17 octobre 1961 : une trentaine de maires appellent à la reconnaissance du massacre
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Le directeur général de l’Agence algérienne de promotion de l’investissement (AAPI), Omar Rekkache, a réaffirmé le 15 octobre la disponibilité de son organisme à accompagner les investisseurs sud-africains souhaitant développer des projets en Algérie. Il s’exprimait lors d’une rencontre à Alger avec Zanele Sani, directrice générale des relations économiques bilatérales avec l’Afrique au ministère sud-africain du Commerce, de l’Industrie et de la Concurrence. Cette rencontre s’inscrit dans le cadre de la visite de travail de la responsable sud-africaine. Laquelle était organisée à l’occasion d’une réunion ministérielle consacrée au suivi des décisions de la septième session de la Grande Commission bilatérale de coopération, tenue à Alger en décembre 2024.
Les discussions ont porté sur les possibilités de renforcer les échanges économiques, de développer des partenariats entre entreprises et de lancer des projets d’investissement conjoints dans plusieurs secteurs. Les deux parties ont également évoqué le partage d’expériences en matière de promotion de l’investissement.
À cette occasion, le responsable algérien a présenté les réformes engagées pour améliorer le climat des affaires et simplifier les démarches administratives en Algérie. Il a notamment mis en avant le rôle du guichet unique de l’investissement, chargé d’accompagner les porteurs de projets, de l’enregistrement initial jusqu’à leur entrée en exploitation.
Parallèlement à ces échanges, une réunion ministérielle coprésidée par le chef de la diplomatie algérienne, Ahmed Attaf, et son homologue sud-africain, Ronald Lamola, a permis de faire le point sur la mise en œuvre des engagements bilatéraux.
L’Algérie et l’Afrique du Sud ont réaffirmé leur volonté de faire de leur partenariat un modèle de coopération africaine fondé sur la confiance, la solidarité et la convergence des intérêts. Elles ont également souligné la nécessité d’intensifier les échanges commerciaux et de favoriser les investissements entre leurs opérateurs économiques.
Cette dynamique s’appuie sur la déclaration de partenariat stratégique des deux pays adoptée lors de la visite du président sud-africain Cyril Ramaphosa en Algérie, en décembre 2024.
L’enjeu consiste désormais à transformer les engagements politiques en réalisations économiques, en mobilisant les capacités industrielles et commerciales des deux partenaires au service de projets durables.
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Les relations économiques entre l’Algérie et la Tunisie connaissent un regain de dynamisme. Bien qu’encore en-deçà des aspirations des deux peuples, cette évolution ouvre des perspectives réelles aux entreprises des deux pays, mais elle impose aussi davantage de rigueur dans la préparation des opérations transfrontalières. Un contrat commercial ne se sécurise pas uniquement par le choix du droit applicable ou d’une juridiction. Il se sécurise aussi par la maîtrise de l’origine de la marchandise, du circuit bancaire, du transport, des spécifications techniques, de la réception, de la preuve et, en dernier ressort, du recouvrement.
Me Brahim Nouni *

La relation entre les deux pays repose déjà sur un cadre institutionnel structuré. L’Accord commercial préférentiel algéro-tunisien, entré en vigueur le 1er mars 2014, prévoit des avantages tarifaires pour certaines catégories de produits, sous réserve des conditions fixées par l’accord, notamment en matière d’origine.
Plus récemment, la 23e session de la Grande commission mixte algéro-tunisienne de coopération, tenue en décembre 2025, a abouti à la signature de vingt-cinq accords, mémorandums d’entente et programmes exécutifs couvrant notamment l’investissement, l’industrie, l’énergie, les finances et le transport. Parmi eux figure un programme de coopération entre l’Agence algérienne de promotion de l’investissement et la Tunisia Investment Authority pour la période 2026-2027.
La partie algérienne a également réaffirmé en juillet 2026 sa volonté de poursuivre le travail commun afin que les mécanismes bilatéraux débouchent sur des projets concrets et durables.
Pour l’entreprise tunisienne qui souhaite travailler en Algérie, comme pour l’entreprise algérienne qui développe ses opérations en Tunisie, la question n’est donc pas d’opposer ouverture économique et réglementation. Il s’agit plutôt d’intégrer suffisamment tôt les exigences juridiques, techniques et financières dans la structure même de l’opération.
