, laquelle ? »Mon secret pour cette période tient en un mot : le jeu.Les temps de jeu où la maman est disponible à 100 % pour son ou ses aînés.

Quand le bébé dort, évitons autant que possible :« Quand ton frère dormira, je jouerai avec toi. »Essayons plutôt :« Dans trente minutes, je pourrai jouer quinze minutes avec toi. Quinze minutes rien que toi et moi. Je te laisse réfléchir au jeu que tu aimerais choisir et finir tes devoirs d’ici là. »Bien sûr, cela demande d’anticiper et de  prévoir le relais si le bébé se réveille. Bref, d’avoir un plan B.Durant cette période, privilégions tout ce qui nourrit la relation entre la maman et l’aîné. Les jeux. Les câlins. Les moments de complicité. Les petits rituels. Déléguons momentanément les moments plus tendus comme les devoirs si c’est le vas chez vous. Parce qu’au fond, l’aîné n’a pas besoin d’entendre cent fois qu’il est toujours aimé.Il a besoin de le vivre.Et le jeu est son langage principal.C’est souvent à travers lui qu’il entendra le message le plus important :« Tu as toujours une sacrée place dans cette nouvelle configuration. »

Trouver sa place dans une nouvelle famille demande du temps. Trouver sa place dans une nouvelle organisation de vie aussi. Car pendant que certains parents commencent à peine à prendre leurs marques, une autre réalité se rapproche déjà : la reprise du travail.Oui, le congé maternité est court. Oui, les attentes de la société existent. Oui, les parents n’ont pas toujours le choix. Mais à force de regarder ce qu’on ne peut pas changer, on oublie parfois de préparer ce qu’on peut influencer.

Lorsque l’on sait que le retour au travail approche, l’énergie peut facilement être absorbée par les inquiétudes : qui va garder le bébé ? Est-ce le bon choix ? Est-ce trop tôt ? Que vont penser les autres ? Est-ce que mon enfant va souffrir de cette séparation ?Je propose à la maman  et au papa aussi  de tourner ces questions dans un autre sens pour pouvoir avancer.

« Si je décide de reprendre le travail, comment puis-je profiter au mieux des moments passés avec mon enfant le matin, le soir et les week-ends ? Quelles tâches puis-je déléguer pour préserver mon énergie et ma disponibilité émotionnelle ? Puis-je décaler certains horaires ? Les réduire temporairement ? M’organiser autrement le week-end et le faire savoir à ma famille ? Quels sujets ai-je besoin d’aborder avec mon partenaire pour avancer dans la sérénité et la transparence ?Si je choisis un certain mode de garde, qu’est-ce qui me fait réellement peur ? Une éducation différente de la mienne ? Le manque de sécurité ? Le regard des autres ? »

 Alors attendre d’une grand-mère, d’une nounou ou d’une éducatrice qu’elle reproduise exactement notre manière de faire est souvent une source de frustration.Si des doutes persistent, si certaines inquiétudes prennent trop de place, il est parfois plus utile d’en parler à un professionnel plutôt que de porter seule ces questions pendant des semaines ou des mois jusqu’à ce qu’elles se transforment en fatigue, en tensions ou en maux de tête.

                                                     Kamel Bouaouina

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Quand le sport des enfants devient un privilège

Von: farhat
09. Juni 2026 um 09:01

Il fut un temps où l’association sportive de quartier représentait beaucoup plus qu’un simple lieu d’entraînement. Elle était une porte ouverte, parfois la seule, vers un rêve possible. Un enfant y entrait avec un ballon usé, des chaussures modestes, une énergie débordante, et cette conviction silencieuse que le talent pouvait encore parler plus fort que l’argent. Le terrain était un espace de mélange social, de discipline et d’espérance. On y apprenait à courir, à tomber, à se relever, à respecter l’entraîneur, l’adversaire et le groupe. On y apprenait aussi que le sport pouvait sauver un enfant de la rue de l’ennui, du décrochage, parfois même d’un destin déjà écrit par la pauvreté.

Aujourd’hui, cette image s’efface peu à peu. Les associations sportives en Tunisie fonctionnent de plus en plus comme des structures privées, presque comme des sociétés indépendantes. Elles engagent leurs entraîneurs, fixent leurs horaires, organisent leurs catégories, communiquent comme des académies modernes et demandent aux parents des mensualités régulières. Sur le papier, rien de choquant : l’encadrement coûte de l’argent, les entraîneurs doivent être rémunérés, les équipements doivent être entretenus et les déplacements doivent être financés. Mais la question est aussi sociale. Que devient le sport lorsqu’il cesse d’être une passerelle vers l’intégration pour devenir un service payant réservé à ceux qui peuvent suivre ?
Car derrière les discours sur la formation, l’éducation sportive et la détection des talents, une réalité plus dure s’installe. Beaucoup de familles modestes n’osent même plus pousser la porte d’un club. Elles savent déjà que l’inscription, les mensualités, la tenue, les chaussures et parfois les frais annexes pèseront trop lourd sur un budget familial déjà fragile. Le rêve sportif de l’enfant se retrouve alors arrêté non par manque de talent, non par manque de volonté, mais par manque d’argent. On ne lui dit pas toujours directement : «Tu n’as pas ta place». On lui fait simplement comprendre que l’accès a un prix.

