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Lese-Ansicht

On apprend aux enfants à partir, qui prépare les parents à rester ?

On félicite les jeunes qui quittent la Tunisie pour étudier ou travailler ailleurs. On débat de leurs chances et de ce que le pays perd. Mais derrière chaque départ, des parents doivent réinventer leur quotidien. Leur peine n’est ni un reproche ni une faiblesse à corriger.

Coraline Bourdageau *

À l’aéroport, les papiers et les valises occupent les dernières minutes. On recommande d’appeler à l’arrivée, on sourit pour la photo, puis l’enfant disparaît derrière le contrôle des passeports. Le départ est réussi. Il faut maintenant rentrer.

Sur le chemin du retour, la voiture est plus silencieuse. À la maison, une place reste libre à table, la porte ne s’ouvre plus le soir. Il y a moins de linge à laver, moins de repas à préparer, plus personne à qui demander : «Tu rentres à quelle heure ?» Des détails, dira-t-on. Une vie de famille en est faite.

En Tunisie, les projets d’études et de travail à l’étranger occupent les conversations. On parle de visas, de salaires et d’avenir. Parfois, toute une famille a participé au projet : des parents ont économisé, cherché des informations, renoncé à des dépenses pour permettre à leur enfant de saisir une chance qu’ils n’avaient pas eue eux-mêmes.

Ceux qui ont œuvré pour ce départ sont parfois ceux qui souffrent le plus de l’absence qui suit. Comment se plaindre d’une réussite à laquelle on a tant contribué ? Notre idée du «bon parent» contient une exigence contradictoire : tout faire pour que son enfant puisse partir, puis prouver son amour en n’en souffrant pas.

Au fil de mes années d’accompagnement, j’ai souvent entendu cette phrase : «Il va bien, il est heureux, je devrais être contente.» La tristesse est déjà jugée. Ces parents ne se demandent pas seulement comment vivre l’éloignement. Ils se reprochent de le vivre mal.

L’entourage ajoute, sans mauvaise intention : «Tu dois être fière»; «C’est pour son avenir»; «Vous allez enfin profiter». Ces paroles veulent consoler, mais elles peuvent faire taire. Elles rappellent les bonnes raisons du départ, que personne ne contestait. Les parents savent que leur enfant a besoin d’avancer. C’est pour cela qu’ils l’ont aidé.

La fierté ne rend pourtant pas l’absence moins douloureuse. On peut se réjouir d’un contrat signé à l’étranger et trouver le dîner bien long le soir même. On peut vouloir que sa fille réussisse loin de soi sans cesser de souhaiter la voir pousser la porte à l’improviste. Ces sentiments n’ont rien d’incompatible.

Ce qui change ne se limite pas à la distance. Pendant vingt ans, parfois davantage, être parent a donné un rythme à la maison et une place évidente dans le quotidien de quelqu’un. Puis l’enfant prend ses décisions, trouve ses solutions. Il n’appelle plus pour tout raconter. C’est une bonne chose : devenir autonome, c’est aussi ne plus avoir besoin de ses parents à chaque instant.

On mesure rarement ce que cette réussite demande à ceux qui l’ont rendue possible. Le parent n’a pas perdu son enfant. Il a perdu une certaine manière d’être avec lui. Les conversations spontanées deviennent des appels à organiser. Les fêtes dépendent des billets d’avion et des congés. La présence, autrefois ordinaire, devient un événement.

Le couple se retrouve parfois devant une question laissée de côté : que faire de ces heures autrefois organisées autour des enfants ? Une vie familiale a changé de forme. Il faut du temps pour retrouver ses repères.

Quand l’enfant part à l’étranger, une incertitude s’ajoute : ce départ est-il provisoire ? Une formation peut devenir un emploi, puis une installation durable. Les parents encouragent cette progression tout en voyant s’éloigner la perspective d’un retour. Le débat public parle de fuite des compétences, d’économie, d’avenir du pays. Ces sujets comptent. Mais ils ne disent rien des dimanches où l’on attend un appel ni des fêtes où quelqu’un manque.

