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Météo : perturbations météorologiques et pluies importantes à partir de mercredi soir

Une dégradation marquée des conditions météorologiques est attendue sur l’ensemble du territoire tunisien à partir de la soirée du mercredi 28 octobre 2026, avec des précipitations qui s’annoncent localement importantes. L’annonce a été faite par l’ingénieur à l’Institut National de la Météorologie (INM), Sobhi Ben Ahmed, qui précise que ces perturbations atmosphériques apporteront des pluies […]

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Quatre élections décisives en dix jours, le monde retient son souffle !

Une bataille féroce entre les partisans de la démocratie libérale et les apôtres de ce qui est désormais appelé la démocratie illibérale bat son plein partout dans le monde et cette bataille se cristallise durant ces dix jours au Brésil, en Israël, en Serbie et aux États-Unis où les libertés fondamentales et l’État de droit sont menacés et où les contre-pouvoirs sont ciblés par les candidats de la droite populiste. D’ailleurs, les candidats de cette tendance politique dans ces pays n’hésitent pas à s’entraider et à former un groupe informel décrit comme un international réactionnaire très solidaire.

Imed Bahri

Quatre élections sur quatre continents en l’espace de dix jours pourraient profondément remodeler la politique mondiale en accentuant la trajectoire autoritaire actuelle du monde ou, au contraire, en marquant un timide retour des normes démocratiques.

Julian Borger affirme dans le Guardian que ces élections se déroulent en Israël, en Serbie, aux États-Unis et au Brésil où les principes démocratiques fondamentaux pourraient être mis en péril à une époque marquée par une montée de l’autoritarisme à l’échelle mondiale.

Les libertés démocratiques tombées à des niveaux inédits depuis 1978

Selon l’institut suédois V-Dem, institut de recherche indépendant basé au sein du département de science politique de l’Université de Göteborg, qui s’appuie sur des outils d’évaluation multivariés, les libertés démocratiques dont jouit le citoyen moyen à travers le monde sont tombées à des niveaux inédits depuis 1978 soit la période antérieure à la chute du mur de Berlin et l’effondrement du communisme en Europe.

Ces élections pourraient soit conforter cette tendance soit l’atténuer. Dans chaque cas, des formations favorables à la démocratie se retrouvent en vive concurrence avec des dirigeants autoritaires qu’ils soient déjà au pouvoir ou qu’ils aspirent à le devenir. Il est fort probable que les résultats de chacun de ces scrutins aient des répercussions durables dans leurs régions respectives.

Ainsi, ce mardi, Benjamin Netanyahu affrontera ses adversaires lors des élections législatives. Le Premier ministre israélien, qui a gouverné pendant 19 des 30 dernières années, a conduit Israël vers un recul démocratique et une aggravation des violations des droits humains. Il est visé par la Cour pénale internationale pour des crimes de guerre et des crimes contre l’humanité commis à Gaza. Une défaite électorale l’exposerait à des risques juridiques accrus, compte tenu du procès pour corruption auquel il fait face dans son propre pays. Sa coalition d’extrême droite est actuellement distancée par le bloc de l’opposition mené par l’ancien chef de l’état-major Gadi Eisenkot.

Le mardi d’après, le 3 novembre, la présidence de Donald Trump —marquée par une dimension impériale— pourrait se heurter au rejet des électeurs américains lors des élections de mi-mandat. Il est fort probable que les Républicains perdent au moins l’une des deux chambres du Congrès, voire les deux.

Les Démocrates en cas de victoire auront alors la lourde tâche de contenir les dérives de Trump, lesquelles ont entraîné un recul des États-Unis dans l’indice de démocratie libérale établi par l’institut V-Dem.

Au moment du dépouillement des votes aux États-Unis mardi 3 novembre, le visage du monde pourrait être radicalement différent : les quatre enjeux électoraux en question sont non seulement très serrés mais aussi étroitement liés.

Le mouvement Maga, associé à Trump, a apporté un soutien politique explicite à Netanyahu en Israël, Aleksandar Vučić en Serbie et Flavio Bolsonaro au Brésil. Le logiciel espion israélien Pegasus a été découvert dans les téléphones d’étudiants et de militants pro-démocratie en Serbie mobilisés contre Vučić. Bolsonaro, connu pour son soutien indéfectible à Israël, s’est engagé à suivre l’exemple des États-Unis en transférant l’ambassade du Brésil à Jérusalem en cas de victoire. Les États-Unis ont largement soutenu les guerres menées par Netanyahu, tandis que la Serbie s’est engagée à consacrer deux milliards de dollars à des systèmes de défense israéliens. En septembre, une usine commune a d’ailleurs été inaugurée pour produire des systèmes de surveillance et d’attaque.

