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Heute — 27. Mai 2026Leconomiste Maghrebin

Lire pour se retrouver : Madiha Jamel et le conte comme miroir des enfants en difficulté

27. Mai 2026 um 18:00

 Entre pédagogie et poésie, la nouvelliste Madiha Jamel redéfinit le conte pour enfant comme un outil d’apprentissage aux mille visages. À l’heure où l’école cherche à embrasser toutes les intelligences, elle en dessine les possibles, du livre illustré à l’intelligence artificielle, en passant par la voix et le théâtre. Rencontre avec une architecte de l’imaginaire.

Madiha Jamel le confie d’emblée : le conte pour enfants n’est plus un simple divertissement. Dans un échange accordé à L’Économiste Maghrébin, l’écrivaine défend avec éloquence une thèse aussi simple que renversante : la narration destinée aux plus jeunes constitue un dispositif pédagogique à part entière, aussi rigoureux qu’adaptable, notamment dans le parcours scolaire.

Pour elle, tout enseignant digne de ce nom peut exploiter le conte, à condition d’accepter d’emblée la diversité des rythmes et des compréhensions au sein d’une même classe. Chaque élève possède sa propre méthode de perception : l’un est réceptif à l’écoute, l’autre à la lecture silencieuse, un troisième au seul toucher de l’image. Le conte, alors, apparaît comme un objet multitexte, là réside sa modernité. Il mêle illustration et texte calibré, se prête au théâtre, à l’enregistrement audio, au livre sonore, à l’atelier de peinture, voire au film généré par l’intelligence artificielle. Toutes ces ramifications, accessibles à l’instituteur curieux, métamorphosent le récit en support didactique d’une efficacité rare. Encore faut-il, précise-t-elle, que l’enseignant soit lui-même un lecteur assidu, capable d’en saisir les subtilités.

Pour l’enfant qui souffre de difficultés d’apprentissage, écrire ou lire un conte devient une voie d’accès à soi-même et au monde, plus douce et plus directe que les rapports méthodiques ou les grilles classiques. La fiction l’autorise à exprimer ses peurs, ses craintes, à se reconnaître dans un personnage, comme dans un miroir rassurant. Par la répétition, la diversification poétique, le dialogue et des illustrations qui disent ce que les mots taisent, le conte prend en compte les différenciations pédagogiques. Il renforce la langue, la mémoire, et crée un lien privilégié entre le parent et l’enfant lors des lectures partagées.

Mais Madiha Jamel va plus loin : elle alerte sur une blessure souvent invisible. Les enfants en situation de fragilité scolaire subissent fréquemment l’intimidation de leurs camarades. Le conte, alors, peut devenir un outil pour le psychologue — une bibliothérapie à part entière —, mais aussi pour la formation des enseignants, invités à déceler ces souffrances et à y répondre par la puissance de l’allégorie.

Son dernier conte pour enfants, paru aux éditions Al Bayati, illustre cette ambition avec une délicatesse remarquable. Illustré par Sami Majid Al Bayati, il aborde le TDAH et les troubles de l’attention à travers l’histoire d’un papillon qui adore voler. À l’école, l’héroïne ailée ne parvient pas à rester en place sur sa chaise. Jusqu’à l’intervention d’un personnage bienveillant, qui l’aide à apprendre autrement, par le jeu, l’aventure et le vol. L’enfant, en suivant ce papillon, apprend à s’identifier sans honte, et peut-être à s’accepter.

Par sa plume aussi précise que généreuse, Madiha Jamel rappelle que la littérature de jeunesse porte en germe une révolution silencieuse : celle d’une école qui ne laisse personne au sol, pas même les âmes les plus vagabondes.

 

 

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