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L’impératif stratégique des énergies renouvelables en Tunisie : volatilité des prix des hydrocarbures et transition bas-carbone

21. Mai 2026 um 16:52

La Tunisie ne peut plus différer le choix de sa souveraineté énergétique. Dépendante à plus de 60 % de sources extérieures, confrontée à une demande d’électricité qui pourrait doubler en quinze ans et soumise à des exigences climatiques internationales croissantes, la République tunisienne est à un tournant. C’est dans ce contexte d’urgence que s’est tenu, le 21 mai 2026 à Tunis, dans le cadre de la 27ème édition du Forum de L’Économiste Maghrébin, le panel intitulé « L’impératif stratégique des énergies renouvelables en Tunisie : volatilité des prix des hydrocarbures et transition bas-carbone ».

Autour de Serge Degallaix, Senior advisor d’EQUITIX, qui en assurait la modération, quatre expertes et experts ont croisé leurs analyses : AfefJaafar, Conseillère auprès du Secrétaire d’État à la Transition Énergétique, Ministère de l’Industrie, des Mines et de l’Énergie ; OlfaChammari, Directrice de la planification stratégique et du contrôle de gestion, CDC ; Rami Elgolli, International consultant in Green EnergyCarbonAccounting&Auditor 50001 ; et HajerChekir, Directrice commerciale BYD Tunisie. Entre conformité réglementaire, innovation financière et impératifs de compétitivité, le débat a mis en lumière l’ampleur d’un défi qui dépasse largement la seule politique énergétique.

Dressant un diagnostic sans concession, Serge Degallaix, Senior advisor d’EQUITIX, a rappelé qu’il y a trente ans, la Tunisie était autosuffisante en énergie. La moitié du déficit de sa balance commerciale est aujourd’hui imputable aux importations énergétiques, et les subventions à l’énergie représentent le premier poste de subvention du budget national. « Ce sont là des défis tout à fait redoutables », a-t-il observé, soulignant que le défi financier pour atteindre l’objectif de 35 % d’énergies renouvelables dans le mix électrique d’ici 2030 se chiffre en milliards de dollars, auxquels s’ajoutent les investissements de réseau, de stabilisation et de gestion.

AfefJaafar, Conseillère auprès du Secrétaire d’État à la Transition Énergétique, Ministère de l’Industrie, des Mines et de l’Énergie, a confirmé la trajectoire engagée par le gouvernement : plusieurs centaines de mégawatts sont désormais installés sous les différents régimes de production renouvelable, et de nouveaux projets attendent leur approbation parlementaire. « Il va falloir que ça s’accélère, compte tenu des contraintes auxquelles la Tunisie est confrontée », a-t-elle insisté.

OlfaChammari, Directrice de la planification stratégique et du contrôle de gestion, CDC, a pour sa part mis en perspective l’ampleur des investissements nécessaires, évalués à plusieurs dizaines de milliards de dollars à l’horizon 2030 selon les engagements climatiques de la Tunisie. La Caisse des dépôts et consignations entend y jouer un rôle de catalyseur et d’effet de levier pour mobiliser le secteur privé, via des mécanismes de financement innovants et une logique d’investissement d’impact. « Ce n’est plus un choix », a-t-elle tranché.

Rami Elgolli, International consultant in Green EnergyCarbonAccounting&Auditor 50001, a éclairé les entreprises tunisiennes sur les implications concrètes du mécanisme d’ajustement carbone à la frontière mis en place par l’Union européenne, qui bascule cette année d’un régime déclaratoire à un régime fiscalisé. Un dispositif dont le périmètre est appelé à s’étendre bien au-delà des six secteurs actuellement concernés, et qui constitue, pour les exportateurs ayant anticipé leur décarbonation, un véritable levier de compétitivité sur les marchés européens.

HajerChekir, Directrice commerciale BYD Tunisie, a quant à elle replacé le véhicule électrique dans une perspective systémique inédite : bien au-delà de la décarbonation des transports, il représente une ressource de stockage d’énergie au service de l’équilibre du réseau électrique. Les premières tendances du marché tunisien témoignent d’une dynamique naissante mais réelle, portée par un cadre réglementaire incitatif que la directrice a salué.