Selon Borger, la victoire de la droite autoritaire dans un pays donné renforcerait la position de ses homologues ailleurs. À l’inverse, la victoire des défenseurs de la démocratie lors des élections offrirait espoir et encouragement à leurs alliés à travers le monde.

Bien que ces quatre scrutins puissent être étroitement liés, la lutte entre autoritarisme et démocratie revêt des formes très différentes selon les pays. Les probabilités de victoire, tout comme les enjeux, varient d’un cas à l’autre mais toutes ces situations présentent des résultats très serrés.

Dans le cas du Brésil (qui occupe le 28e rang de l’indice de démocratie), on a pu observer un renouveau démocratique depuis l’investiture de Luiz Inácio Lula da Silva le 1er janvier 2023 qui a battu le populiste Jair Bolsnaro, aujourd’hui en prison. Hier, dimanche 25 octobre 2026, il était confronté à Flavio, le fils de Jair, lors du deuxième tour de l’élection présidentielle brésilienne. Selon l’institut V-Dem, le Brésil affiche désormais un bilan démocratique bien que celui du Royaume-Uni et nettement meilleur que celui des États-Unis. 

Aleksandar-Vucic-et-Jair-Bolsorano.

Le succès de Lula annonce un réveil de la démocratie mondiale ?

Le fils Bolsonaro a non seulement promis de faire libérer son père mais aussi de sanctionner les membres de l’appareil judiciaire ayant pris part aux poursuites engagées contre lui. En cas de victoire, il allait s’appuyer sur une majorité de droite au Parlement. Il a par ailleurs annoncé son intention de modifier la Constitution et de «redémocratiser» le pays. Cette expression renvoie à la transition ayant mis fin au régime militaire en 1985. Pour la gauche brésilienne, elle prend une résonance orwellienne inquiétante surtout dans la bouche d’un homme qui se revendique ouvertement admirateur de figures marquantes de la junte jadis au pouvoir.

Bolsonaro a axé sa campagne sur une politique sécuritaire intransigeante, visant à répondre au problème chronique de la criminalité élevée. Il préconise notamment l’abaissement de l’âge de la responsabilité pénale en dessous de 18 ans — ce qui conduirait à l’incarcération d’un plus grand nombre d’adolescents — ainsi que des réformes judiciaires. Selon ses détracteurs, ces mesures viseraient en réalité à porter atteinte à l’indépendance de la justice.

Finalement, le pire a été évité : c’est Lula qui a remporté les élections avec 51,79 % des suffrages, contre 48,21 pour Bolsorano. Et c’est un bon signe de réveil de la conscience démocratique mondiale, qui ne demande qu’à être confirmé sous d’autres cieux.  

En Serbie (classée 112e dans l’indice de démocratie), Aleksandar Vučić, au cours de ses 12 années à la présidence, a méthodiquement sapé les fondements de la démocratie. Lui et ses alliés ont pris le contrôle de la majeure partie des médias audiovisuels du pays, faisant de lui la figure omniprésente sur les écrans de télévision durant la campagne électorale actuelle. L’avenir des deux dernières chaînes d’information indépendantes est désormais incertain, après leur rachat en pleine campagne par un investisseur portugais lié à Viktor Orbán, l’ancien Premier ministre populiste de Hongrie. Le Parti progressiste serbe, au pouvoir, a transformé les ministères et autres institutions publiques en instruments politiques, au point que, selon Raša Nedeljkov —directeur de programme au Centre pour la recherche, la transparence et la responsabilité (CRTA)—, «la frontière entre l’État et les partis a pratiquement disparu». Depuis deux ans, la Serbie est le théâtre d’un mouvement de contestation estudiantin qui, cette semaine, tentera de prendre le pouvoir. 

En Israël (classé 48e dans l’indice de démocratie), la démocratie est restée l’apanage des Juifs, tout en étant discriminatoire à l’égard des Palestiniens. Ils représentent environ un cinquième de la population mais ils sont constamment sous-représentés à la Knesset. Leur taux de participation électorale est inférieur à celui des Juifs israéliens, beaucoup estimant qu’il est inutile de participer à un système qui les exclut systématiquement. Le principal bloc d’opposition, qui rivalise avec Netanyahu, refuse de former une coalition avec les partis arabes et ce, même si une telle alliance pouvait faire la différence entre une victoire écrasante et une impasse incertaine lors de la répartition des sièges à la Knesset.