L’existence d’un accord commercial préférentiel ne signifie pas que toute marchandise tunisienne entrant en Algérie bénéficie automatiquement d’un avantage tarifaire, ni que toute marchandise algérienne entrant en Tunisie en bénéficie dans les mêmes conditions.
Le produit concerné, son classement et son origine doivent être examinés. Cette question devient particulièrement importante lorsque le produit incorpore des composants provenant de plusieurs pays ou lorsqu’une partie de sa transformation a été réalisée hors d’Algérie ou de Tunisie.
Pour l’entreprise, la vérification doit intervenir avant que le prix soit définitivement arrêté. Lorsqu’une marge commerciale est calculée en tenant compte d’une exonération ou d’une réduction de droits et que celle-ci ne peut finalement être appliquée, l’équilibre économique du contrat peut être affecté.
Il est donc utile que le contrat identifie clairement les documents d’origine attendus et la partie chargée de les fournir. Il ne s’agit pas de créer une obligation nouvelle, mais de faire correspondre le contrat au régime commercial que les parties entendent effectivement utiliser.
Dans les ventes vers l’Algérie, le circuit bancaire ne peut pas être dissocié de la logistique. La note n° 01/DGC/2026 de la Banque d’Algérie, datée du 14 mai 2026, rappelle le principe de la domiciliation bancaire préalable à l’expédition des biens importés et prévoit que la date figurant sur les documents de transport ou d’expédition soit postérieure à celle de la domiciliation, sous réserve des cas prévus par la réglementation.
Cette règle a une conséquence très concrète. La réception d’un bon de commande par un fournisseur tunisien ne devrait pas nécessairement être assimilée, à elle seule, à une autorisation immédiate d’expédier.
Le calendrier commercial doit être coordonné avec le traitement bancaire de l’opération. Cette organisation permet d’éviter qu’une marchandise soit déjà en circulation alors que les formalités nécessaires au traitement régulier de l’importation ne sont pas encore finalisées.
Cette exigence ne doit pas être présentée comme étrangère au contrat. Elle fait partie des conditions pratiques de son exécution.
Dans les opérations industrielles, les difficultés apparaissent souvent avant même la question juridique. Une machine a été livrée, mais atteint-elle le rendement convenu ? Un équipement fonctionne, mais respecte-t-il les performances prévues ? Une installation a été mise en service, mais répond-elle réellement au cahier des charges ?
Le terme «conforme» ne suffit pas lorsque aucune référence précise ne permet de mesurer cette conformité.
L’offre technique, le cahier des charges, les plans, les fiches de performance, les normes retenues et, lorsque cela est nécessaire, les protocoles d’essai doivent pouvoir être reliés au contrat.
Le juriste ne remplace pas l’ingénieur, et l’ingénieur ne remplace pas le juriste. Mais dans les contrats techniques, les deux lectures doivent se rejoindre.
La même logique s’applique aux Incoterms®. Ils sont utiles pour répartir certaines obligations relatives à la livraison, au transport, aux coûts et au transfert des risques, mais ils ne remplacent pas le contrat. Ils ne règlent pas, à eux seuls, le transfert de propriété, les caractéristiques de la marchandise, les modalités de paiement, les garanties, les conséquences de l’inexécution, le droit applicable ou le règlement du différend.
Le choix de l’Incoterm doit surtout correspondre au circuit réel de la marchandise et désigner avec précision le lieu ou le port concerné. Ce qui paraît être un simple détail rédactionnel peut devenir déterminant lorsqu’un dommage survient pendant le transport ou qu’un coût
inattendu apparaît.
Une difficulté fréquente tient à l’utilisation imprécise des termes «livraison», «réception», «mise en service» ou «acceptation».
Pour le fournisseur, la prestation peut être achevée dès la remise physique de la marchandise. Pour le client, elle peut ne l’être qu’après installation, essai ou vérification des performances.
Cette différence peut déterminer la date d’exigibilité d’une facture, le point de départ d’une garantie ou l’existence de réserves.
Dans les opérations techniques, les parties peuvent donc organiser contractuellement une procédure de réception adaptée au projet. Selon le cas, il peut être utile de prévoir des essais avant expédition, après installation ou à l’issue d’une période de fonctionnement.
Ces mécanismes ne doivent pas être présentés comme des obligations légales générales. Ils sont des instruments contractuels de sécurisation lorsqu’ils correspondent à la nature de l’opération. Leur valeur apparaît surtout le jour où une créance devient litigieuse.
