Premier roman de Moez Majed | ‘‘Lorand Gaspar vient de mourir’’
On le connaît poète, animant des émissions littéraires sur RTCI. Et voilà qu’il publie son premier roman. Quoi de plus naturel. Le premier roman de Moëz Majed ‘‘Lorand Gaspar vient de mourir’’ (Hykeyet Edition, Tunis, février 2026, 169 pages) se veut un récit à la croisée de l’autobiographie et de la réflexion littéraire.
Dans cette incursion dans l’écriture romanesque, l’auteur ne s’est pas défait de son identité de poète, bien au contraire, il a choisi de raconter une grande figure de la poésie du XXe siècle : Lorand Gaspar, le poète franco-hongrois qui a vécu (et exercé comme chirurgien), en Palestine et en Tunisie, où il a dirigé, dans les années 1980, une revue littéraire ‘‘Alif’’ qui permit l‘éclosion de nombreux talents littéraires tunisiens.
Mais est-ce vraiment un roman sur Lorand Gaspar? Cela n’est pas si sûr, tant il y a d’autres niveaux de lectures et d’autres personnages qui traversent ce récit et qui laissent le lecteur hésitant entre des mondes distincts et pourtant liés les uns aux autres dans une narration archipélique cimentée par un concept sociologique créé par Mark Granovetter à la fin du siècle dernier : la force des liens faibles
‘‘Lorand Gaspar vient de mourir’’, Moez Majedraconte son propre parcours, marqué par une enfance exigeante, notamment à travers la relation forte, parfois dure, qu’il entretient avec son père, un intellectuel passionné de littérature, le célèbre poète Jaafar Majed.
Au fil du livre, cette histoire personnelle se mêle à une fascination pour Lorand Gaspar, poète discret et difficile à cerner, dont la vie a été marquée par l’exil, la guerre et une quête constante de sens.
L’auteur cherche à comprendre qui il était vraiment, mais se rend compte que Gaspar reste insaisissable, comme s’il n’avait laissé que des fragments de lui-même derrière lui. Cette recherche devient alors plus profonde : ce n’est plus seulement une enquête sur un poète, mais une réflexion sur soi.
À travers cette obsession, l’auteur explore son propre rapport à la figure paternelle, à la transmission, et à ce que l’on hérite, consciemment ou non, de ceux qui nous ont précédés.
Le livre aborde aussi des thèmes plus larges comme la littérature, la traduction et la création. Il suggère que toute écriture est une forme de transformation, une manière de traduire le réel et de lui donner un sens personnel.
C’est un texte à la fois intime et réfléchi, qui parle de mémoire, d’identité et de quête personnelle, tout en rendant hommage à une grande figure de la poésie.
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