Il serait injuste de généraliser. Certains parents accueillent le départ avec soulagement, d’autres retrouvent vite un équilibre. Une tristesse qui s’installe, qui empêche de dormir ou qui amène des idées sombres doit être confiée sans attendre à un médecin. Mais une peine ordinaire n’a pas besoin d’être transformée en problème à résoudre.

On propose vite des voyages, des activités, des projets. Tout cela peut aider. Encore faut-il laisser aux parents le temps de dire ce qu’ils traversent. Une question suffirait : «Et toi, comment vis-tu son départ ?» Puis écouter, sans répondre à leur place.

Les parents ont, eux aussi, une responsabilité : ne pas faire de leur tristesse une dette pour leurs enfants. Partir n’est pas trahir. Les jeunes n’ont pas à limiter leur avenir pour protéger ceux qu’ils aiment. Mais leur liberté ne devrait pas imposer le silence à ceux qui restent. On peut soutenir un départ sans être obligé d’en célébrer chaque conséquence.

Nous avons raison de défendre la liberté des jeunes de partir. Mais à force de parler de ceux qui franchissent les frontières, nous oublions ceux qui rentrent chez eux. La réussite d’un départ ne devrait pas se mesurer au silence des parents qui restent.

 * Accompagnement des adultes dans les périodes de changement de vie.

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Tunisie | Organiser l’action publique au service des agriculteurs

La souveraineté alimentaire figure parmi les enjeux majeurs de la sécurité nationale et de la stabilité économique de la Tunisie. Lors de sa rencontre avec le ministre de l’Agriculture, des Ressources hydrauliques et de la Pêche, le 21 octobre 2026, le président de la République, Kaïs Saïed, a rappelé le potentiel agricole du pays et insisté sur plusieurs priorités : le soutien aux petits agriculteurs, la réussite de la campagne oléicole, la valorisation de l’huile d’olive, la protection des cultures, la disponibilité des intrants et la reconstitution du cheptel.

Abdelwaheb Ben Moussa *

Ces orientations renvoient à une question fondamentale : comment transformer les ressources, les compétences et les ambitions agricoles de la Tunisie en une capacité durable à satisfaire les besoins alimentaires de sa population ?

La réponse ne réside pas uniquement dans l’augmentation de la production. Elle dépend également de l’organisation des filières, de l’accès au financement, du fonctionnement des circuits de commercialisation, de l’efficacité des institutions publiques et de la capacité à convertir les décisions en résultats concrets.

La souveraineté alimentaire ne se décrète pas. Elle se construit par une action publique cohérente, des responsabilités clairement définies et une mobilisation efficace des moyens disponibles.

Le petit agriculteur, premier maillon à sécuriser

Le soutien aux petits agriculteurs constitue l’un des leviers essentiels de cette politique. Ceux-ci doivent pouvoir financer leurs campagnes, acquérir les semences et les engrais nécessaires, entretenir leurs équipements et commercialiser leurs récoltes dans des conditions économiquement viables.

Or, les besoins de financement agricole présentent une particularité : les dépenses sont engagées bien avant que les recettes ne soient disponibles. Les échéances de remboursement doivent donc tenir compte des cycles de production, des aléas climatiques et des délais de commercialisation.

La création de lignes de financement adaptées, évoquée par le président de la République, ne devrait ainsi pas se limiter à la mobilisation de ressources supplémentaires. Elle appelle un dispositif cohérent associant conditions de crédit accessibles, procédures simplifiées, délais de traitement maîtrisés et modalités de remboursement adaptées aux revenus agricoles.

Les banques et les organismes de financement ont, dans ce cadre, un rôle à jouer. Il s’agit de mieux apprécier les besoins réels des exploitations, de distinguer les projets viables selon leurs caractéristiques et de rechercher des mécanismes permettant de financer la campagne sans aggraver les difficultés de trésorerie des producteurs.

