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Profil | Le destin contrarié de Olfa Hamdi

Olfa Hamdi, 38 ans, l’ancienne PDG de la compagnie aérienne nationale Tunisair qu’elle a dirigée pendant quelques semaines début 2021, et présidente d’un fantomatique parti créé en 2022 et appelé la Troisième République, est un cas vraiment à part sur la scène politique tunisienne. Venue de nulle part (du monde des affaires, dit-on) et portée par une soif démesurée de pouvoir, elle s’était jetée dans la mêlée, corps et âme et sans filet, faisant feu de tout bois et ne reculant devant aucun danger. Pour elle comme pour le pays, les choses n’ont pas évolué dans le sens qu’elle souhaitait. Loin s’en faut…

Latif Belhédi

Ambitieuse et sûre d’elle, Olfa Hamdi avait annoncé, en 2024, son intention de se présenter à l’élection présidentielle, mais elle n’a pas pu participer au scrutin, faute d’avoir atteint l’âge minimal requis de 40 ans. C’est cette témérité frisant l’insouciance que certains apprécient chez elle qui lui a valu une condamnation par le tribunal militaire à quatre ans de prison pour des chefs d’accusation incluant notamment le complot contre la sûreté de l’État et l’incitation des militaires à la désobéissance.

Incarcérée depuis son arrestation le 15 février dernier à l’aéroport international de Tunis-Carthage, à son retour d’un voyage à l’étranger, en vertu d’un avis de recherche émis à la demande de la justice militaire, on n’a pas beaucoup entendu ses partisans, si tant est que son parti compte suffisamment de membres pour la défendre et exiger sa libération. En réalité, on a peu entendu ces derniers, qui se sont évaporés du jour au lendemain, et la jeune femme n’a pas trouvé grand monde pour porter sa voix. A tel point qu’on a failli l’oublier jusqu’à ce que son avocat, Akram Moussa, annonce l’ouverture de son procès et communique à l’AFP sa condamnation par le tribunal militaire de Tunis à quatre ans de prison, au terme de deux procédures distinctes, chacune ayant abouti à une peine de deux ans de prison, assorties d’une amende de 40 000 dinars, un montant suffisamment dissuasif pour faire réfléchir à l’avenir tout quidam qui aurait envie de s’engager en politique.

En vérité, c’est très chèrement payé pour quelques publications sur les réseaux sociaux, dans lesquelles Olfa Hamdi critiquait le président de la république Kaïs Saïed et les forces armées. Selon son avocat, Olfa Hamdi fait l’objet de trois procédures judiciaires au total et avait déjà été condamnée, dans une affaire précédente, à deux ans de prison.

Si à Tunis, la condamnation de Mme Hamdi n’a pas suscité une grande émotion, elle n’a pas manqué de faire réagir aux États-Unis, son second pays où un porte-parole du département d’État a confirmé à l’AFP que Washington est au courant des poursuites judiciaires engagées contre la citoyenne tuniso-américaine et suit la situation de près. Service minimum en somme pour ne pas provoquer des fritures sur la ligne entre Washington et Tunis dont les relations semblent traverser une période d’entente cordiale, la Tunisie collaborant assez activement sur les plans sécuritaire et militaire.

Olfa Hamdi, dont la voix n’a plus été entendue depuis huit mois, peut toujours faire appel de ses condamnations. Sa libération dépend désormais du bon vouloir de ceux qu’elle critiquait il y a encore quelques mois et qui ont réussi à la faire taire.

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Désormais, les Tunisiens font la queue pour acheter des crevettes

Les crevettes, habituellement considérées comme un produit relativement coûteux, attirent actuellement de nombreux consommateurs sur les marchés tunisiens. Avec des prix descendus jusqu’à 6 dinars le kilogramme dans certains points de vente, les files d’attente témoignent de l’intérêt suscité par cette baisse importante.

La chute des prix est particulièrement remarquable dans un contexte où les ménages surveillent de près leurs dépenses alimentaires. Ces derniers jours, les crevettes sont proposées à des tarifs bien inférieurs à ceux habituellement pratiqués, avec des prix pouvant varier autour de 6 à 12 dinars le kilogramme selon les marchés, la taille et la qualité du produit.

Une abondance qui fait chuter les prix

Cette baisse s’explique principalement par l’abondance des quantités disponibles. Salah Hdidar, vice-président de l’Union tunisienne de l’agriculture et de la pêche (UTAP), a indiqué que l’intensification des opérations de pêche au chalut et la disponibilité importante du produit contribuent à alimenter les marchés. Selon ses déclarations rapportées par les médias tunisiens, plus de 350 chalutiers participent à la campagne de pêche, ouverte le 15 octobre et prévue jusqu’au 30 novembre.

