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Nostalgies : Un piéton dans sa ville décharnée

05. September 2026 um 09:47

Mes déambulations en ville m’ont amené jusqu’au passage Bénévent, une longue allée qui relie la rue Amilcar et la rue Charles de Gaulle. Autant le dire sans tarder : ce passage fut longtemps un aimant pour les enfants de ma génération qui venaient y lécher les vitrines de Baby, le plus magnifique magasin de jouets de Tunis. L’enseigne est toujours là avec ses quatre lettres qui se détachent et invitent à découvrir les vitrines de toutes les tentations.

Baby est aux gamins ce qu’Au Bonheur des dames est aux midinettes. On y trouvait soldats de plomb et voitures en miniature, jeux de chevaux et figurines des Sept familles, panoplie de Zorro et étoiles de shérif, boules puantes et fluide glacial. Dire que je divague aujourd’hui encore à l’orée de ce repaire où je me souviens avoir joué à Robin des bois, au chevalier Bayard,aux Trois mousquetaires et
aux pirates de l’île au trésor !

Nous avons tous une histoire avec les jouets : ils disent un peu de ce que nous sommes et racontent les serpents qui nous hantent. Les vitrines rutilantes de l’enfance sont inoubliables, surtout lorsqu’un train électrique y repasse sans cesse sur des rails articulés, roulant vers des gares imaginaires. Je me demande encore si le jour où j’ai détruit la locomotive et les wagons du train qui avait accompagné mes tendres années, marquait un passage, un moment de bascule, une nouvelle porte qui s’ouvrait au sortir de l’enfance.

Paradoxalement, la manière de tunnel qui mène jusqu’à Baby est bouché. Le passage n’en est plus un depuis qu’il s’est transformé en impasse. Devrais-je y voir un quelconque symbole ou extrapoler en utilisant ce prétexte ? Peu importe au fond car les petits pas qui ont emprunté le passage amputé puis fait demi-tour, me semblent suffisants pour l’anamnése d’un piéton cueillant des souvenirs dans une ville décharnée.

Car il reste peu de vestiges de ces banlieues de l’enfance. Les immenses vitrines du magasin Narraci ont changé de visage, les libraires Bonici et Jeanne d’Arc ont disparu, la chocolaterie Castagna a comme fondu, le liftier nain du Magasin général n’est plus là, l’escalator du Monoprix est immobile, le parfumeur ne s’appelle plus Kolsi et la Pâtisserie viennoise n’est plus qu’une fragrance du passé. Qu’ajouter sinon que d’Amilcar à Charles de Gaulle, on ne passe plus !

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