Benjamin Netanyahu a occupé le poste de Premier ministre, de manière intermittente, au cours des trois dernières décennies. Cependant, durant son mandat actuel —au sein d’une coalition incluant des partis extrémistes soutenus par les colons—, il a pris pour cible les normes démocratiques israéliennes. Il a cherché à restreindre l’indépendance du pouvoir judiciaire au nom d’une «réforme» qui lui était favorable, a exercé des pressions sur la presse indépendante et a politisé la police, l’armée ainsi que le service de sécurité intérieure, le Shin Bet.

La coalition d’opposition, dirigée par le général Gadi Eisenkot, partage une grande partie de la vision de Netanyahu concernant la Palestine. Elle soutient, dans une large mesure, la guerre à Gaza et rejette la solution à deux États. Il est toutefois déterminé à éradiquer la corruption de l’ère Netanyahu ainsi que les dérives autoritaires qui y sont associées. Bien que l’on s’attende à ce que l’alliance remporte davantage de sièges que la coalition gouvernementale lors des élections de mardi, elle n’est pas certaine d’obtenir la majorité absolue.

Les Démocrates à l’assaut d’un «empereur» nommé Trump

Enfin, aux États-Unis (classés 52e dans l’indice de démocratie), aucun autre pays occidental à l’époque moderne n’a connu un recul démocratique aussi rapide que celui observé en moins de deux ans sous le second mandat de Donald Trump. Profitant de la domination des Républicains qui lui sont acquis au Congrès et de la soumission d’une grande partie de la Cour suprême, Trump a instauré un régime présidentiel autoritaire. Il gouverne essentiellement par décrets et transforme les institutions de l’État —notamment les services de sécurité intérieure, le FBI ainsi que le Département de la Justice— en instruments politiques utilisés comme des armes contre ses opposants, les procureurs indépendants et les journalistes. La politique de l’administration, tant sur le plan intérieur qu’extérieur, a été mise à profit pour créer des occasions d’enrichissement personnel au bénéfice de la famille et des amis de Trump.

Les prérogatives de l’Agence de contrôle de l’immigration et des douanes (ICE) ont été considérablement étendues. Des agents, sommairement formés mais lourdement armés, ont été déployés à travers tout le pays, portant atteinte aux droits civiques de toute personne soupçonnée d’être un migrant en situation irrégulière, une situation qui affecte tout particulièrement la communauté latino-américaine.

Alors que les taux d’approbation du président Trump chutent à des niveaux historiquement bas, les Démocrates ont de bonnes chances de remporter la majorité à la Chambre des représentants et une probabilité plus faible de s’emparer également du Sénat. Même si les Démocrates prenaient le contrôle des deux chambres du Congrès, leur capacité à contenir les dérives autoritaires qui ont marqué la présidence de Trump resterait limitée. Il est en effet probable que ce dernier use largement de son droit de veto or, les Démocrates ne disposeraient ni des voix nécessaires pour passer outre ce veto ni de celles requises pour contrer les tactiques d’obstruction des Républicains au Sénat.

Sur le plan théorique, le Congrès détient le pouvoir budgétaire et peut conditionner le financement des ministères et des agences fédérales à la mise en œuvre de réformes. Par ailleurs, une majorité démocrate pourrait tirer parti de son contrôle sur les commissions parlementaires pour ouvrir des enquêtes sur des affaires de corruption ou d’autres irrégularités et pour émettre des assignations à comparaître à l’encontre de responsables gouvernementaux.

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Hafedh Lamouri : « L’intégration de l’économie informelle ne sauvera pas les caisses sociales »

Ancien ministre et ex-PDG de la CNSS, le Pr Hafedh Lamouri prône une réforme globale sur 30 ans : fusion des caisses, financement diversifié, réformes en bloc. C’est ce qui se dégage dans cette interview ci-dessous qu’il a accordée à L’Economiste maghrébin.

La tendance dans le monde est l’augmentation de l’âge de retraite  (68ans dans certains pays) afin de limiter le déséquilibre financier des caisses de sécurité sociale, cette solution est-elle applicable en Tunisie ?

Rappelons que l’âge de retraite en Tunisie est de 60 ans pour les adhérents de la CNSS et 62 ans à la CNRPS (nombreuses entreprises publiques affiliées à CNSS). L’âge de retraite CNRPS pourrait être prolongé annuellement avec l’accord de l’employeur jusqu’à 65 ans, voire 70 ans pour certaines professions telle que le corps A de l’enseignement supérieur. Les années de prolongations sont comptabilisées sans toutefois dépasser 90% pour 40 ans de cotisation.

Pour les adhérents CNSS, le prolongement est sans limite, cependant, les années travaillées au-delà de 60 ans ne sont pas comptabilisées dans le pourcentage de la pension (plafonnée à 80% pour 30 ans de cotisation). Il va sans dire que l’augmentation de l’âge de retraite améliore l’équilibre financier des caisses de sécurité sociale, c’est pour cette raison que de nombreux pays, notamment ceux ayant une espérance de vie élevée et un déficit en main-d’œuvre font souvent recours à cette solution bien qu’elle soit impopulaire.

