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Santé mentale : pourquoi les Tunisiens vivent-ils sous une pression permanente ?

Von: farhat
12. Oktober 2026 um 09:27

Entre difficultés économiques, exigences professionnelles, responsabilités familiales et incertitudes face à l’avenir, le stress semble occuper une place grandissante dans le quotidien des Tunisiens. Ce qui pouvait autrefois être considéré comme une réaction passagère à une situation difficile tend, pour certaines personnes, à devenir un état presque permanent. Irritabilité, fatigue persistante, troubles du sommeil, difficultés de concentration ou encore tensions musculaires constituent autant de manifestations d’un mal-être qui peut progressivement affecter la qualité de vie. Derrière ces symptômes, souvent banalisés, se pose une véritable question de santé publique : dans quelle mesure les conditions de vie actuelles favorisent-elles l’installation d’un stress chronique au sein de la société tunisienne ?

La pression économique constitue incontestablement l’un des facteurs susceptibles d’alimenter ce phénomène. Pour de nombreux ménages, la gestion du budget familial représente une préoccupation quotidienne. Les dépenses alimentaires, les frais de transport, les charges liées au logement, à la santé ou encore à la scolarité des enfants imposent des arbitrages parfois difficiles. Cette nécessité de calculer constamment ses dépenses peut entretenir un sentiment d’insécurité financière, même chez des personnes disposant d’un revenu régulier. A cette dimension matérielle s’ajoute une charge mentale souvent invisible. Anticiper les dépenses, organiser la vie familiale, répondre aux obligations professionnelles et gérer les imprévus mobilisent une énergie psychologique considérable. Lorsque ces préoccupations s’accumulent sans véritables périodes de récupération, l’organisme peut rester dans un état d’alerte prolongé.

Quand les préoccupations quotidiennes deviennent une source d’épuisement

Le stress constitue, à l’origine, une réaction naturelle de l’organisme face à une difficulté ou à une menace. Il permet de mobiliser rapidement les ressources nécessaires pour faire face à une situation exigeante. Toutefois, lorsque cette réaction se prolonge dans le temps, elle peut perdre son caractère protecteur et devenir préjudiciable à la santé. Sur le plan physiologique, le stress active notamment des mécanismes hormonaux impliquant le cortisol et l’adrénaline. Si ces réactions sont utiles ponctuellement, leur sollicitation répétée peut perturber plusieurs fonctions de l’organisme. Des troubles digestifs, des maux de tête, des tensions musculaires, une fatigue persistante ou des difficultés d’endormissement peuvent ainsi apparaître ou s’aggraver.

Le monde professionnel représente également une source importante de pression. Entre objectifs à atteindre, exigences de productivité, instabilité de certains emplois et difficultés à concilier vie privée et vie professionnelle, les salariés peuvent éprouver le sentiment de ne jamais disposer de suffisamment de temps pour récupérer. Les personnes sans emploi ne sont pas épargnées. La recherche prolongée d’un travail, les incertitudes financières et le sentiment de ne pas pouvoir construire sereinement son avenir peuvent favoriser l’anxiété et la perte de confiance en soi. Chez les jeunes diplômés, notamment, le décalage entre les aspirations personnelles et les possibilités d’insertion professionnelle peut constituer une source supplémentaire de souffrance psychologique.

Les femmes peuvent, quant à elles, être confrontées à une accumulation de responsabilités lorsque l’activité professionnelle s’ajoute à une part importante des tâches domestiques et familiales. Cette charge mentale, parfois insuffisamment reconnue, peut contribuer à un épuisement progressif. Il serait néanmoins réducteur d’attribuer le stress uniquement aux difficultés économiques ou professionnelles. Les tensions relationnelles, les problèmes de santé, les responsabilités envers les proches et les événements personnels jouent également un rôle important. Chaque individu possède par ailleurs une sensibilité différente face aux situations stressantes, ce qui explique que leurs conséquences puissent varier considérablement d’une personne à l’autre.

Une souffrance psychologique encore trop souvent banalisée

L’une des principales difficultés réside dans la tendance à considérer le stress comme une composante inévitable de la vie moderne. Beaucoup de personnes finissent par s’habituer à vivre dans un état de tension permanent, sans nécessairement identifier les signaux envoyés par leur organisme. Le manque de sommeil, les réveils nocturnes, les palpitations, les douleurs musculaires ou les difficultés de concentration peuvent être attribués à une simple fatigue. Pourtant, lorsque ces manifestations deviennent fréquentes, elles méritent une attention particulière et, si nécessaire, une évaluation médicale.

Le stress chronique peut également favoriser ou aggraver certains problèmes de santé, notamment l’hypertension artérielle, les troubles anxieux et les symptômes dépressifs. Il peut aussi influencer les comportements quotidiens, en encourageant une alimentation déséquilibrée, une consommation excessive de stimulants ou une diminution de l’activité physique. Un autre obstacle concerne le regard porté sur la santé mentale. Malgré une évolution progressive des mentalités, consulter un psychologue ou un psychiatre peut encore susciter des réticences. Certaines personnes craignent d’être jugées, tandis que d’autres estiment devoir surmonter seules leurs difficultés.