Cette démarche suppose également une coordination entre les structures agricoles, les organismes de financement et les autorités chargées de la politique économique. Le crédit ne peut, à lui seul, compenser des prix de vente insuffisants, des intrants indisponibles ou des circuits de commercialisation déséquilibrés.

Le véritable objectif est de donner au producteur une visibilité suffisante pour investir, produire et renouveler son activité.

Huile d’olive et dattes : mieux répartir la valeur créée

La campagne oléicole illustre les enjeux de la souveraineté alimentaire, mais aussi ceux de la création de valeur et de la compétitivité extérieure.

La production ne constitue que la première étape d’une chaîne qui comprend la collecte, le stockage, la transformation, le conditionnement, le transport et la commercialisation. Les résultats économiques dépendent de la qualité de l’organisation de l’ensemble de ces activités.

Le renforcement des capacités de stockage de l’Office national de l’huile doit être envisagé dans cette perspective. Des capacités adaptées peuvent contribuer à mieux organiser la commercialisation et à éviter que les producteurs ne soient contraints de vendre dans des conditions défavorables. Leur efficacité dépend toutefois des volumes effectivement pris en charge, des conditions d’accès au stockage, des ressources financières disponibles et de la stratégie commerciale mise en œuvre.

La promotion de l’huile d’olive tunisienne doit également dépasser la seule recherche de débouchés à l’exportation. Le conditionnement local, la différenciation des produits, la traçabilité, la qualité et le développement de marques tunisiennes peuvent contribuer à accroître la valeur ajoutée conservée dans le pays.

L’enjeu n’est pas simplement d’exporter davantage, mais de tirer un meilleur rendement économique des ressources mobilisées par les producteurs et les entreprises de la filière.

Les mêmes exigences concernent les dattes. Les pratiques de certains intermédiaires évoquées lors de la rencontre présidentielle soulèvent la question de la transparence des transactions et du rapport de force entre producteurs et acheteurs.

L’intervention publique doit permettre de mieux connaître les conditions de formation des prix, de prévenir les pratiques abusives et de garantir des transactions transparentes. La fixation d’un prix de référence, si elle est retenue, doit reposer sur des critères explicites et tenir compte des caractéristiques des produits, des coûts de production et des conditions du marché. Elle doit surtout s’accompagner de moyens permettant de rendre le dispositif applicable et d’en évaluer les effets.

Sans organisation commerciale efficace, le producteur risque de supporter l’essentiel des contraintes alors qu’une part importante de la valeur est créée en aval de la production.

Les intrants agricoles : la disponibilité ne suffit pas

Les difficultés liées à la distribution des engrais et à la disponibilité des semences montrent que la performance agricole dépend aussi de la qualité de l’organisation administrative.

Un intrant livré après la période optimale d’utilisation peut perdre une partie de son utilité économique. Une procédure de distribution trop longue peut compromettre une campagne, même lorsque les ressources nécessaires existent.

La question porte donc autant sur la disponibilité des produits que sur leur répartition, leur acheminement et leur mise à disposition au bon moment.

Les services compétents doivent pouvoir anticiper les besoins régionaux, organiser les approvisionnements et suivre les stocks. Les directions régionales de l’agriculture doivent disposer d’une visibilité suffisante sur les ressources disponibles et les difficultés rencontrées sur le terrain. Les écarts entre les besoins exprimés et les quantités distribuées doivent être identifiés et traités avant qu’ils ne compromettent la production.

Cette organisation appelle des procédures simples, des responsabilités identifiables et un suivi régulier des délais. Elle nécessite également de prévenir les ruptures d’approvisionnement et de garantir une répartition équitable, fondée sur des critères transparents.

La réussite d’une politique agricole se joue souvent dans ces opérations concrètes, moins visibles que les grandes annonces, mais déterminantes pour les producteurs.