Lire aussi : Des crevettes à 10 dinars le kilo en Tunisie : Ce qui explique leur abondance sur les marchés

Le responsable a également évoqué les effets de la hausse de la température de l’eau de mer sur la multiplication de certaines espèces. L’absence ou la diminution des débouchés à l’exportation pour certaines catégories de crevettes contribue également à expliquer la disponibilité accrue sur le marché local.

Des prix qui pourraient rester bas jusqu’à fin novembre

L’abondance actuelle pourrait se prolonger jusqu’à la fin du mois de novembre, selon les prévisions avancées par le responsable de l’UTAP. Cette évolution offrirait aux consommateurs une occasion d’acheter des produits de la mer à des prix plus accessibles.

La situation suscite toutefois des interrogations sur l’origine des crevettes commercialisées. Des spécialistes ont signalé la présence accrue d’espèces non indigènes, notamment la crevette brune nord-américaine, dans les eaux tunisiennes. Les professionnels soulignent cependant que l’abondance saisonnière des espèces locales participe également à l’offre actuelle.

Pour les consommateurs, le résultat est immédiat : un produit souvent jugé cher devient accessible à davantage de ménages. Reste à savoir si cette baisse se maintiendra après la fin de la campagne de pêche.

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Tahnoun ben Zayed, l’homme d’influence des Émirat

Tahnoun ben Zayed Al-Nahyan porte toujours des lunettes de soleil, un détail peut-être délibéré pour ajouter du mystère au personnage qui est indiscutablement l’un des hommes les puissants du Moyen-Orient. Il exerce aujourd’hui une influence croissante sur la scène internationale et pas uniquement dans son pays étant donné le rôle central qu’il occupe dans le système émirati. Frère de l’émir d’Abou Dhabi et président des Émirats arabes unis Mohamed ben Zayed Al-Nahyan, il est aussi son homme de confiance. Tahnoun occupe le poste de conseiller à la sécurité nationale (qui chapeaute les renseignements émiratis), dirige des actifs de 1500 milliards de dollars, il est devenu également le Monsieur IA des Émirats et il est une figure clé des relations avec Washington et le clan Trump particulièrement. Le Guardian s’est intéressé à ce personnage au confluent de la finance, du renseignement, de la technologie et de la diplomatie et a publié une enquête qui met en lumière l’étendue de l’influence de celui qui est considéré comme un homme de l’ombre.  

Imed Bahri

En 1993, le Brésilien Royce Gracie est entré dans la cage octogonale d’un tournoi organisé par l’UFC* à Denver et a terrassé un adversaire bien plus imposant en une centaine de secondes et ce, grâce au jiu-jitsu brésilien. Parmi les spectateurs se trouvait un jeune étudiant émirati à San Diego, qui se faisait appeler «Ben» et qui décida alors de s’initier à cette discipline.

Ses partenaires d’entraînement ignoraient que Ben était en réalité le cheikh Tahnoun ben Zayed Al Nahyan. Après plus d’un an de pratique, il invita ses instructeurs à Abou Dhabi où ils découvrirent que son lieu d’entraînement n’était autre que l’un des palais de sa famille. Tahnoun a par la suite obtenu sa ceinture noire de jiu-jitsu.

Aujourd’hui, il est difficile de trouver un domaine qui échappe à l’empire de Tahnoun. Il est incontestablement l’un des membres les plus puissants de la famille princière d’Abou Dabi, il supervise un conglomérat économique dont les actifs sont évalués à environ 1 500 milliards de dollars. Cet ensemble comprend notamment le Royal Group (doté d’environ 300 milliards de dollars d’actifs), la First Abu Dhabi Bank (FAB) et la plateforme d’investissement climatique Alterra, sans oublier des intérêts considérables dans les secteurs de l’énergie, de l’immobilier, de la santé et de la technologie.

Une influence financière, sécuritaire et diplomatique

Tahnoun occupe également le poste de conseiller à la sécurité nationale des Émirats. Il cumule ainsi une influence financière et sécuritaire, incarnant un profil rare : celui d’une personnalité qui allie la gestion de la richesse nationale au contrôle des services de renseignement.