La Tunisie a également fait recours à cette solution dans le secteur public en 2019 en relevant l’âge à 62 ans, néanmoins la situation financière de la CNRPS n’a été améliorée que pour 2 ans, car il n’a fait que décaler le départ à la retraite de 2 ans.

Contrairement au secteur public qui a quasi bloqué le recrutement et anéanti l’effet négatif de l’augmentation de l’âge sur le chômage, le relèvement obligatoire de l’âge de retraite dans le secteur privé se heurterait directement aux réalités du marché du travail par ses répercussions négatives sur le taux de chômage, en contrepartie d’un impact positif limité dans le temps sur le financement de la CNSS.

S’adjoindre dans le secteur privé pas mal d’activité le non-respect des conditions d’hygiène et de sécurité au travail, qui use les travailleurs bien avant l’âge légal de départ.

 

Le relèvement obligatoire de l’âge de retraite dans le secteur privé se heurterait directement aux réalités du marché du travail par ses répercussions négatives sur le taux de chômage, en contrepartie d’un impact positif limité dans le temps sur le financement de la CNSS.

 

Les études sont unanimes que la détérioration du rapport démographique (nb de cotisants/nb de pensionnés) est la source principale du déséquilibre financier de la sécurité sociale en Tunisie, à quoi est dû ce phénomène et comment y remédier ?

Je confirme ces études, étant donné que le système de sécurité sociale tunisien est conçu par répartition, or, on a de moins en moins d’actifs pour financer les pensionnés (retraités, veuves et orphelins).

Dans les années 1970-80, le nombre de pensionnés est limité notamment dans le secteur privé, d’où un rapport démographique entre 6 et 7 cotisants pour 1 pensionné permettant un excédent financier assez important des caisses de sécurité sociale.

En revanche, à partir de 1993 ce rapport était en chute libre. En 2026, il est environ entre 1 et 2, … (cnrps – cnss). Cette dégradation s’explique par plusieurs facteurs, dont notamment :

  • l’amélioration nette de l’espérance de vie à la naissance, estimée en 2026 à 77,1 ans (bien qu’il soit un critère de développement de santé et du niveau de vie selon les Nations unies) ;
  • la baisse du taux de natalité ;
  • les prémisses de vieillissement de la population (16,9 % âgés de 60 et plus) d’où l’évolution rapide du nombre de pensionné ;
  • le chômage structurel (14,9 %), et le travail informel non cotisant (environ 1,5 million travailleurs).

Avec le poids du secteur informel, comment élargir durablement la base des cotisants pour assurer l’équilibre financier des caisses ?

Contrairement à tous les spécialistes dans le domaine de la sécurité sociale, je tiens à mes études en la matière selon lesquelles l’intégration du secteur informel afin d’élargir la base des cotisants aggrave le déséquilibre financier de la CNSS et ne l’améliore pas. Cela ne veut pas dire que je suis contre cette intégration, bien au contraire, c’est leur droit constitutionnel à la protection sociale et de santé.

Mes études se basent sur une évidence, à savoir : l’impossibilité d’intégrer les travailleurs de l’économie informelle par les lois fiscales et sociales de l’économie formelle, d’où l’échec de toutes les démarches d’intégration (économie informelle et non secteur informel car existent nombreux secteurs).

J’avais plaidé sans relâche la conception d’un régime fiscal et social simple et adapté, notamment aux capacités contributives et la culture des travailleurs (manque de culture de sécurité sociale et fiscale).

Certes, il y a des travailleurs dans cette économie qui gagnent beaucoup plus que ceux occupés dans l’économie formelle et sont passés à l’informel afin d’échapper aux charges fiscales et sociales, mais plusieurs enquêtes sociales ont conclu qu’ils sont minoritaires. Ils doivent être traités de fraudeurs.

 

Il faut arrêter de rêvasser que l’élargissement de la base des cotisants par l’intégration des travailleurs de l’économie informelle améliore l’équilibre financier de la sécurité sociale.

 

Le seul régime actuel de sécurité sociale plus ou moins adaptable aux travailleurs informels est le régime des travailleurs à faibles revenus en raison des faibles cotisations à la CNSS (70 d/trimestre), qui ne couvrent même pas les frais de soins de 4 grippes par an aux établissements publics de santé (la CNAM paie à ces établissements les coûts de soin de ses adhérents).