Recherche scientifique et protection du patrimoine agricole

La valorisation des instituts agricoles spécialisés et des travaux universitaires constitue un autre levier à mobiliser. La Tunisie dispose d’une expérience scientifique et technique qui peut contribuer à améliorer les rendements, à adapter les cultures aux contraintes climatiques et à renforcer la prévention des maladies végétales.

Mais la production de connaissances ne garantit pas, à elle seule, leur utilisation par les exploitants.

Un lien plus direct doit être organisé entre la recherche, les services techniques, les organisations professionnelles et les producteurs. Les résultats scientifiques doivent être traduits en recommandations applicables, expérimentés dans les conditions réelles des exploitations et diffusés selon les besoins des différentes régions.

La lutte contre les maladies affectant les oliviers et contre les risques liés à la propagation de la cochenille rouge du palmier, notamment, exige une surveillance continue, un système d’alerte efficace et une intervention coordonnée. La rapidité de détection et la capacité à circonscrire les foyers constituent des éléments essentiels de la protection du patrimoine végétal.

Ces missions supposent des moyens adaptés, mais aussi une clarification des responsabilités entre les structures de recherche, les services régionaux et les organismes chargés de la prévention et de l’intervention.

L’efficacité doit être appréciée à partir de résultats observables : rapidité de détection, couverture des zones surveillées, délais d’intervention et évolution des foyers identifiés.

Les offices publics : retrouver une capacité d’action mesurable

La question du rôle des offices publics mérite une attention particulière. Le président de la République a notamment évoqué la nécessité de reconstituer le cheptel et le recul des fonctions de plusieurs structures spécialisées.

Cette situation invite à examiner les missions réellement exercées par les organismes concernés, les moyens dont ils disposent et les résultats qu’ils produisent.

Un office public ne peut être évalué uniquement à travers son statut, son organisation administrative ou ses ressources budgétaires. Son utilité dépend de sa capacité à remplir les missions qui lui sont confiées, à répondre aux besoins des producteurs et à contribuer aux objectifs de la politique agricole.

Pour les structures intervenant dans la filière oléicole, l’évaluation peut porter sur les capacités de stockage mobilisées, les volumes pris en charge, les conditions de commercialisation et les résultats obtenus. Pour les organismes concernés par l’élevage, elle peut s’appuyer sur l’évolution du cheptel, les services apportés aux éleveurs et les actions menées en faveur du renouvellement des capacités de production.

Cette évaluation doit être adaptée aux missions de chaque structure. Elle suppose des objectifs précis, des moyens identifiés, des échéances réalistes et un compte rendu régulier des résultats.

La réforme des offices publics ne se réduit donc ni à leur maintien ni à leur réorganisation formelle. Elle doit permettre de déterminer quelles missions doivent être renforcées, quelles fonctions doivent être mieux coordonnées et quelles insuffisances doivent être corrigées.

Organiser l’action publique autour de résultats vérifiables

La multiplicité des priorités agricoles rend indispensable une coordination efficace entre les institutions. Le ministère de l’Agriculture, les services régionaux, les organismes spécialisés, les établissements de financement et les opérateurs économiques interviennent à différents niveaux d’une même chaîne.

Le risque est que chaque structure exécute ses propres activités sans que leur articulation permette d’atteindre les résultats attendus.

Pour éviter cet écueil, chaque priorité devrait être accompagnée d’un dispositif de suivi précisant l’organisme responsable, les partenaires concernés, les moyens mobilisés, le calendrier et les indicateurs de résultat.

Pour la campagne oléicole, il serait ainsi possible de suivre la disponibilité des capacités de stockage, les quantités collectées et conditionnées localement ainsi que les délais de mise sur le marché. Pour le financement agricole, le suivi pourrait porter sur les délais de traitement des demandes, les crédits effectivement décaissés et leur adéquation avec les cycles de production. Pour les intrants, les indicateurs pourraient mesurer la disponibilité régionale et le respect des périodes d’utilisation.