Cette banalisation peut retarder la prise en charge et favoriser l’aggravation des symptômes. Or, reconnaître une souffrance psychologique ne signifie pas nécessairement souffrir d’un trouble psychiatrique. Il s’agit avant tout d’identifier une situation qui affecte le bien-être et qui peut nécessiter un accompagnement adapté. L’accès aux soins représente également un enjeu important. Le coût des consultations, la disponibilité des professionnels et les disparités territoriales peuvent compliquer le recours à un suivi psychologique régulier, particulièrement pour les personnes disposant de ressources limitées.

Faire de la prévention une priorité de santé publique

Face à ces difficultés, la prévention du stress ne peut reposer uniquement sur la responsabilité individuelle. Certes, l’activité physique régulière, un sommeil suffisant, une alimentation équilibrée et des moments de détente contribuent à améliorer la capacité de l’organisme à faire face aux tensions quotidiennes. Les techniques de relaxation, les exercices respiratoires ou encore le maintien de relations sociales de qualité peuvent également jouer un rôle bénéfique. Cependant, ces mesures restent parfois insuffisantes lorsque les principales sources de stress sont directement liées aux conditions de vie. Il apparaît donc nécessaire d’intégrer davantage la santé mentale dans les politiques de prévention, mais également dans les environnements professionnels, scolaires et universitaires.

La sensibilisation pourrait notamment permettre de mieux distinguer le stress ponctuel, qui fait partie de l’existence, du stress chronique, susceptible d’entraîner des conséquences durables. Une meilleure information sur les symptômes et les possibilités de prise en charge contribuerait également à réduire les préjugés entourant les consultations psychologiques. Dans les entreprises, l’amélioration des conditions de travail, la prévention de l’épuisement professionnel et une organisation plus respectueuse des temps de repos constituent des pistes importantes. Dans les établissements scolaires, l’apprentissage de la gestion des émotions et la détection précoce des situations de détresse pourraient contribuer à renforcer la prévention dès le plus jeune âge.

En Tunisie, la question de la santé mentale mérite ainsi d’être abordée au-delà de sa seule dimension médicale. Elle renvoie aussi aux réalités économiques, aux rapports sociaux, aux conditions de travail et à la capacité des individus à envisager l’avenir avec sérénité. Si aucune donnée récente ne permet, à elle seule, d’affirmer que l’ensemble de la population tunisienne connaît une augmentation du stress chronique, la multiplication des facteurs de pression dans la vie quotidienne justifie néanmoins une attention accrue à cette problématique. Car derrière une fatigue que l’on considère parfois comme ordinaire peut se cacher une souffrance bien réelle. Et dans une société où les exigences matérielles et personnelles semblent laisser de moins en moins de place au repos, préserver la santé mentale ne devrait plus être perçu comme un luxe, mais comme une composante essentielle du bien-être individuel et collectif.

Leila SELMI

 

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Éducation et culture : le pari sur l’égalité des chances

Von: farhat
12. Oktober 2026 um 08:36

Par Ahmed NEMLAGHI

En plaçant l’éducation au rang des composantes de la sécurité nationale, le président de la République défend une vision dans laquelle l’école, la culture et la justice sociale sont étroitement liées. Son entretien, le 8 octobre à Carthage, avec la ministre des Affaires culturelles, Amina Srarfi, et Mohamed Ali Boughdiri, secrétaire général du Conseil supérieur de l’éducation et de l’enseignement, remet au premier plan un chantier essentiel : faire du droit à l’éducation une réalité pour tous.

L’éducation ne saurait être réduite à la transmission des connaissances ni la culture cantonnée à une activité réservée à une partie de la société. C’est, en substance, le sens de l’orientation défendue par Kaïs Saïed, qui considère l’école comme un pilier de la construction nationale, de la cohésion sociale et de la préparation des générations futures. La rencontre tenue au palais de Carthage traduit cette approche : l’avenir du système éducatif se joue autant dans les programmes et les méthodes pédagogiques que dans les conditions matérielles d’apprentissage et l’accès à la culture.

En rappelant que l’éducation et l’enseignement font partie intégrante de la sécurité nationale, le chef de l’État leur attribue une portée qui dépasse le cadre scolaire. Il s’agit, dans cette perspective, de former des citoyens capables de comprendre leur environnement, d’exercer leur esprit critique et de participer à la vie collective.

Cette conception repose sur un principe : la solidité d’un pays dépend aussi de la qualité de son système éducatif, de la diffusion du savoir et de la capacité de chaque génération à acquérir les outils nécessaires à son émancipation. La sécurité nationale ne se limite donc pas à ses dimensions traditionnelles. Elle comporte également une dimension humaine, intellectuelle et sociale, dont l’éducation constitue un élément déterminant.

L’inscription du Conseil supérieur de l’éducation et de l’enseignement dans la Constitution s’inscrit dans cette orientation. Pour Kaïs Saïed, cette consécration institutionnelle traduit la place stratégique accordée à l’éducation dans le projet national. Reste toutefois à donner à cette ambition toute sa portée par des mécanismes de concertation, une vision cohérente et des réformes capables de répondre durablement aux difficultés du secteur.

