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Quand organiser la CAN devient un rêve pour la Tunisie

07. Oktober 2026 um 07:11

La déclaration de Hussein Jenayah aurait pu passer pour une simple ambition sportive. Elle a plutôt provoqué, sur les réseaux sociaux, une vague de réactions ironiques : la Tunisie veut-elle vraiment organiser une Coupe d’Afrique des nations alors qu’elle peine encore à disposer de plusieurs stades répondant durablement aux standards continentaux ?

Le vice-président de la Fédération tunisienne de football a pourtant posé une condition claire. Selon lui, si les stades de Radès, Sousse, Taïeb Mhiri à Sfax, Mustapha Ben Jannet à Monastir et El Menzah sont homologués, la Tunisie pourrait envisager l’organisation d’une CAN, éventuellement dans le cadre d’une candidature commune avec un pays voisin.

Sur le papier, l’idée n’a rien d’irréaliste. La CAF a officiellement ouvert en juillet 2026 la procédure de candidature pour les CAN 2028, 2032 et 2036 et prévoit explicitement la possibilité de sélectionner un ou plusieurs pays hôtes.

Mais entre une ambition et un dossier de candidature, il y a un stade — ou plutôt plusieurs stades — et c’est précisément là que le rêve tunisien se heurte à la réalité.

Un pays qui a les souvenirs d’un organisateur

Le problème n’est pas que la Tunisie ne dispose pas de stades. Elle en possède plusieurs. Le problème est qu’elle ne dispose pas aujourd’hui d’un parc suffisamment homogène de grandes enceintes répondant durablement aux exigences d’une compétition comme la CAN. Le constat est particulièrement parlant lorsqu’on regarde les homologations africaines. Pour la saison 2025-2026, trois stades tunisiens avaient obtenu une autorisation pour les tours préliminaires des compétitions interclubs : Radès, Sousse et Taïeb Mhiri. Pour la phase de groupes, seul Radès était alors homologué.

Et même l’homologation CAF n’est pas une formalité administrative. Les règlements prévoient des inspections, des certificats de sécurité et d’incendie, des contrôles de l’éclairage et, pour les stades rénovés, une inspection avant leur utilisation. La CAF peut accorder une homologation temporaire ou limitée, mais elle peut également retirer son approbation si les standards ne sont plus respectés.

C’est ici que les images de stades vieillissants, de travaux interminables ou d’installations insuffisamment modernisées, abondamment commentées sur les réseaux sociaux, prennent une autre signification. La dérision n’est pas une expertise technique. Mais elle traduit une perception réelle : celle d’un pays qui parle encore de grands événements alors que certaines infrastructures sportives essentielles sont en chantier permanent.

Le cas de Sfax est révélateur. Le stade Taïeb Mhiri fait actuellement l’objet d’un programme de mise à niveau comprenant notamment les vestiaires, les espaces réservés aux arbitres et à la CAF, la sécurité, les tribunes de presse et la zone mixte. La FTF et les autorités locales cherchent précisément à combler les écarts avec les exigences continentales.

À Monastir, un appel d’offres a été lancé en 2026 pour aménager le complexe Mustapha Ben Jannet, avec notamment une zone mixte, des vestiaires, une salle de presse, une infirmerie, un espace antidopage et un espace VAR.

À Sousse, les travaux de modernisation du stade olympique ont également repris, notamment avec l’installation de nouveaux sièges.

Et à El Menzah, il ne s’agit plus simplement d’une rénovation ponctuelle : le gouvernement a annoncé la reconstruction du stade, avec un projet destiné à le rendre conforme aux normes sportives internationales.

Autrement dit, les infrastructures citées par Jenayah ne sont pas aujourd’hui un parc de stades prêts à accueillir une CAN. Elles constituent plutôt un programme de remise à niveau dont l’achèvement conditionne précisément la faisabilité de l’ambition annoncée.

Le vrai enjeu n’est peut-être pas la CAN

La tentation serait de répondre aux déclarations de Jenayah par un simple « impossible ». Ce serait pourtant trop facile. La Tunisie a déjà accueilli la CAN en 2004 et possède plusieurs atouts structurels : une forte tradition footballistique, un réseau hôtelier important, des distances relativement courtes entre les principales villes, des infrastructures de transport et une expérience dans l’organisation de compétitions internationales.

La question n’est donc pas de savoir si la Tunisie est intrinsèquement incapable d’organiser une CAN. Elle est de savoir si elle est prête à investir, planifier et maintenir les infrastructures nécessaires pour le faire.

Plutôt que d’annoncer une CAN avant d’avoir les stades, il faudrait peut-être faire de la CAN un objectif de transformation des infrastructures sportives tunisiennes.

Cela suppose d’abord un diagnostic public et précis de chaque stade susceptible d’entrer dans le dispositif : capacité, éclairage, pelouse, vestiaires, accès, sécurité, vidéosurveillance, VAR, médias, espaces VIP, mobilité, parkings, alimentation électrique, connectivité et dispositifs d’évacuation.

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Ensuite, il faudrait arrêter de fonctionner au coup par coup. La mise à niveau d’un stade ne devrait pas être déclenchée quelques mois avant une compétition continentale pour ensuite retomber dans la maintenance minimale. Une enceinte sportive de niveau international doit être pensée comme une infrastructure permanente, capable d’accueillir régulièrement des compétitions nationales, africaines, des concerts et d’autres grands événements.