Donc, d’une part, le droit des travailleurs de l’économie informelle à la sécurité sociale et, d’autre part, leur faible capacité contributive qui ne pourrait en aucun cas maintenir l’équilibre financier d’un régime minimum de sécurité sociale qui n’assure que trois branches : maladie, pensions et accident de travail. D’où la nécessité de créer un mécanisme de compensation interne entre régimes de sécurité sociale qui comble le déficit du régime des travailleurs de l’économie informelle.

En conclusion, il faut arrêter de rêvasser que l’élargissement de la base des cotisants par l’intégration des travailleurs de l’économie informelle améliore l’équilibre financier de la sécurité sociale.

Est-il encore possible d’augmenter les taux des cotisations ou de réduire certaines prestations afin de rétablir l’équilibre financier des caisses de sécurité sociale ?

Le secteur privé n’aurait plus les marges nécessaires pour absorber de nouvelles charges, une hausse des cotisations salariale baisse le pouvoir d’achat et celles patronales pèserait davantage sur les entreprises alors que le tissu économique peine déjà à supporter des coûts supplémentaires, ce qui risque de renforcer l’informalité, à freiner les embauches, à encourager l’automatisation ou la délocalisation, et finir par rétrécir l’assiette contributive.

Par contre, le secteur public supporte un effort supplémentaire par une augmentation des cotisations de trois points, étalés sur deux ans et répartie entre l’employeur et le salarié à raison de 2/3 – 1/3.

Quant à la piste de réduction de certaines prestations, elle est à écarter dans la mesure où les deux principales prestations (pensions et assurance maladie) sont à leurs planchers et ne peuvent pas subir de restrictions sans fragiliser davantage les assurés sociaux.

Quelles réformes prioritaires la Tunisie devrait-elle engager pour rétablir l’équilibre à long terme financier de la sécurité sociale ?

La réforme d’un système de sécurité sociale en déséquilibre financier figure parmi les plus complexes à mener dans presque tous les pays, en raison spécialement de ses implications sociales et économiques. L’expérience internationale montre que ce type de réformes est impopulaire et suscite souvent des contestations.

Le ministère des Affaires sociales est en train de concevoir une réforme globale du système de sécurité que je qualifie de la plus délicate de la politique sociale tunisienne, car derrière se trouve une équation financière devenue de plus en plus difficile à tenir.

Le système de sécurité sociale a connu quelques réformes ponctuelles, limitées essentiellement aux augmentations des cotisations dans l’objectif de stopper le déclin de l’équilibre financier, mais il ne s’agit, à notre avis, que de bricolage juridique et financier. Le défi n’est donc plus de trouver une mesure miracle pour sauver les caisses. Il s’agit désormais de repenser progressivement tout le modèle, avant que le déséquilibre ne rende les choix beaucoup plus douloureux.

 

Le système de sécurité sociale a connu quelques réformes ponctuelles, limitées essentiellement aux augmentations des cotisations dans l’objectif de stopper le déclin de l’équilibre financier, mais il ne s’agit, à notre avis, que de bricolage juridique et financier.

 

Lors d’une séance parlementaire consacrée à la recherche de solutions concrètes au déséquilibre financier de la sécurité sociale,  j’ai proposé une réforme approfondie et durable sur 30 ans au mois sans toucher aux droits acquis des pensionnés actuels qui se base sur les piliers suivants :

1 – Une nouvelle restructuration des caisses de sécurité sociale

Cette nouvelle restructuration consiste à la transformation des quatre organismes actuels en trois nouvelles caisses et un observatoire national ou une caisse centrale, voire les deux à la fois avec essentiellement le redéploiement de leurs employés :

  • Une caisse des pensions par la fusion de la CNSS et la CNRPS

Cette proposition est justifiée par le fait que ces deux caisses ne font que gérer les régimes des pensions et que leur charge financière est de plus de 95 % des dépenses totales de ces caisses.

Cette nouvelle caisse continuera à gérer l’indemnité et le capital décès, ainsi que les prestations familiales pour la CNSS (dans le secteur public elles sont payées par l’employeur).

  • Une caisse de contrôle et de recouvrement

L’évasion sociale prend sans cesse de l’ampleur, outre les cotisations non recouvrées qui ont atteint des milliers de millions de dinars, d’où l’intérêt de créer une caisse spécialisée afin de renforcer les mécanismes de recouvrement et le corps de contrôle ainsi que le transfert continu et durable des cotisations dues à la caisse d’assurance maladie (CNAM) recouvrées par la CNRPS et notamment la CNSS.

  • Le maintien de la caisse d’assurance maladie avec des réformes profondes

Contrairement aux deux autres caisses, la CNAM n’est pas déséquilibrée, sur le plan écriture comptable, mais elle manque de fonds en raison du non-transfert de la cotisation de l’assurance maladie recouvrée par les deux autres caisses.