Tahnoun est l’un des fils du cheikh Zayed bin Sultan Al Nahyan et de son épouse Fatima bint Mubarak Al Ketbi surnommée Oum al Imarat (Mère des Émirats), connue sous le nom de Bani Fatima (Les enfants de Fatima). Cette fratrie domine aujourd’hui les principaux leviers du pouvoir à Abou Dhabi. À son retour des États-Unis en 1995, Tahnoun a pris en charge le bureau privé de son père, avant de fonder le Royal Group, devenu l’un des principaux vecteurs des intérêts commerciaux de la famille. Après le décès du cheikh Zayed en 2004, son rôle dans la sphère financière s’est renforcé et en 2014, il est devenu conseiller adjoint à la sécurité nationale, avant d’accéder à la fonction suprême au sein de cette institution en 2016.

Toutefois, son influence n’est pas exempte de controverses. Le Guardian souligne que la distinction entre la fortune personnelle de la famille régnante et les actifs censés appartenir à l’État ou aux citoyens émiratis demeure floue. Par ailleurs, certains hommes d’affaires locaux critiquent l’expansion des entités liées à Tahnoun dans des secteurs tels que la santé, estimant qu’elle entrave la compétitivité des entreprises privées.

Le nom de Tahnoun est également associé au développement des capacités de renseignement des Émirats. L’un des projets les plus notables apparus au cours de la dernière décennie est le Project Raven, un programme secret de surveillance électronique auquel ont participé d’anciens employés de la NSA (Agence de sécurité nationale américaine).

Selon le Guardian, ce programme, initialement destiné à la lutte antiterroriste, a par la suite été étendu pour cibler des opposants, des militants et des journalistes. Les Émirats ont également été liés à l’utilisation du logiciel espion israélien Pegasus pour cibler les téléphones de diverses personnalités.

Dans ce contexte, l’affaire de l’universitaire britannique Matthew Hedges est particulièrement marquante. Arrêté aux Émirats en 2018 et condamné à la réclusion à perpétuité, il a finalement bénéficié d’une grâce. Le gouvernement émirati nie qu’il ait subi des actes de torture, affirmant qu’il a, au contraire, reçu des soins appropriés. L’activiste émirati Ahmed Mansoor, emprisonné en 2017 après avoir critiqué le gouvernement, a également été pris pour cible. Selon certaines informations, son téléphone ainsi que ceux des membres de sa famille auraient été piratés, il purge, depuis lors, une peine de prison.

Abou Dhabi justifie son approche sécuritaire en invoquant les menaces auxquelles le pays est confronté dans une région instable ainsi que ses inquiétudes face aux groupes islamistes –qu’ils soient armés ou politiques– et à l’instabilité régionale.

De l’espionnage à l’intelligence artificielle

Après le démantèlement de DarkMatter, une entité liée aux opérations de surveillance électronique, Tahnoun s’est tourné vers le domaine de l’intelligence artificielle (IA) en fondant G42, devenue l’une des entreprises technologiques les plus importantes des Émirats.

G42 combine technologie, données et infrastructure informatique, et cherche à bâtir ce qu’elle appelle un «réseau d’intelligence» s’appuyant sur des centres de données, des puces électroniques et des systèmes d’IA.

Microsoft a investi 1,5 milliard de dollars dans G42 tandis que l’entreprise entretient des relations d’investissement et des partenariats avec des sociétés telles qu’OpenAI, Anthropic et xAI. Sam Altman, PDG d’OpenAI, décrit d’ailleurs Tahnoun comme un ami qui lui est cher.

Toutefois, les relations avec les Émirats ont suscité des inquiétudes à Washington quant à un éventuel transfert de technologies de pointe vers la Chine. Cette situation a conduit l’administration de Joe Biden à imposer des restrictions sur l’exportation de puces d’intelligence artificielle avancées vers les Émirats. Par la suite, l’administration Trump a assoupli ces restrictions, permettant ainsi l’afflux de grandes quantités de ces puces dans le pays.

Parallèlement, les liens financiers entre Tahnoun et la famille Trump se sont développés, incluant notamment des investissements très controversées dans la société World Liberty liée à la famille du président américain. Un précédent article paru dans Kapitalis («Les scandales financiers de la famille Trump») est revenu en détail sur cet investissement qui agace beaucoup à Washington et surtout au sein du Congrès. Mais la Maison-Blanche et l’entreprise ont nié tout lien entre ces investissements et les accords relatifs aux puces électroniques.