Au terme de ce débat dense et prospectif, une conviction s’est imposée à l’ensemble des participants : la transition énergétique de la Tunisie ne pourra réussir que par une coordination étroite entre l’État, les institutions financières, les opérateurs privés et les partenaires internationaux. Un impératif de coalition autant que de volonté politique.

L’intégralité de la couverture du panel sera publiée dans le prochain numéro de L’Économiste Maghrébin en kiosques du 3 au 17 juin 2027.

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Tunisie – Souveraineté énergétique : l’heure des choix stratégiques a sonné

21. Mai 2026 um 15:58

Il y a trente ans, la Tunisie couvrait seule ses besoins en énergie. Aujourd’hui, elle en importe plus de 60 %. Sa facture énergétique pèse pour moitié sur le déficit de sa balance commerciale, et les subventions aux hydrocarbures sont devenues le premier trou du budget de l’État. Dans ce climat de vulnérabilité chronique, un constat s’impose : la marge de manœuvre se rétrécit. C’est ce qu’ont martelé, le 21 mai 2026 à Tunis, les participants du panel « L’impératif stratégique des énergies renouvelables en Tunisie », organisé dans le cadre de la 27ᵉ édition du Forum de L’Économiste Maghrébin.

Loin d’une simple discussion technique, les échanges ont révélé une certitude : la transition énergétique n’est plus un dossier parmi d’autres – elle est devenue un impératif de souveraineté. Alors que la demande d’électricité pourrait doubler d’ici quinze ans, différer le choix des énergies renouvelables reviendrait à accepter une dépendance croissante, à la fois énergétique, économique et politique.

Autour de Serge Degallaix (EQUITIX), modérateur, quatre expertes et experts ont croisé leurs diagnostics : Afef Jaafar (ministère de l’Industrie, des Mines et de l’Énergie), Olfa Chammari (Caisse des dépôts et consignations), Rami Elgolli (consultant en comptabilité carbone) et Hajer Chekir (BYD Tunisie). Leur point d’accord était clair : la Tunisie ne peut plus attendre.

Des milliards de dollars d’investissements sous pression

Serge Degallaix a posé l’équation la plus brutale : atteindre 35 % d’énergies renouvelables dans le mix électrique d’ici 2030 exigera des investissements chiffrés en milliards de dollars, sans compter les coûts de réseau et de stabilisation. Face à ce mur financier, l’État ne peut agir seul – mais il doit impérativement fixer le cap, faute de quoi les capitaux étrangers iront ailleurs.

Afef Jaafar a confirmé que plusieurs centaines de mégawatts sont déjà installés, et que de nouveaux projets attendent une validation parlementaire. Son message fut sans ambiguïté : « Il va falloir que ça s’accélère. » Une phrase qui sonne comme un avertissement, tant les contraintes s’accumulent.

La CDC en levier stratégique, le privé en vigie

Olfa Chammari a chiffré l’investissement global requis à plusieurs dizaines de milliards de dollars d’ici 2030, selon les engagements climatiques tunisiens. Pour la CDC, il ne s’agit plus de financer à tout prix, mais de catalyser

l’investissement privé par des mécanismes innovants et une logique d’impact. « Ce n’est plus un choix », a-t-elle tranché – formule reprise comme un mantra par plusieurs participants.

L’Europe change la donne : le carbone devient une arme commerciale

Mais c’est sans doute Rami Elgolli qui a introduit la contrainte géopolitique la plus immédiate. Le mécanisme d’ajustement carbone aux frontières (CBAM) de l’Union européenne entre cette année dans une phase fiscalisée, après une période déclaratoire. Son périmètre va s’élargir bien au-delà des six secteurs initiaux. Pour les entreprises tunisiennes exportatrices, ne pas décarboner, c’est désormais perdre des parts de marché. L’enjeu n’est donc plus écologique – il est compétitif et diplomatique.

Hajer Chekir (BYD Tunisie) a offert un éclairage souvent ignoré : le véhicule électrique n’est pas seulement un outil de décarbonation des transports, mais une solution de stockage capable de stabiliser tout le réseau électrique. Elle a salué le cadre réglementaire tunisien, jugé incitatif, et noté une dynamique commerciale réelle, encore modeste mais prometteuse.