Afin de préserver l’équilibre financier de cette caisse, il est indispensable de mettre à niveau le système de santé publique, seul apte à réduire les factures très élevées payées par la CNAM aux établissements privés de santé, en contrepartie des soins consommés par ses adhérents.

 

L’évasion sociale prend sans cesse de l’ampleur, outre les cotisations non recouvrées qui ont atteint des milliers de millions de dinars, d’où l’intérêt de créer une caisse spécialisée afin de renforcer les mécanismes de recouvrement et le corps de contrôle ainsi que le transfert continu et durable des cotisations dues à la CNAM…

 

  • Un observatoire national de la sécurité sociale ou une caisse centrale, voire les deux

Cette nouvelle structure remplace le centre de recherches et d’études sociales (CRES). Elle a pour mission principale le suivi et l’analyse en particulier des évolutions démographiques et financières et l’anticipation par des solutions adéquates avant que les déséquilibres financiers ne soient découverts et devenus difficiles à corriger.

Son rôle de veille incite les autorités compétentes d’agir le moment opportun en modulant, au cas échéant, les paramètres de ces équilibres. Elle aura également pour missions la coordination des activités des trois caisses dans une logique de rationalisation et d’amélioration de la gouvernance.

2 – Une nouvelle conception des régimes de sécurité sociale

Assurément, le régime des pensions est la source principale du déséquilibre structurel de la sécurité sociale. Sans une refonte du système de pension basée plus sur le nombre d’années travaillées que sur l’âge, notre proposition de fusion des deux caisses en une seule caisse de pension n’aurait qu’un effet limité.

Il est également possible : d’unifier certains régimes de sécurité sociale, limiter les disparités entre des régimes comparables, en créer d’autres tels qu’un régime adapté aux travailleurs de l’économie informelles, un régime pour ceux des plateformes économiques…

3 – Une diversification des sources de financement

Le mode de financement actuel se limitant au financement par les cotisations des employeurs et des salariés n’était plus en mesure d’assurer l’équilibre financier. C’est pourquoi, il a été abandonné par la majorité des pays qui l’ont adopté. J’ai toujours plaidé pour un système de financement mixte professionnel et parafiscal assurant la diversification des sources de financement, notamment à travers des contributions fiscales et parafiscales sur certains produits et secteurs d’activité à fort coût sanitaire ou environnemental, tels que le tabac, les boissons alcoolisées et les industries polluantes.

J’ai démontré dans mes études depuis les années 1990 que se limiter au financement professionnel aboutirait à un grave déséquilibre financier qui menace le système social tunisien.

C’était seulement en 2024 qu’on a opté sérieusement pour la diversification des sources de financement de la sécurité par la fiscalité et la parafiscalité. Cette tendance s’est intensifiée par la loi des finances de 2026 qui a prévu une série de nouvelles taxes et contributions : taxation des grandes surfaces, des recharges téléphoniques, des jeux et concours, ainsi que des contributions des banques, assurances et concessionnaires automobiles, outre la prolongation pour une année la contribution sociale de solidarité tout en élargissant le champ des ressources affectées aux caisses sociales.

Cette orientation s’est renforcée par le projet de la loi des finances de 2027 qui pourrait constituer l’un des principaux jalons d’une réforme plus globale. Il prévoit :

  • L’augmentation les droits de consommation sur la bière, le vin et les spiritueux, relève de 40 à 60 %. Certes, les boissons alcoolisées sont déjà lourdement taxées, mais il ne faut pas nier son coût particulièrement élevé à la CNAM, en raison des maladies qui en découlent. Il ne s’agit donc nullement de stigmatisation de certaines catégories de contribuables.
  • la taxation des jeux et porte de 60 à 80 dinars.
  • La taxe sur les voyages à l’étranger. En se basant sur les données statistique de l’INS, on déduit qu’après déduction des sorties vers les pays du Maghreb, reste au maximum 1,6 million de sorties ce qui donne une recette supplémentaires de 32 millions de dinars, produit de cette augmentation de 20 dinars.

S’ajoute à ces taxes l’abandon jusqu’au 31 décembre 2026 des pénalités dues par la CNRPS. L’Etat se substitue à quatre entreprises publiques en difficultés financière (Office des terres domaniales, Société nationale des chemins de fer tunisiens, Société des transports de Tunis et Société nationale de cellulose et de papier alfa) pour le paiement de ces dettes qui pourraient faire l’objet d’une compensation avec les dettes fiscales de la CNRPS envers l’État.