Une entreprise qui dispose du contrat, du bon de commande, de la preuve de livraison, des documents techniques et d’un procès-verbal de réception se trouve dans une position différente de celle qui doit reconstituer l’exécution plusieurs mois après les faits à partir de messages dispersés.
Le recouvrement d’une créance ne commence pas avec la mise en demeure. Il commence au moment où le contrat est exécuté.
Une facture n’existe jamais isolément. Elle renvoie à une commande, à une prestation, à une livraison, à une réception ou à un autre événement contractuel qui doit pouvoir être établi.
La qualité du dossier documentaire devient alors essentielle. Bons de commande, bons de livraison, factures, procès-verbaux, réserves, courriers et courriels professionnels peuvent devenir les pièces centrales d’un litige.
Cette question prend une importance supplémentaire lorsque les équipes commerciales et techniques communiquent par courrier électronique ou messagerie professionnelle. Une modification de commande, un report de délai, une validation technique ou une réserve peuvent être décidés de manière informelle, puis devenir déterminants plusieurs mois plus tard.
L’entreprise doit donc organiser la conservation de sa preuve au fur et à mesure de l’exécution du contrat.
Il en va de même pour les modifications techniques. Un changement de quantité, de référence, de délai ou de prestation doit laisser une trace suffisamment claire pour permettre de déterminer ce qui a été demandé, par qui, à quel prix et avec quelles conséquences.
Cette discipline protège le fournisseur, qui doit pouvoir établir la réalité d’une prestation supplémentaire, mais également le client, qui doit pouvoir vérifier qu’une facturation additionnelle correspond bien à une modification qu’il a autorisée.
Lorsque le différend ne peut être évité, la question n’est pas uniquement de savoir quel tribunal saisir.
Il faut également se demander où se trouvent les actifs et dans quelles conditions la décision obtenue pourra produire ses effets.
L’Algérie et la Tunisie disposent d’un cadre bilatéral ancien en matière de coopération judiciaire, notamment à travers la Convention relative à l’assistance mutuelle et à la coopération judiciaire et juridique du 26 juillet 1963. Les conditions applicables à la reconnaissance et à l’exécution d’une décision doivent néanmoins être examinées au cas par cas.
L’existence d’une convention ne signifie pas qu’une décision étrangère devient automatiquement exécutoire.
Le même raisonnement vaut pour l’arbitrage. L’Algérie et la Tunisie sont toutes deux parties à la Convention de New York de 1958 sur la reconnaissance et l’exécution des sentences arbitrales étrangères.
Cela offre un cadre international important, mais ne signifie pas que l’arbitrage soit nécessairement la meilleure solution pour tous les contrats.
La valeur de l’opération, sa complexité, les coûts, le lieu d’exécution et la localisation des actifs doivent être pris en considération.
Pour une entreprise tunisienne ou internationale qui développe une opération en Algérie, le droit algérien ne devrait pas être examiné uniquement lorsque le différend est déjà né. Il intervient en amont, dans la structure du contrat, la conformité documentaire, les formalités bancaires, les pouvoirs de signature, les modalités de réception, les conditions de paiement et la préparation de la preuve.
Dans les opérations importantes, la coordination entre la direction juridique de l’entreprise, ses conseils habituels, ses responsables techniques et financiers et le conseil intervenant en droit algérien permet d’identifier plus tôt les difficultés susceptibles d’affecter l’exécution.
Le rôle du conseil local ne commence donc pas nécessairement devant le juge. Il peut précisément consister à éviter qu’une difficulté technique, bancaire ou documentaire ne devienne un contentieux.
La dynamique économique entre l’Algérie et la Tunisie offre aujourd’hui de nouvelles possibilités aux opérateurs des deux pays.
L’enjeu consiste à accompagner cette proximité économique par une préparation contractuelle à la même hauteur.
Un bon contrat ne doit pas seulement dire ce que les parties souhaitent faire. Il doit permettre de comprendre comment l’opération sera exécutée, documentée, payée et, si nécessaire, protégée.
C’est à cette condition que le développement des échanges peut se traduire par des relations commerciales plus sûres, plus prévisibles et plus durables.
* Avocat en Algérie.