Coalition ou échec

À l’issue des débats, une conviction s’est imposée : la transition énergétique ne sera ni technocratique ni spontanée. Elle exige une coalition d’action entre l’État, les institutions financières, les opérateurs privés et les partenaires internationaux. Mais plus que tout, elle exige une volonté politique capable de transformer l’impératif stratégique en choix souverain.

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Ferid Belhaj: «Le monde change très vite, et la Tunisie ne peut plus penser son avenir avec les outils intellectuels des années 1980»

21. Mai 2026 um 14:10

Chaque ingénieur tunisien qui part gonfle la productivité d’un pays étranger. C’est en ces termes que Ferid Belhaj, économiste de réputation internationale, a posé la question du capital humain devant les participants de la 27ᵉ édition du Forum de L’Économiste Maghrébin, réunis le 21 mai 2026 à Tunis. Intervenant depuis Washington sous le thème «Tunisie: 70 ans d’Indépendance, l’heure du cap, l’heure des choix», il a articulé une lecture de la souveraineté nationale autour de quatre dimensions indissociables: humaine, alimentaire, financière, énergétique et technologique.

Quelle Tunisie au seuil de son centenaire, en 2056? C’est la question de fond que Belhaj a posée en fil rouge de son intervention, renvoyant la réponse à la responsabilité collective du présent. Le chemin qui y mène part, selon lui, d’un constat sur l’état du monde: les crises ne se relaient plus, elles coexistent. L’économiste désigne ce phénomène par le terme de «polycrise», une configuration inédite où les fragilités économiques, climatiques, énergétiques, technologiques et géopolitiques s’alimentent mutuellement. La pandémie, l’invasion de l’Ukraine, les ruptures sur les routes maritimes mondiales, l’essor de l’intelligence artificielle: autant de secousses qui ont, selon lui, mis à nu les limites du modèle tunisien hérité des décennies passées. «Le monde change très vite, et la Tunisie ne peut plus penser son avenir avec les outils intellectuels des années 1980», a-t-il tranché.

Deux piliers ont fait l’objet d’un traitement particulièrement détaillé. Sur le terrain financier, Belhaj a mobilisé données chiffrées et comparaisons entre pays pour éclairer un mécanisme rarement mis en débat public: la manière dont le comportement du secteur bancaire tunisien freine l’investissement productif. Sur le front agricole et hydrique, il a identifié la ressource en eau comme variable centrale de la résilience alimentaire nationale sur le long terme.

C’est toutefois la question des compétences qui a donné à son propos son tranchant le plus immédiat. La Tunisie produit des profils hautement qualifiés, ingénieurs, médecins, développeurs, dont la valeur est reconnue bien au-delà de ses frontières. Pourtant, le taux de chômage parmi les jeunes diplômés atteint des niveaux préoccupants, tandis que le flux d’émigration de ces mêmes profils ne cesse de s’amplifier. Pour Belhaj, l’équation est simple et sévère: «Former sans offrir de perspective, c’est financer la compétitivité des autres». Il en dégage une implication de politique publique directe: investir dans des filières comme l’intelligence artificielle, la cybersécurité ou l’énergie ne relève pas de la seule stratégie éducative, c’est un acte de souveraineté, ou son renoncement.

Le volet géostratégique complète ce tableau par une thèse sur la recomposition des rapports de force énergétiques. Sans disposer des ressources fossiles de ses voisins, la Tunisie occupe néanmoins une position singulière: carrefour entre l’Europe, l’Afrique et la Méditerranée, au cœur des corridors logistiques et énergétiques Est-Ouest. Belhaj y voit un levier sous-exploité, à condition d’une volonté politique cohérente. Sa lecture: la puissance énergétique du XXIᵉ siècle se joue moins sur les gisements que sur la maîtrise des réseaux. Les développements qu’il consacre au détroit de Sicile et aux infrastructures de demain s’inscrivent dans cette logique.

L’intégralité de l’intervention sera accessible dans les colonnes de L’Économiste Maghrébin, en kiosques du 3 au 17 juin 2026.

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Tunisie–UE: mobilité circulaire, visas et financement au cœur des échanges

08. Mai 2026 um 13:34

Lors d’une conférence de presse organisée à la veille de la Fête de l’Europe, l’ambassadeur de l’Union européenne en Tunisie, Giuseppe Perrone, a évoqué le principe de “mobilité circulaire”. Ce dispositif vise à permettre à des travailleurs tunisiens de se former en Tunisie, d’acquérir une expérience professionnelle en Europe, puis de revenir au pays avec de nouvelles compétences.