Enfin, il faudrait définir une véritable stratégie nationale des stades. Radès ne peut pas être éternellement la solution de secours pour tout le football tunisien. Sfax doit pouvoir accueillir ses clubs. Sousse doit retrouver une enceinte pleinement opérationnelle. Monastir doit disposer d’un stade répondant aux standards internationaux. El Menzah doit redevenir une infrastructure moderne. Et d’autres villes doivent pouvoir entrer progressivement dans cette logique.

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Sidi Daoud : Le village qui résiste au temps, à deux pas des Jardins de Carthage

04. Oktober 2026 um 10:31

Il suffit parfois de quelques minutes pour changer de décor. À quelques pas des Jardins de Carthage, de leurs résidences modernes, de leurs cafés branchés et de leurs villas aux murs impeccables, Sidi Daoud donne une tout autre impression. Ici, les rues semblent plus tranquilles, les commerces plus modestes, les visages plus familiers. Comme si le Grand Tunis, lancé dans une course permanente vers la modernité, s’était arrêté juste avant d’entrer dans le village.

À Sidi Daoud, le temps ne semble pas avoir complètement disparu sous le béton. Il se lit encore dans les petites boutiques, les cafés de quartier, les anciennes maisons et ces scènes ordinaires qui ont progressivement disparu d’autres quartiers de la capitale. Un commerçant connaît ses clients, un voisin s’arrête pour discuter, les habitués occupent leur place au café. Rien de spectaculaire. Justement. C’est cette normalité qui frappe.

Le contraste est d’autant plus saisissant que Sidi Daoud n’est pas isolé. Le quartier est entouré par des espaces qui incarnent une autre image du Grand Tunis, celle des Jardins de Carthage, de La Marsa et des zones résidentielles où l’immobilier et les nouveaux modes de consommation ont profondément transformé le paysage.

Pourtant, à l’intérieur de Sidi Daoud, cette transformation paraît avoir ralenti.

Entre les villas huppées et les petites boutiques, deux Tunis se côtoient

Il suffit de changer de rue pour mesurer le contraste. D’un côté, les constructions récentes, les résidences sécurisées et les commerces destinés à une clientèle disposant d’un pouvoir d’achat élevé. De l’autre, les petits commerces où l’on vient encore acheter quelques produits du quotidien, discuter quelques minutes et retrouver des habitudes qui semblent appartenir à une autre époque.

C’est peut-être là que réside le paradoxe de Sidi Daoud. Le quartier n’est pas situé à des dizaines de kilomètres de Tunis. Il est au cœur de cette métropole qui s’étend, se densifie et se modernise rapidement. Mais son atmosphère donne parfois l’impression d’un village éloigné de la capitale.

Même les prix peuvent donner cette impression, du moins dans certains commerces de proximité. Là où les nouveaux quartiers affichent des tarifs qui suivent la hausse du foncier et l’évolution des habitudes de consommation, certains commerces de Sidi Daoud continuent de fonctionner selon une économie beaucoup plus locale. Les clients sont souvent des habitués, les achats sont quotidiens et les relations commerciales restent largement fondées sur la proximité.

Cette impression ne signifie pas que Sidi Daoud est resté figé. Le quartier a lui aussi changé. De nouveaux habitants y sont arrivés, les constructions se sont développées et la pression urbaine du Grand Tunis est bien présente. Mais la transformation n’a pas totalement effacé ce qui existait auparavant. C’est précisément cette coexistence qui donne au lieu son caractère particulier.

Un village dans la ville, entre mémoire et pression urbaine

À Sidi Daoud, le plus intéressant n’est finalement pas ce qui a changé, mais ce qui a résisté. Les anciennes habitudes, les commerces de proximité, les relations entre habitants et une certaine manière d’occuper l’espace continuent de donner au quartier une identité différente de celle des zones qui l’entourent.

Le visiteur venu des Jardins de Carthage peut avoir le sentiment de franchir une frontière invisible. Pourtant, aucune véritable séparation ne matérialise ce changement. Il n’y a ni panneau annonçant l’entrée dans un autre monde, ni longue distance à parcourir. Le changement est perceptible dans l’ambiance, dans le rythme de la rue et dans les détails.

Les voitures passent, mais la rue n’est pas dominée par la circulation. Les commerces fonctionnent, mais sans l’agitation des grandes artères commerciales. Les habitants se déplacent, discutent, s’arrêtent. Le quartier conserve une forme de lenteur devenue rare dans une métropole qui accélère.

Lire aussi : Un S+2 à 640 mille dinars, comment les Jardins de Carthage sont devenus la zone premium de Tunis ?

Cette lenteur n’est pas nécessairement synonyme de retard. Elle peut aussi être une forme de continuité. Sidi Daoud rappelle ainsi qu’une ville ne se transforme jamais partout à la même vitesse. À quelques centaines de mètres des quartiers les plus recherchés du Grand Tunis, un autre rythme continue d’exister.

Et c’est peut-être cela qui rend Sidi Daoud si singulier : ici, le temps ne s’est pas vraiment arrêté. Il avance simplement moins vite.

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