Ces données permettraient de distinguer les moyens engagés, les opérations réalisées et les effets obtenus. Elles faciliteraient également l’identification des retards et l’adoption de mesures correctives.

La transparence du suivi ne doit pas être perçue comme une contrainte administrative supplémentaire. Elle constitue un moyen de rendre l’action publique plus lisible, de mieux utiliser les ressources disponibles et de renforcer la confiance des producteurs.

De la souveraineté alimentaire à la création de richesse

La Tunisie dispose de ressources agricoles, d’un savoir-faire historique et de compétences scientifiques qui constituent des atouts réels. Leur mobilisation exige toutefois de dépasser une approche fragmentée dans laquelle la production, le financement, le stockage, la transformation et la commercialisation sont traités séparément.

La souveraineté alimentaire ne signifie pas nécessairement que chaque produit doit être intégralement fourni par la production nationale, quelles que soient les conditions économiques ou climatiques. Elle suppose surtout de renforcer la capacité du pays à sécuriser ses approvisionnements, à développer ses productions compétitives, à réduire ses vulnérabilités et à mieux valoriser ses ressources.

Cette ambition doit aussi intégrer les contraintes liées à l’eau, au changement climatique, à la disponibilité des terres et à la rentabilité des exploitations. L’augmentation de la production ne peut être durable que si elle s’appuie sur une gestion raisonnée des ressources naturelles et sur des modèles économiquement viables.

Le véritable enjeu est donc de faire converger les politiques agricoles, financières, scientifiques et commerciales autour d’objectifs cohérents.

La souveraineté alimentaire devient une réalité lorsque le producteur peut accéder à ses intrants au bon moment, financer sa campagne dans des conditions adaptées, vendre sa récolte dans un cadre transparent et bénéficier d’une chaîne de valeur capable de rémunérer son travail. Elle se consolide lorsque les institutions publiques remplissent effectivement leurs missions et que les résultats peuvent être mesurés.

La Tunisie n’a pas seulement besoin de produire davantage. Elle doit mieux organiser les conditions de production, protéger le revenu des agriculteurs et transformer ses ressources agricoles en valeur ajoutée, en emplois et en sécurité économique durable. 

C’est à cette capacité d’action, davantage qu’à l’ampleur des ambitions affichées, que se mesurera la portée de la souveraineté alimentaire.

* Ingénieur informatique et cadre de banque publique.

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Israël survivra-t-il à quatre années de plus sous Netanyahu ?

A l’ouverture des bureaux de vote, ce mardi 27 octobre 2026, une chose doit être claire : quatre années de plus avec le gouvernement actuel constituent une perspective terrifiante pour Israël, estime l’auteur de cet article paru le journal israélien Haaretz du 25 octobre 2026. **

Gideon Levy *

Donald Trump a déjà livré le premier mauvais présage : une victoire de Benjamin Netanyahu, a promis le président états-unien, serait immédiatement suivie d’une nouvelle guerre contre l’Iran. Cela devrait suffire à terrifier tous les Israéliens raisonnables et à les empêcher de dormir.

Difficile d’imaginer pire désastre qu’un nouveau cycle d’affrontements absurdes avec Téhéran, mais la liste des catastrophes qui se profilent est bien plus longue et bien plus effrayante.

La guerre comme seule promesse

Que Trump pense pouvoir renforcer le soutien à Netanyahu en promettant un nouveau cycle d’affrontements est profondément déprimant. Dans les dernières années du règne de Netanyahu, la guerre est devenue la seule promesse proposée. C’est le premier dommage irréversible que la droite a infligé à Israël par l’intermédiaire des grands médias : banaliser la promesse de guerre.

Quatre années de plus laisseront une empreinte indélébile sur le visage d’Israël. À leur terme, on peut le craindre, la publication de ces mots sera peut-être interdite. Peut-être Haaretz lui-même sera-t-il interdit.