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Par-delà l’exil, la folie, la mort et l’humour, Ahmed Zitouni laisse une œuvre singulière que ce volume posthume, ‘‘Je suis un écrivain !’’, édité en 2026 par AssoAZ, l’Association Ahmed Zitouni, fondée par Françoise Zitouni, l’épouse de l’auteur, et ses proches, à la suite du décès de ce dernier en juin 2024, à l’âge de 74 ans, rassemble, sous une forme hybride : archives, entretiens, textes autobiographiques, synopsis de ses livres publiés et révélation de plusieurs ouvrages inédits. Un ensemble qui ressemble autant à une rétrospective qu’à une dernière prise de parole.
Djamal Guettala
Comment classer ce livre ? La question n’est pas secondaire. Le livre refuse d’emblée les catégories habituelles. Ce n’est pas un roman, ni une biographie classique. C’est un testament littéraire. Après «Approches», qui occupent une large première partie et prennent parfois la forme d’un manifeste d’écrivain, viennent les archives : lettres, hommages et documents consacrés notamment à Mohammed Dib et Malek Alloula. Six entretiens réalisés entre 1983 et 2019 permettent ensuite de suivre les différentes étapes du parcours de Zitouni. Le dernier, intitulé «Donné pour mort, voilà l’aiguillon à l’origine de ma résurrection en Algérie », revient sur cette relation particulière entre disparition littéraire en France et retour dans le pays d’origine.
Le lecteur découvre ensuite les synopsis de ses ouvrages publiés, quatre textes présentés comme inédits ou posthumes et, dans les dernières pages, un appel à la création d’une association destinée à accompagner la mémoire et la diffusion de son œuvre.
Le livre ressemble ainsi à un écrivain qui aurait voulu laisser derrière lui non seulement ses textes, mais aussi les éléments nécessaires pour les relire.
Ce qui frappe dans le parcours de Zitouni, c’est d’abord son rapport à l’humour. Les archives critiques réunies dans le volume montrent que cette dimension avait été très tôt repérée. Jérôme Garcin évoque dans L’Événement du Jeudi un «féroce éclat de rire». D’autres critiques insistent sur la caricature, la rage ou la violence comique de cette écriture.
Chez Zitouni, le rire n’est pourtant jamais décoratif. Il devient une manière de déplacer le regard sur l’exil, le racisme, la marginalité et la mort. L’écrivain refuse notamment de s’enfermer dans le rôle du représentant d’une «littérature immigrée» chargée de raconter la souffrance de l’étranger. La critique des Temps modernes citée dans le volume souligne déjà cette volonté de sortir du registre attendu de «l’immigratitude».
Zitouni transforme alors les situations les plus sombres en matière littéraire. Ses personnages peuvent être fous, morts, pendus, marginalisés. Dans ‘‘La Veuve et le Pendu’’, un écrivain se pend et sa veuve, au lieu de le décrocher, fouille ses papiers. Dans ‘‘Au début était le mort’’, un mort devient une star parce qu’il a tué son chien. Mais ces personnages parlent. Ils pensent. Ils se moquent du monde et souvent d’eux-mêmes.
Cette position explique la place particulière de la mort dans son œuvre. Le mort n’est pas toujours celui qui se tait. Chez Zitouni, il peut devenir celui qui raconte.
La singularité de Zitouni passe aussi par son travail sur les mots. «Bicot», «bicophobe», «mortocratie» : son vocabulaire ne cherche pas la neutralité. Il récupère les mots qui enferment pour les retourner. Dans ‘‘La Raison du plus fou’’, le terme «bicophobe» pousse jusqu’à l’absurde la logique du racisme intériorisé : celui qui est désigné comme «bicot» devient celui qui finit par redouter ou rejeter les autres «bicots». Le mot ne cherche pas seulement à provoquer. Il met en scène une violence qui finit par être retournée contre celui qui la subit.
La «mortocratie», autre néologisme associé à ‘‘Au début était le mort’’, prolonge cette entreprise. La mort devient alors un système, presque une administration, tandis que les médias peuvent transformer le cadavre en objet de récit et de consommation. Quant à «immigratitude», terme repris par la critique, il résume à lui seul le rapport conflictuel de Zitouni aux catégories identitaires.
L’écrivain ne refuse pas l’histoire de l’immigration ; il refuse qu’elle devienne une prison littéraire. Sa langue avance ainsi par collision : tragique et burlesque, Algérie et France, mémoire intime et histoire collective.
