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Abdelhamid Abidi (Sociologue) : la famille et l’école sont appelées à collaborer sans se renvoyer la responsabilité

La relation entre les familles et l’institution scolaire s’est complexifiée. Et si la clé résidait dans une complémentarité assumée plutôt que dans une opposition stérile ?On entend souvent dire que l’école d’aujourd’hui n’est plus celle d’hier. Mais ce qui a le plus changé, c’est sans doute le regard que portent les parents sur l’institution. Autrefois sanctuaire incontesté, l’école fait aujourd’hui face à des contestations fréquentes : remise en cause des pédagogies, exigences de résultats immédiats ou encore ingérence dans la gestion de la classe. Il est indéniable que les frictions se multiplient, transformant parfois la relation éducative en un terrain conflictuel éprouvant pour les enseignants comme pour les familles.

Pourtant, opposer parents et enseignants est un faux débat qui nuit avant tout à l’élève. L’école instruit, transmet des savoirs académiques et apprend la vie en collectivité. La famille éduque, transmet des valeurs et offre le cadre affectif nécessaire à l’épanouissement de l’enfant. Ces deux sphères ne sont pas concurrentes : elles sont fondamentalement complémentaires.  Pour dépasser ce climat de défiance, il est urgent de reconstruire le pacte de confiance.L’école ne peut pas tout faire seule, et les parents ne peuvent se substituer aux enseignants. Plutôt que de céder à la tentation du conflit ou du rejet mutuel, il est temps de faire le choix de la co-éducation. L’avenir de nos enfants en dépend comme le souligne l’universitaire et sociologue Abdelhamid Abidi

 Il est largement admis que l’éducation ne peut se réduire au processus d’apprentissage, lequel est étroitement lié à l’enseignement. L’éducation est une affaire de société qui dépasse de loin la scolarisation : elle couvre le rôle de la famille, celui des médias et de l’environnement social dans lequel s’insère l’enfant en tant que futur citoyen. D’ailleurs, une abondante littérature démontre que l’effet de l’école sur l’enfant ne dépasse pas 10 % par rapport aux autres variables citées ci-dessus. Le rôle de la famille dans la mission éducative est en effet très important. Elle demeure, dans toutes les sociétés humaines, la principale instance de socialisation. Compte tenu du comportement démissionnaire des parents, notamment ceux qui pensent que l’école peut tout faire, relève d’une grande illusion sur ce que l’école doit et peut faire. Quand la famille démissionne, l’école ne peut pas tout réparer, car l’éducation est une complémentarité entre de nombreux acteurs, dont l’école.

Cette dernière reçoit déjà un enfant qui porte en lui l’empreinte de son milieu social primaire, inéluctablement gravée dans sa personnalité. Ainsi, l’école complète ce travail de construction de la personnalité de l’enfant d’aujourd’hui, citoyen de demain, aux côtés des autres institutions de la société, au premier chef la famille. Cette dernière doit continuer à exercer son autorité sur l’enfant et à épauler le rôle de l’école pour réussir sa mission éducative. L’enseignant ne peut, en aucun cas, prendre la place des parents face à une contestation progressive de l’autorité pédagogique de la part des élèves, compte tenu de la conscience qu’ils ont de leurs droits. Bien que le temps scolaire et le temps parascolaire constituent un moment relativement long, l’autorité pédagogique ne se substitue pas à l’autorité sociale qui incombe à l’institution familiale. Cette dernière doit avoir conscience de son rôle profondément complémentaire de celui de l’école pour co-construire la société. Toutes deux, la famille et l’école, sont appelées à collaborer sans se renvoyer la responsabilité

                                                                                       Kamel Bouaouina

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