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Le Dictionnaire amoureux de la Tunisie, un acte d’espérance pour une terre millénaire

27. Mai 2026 um 08:30

C’est un livre-hommage que la romancière Fawzia Zouari a consacré à la Tunisie : son Dictionnaire amoureux de la Tunisie, paru chez Plon et dont les éditions Cérès ont acquis les droits d’édition et de distribution en Tunisie, paraît à l’occasion du soixante-dixième anniversaire de l’indépendance. L’écrivaine franco-tunisienne en retrace la genèse dans un entretien accordé à L’Économiste maghrébin.

Quatre années de travail au total, deux d’écriture et deux d’attente, pour un volume d’environ cinq cents pages qui constitue avant tout un hommage à une terre millénaire. Romancière, journaliste et essayiste, la lauréate du Prix des cinq continents de la Francophonie en 2016 y mobilise ses différentes expériences d’écriture sans céder à une nostalgie convenue. Elle décrit un exercice de liberté totale, qui finit par révéler son propre attachement à la Tunisie. Ce projet est né d’une proposition de l’éditeur, qui lui a confié un volume de la collection du Dictionnaire amoureux. Il avait d’abord hésité entre Frédéric Mitterrand et elle, avant que ce dernier ne tranche en sa faveur : « C’est Frédéric Mitterrand qui lui a dit : laisse Fawzia en parler », rapporte-t-elle. L’un comme l’autre auraient pu mener ce projet. L’éditeur, dont la famille a vécu en Tunisie, s’est engagé dans l’aventure avec enthousiasme. Deux années supplémentaires d’attente ont suivi la remise du manuscrit, la collection étant très sollicitée chez Plon. La publication a été programmée pour coïncider avec l’anniversaire de l’indépendance.

La découverte d’un attachement révélé par l’écriture

Aucun projet personnel préconçu ne présidait à l’écriture. L’autrice de Ce pays dont je meurs est entrée dans ce travail sans a priori, s’interrogeant sur sa légitimité dans un tel exercice. Le principe même du genre a levé ses hésitations : il ne s’agissait ni d’objectivité historique ni de rigueur anthropologique, mais d’un regard libre sur ce qui lui tient à cœur. Cette liberté lui a permis de mobiliser ses différentes approches : certains sujets relevaient de la documentation, d’autres d’une démarche journalistique d’enquête, d’autres encore d’un regard littéraire et subjectif. Le Kef, dont elle est originaire, ne pouvait être abordé que depuis cette expérience vécue. C’est au fil de l’écriture qu’elle découvre cet attachement : « Je commençais à écrire et je me rendais compte qu’en écrivant je redécouvrais mon attachement à ce pays. »

Un récit destiné au monde, au-delà des frontières

Interrogée sur le récit tunisien, celui d’un pays qui a donné son nom à un continent, doté de la première constitution et berceau d’une des premières figures féminines fondatrices d’empire, elle refuse l’idée d’un récit limité aux seuls Tunisiens. Il s’agit au contraire de dépasser les représentations réductrices, souvent limitées à des plages et à Carthage. « Quelqu’un demande à un Américain ce que c’est que la Tunisie, il répond : des plages et Carthage. » Le livre s’inscrit contre cette image réductrice et rappelle la profondeur historique et culturelle du pays.

L’autrice ne se situe pas dans une posture d’analyse sociologique, mais dans une démarche de transmission et de valorisation. Elle cherche à faire connaître la Tunisie au-delà de ses frontières, en rappelant ce que ce territoire a apporté à l’histoire mondiale. Aucun sujet n’a été volontairement écarté : la révolution de 2011, événement récent mais structurant, trouve naturellement sa place.

Une Tunisie loin des clichés touristiques

Le dictionnaire s’éloigne des images de carte postale. Il ne se réduit ni aux plages ni aux symboles folkloriques. Sidi Bou Saïd, par exemple, n’est pas présenté comme un décor touristique, mais comme un lieu porteur d’une tradition spirituelle liée au soufisme. L’autrice part de son expérience vécue, elle qui vient du Kef, et non d’un lieu vitrifié pour le tourisme. « Derrière cette image de carte postale, il y a une histoire millénaire. Ce petit pays a joué un rôle majeur dans l’histoire mondiale. » Cette profondeur historique structure l’ensemble de l’ouvrage, pensé pour durer et être relu dans le temps, indépendamment des évolutions du pays.

À l’occasion du soixante-dixième anniversaire de l’indépendance, Fawzia Zouari refuse toute posture militante ou tout jugement sur l’actualité. Installée entre plusieurs pays, elle revendique une distance qui lui permet d’écrire hors de toute position politique. Le livre s’inscrit dans une temporalité longue, celle de l’histoire. « C’est cet héritage ancien qui continue de structurer le pays et sur lequel s’appuie son rapport au monde. » .Elle conclut sur une idée d’espérance : « Toujours. Il faut espérer dans ce pays. Le ciel y est serein. Quelles que soient les périodes traversées, la Tunisie donne une forme de sérénité. C’est cette profondeur historique qui nourrit la fierté. »

 

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