Des ambitions qui dépassent les frontières des Émirats

Les partisans de Tahnoun estiment qu’il pilote la transformation des Émirats, faisant passer le pays d’une économie dépendante du pétrole à une puissance mondiale dans les domaines de la technologie et de la finance. G42 travaille sur des projets de centres de données d’envergure, tant aux Émirats qu’aux États-Unis avec des investissements liés à l’infrastructure de l’intelligence artificielle se chiffrant en centaines de milliards de dollars.

À l’inverse, ses détracteurs craignent que la concentration d’une telle masse de données et de capacités informatiques entre les mains d’une personnalité cumulant pouvoir économique et responsabilités sécuritaires ne fasse peser des risques en matière de vie privée et de surveillance. Le Guardian souligne que les Émirats ont recours à l’IA tout en adoptant un modèle politique hautement centralisé. Il n’existe ni partis politiques ni syndicats indépendants, toute forme d’opposition est bannie et les manifestations sont interdites.

L’influence émiratie s’étend également au-delà des frontières nationales par le biais d’investissements, de la gestion de ports, de partenariats sécuritaires et de flux financiers au Moyen-Orient et en Afrique.

Des liens étroits avec Donald Trump

Tahnoun est par ailleurs devenu une figure clé des relations entre les Émirats et les États-Unis. Il a été reçu par Trump à la Maison-Blanche, tandis qu’Abou Dhabi a réalisé des investissements massifs dans l’économie américaine.

Dans le contexte de tensions avec l’Iran, des centres de données situés aux Émirats ont été la cible d’attaques iraniennes, Tahnoun s’est alors impliqué dans des efforts diplomatiques secrets visant à protéger son pays et ses intérêts économiques. Selon des rapports médiatiques, il a accueilli de hauts responsables iraniens et ses démarches ont contribué à aboutir à des arrangements qui ont atténué le risque que les Émirats soient pris pour cible.

Par la suite, les États-Unis ont levé les restrictions qui pesaient encore sur l’exportation vers les Émirats de puces électroniques avancées destinées à l’IA.

C’est ainsi que «Ben»— cet étudiant discret qui fréquentait jadis une salle de jiu-jitsu en Californie s’est retrouvé à une position charnière au confluent de la finance, du renseignement, de la technologie et de la diplomatie. Selon le Guardian, son parcours illustre l’ascension d’Abou Dhabi en tant que puissance régionale et acteur mondial ainsi que le rôle croissant d’une personnalité qui préfère agir dans l’ombre alors même que son empire s’étend au cœur de l’économie numérique mondiale.

* L’Ultimate Fighting Championship (UFC) est une organisation internationale d’arts martiaux mixtes (MMA), actuellement reconnue comme la plus importante ligue mondiale de ce sport de combat.

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France | Radioscopie d’une rage désabusée !

Tant que le débat public actuel en France s’obstinera à traiter les jeunes révoltés défilant dans les villes en scandant leur rage contre le pouvoir politique comme une simple variable électorale ou un stock de voix à séduire à effrayer et l’école comme un musée de la république à préserver, le dialogue sera impossible.

Mahjoub Lotfi Belhedi *

De prime à bord, il y a une paresse intellectuelle mortifère à vouloir enfermer le vivant dans le grand alphabet du marketing sociologique. Estampiller la jeunesse d’une lettre (hier X, Y , Z, et aujourd’hui par sublimation poétique, «post- Z» ou «Alpha» ) relève d’un étiquetage quasi-zoologique en réduisant l’expérience humaine de millions d’adolescents et de jeunes adultes à un écosystème algorithmique et une vignette alphabétique n’est pas seulement humiliant : c’est un aveu d’impuissance où on nomme pour ne pas comprendre, on catégorise pour ne pas écouter (voir à ce propos mon ouvrage «La génération Z : les enfants du chaos numérique».)

Pourtant, la colère qui traverse aujourd’hui la jeunesse française est d’une matérialité féroce. Elle ne s’exprime pas les formes policées de l’ancien monde, mais dans une fureur sourde, discontinue, parfois dévastatrice. Cette «rage», loin d’être une simple crise d’adolescence collective ou réduite à des revendications légitimes de bien-être éducatif et social, est le vertige d’une génération née dans les ruines du chaos numérique du XXIe siècle. Et aussitôt le feu couve-t-il que le spectacle politique s’empresse à sortir ses pinces à sucre.