4 – L’application bloc de réformes en parallèle

L’expérience a démontré que l’application des reformes ponctuelles, espacées et isolées, telle que l’augmentation des cotisations, n’ont fait qu’apporter une bouffée d’oxygène aux caisses de sécurité sociale, d’où la rechute plus rapide dans le déséquilibre financier.

La réforme profonde et durable du système de sécurité sociale en Tunisie ne serait efficiente que par l’application en bloc d’une multitude de mesures diversifiées et durables soumise à une bonne gouvernance exercée par une caisse centrale et à une veille continue exercés par un observatoire national de sécurité social.

 

La réforme profonde et durable du système de sécurité sociale en Tunisie ne serait efficiente que par l’application en bloc d’une multitude de mesures diversifiées et durables soumise à une bonne gouvernance exercée par une caisse centrale et à une veille continue exercés par un observatoire national de sécurité social.

 

Propos recueillis par Tallal BAHOURY

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Cancer du sein : la reconstruction mammaire est gratuite à l’Institut Salah-Azaïz

Alors que la Tunisie enregistre environ 4 400 mastectomies par an, le recours à la reconstruction mammaire demeure marginal. Estimé à moins de 1 % par le chirurgien plasticien et reconstructeur, le Dr Radhi Ben Nasser, ce taux met en lumière le manque d’information des patientes sur les possibilités offertes après une ablation du sein. […]

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D’Oradour sur Glane à Hébron | Même barbarie, même force aveugle

Benyamin Netanyahu et Yoav Gallant sont sous mandat d’arrêt international émis par la CPI. Bezalel Smotrich, le ministre extrémiste des Finances et des Colonies et Itamar Ben Gvir, le ministre raciste de la Sécurité – qui réserve la peine de mort par pendaison aux seuls Palestiniens – devraient aussi être sous mandat d’arrêt. Il faut espérer que les pays démocratiques exécutent ces mandats et interdisent, à tout le moins, le passage des criminels israéliens dans leur espace aérien. (Ph. L’armée israélienne expulse 2 600 Palestiniens d’Hébron : une opération de punition collective dans l’impunité la plus totale).

Mohamed Larbi Bouguerra *

«Nous sommes en guerre depuis trois ans… Votre désir de vengeance est sain, vous ne devriez pas avoir honte de le dire. Nous en avons assez de ces c… qui disent que l’ennemi est comme nous. Nous devons l’anéantir.» (Émission ‘‘Patriotes’’ du 7 octobre 2026 de la Chaîne 14 israélienne dévouée à Netanyahu à 100%).  

Dans la France occupée, le 10 juin 1944, l’armée nazie de Hitler, exécute un effroyable massacre dans le village d’Oradour/Glane situé à une vingtaine de kilomètres de Limoges. La population de ce bourg votait socialiste avant l’arrivée du Maréchal Pétain qui acceptait la collaboration avec les occupants allemands. Elle alimentait de diverses façons les nombreux foyers de résistance des Forces Françaises de l’Intérieur (FFI) des alentours qui infligeaient aux Allemands de lourdes pertes.

La division SS Das Reich investit avec des blindés et des engins sur chenilles. Elle encercle le village pour le couper du monde, puis les Allemands rassemblent toute la population et demandent qu’on leur indique les caches d’armes et les villageois qui possèdent une arme. Ils séparent ensuite les femmes et les enfants qu’ils enferment dans l’église où ils mettent le feu après qu’une bombe de gaz mortel n’a pas fonctionné et fusillent les hommes faisant au total 642 victimes et un village dévasté, aujourd’hui encore en ruine.

Yinon Magal, ancien député à la Knesset (Parlement israélien) proche du PM Netanyahu déclare : «Voilà à quoi devrait ressembler tout le territoire de Gaza, sans une seule maison, pierre sur pierre» (Télérama, n° 4006, 21 octobre 2026, p. 33). Israël a tué plus de 1000 Palestiniens en Cisjordanie depuis le 7 octobre.

Résistance à Hébron

Vendredi 23 octobre 2026, deux résistants palestiniens de Hébron (Al-Khalil), Firas et Hammouda al-Jaaba, à bord d’une voiture bien fournie en d’armes automatiques – provenant d’un réseau de résistants en Turquie, semble-t-il – attaquent un check-point sur la route 35 près de Hébron, tenu par l’armée d’occupation, tuant deux soldats et blessant trois autres. Après une course poursuite, des drones et des hélicoptères, les militaires sionistes les ont abattus.