 

La réussite comme corollaire de l’égalité des chances

L’un des axes majeurs rappelés par le président concerne l’instauration d’un système éducatif national garantissant l’égalité pour tous. Cette ambition renvoie à une question fondamentale : comment assurer à chaque enfant, indépendamment de son milieu social ou de son lieu de résidence, des possibilités comparables d’apprentissage et de réussite ?

L’égalité devant l’éducation ne se résume pas à l’ouverture des portes de l’école. Elle suppose que les élèves disposent de conditions leur permettant de suivre leur scolarité, de développer leurs capacités et de poursuivre leurs études sans être pénalisés par leur situation familiale ou territoriale.

C’est dans ce contexte que prend tout son sens l’appel présidentiel à inculquer, dès la première année du primaire, les principes de liberté, d’émancipation et de justice sociale. L’école est appelée à transmettre des savoirs, mais également à former des citoyens conscients de leurs droits, de leurs responsabilités et de leur place dans la collectivité.

Cette orientation implique de dépasser une conception purement administrative de la démocratisation de l’enseignement. L’enjeu n’est pas seulement de permettre l’accès à l’école, mais de réunir les conditions d’une véritable égalité des chances tout au long du parcours scolaire.

 

Les conditions matérielles, un préalable à la réussite

Le président de la République a également insisté sur la nécessité d’assurer aux élèves le transport, la restauration, l’hébergement dans les internats, les vêtements et les fournitures scolaires, en coordination avec les structures concernées. Ces besoins concrets constituent un volet essentiel de la politique éducative.

Pour les familles confrontées à des difficultés économiques, le coût indirect de la scolarité peut représenter un obstacle important. Les déplacements, les repas et le matériel nécessaire à l’apprentissage pèsent sur les budgets domestiques et peuvent accentuer les inégalités entre élèves.

En mettant ces questions en avant, Kaïs Saïed associe la justice sociale à des réponses qui touchent directement la vie quotidienne des familles. L’objectif affiché est de faire en sorte que les conditions économiques ne déterminent pas, à elles seules, les possibilités de réussite d’un enfant.

Mais cette orientation appelle une mise en œuvre rigoureuse. La disponibilité du transport scolaire, la qualité de la restauration, la capacité d’accueil des internats et l’accès effectif aux fournitures doivent se traduire par des mesures concrètes, suivies et évaluées. C’est à cette échelle que l’ambition de l’égalité des chances pourra être appréciée.

 

La culture, un prolongement naturel de l’école

La place accordée aux clubs culturels dans les établissements scolaires constitue un autre volet significatif de cette vision. En appelant à leur création dans les différentes institutions éducatives, le chef de l’État souligne que l’éducation ne se limite pas aux enseignements dispensés en classe.

La pratique culturelle contribue à l’éveil intellectuel, à la créativité, à l’expression personnelle et à la découverte du patrimoine. Elle peut également favoriser la confiance en soi, le dialogue et le respect des différences. Théâtre, lecture, musique, arts plastiques ou activités patrimoniales offrent autant de possibilités de compléter les apprentissages scolaires.

Le rapprochement entre les secteurs de l’éducation et de la culture prend ici tout son sens. La présence de la ministre des Affaires culturelles à cette rencontre illustre l’importance d’une approche transversale dans laquelle les activités culturelles peuvent accompagner la formation des jeunes et élargir leur accès au savoir.

Pour produire des effets durables, cette ambition nécessite toutefois des moyens, des espaces adaptés, un encadrement compétent et une programmation accessible à tous les élèves. Les clubs culturels ne doivent pas rester une simple annonce, ils sont appelés à devenir des lieux vivants d’apprentissage et de participation.

 

De l’orientation politique aux résultats concrets

En revenant sur les précédentes tentatives de réforme du système éducatif, Kaïs Saïed a exprimé des réserves sur leur portée et leurs motivations. Cette appréciation traduit sa volonté affichée de rompre avec des réformes qu’il juge insuffisantes et de privilégier une transformation plus profonde du système national.

Toutefois, la réussite d’une politique éducative ne se mesure pas uniquement à ses principes ou à ses intentions. Elle dépend aussi de la continuité des décisions, de la mobilisation des ressources, de la coordination entre les institutions et de la capacité à associer les acteurs de terrain à la recherche de solutions.

L’enjeu est donc de faire converger les objectifs éducatifs, les politiques sociales et l’action culturelle autour d’une même exigence : offrir à chaque enfant les moyens d’apprendre, de s’épanouir et de construire son avenir.

La rencontre de Carthage remet ainsi en lumière les grandes lignes d’une vision qui lie souveraineté nationale, justice sociale et formation des générations futures. Sa portée dépendra désormais de la traduction de ces orientations en programmes accessibles, en services effectifs et en améliorations mesurables pour les élèves et leurs familles.

Faire de l’éducation un pilier de la sécurité nationale et de la culture un instrument d’émancipation constitue une ambition de long terme. Le véritable défi consiste à transformer ces principes en une égalité des chances vécue au quotidien, dans chaque école et pour chaque élève.

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