Une loi interdisant de critiquer les soldats israéliens est déjà à l’étude. La prison pour «Naza» et Haaretz. Faire de toute remise en question du bien-fondé du sionisme un délit pénal grave est dans les tuyaux. Nous y sommes presque : il ne manque qu’un mandat. Accordez-le-leur et vous verrez. Le coup de force du gouvernement poursuivra sa course, avec davantage de succès cette fois. Une défaite électorale du camp du changement mettra à genoux le mouvement de protestation contre Netanyahu.

Tous les bons à rien, les politiciens corrompus et racistes, reviendront au pouvoir, avec une détermination encore plus grande. La victoire ne fera qu’aiguiser leur appétit.

Si le fiasco du 7 octobre et les guerres de vengeance sur plusieurs fronts qui ont suivi, toutes aussi absurdes les unes que les autres, ne suffisent pas à faire tomber Netanyahu et son gouvernement de droite, alors rien ne les fera jamais tomber. Si l’incroyable succession d’échecs du gouvernement, des transports à l’éducation en passant par la police, ne permet pas de lui porter le coup fatal qui le ferait s’écrouler, alors nous saurons tous que les Israéliens méritent ce gouvernement et que ce gouvernement mérite les Israéliens.

Il est tout simplement impossible de comprendre comment les partis de la coalition au pouvoir parviennent ne serait-ce qu’à franchir le seuil électoral, comment ils peuvent avoir la moindre chance de l’emporter de nouveau.

Le changement véritablement spectaculaire viendra de la communauté internationale. Elle en a assez. Jusqu’à présent, c’étaient les organisations de la société civile, presque partout, qui en avaient assez d’Israël. Encore un mandat de ce genre, et les gouvernements les rejoindront et passeront à l’offensive. Israël sera mis à genoux. Tous ceux qui demandent : «À quoi nous sert le reste du monde, de toute façon ?» tomberont des nues.

C’est là que réside le grand espoir, bien sûr, mais le prix sera insupportable. Les plans d’action sont déjà dans les tiroirs, prêts à en être sortis. Essayez donc de voir comment réagiront l’Europe et les Etats-Unis après quatre nouvelles années de Netanyahu ; quatre nouvelles années au cours desquelles Israël aura fait un pied de nez arrogant au monde entier et à l’exigence commune qui l’unit : que les Palestiniens obtiennent leurs droits.

La vie sous sanctions sera bien plus dure qu’on ne l’imagine ici. Elles toucheront le destin, le portefeuille, la dignité et la liberté de chaque Israélien. Elles seront d’autant plus sévères qu’elles succéderont à des décennies de retenue et de patience dont aucun État voyou n’a jamais bénéficié à un tel degré. Elles déferleront comme un torrent libérateur. Après des années vécues à l’ombre de la Shoah, des sentiments de culpabilité légitimes et de leur exploitation cynique par Israël, des mensonges présentant Israël comme la seule démocratie et comme un pays qui aspire à la paix, la grande explosion surviendra, et elle fera mal.

La fin de l’immunité d’Israël

Fini David contre Goliath, fini le «peuple élu», l’unique victime de l’histoire. À la place, un État voyou d’apartheid qui maltraite des milliers de détenus emprisonnés sans procès, perpètre des pogroms contre des innocents, a commis un génocide à Gaza et dont le premier ministre est recherché par la Cour pénale internationale de La Haye.

Une victoire de la droite annoncera la fin de l’immunité d’Israël. Cela aussi est une perspective dont on peut se réjouir, mais, là encore, pas du lourd tribut qui sera exigé.

Derrière le rideau des isoloirs, face aux bulletins de tous les partis, même avec les convictions de droite les plus ultranationalistes, la soif de vengeance contre les Arabes et le sentiment dominant de supériorité absolue, il est essentiel, cette fois, de se souvenir aussi du prix à payer. Cette fois, ça va nous coûter cher.

*  Journaliste et écrivain israélien, membre de la direction du quotidien Haaretz

** Le titre e le intertitres sont de la rédaction.

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