Pour le chef d’état-major de l’armée sioniste, Eyal Zamir, «c’était une attaque grave. Une grande quantité de munitions a été trouvée dans le véhicule utilisé par les terroristes… Ces munitions étaient destinées à être utilisées dans une attaque à plus grande échelle.» (Le Monde, 25-26 octobre 2026, p. 2)

«Il ne fait aucun doute que ce réseau terroriste a opéré sous le nez des responsables du renseignement de l’armée israélienne et du Shin Bet, malgré un avertissement général selon lequel le Hamas avait l’intention de mener des attaques dans la région avant les élections prévues ce mardi», regrette le journal anglophone de droite israélien The Jerusalem Post du 25 octobre 2026.

Les élections générales israéliennes prévues pour le mardi 27 octobre présageant un mauvais score en faveur de Netanyahou, celui-ci a annoncé «une opération militaire d’une ampleur jamais vue depuis la guerre des Six Jours» pour rallier à sa cause sionistes religieux et autres messianiques. (Lire Jack Khoury, Haaretz, 24 octobre 2026).

Du coup, dans la nuit de vendredi à samedi, 250 familles palestiniennes – soit près de 2000 personnes – des quartiers Al- Jalda et Deir Balah – densément peuplés – ont été évacuées de leurs maisons car elles se trouvaient dans le voisinage du logement des deux résistants qui ont attaqué l’armée d’occupation, selon Khaled Fahd al-Qawasmi, maire-adjoint de Hébron qui ajoute que les familles n’ont été autorisées à prendre avec elles que le strict nécessaire pour aller soit dans un centre d’accueil préparé par la mairie soit chez des proches.

Al-Qawasmi apprend par ailleurs que les bulldozers de l’armée sont entrés en action dans les deux quartiers pour démolir des habitations. Israël veut tout détruire, dans le cadre du nettoyage ethnique voulu par Smotrich et Ben Gvir, ces ministres racistes et suprémacistes ; comme cela a été fait en 2025 pour les camps de réfugiés à Jenine, Tulkarem et Naplouse mettant dehors plus de 30 000 Palestiniens.

L’armée israélienne affirme que l’opération durera plusieurs jours. Elle a bloqué les entrées et les sorties de la ville ainsi que ceux de la ville proche de Halhul autorisant cependant les gens à sortir par trois points de contrôle après accord des services de sécurité. Les militaires se sont lancés à la recherche de suspects de «terrorisme» et d’armes.

De son côté, Netanyahu déclare : «Nous allons saisir toutes les armes et toutes les structures terroristes seront démolies.» Exactement comme disait le général Lammerding de l’armée allemande à Oradour/Glane en 1944 !

Tout aussi clair, le ministre sioniste de la Défense éructe : «Tout le quartier du clan à Hébron d’où les terroristes ont émergé aujourd’hui sera vidé de ses habitants et l’infrastructure de terreur sera traitée et démolie. C’est le seul langage que le terrorisme djihadiste comprend. Comme à Gaza et au Liban.»

Les services israéliens prétendent que les deux résistants palestiniens viennent d’un clan auquel appartiennent d’anciens prisonniers palestiniens libérés dans le cadre de l’échange avec le soldat Gilad Shalit.

Netanyahu, Gallant et Smotrich devraient être sous mandat d’arrêt

L’ONG des droits de l’homme israélienne B’Tselem condamne les plans de déplacement des populations et déclare : «Israël annonce ses crimes en préparation. Netanyahou et Katz ont fait état de leur intention de vider leur voisinage à Hébron et de rééditer le déplacement massif et la destruction infligés aux camps de réfugiés de Cisjordanie. Hébron est déjà sous cordon militaire et les démolitions ont commencé près du site de l’attaque. C’est clairement l’‘‘Elimination Project’’ (Projet d’élimination). Les gouvernements ont été avertis. Ils doivent agir maintenant pour prévenir une nouvelle vague de nettoyage ethnique et de crimes de guerre.»

Les responsables des massacres commis par les Nazis allemands en France, en Ukraine, en Pologne, en Italie ont été jugés au procès de Nuremberg et condamnés.

Benyamin Netanyahu et Yoav Gallant sont sous mandat d’arrêt international émis par la CPI. Bezalel Smotrich, le ministre extrémiste des Finances et des Colonies et Itamar Ben Gvir, le ministre raciste de la Sécurité – qui réserve la peine de mort par pendaison aux seuls Palestiniens – devraient aussi être sous mandat d’arrêt.

Il faut espérer que les pays démocratiques exécutent ces mandats et interdisent, à tout le moins, le passage des criminels israéliens dans leur espace aérien.

La barbarie et la force aveugle exercées par Israël en Palestine occupée sont une honte pour l’Occident comme pour les pays arabes.

* Professeur honoraire à la Faculté des sciences de Tunis et ancien directeur associé de recherche au CNRS, Paris.

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