Le grand bazar de récupération

À l’approche des échéances politiques, cette colère est devenue la monnaie scripturale d’échange la plus prisée du marché électoral. D’un côté, une droite managériale ou réactionnaire brandit la menace d’une jeunesse «décadente & désaffiliée», réclamant le retour d’une autorité caricaturale pour séduire un électorat vieillissant et apeuré. De l’autre, une gauche qui, dans ses franges souffre d’une nostalgie pathologique des évènements de Mai 68, incapables d’analyser le présent avec des grilles de lectures neuves, elle persiste à projeter sur le romantisme fétichisé des barricades du «Quartier latin» en cherchant désespérément un mythe quinquagénaire… Cette jeunesse révoltée, les uns veulent la matraquer, les autres veulent l’annexer en rejouant les guerres d’hier. Personne ne veut la recevoir.  

Cette récupération tous azimuts est d’autant plus perverse qu’elle feint de prendre le problème de la racine, en répondant par du cosmétique à un effondrement structural. La classe politique utilise la colère des jeunes comme un miroir déformant pour parler à ses propres électeurs, transformant une détresse existentielle en simple carburant d’appareil.

Le mythe de «Ferry» à l’épreuve de l’ère numérique 

Au cœur de grand malentendu se dresse une institution exsangue : l’école. Le discours politique ambiant ne cesse d’inventer le fantôme de «Jules Ferry», érigeant l’école républicaine de la fin du XIXe siècle en un sanctuaire intemporel qu’il suffirait de «restaurer». Mais cette nostalgie est un aveuglement tragique.

Le modèle «Ferryste» a été pensé pour une société industrielle, centralisée, fondée le dogme de l’écrit, la verticalité du savoir et la fabrique des citoyen-soldat homogène. Il reposait sur une promesse claire : la soumission à la discipline scolaire garantissait l’«ascenseur social» et le progrès.

Aujourd’hui, ce sanctuaire est percé de toute part par la réalité numérique complexe.

La crise de l’autorité du savoir : l’école prétendant détenir le monopole de la connaissance s’effondre face à des flux d’informations continus, décentralisé et algorithmiquement personnalisé. L’élève vit dans une dualité schizophrénique entre un espace scolaire linéaire et un univers numérique immersive, furtive et horizontale.

La fracture des temporalités : le temps long de l’apprentissage républicain entre en collision frontale avec la logique du temps réel et de la satisfaction immédiate sécrétée par les plateformes (consulter aussi mon e-book : «Le calendrier Grégorien vs Les calendriers IA»)  

Le déclassement de la promesse : l’école ne protège plus de la précarité d’où l’illusion méritocratique s’est effritée, laissant place à un sentiment de frustration.

Vouloir plaquer l’autorité verticale de 1882 sur des esprits façonnés par la complexité cybernétique, le doute et le chaos du monde numérique moderne est une folie. Ce n’est pas en réimposant les méthodes d’hier qu’on éteindra le feux d’aujourd’hui, c’est précisément le refus d’adapter les structures éducatives aux réalités cognitives et sociologiques du présent qui alimentent le brasier en cours…

Comment sortir de l’impasse ? 

La rage de cette jeunesse n’est ni une maladie à guérir par le mépris, ni un projet politique électoral prêt à l’emploi, plutôt, il est le symptôme d’un monde qui a changé de paradigme sans avoir le courage d’adapter ses institutions.

Tant que le débat public s’obstinera à traiter ces jeunes comme une simple variable électorale, un stock de voix à séduire à effrayer et l’école comme un musée de III république, le dialogue sera impossible.    

En effet, cette génération n’a besoin ni récupération électorale ni de nostalgie répressive. Elle a besoin d’une refondation radicale des lieux de transmission du savoir, en mesure de donner du sens au désordre contemporain plutôt que d’essayer vainement de la censurer.

* Stratège en réflexion IA.

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La Tunisie condamne fermement l’attaque terroriste contre une église à Al-Karak

La Tunisie exprime sa ferme condamnation et sa vive réprobation de l’acte terroriste lâche ayant ciblé une église orthodoxe grecque dans le gouvernorat d’Al-Karak, au Royaume hachémite de Jordanie frère, faisant plusieurs victimes parmi les citoyens innocents et des dizaines de blessés.

La Tunisie exprime également sa pleine solidarité et sa profonde sympathie avec le Royaume hachémite de Jordanie, et adresse au peuple jordanien frère ainsi qu’aux familles des victimes ses sincères condoléances et ses profondes marques de compassion et de solidarité, souhaitant aux blessés un prompt rétablissement.

La Tunisie réaffirme sa position constante de condamnation de toutes les formes de terrorisme et d’extrémisme, et souligne son soutien au Royaume hachémite de Jordanie frère dans la lutte contre ce fléau dangereux, de manière à préserver sa sécurité et sa stabilité.

Communiqué

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