Le terrain public, le bénéfice privé
Ce qui rend cette situation encore plus problématique, c’est que ces associations exploitent souvent des infrastructures existantes, mises à disposition ou facilitées par les autorités locales. Des terrains municipaux, des salles publiques, des vestiaires et des espaces construits avec l’argent de la collectivité deviennent le cadre d’activités dont l’accès dépend ensuite de la capacité des parents à payer. Il y a là une contradiction profonde. Si l’infrastructure est publique, qu’elle appartient symboliquement à tous les citoyens, comment accepter que des enfants du même quartier en soient exclus parce que leurs parents ne peuvent pas régler une mensualité ?
Bien sûr, il ne s’agit pas de diaboliser les associations sportives. Beaucoup font un travail sérieux, parfois avec peu de moyens. Beaucoup d’entraîneurs donnent de leur temps, de leur énergie et de leur cœur. Beaucoup de dirigeants se battent pour faire vivre des structures fragiles. Mais il faut avoir le courage de regarder le problème dans son ensemble. Quand une association bénéficie de la tolérance, du soutien ou des infrastructures des autorités locales, elle ne peut pas se comporter uniquement comme une structure commerciale fermée sur sa logique financière. Elle porte aussi une responsabilité sociale. Elle agit dans un espace commun. Elle touche à l’enfance, à la jeunesse, à l’éducation et à l’égalité des chances.
Le sport n’est pas un luxe, il est une école parallèle. Pour certains enfants, il est même plus efficace que bien des discours moraux. Un terrain bien encadré peut éloigner un adolescent de la violence, de la marginalisation ou de la perte de confiance. Dans les quartiers défavorisés, il ne manque pas de talents. Ce qui manque souvent, ce sont les passerelles et les adultes capables de dire : cet enfant ne paiera pas, mais il jouera, parce qu’il a le droit d’essayer.

Redonner sa chance au talent
Il est donc urgent de penser à un mécanisme simple, clair et durable : toute association sportive bénéficiant d’une infrastructure publique ou d’un appui local devrait réserver un nombre déterminé de places gratuites à des enfants issus de familles défavorisées. Pas comme une faveur ni une opération de communication, mais comme un engagement normal. Ce serait une forme de retour à la collectivité. Si la ville offre le terrain et facilite l’activité, alors l’association doit à son tour ouvrir une partie de ses portes à ceux que le marché exclut.
Une telle mesure ne ruinerait pas les associations. Elle pourrait être organisée intelligemment, avec des critères transparents, en coordination avec les écoles, les municipalités, les maisons de jeunes ou les services sociaux locaux. Dans chaque catégorie d’âge, quelques places pourraient être réservées gratuitement. Les enfants concernés seraient sélectionnés selon deux critères simples : la situation sociale et la motivation sportive. L’objectif n’est pas seulement de chercher le futur champion, mais aussi d’offrir à des enfants une discipline, un cadre, une appartenance et une chance.
On demande aux jeunes d’être disciplinés, ambitieux, éloignés des mauvaises fréquentations, mais on leur ferme les lieux où cette discipline peut se construire. On se plaint de la rue, puis on rend le club inaccessible. On regrette la perte des valeurs, puis on transforme l’éducation sportive en produit commercial. On admire les grands sportifs quand ils réussissent, mais on oublie que beaucoup d’entre eux viennent de milieux simples, de quartiers ordinaires, parfois difficiles. Avant d’être des stars, ils étaient des enfants qui avaient seulement besoin qu’un adulte leur dise : «Viens, tu peux jouer.»
Le talent n’habite pas seulement les familles capables de payer. Il ne choisit ni l’adresse, ni le revenu des parents, ni la marque des chaussures. Il apparaît parfois dans une ruelle poussiéreuse, sur un terrain vague, dans une cour d’école, chez un enfant silencieux que personne ne remarque. Une politique sportive juste doit aller chercher ce talent-là. Elle doit le protéger de l’exclusion précoce. Car lorsqu’un enfant comprend très tôt que son rêve dépend de l’argent de ses parents, il n’abandonne pas seulement un sport. Il perd aussi une partie de sa confiance dans la justice sociale.
Il faut donc remettre du sens dans le fonctionnement de nos associations sportives. Elles peuvent continuer à percevoir des mensualités de ceux qui peuvent payer, car leur équilibre financier en dépend. Mais elles doivent aussi assumer une mission d’ouverture. Une association sportive n’est pas une salle privée de loisir. Elle travaille avec des enfants, pas avec de simples clients. Et un enfant ne devrait jamais être réduit à cette phrase brutale : «Tu payes ou tu ne joues pas». Le sport tunisien progressera lorsqu’il redeviendra capable d’accueillir ceux qui n’ont rien d’autre que leur talent et leur volonté. Offrir quelques places gratuites n’est pas un geste secondaire. C’est une manière de réconcilier le sport avec sa vocation première : former, rassembler et donner une chance.

Zouhaïr BEN AMOR (Universitaire)

 

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