Sur la question des visas, il a rappelé que leur délivrance relève exclusivement des États membres de l’Union européenne. Il a toutefois précisé que l’UE travaille actuellement à la digitalisation et à l’accélération des procédures consulaires.

De son côté, le chef de la section commerce de la délégation européenne, Thierry Béranger, a détaillé le fonctionnement du “partenariat pour les talents”. Ce dispositif européen vise à répondre aux pénuries de main-d’œuvre dans certains secteurs, notamment le tourisme et l’hôtellerie.

Selon les responsables européens, plusieurs centaines, voire plusieurs milliers de Tunisiens auraient déjà bénéficié de ces programmes de mobilité professionnelle. Ils reconnaissent toutefois la persistance de plusieurs obstacles, notamment la reconnaissance des diplômes, les lourdeurs administratives et l’insuffisance du dialogue avec le secteur privé.

Concernant l’assistance macrofinancière de 900 millions d’euros prévue dans le mémorandum d’entente signé en 2023 entre la Tunisie et l’Union européenne, Giuseppe Perrone a confirmé que cette enveloppe reste suspendue en l’absence d’accord entre Tunis et le Fonds monétaire international.

L’ambassadeur n’a toutefois pas exclu d’autres formes de soutien financier via des mécanismes alternatifs. Il a rappelé que ces financements prennent la forme de prêts à conditions avantageuses et restent liés à des garanties de stabilité économique et de mise en œuvre de réformes.

 

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Migration, justice, commerce: l’Union européenne fait le bilan de son engagement en Tunisie

08. Mai 2026 um 13:15

À la veille des célébrations de la Fête de l’Europe, l’ambassadeur de l’Union européenne en Tunisie, Giuseppe Perrone, a tenu une conférence de presse au cours de laquelle il a présenté la nouvelle version de la cartographie en ligne des projets de coopération européens en Tunisie. L’occasion lui a également permis de dresser un bilan chiffré de l’engagement européen dans le pays, d’évoquer l’état de mise en œuvre du mémorandum d’entente de 2023 et de répondre aux questions sur des dossiers sensibles: migration, transparence des financements, visa, appui aux médias et à la justice, et politique étrangère européenne.

L’ambassadeur Perrone a annoncé le lancement de la version entièrement repensée de la cartographie en ligne de la coopération européenne en Tunisie, accessible sur le site de la délégation de l’Union européenne. Cet outil, qui existe depuis 2022, a été intégralement refondu dans sa forme et dans son contenu afin d’offrir une navigation plus intuitive et une meilleure accessibilité à l’information. La plateforme recense l’ensemble des projets de coopération bilatérale en cours, organisés par thématique; agriculture, environnement, santé, éducation, recherche, infrastructures, entre autres, et localisés sur une carte interactive du territoire tunisien. Chaque fiche projet détaille le montant engagé, les objectifs, les partenaires de mise en œuvre, les cofinancements éventuels, l’actualité des activités et les contenus visuels produits. Le site est mis à jour régulièrement et conserve les projets jusqu’à un an après leur clôture. Au moment de la conférence de presse, la plateforme recensait environ 87 projets en cours, un chiffre appelé à évoluer au fil des nouvelles signatures annuelles. L’ambassadeur a présenté cet outil comme un instrument de transparence destiné aux journalistes, aux chercheurs, au monde académique et à l’ensemble du public.

1,35 milliard d’euros de projets en cours…

Le volume total des projets de coopération actuellement en cours en Tunisie s’élève à environ 1 milliard 350 millions d’euros, sans inclure les prêts des institutions financières européennes. Par ailleurs, selon des données récemment reçues par la délégation, quelque 350 000 entreprises européennes sont établies en Tunisie, générant 480 000 emplois directs et indirects. L’ambassadeur a également rappelé que 70 % du commerce extérieur tunisien s’effectue avec l’Union européenne, et que la balance commerciale bilatérale de la Tunisie avec l’UE est excédentaire, à l’inverse de celle avec la Chine, qualifiée de “lourdement déficitaire”. Il a précisé que l’accord d’association de 1995 est à l’origine de 1,3 % du PIB tunisien et d’environ 3 % de la progression des niveaux de salaires, soulignant le rôle déterminant que ce cadre a joué dans la modernisation et l’intégration de l’industrie tunisienne dans les chaînes de valeur européennes. Enfin, près de 90 % des grands projets d’investissement en Tunisie proviendraient de l’Union européenne.

