L’Arabie saoudite, victime collatérale de la guerre américaine contre l’Iran
L’Arabie saoudite et sa capitale Riyadh ont fait l’objet d’attaques de grande ampleur lancées par les rebelles houthistes du Yémen, alliés de l’Iran. Des aéroports et des infrastructures énergétiques ont été ciblés. Celles-ci soulignent combien le royaume est l’une des victimes collatérales de la guerre israélo-américaine déclenchée contre l’Iran. Un effet paradoxal : la guerre aurait dû affaiblir l’Iran, mais elle finit par dévoiler les failles stratégiques de son concurrent régional.
La rivalité entre l’Arabie saoudite et l’Iran
La rivalité entre l’Arabie saoudite et l’Iran est ainsi alimentée par plusieurs facteurs : une concurrence stratégique pour le leadership régional ; une concurrence politico-religieuse pour le leadership dans le monde musulman ; des intérêts sécuritaires opposés dans plusieurs conflits régionaux.
Si cette rivalité s’exprime principalement à travers des guerres par procuration, cette confrontation a connu une phase de détente avec le rétablissement des relations diplomatiques entre Riyad et Téhéran (2023) sous médiation chinoise, illustrant à la fois le caractère pragmatique des relations régionales et les velléités de remise en cause de la traditionnelle centralité des Etats-Unis dans les affaires moyen-orientales.
Reste que la sécurité du royaume repose traditionnellement sur l’alliance stratégique avec les Etats-Unis. Historiquement, l’Arabie saoudite est le premier allié des Etats-Unis au Moyen-Orient. Dès les années 1930, les Etats-Unis s’emploient à contrôler l’extraction, mais également l’acheminement des ressources pétrolières. En février 1945, le président Franklin Roosevelt conclut avec le roi d’Arabie saoudite, Ibn Saoud, le « Pacte du Quincy » (accord historique qui tire son nom du navire de guerre américain sur lequel il a été signé), prévoyant la garantie de l’approvisionnement des Etats-Unis en pétrole saoudien à des prix préférentiels en échange de la protection du royaume saoudien contre une éventuelle agression (notamment de la part de l’Irak, hypothèse qui a justifié le renforcement de l’installation des troupes américaines sur le sol saoudien, en 1991). Toutefois, l’autosuffisance énergétique des Etats-Unis et le départ des soldats américains d’Irak, puis d’Afghanistan, ont conforté la tendance au retrait américain (même si celui-ci est relatif au regard du nombre de bases militaires américaines présentes dans la région).
L’impact géostratégique de la guerre israélo-américaine
Outre l’instabilité régionale qu’elle a provoquée, la guerre déclenchée par les Etats-Unis et Israël contre l’Iran a mis en lumière l’impuissance militaire et les vulnérabilités stratégiques de l’Arabie saoudite, incapable, seule, de protéger son territoire et ses infrastructures pétrolières. Une guerre américano-iranienne, qui a révélé, plus largement, l’incapacité des Etats-Unis à garantir la sécurité de ses alliés dans la région.
En réaction, on a assisté à la conclusion (en août 2026) du « pacte de la Mecque », un pacte de défense avec le Pakistan et la Turquie. Cet accord qui participe de la reconfiguration du Moyen-Orient prévoit (sur le modèle de l’article 5 du Traité de l’Atlantique Nord) qu’une attaque armée contre l’un des trois Etats soit considérée comme une attaque contre l’ensemble des signataires. Pour l’Arabie saoudite, un tel accord vise à contrer l’hégémonie israélienne et à renforcer l’architecture de défense face à la menace iranienne et à la fiabilité relative de l’allié étasunien.
Ainsi, face à l’offensive des Houthies (groupe armé non étatique yéménite et allié du régime iranien) qui ont réussi (en septembre 2026) à prendre le contrôle du détroit de Bab el-Mandeb (qui commande l’accès à la mer Rouge dans l’océan Indien et passage maritime stratégique pour l’exportation des hydrocarbures saoudiens, Riyadh (qui subissait déjà l’étranglement du détroit d’Ormuz) a fait appel au soutien d’Ankara et Islamabad. Suffira-t-il à faire face aux attaques des Houthies ? Une intervention américaine est-elle inéluctable et l’armée US en a-t-elle les moyens (au regard des moyens mobilisés contre l’Iran) ?
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