Trois œuvres permettent particulièrement de mesurer cette diversité. Avec ‘‘La Veuve et le Pendu’’, Zitouni place le suicide et la littérature au cœur d’un dispositif où la mort n’empêche pas le récit. Le projet, réécrit au fil des années, témoigne d’un rapport physique à l’écriture que l’auteur évoque lui-même dans les documents réunis ici.
‘‘La Raison du plus fou’’ déplace la question vers la folie et le politique. Des internés d’un établissement psychiatrique imaginent une organisation révolutionnaire. L’asile devient un poste d’observation de la société et de ses exclusions. La folie n’est plus seulement une maladie : elle permet de regarder autrement ceux qui se prétendent raisonnables.
Avec ‘‘Houria, le livre de la mémoire et de l’oubli’’, l’écrivain revient vers l’Algérie et vers une mémoire intime liée à la rupture de 1962. Un amour d’enfance perdu à Oran devient le point de départ d’une recherche qui traverse plusieurs décennies. Le passé individuel rejoint ici une histoire collective dont les blessures ne sont pas refermées.
Ces trois livres dessinent une même obsession : comment continuer à vivre avec ce qui a disparu ?
C’est peut-être dans ‘‘La Lettre à Ada’’ que cette question trouve sa réponse la plus dépouillée. Dans ces dernières pages, le personnage public de Zitouni — l’écrivain provocateur, ironique, parfois féroce — s’efface derrière le père. Une promesse faite à sa fille lorsqu’elle avait cinq ans devient le point de départ d’un projet d’écriture.
Séparés entre Paris et Aix-en-Provence, confrontés à la maladie et à la perspective de la mort, le père et la fille se retrouvent dans une parole qui doit être transmise. Le ‘‘Journal du vieil écrivain’’ prend alors une dimension particulière. À la manière de Shéhérazade, raconter permet de retarder la fin. Chaque récit devient une nuit supplémentaire, un délai accordé à la mémoire.
Ce passage donne une autre profondeur au reste du volume. La mort, omniprésente dans les romans, cesse d’être seulement un objet de provocation ou de fiction. Elle devient une réalité intime. Derrière le rire du pendu, il y a donc un homme qui veut encore transmettre.
Réduire Ahmed Zitouni à la littérature de l’immigration serait passer à côté de l’essentiel. Son œuvre est nourrie par l’exil et par l’expérience algérienne, mais elle les transforme en une matière beaucoup plus vaste : la mort, la folie, la mémoire, l’amour, la maladie, le langage et la solitude.
Son personnage littéraire avance sur une ligne de crête. Il peut être grotesque et tragique dans la même scène, victime et provocateur, marginal et observateur du monde. C’est cette tension qui donne à son écriture sa singularité.
‘‘Je suis un écrivain !’’ vaut ainsi moins comme simple réhabilitation d’un auteur que comme invitation à relire une œuvre. Les archives, les entretiens, les synopsis et les textes inédits montrent un écrivain soucieux de sa propre trace, mais aussi conscient de la fragilité de cette trace.
Le titre prend alors une autre dimension. ‘‘Je suis un écrivain !’’ n’est pas seulement une affirmation. C’est une revendication adressée à ceux qui l’ont classé, caricaturé, oublié ou réduit à une catégorie.
Deux ans après la disparition d’Ahmed Zitouni, le volume prend aussi la forme d’un hommage. Édité par l’association qui porte son nom, il ne cherche pas seulement à saluer sa mémoire. Il rassemble ce qui peut permettre à son œuvre de continuer à circuler, à être lue et discutée. Les archives, les entretiens et les textes réunis ici constituent autant de passerelles entre l’écrivain disparu et les lecteurs qui ne l’ont pas encore découvert.
Au terme du livre, une question demeure : que deviendra cette œuvre après son auteur ? L’appel à accompagner sa mémoire et la diffusion de ses écrits apporte un début de réponse. Il ne suffit pas de constater qu’Ahmed Zitouni a écrit. Il reste désormais à lire, transmettre, rééditer et discuter cette littérature qui a choisi le rire pour affronter la mort et la fiction pour interroger la mémoire.
Ahmed Zitouni aura passé une partie de son œuvre à écrire depuis les marges. Ce volume posthume permet enfin de regarder cette œuvre dans son ensemble. Deux ans après sa mort, l’hommage prend ainsi une forme qui lui ressemble davantage : non pas refermer le livre sur un écrivain disparu, mais le rouvrir.
Biographie et bibliographie de l’auteur.
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