Un mémorandum d’entente aux résultats contrastés selon les axes

Interrogé sur l’état d’avancement du mémorandum d’entente signé en 2023 avec la Tunisie, premier accord de ce type conclu par l’Union européenne avec un pays de la région méditerranéenne, l’ambassadeur Perrone a indiqué qu’une mission d’évaluation venue de Bruxelles avait conduit, le mois précédant la conférence, un exercice périodique d’évaluation de sa mise en œuvre. Il a décrit une situation “non uniforme” selon les cinq axes du mémorandum : l’assistance financière, le commerce, la mobilité, les relations entre les peuples et l’énergie.

Les avancées les plus nettes ont été enregistrées sur les volets migratoire et énergétique. En matière de commerce, l’ambassadeur a reconnu un certain retard. Il a présenté le mémorandum comme un cadre donnant une nouvelle structuration à une relation bilatérale déjà établie, et non comme un instrument créant des obligations ex nihilo. Les projets encadrés par ce mémorandum sont consultables sur la cartographie en ligne. Il a renvoyé vers le site de la direction générale pour le Moyen Orient et l’Afrique du Nord de la Commission européenne.

Transparence des fonds: décisions publiques, audits et droit d’accès

En réponse à des questions sur la destination et le contrôle des financements européens, Thierry Béranger, chef de la section commerce de la délégation, a apporté des précisions détaillées sur les mécanismes en vigueur. Il a rappelé que toute décision de financement est arrêtée par la Commission européenne et rendue publique, après examen par un comité réunissant les représentants des États membres à Bruxelles, qui donnent leur aval. Les enveloppes allouées à la Tunisie sont ensuite définies en concertation avec les autorités tunisiennes, au premier rang desquelles le ministère de l’Économie et du Plan. Le choix du partenaire de mise en œuvre, celui qui gère le budget et conduit les activités, s’effectue dans le cadre de ce processus de formulation. Tous les projets sont systématiquement audités et évalués, et une partie de ces évaluations est rendue publique. Les journalistes disposent par ailleurs du droit de demander l’accès aux rapports, en vertu de la législation européenne sur l’accès aux documents.

À titre d’illustration des résultats concrets, il a cité le programme Creative Tunisie, récemment clôturé, dédié à la structuration de la filière artisanale. Grâce à l’intervention de l’ONUDI, financée par l’Union européenne, les potiers de Moknine ont doublé leur chiffre d’exportation en 5 ans; les producteurs de fibres végétales du sud du pays ont quant à eux entre doublé et triplé leurs chiffres d’affaires et d’exportation.

Projets judiciaires…

Interpellé sur le bilan d’un programme d’appui à la réforme du système judiciaire doté d’une enveloppe avoisinant les 100 millions d’euros, Thierry Béranger a retracé l’historique de ce soutien, conduit sur plus de 10 ans à travers 3 générations de programmes.

Les deux premières générations ont principalement porté sur l’appui aux infrastructures judiciaires, notamment la rénovation de tribunaux en régions et la digitalisation du système, dont certains résultats ont été repris et intégrés par le ministère de la Justice tunisien. La troisième génération a pris la forme d’un appui budgétaire, mécanisme par lequel des décaissements directs au Trésor public tunisien étaient conditionnés à l’atteinte d’indicateurs convenus d’un commun accord. Les grands indicateurs politiques, notamment l’indépendance de la justice, le Conseil supérieur de la magistrature et la mise en place des instances constitutionnelles, n’ont pas été atteints en raison d’une évolution de la trajectoire politique nationale. En revanche, des indicateurs plus techniques relatifs aux conditions d’incarcération des femmes et à la séparation des mineurs des adultes en détention ont été réalisés. Thierry Béranger a conclu que le succès de tels programmes dépend inévitablement de la volonté politique du moment, susceptible d’évoluer entre le lancement et la clôture d’un projet.

 

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