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4e African ESG Summit: comment rendre l’ESG bancable pour les exportateurs africains ?

Pour un exportateur africain, la question ESG ne s’arrête plus à la conformité. Il peut désormais conditionner l’accès au marché, peser dans l’analyse d’un banquier et, au bout de la chaîne, décider de la capacité de l’entreprise à financer sa transformation. C’est tout le fil conducteur du panel “De l’ESG à la bancabilité: comment financer la transformation des exportateurs africains ?”, organisé lors de la 4e édition de l’African ESG Summit, jeudi 8 octobre à Tunis.

De g. à d.: Meriam Ben Boubaker (Modératrice), Gérard Sié Kambiré, Habib Karaouli, Riadh Naouar et à l’écran en visioconférence: Salma Frioui.

Meriam Ben Boubaker, vice-présidente de l’International CFO Alliance et modératrice de la rencontre, plante d’emblée le décor. “Il faut investir. Pour investir, il faut de l’argent. L’argent existe, mais il ne va pas aux entreprises qui ne savent pas prouver ce qu’elles sont en train de faire”, déclare-t-elle. Le panel est justement construit comme une chaîne :; Gérard Sié Kambiré apporte le regard sur le risque, Salma Frioui celui de la norme et de la preuve, Habib Karaouli celui du banquier et Riadh Naouar celui de l’institution de développement. Avec une question simple en toile de fond, quel maillon ne doit surtout pas lâcher pour que l’argent arrive jusqu’aux entreprises ?

D’après Gérard Sié Kambiré, Managing Partner ESG, Sustainable Finance & Climate Risk Expert, le premier verrou se trouve dans la gestion des risques climatiques. “Avant, on considérait la mesure du risque sur la base des données historiques. Mais aujourd’hui, au regard du changement climatique, on demande aux entreprises d’intégrer dans leur gestion des risques tout ce qui est gestion des risques climatiques”, explique-t-il. Par ailleurs, il distingue deux catégories. D’un côté, les risques physiques, comme les sécheresses en Tunisie ou les inondations en Afrique de l’Ouest. De l’autre, les risques de transition, liés notamment aux nouvelles exigences européennes, dont le mécanisme d’ajustement carbone aux frontières et le règlement sur la déforestation. Son exemple du cacao permet de comprendre rapidement où se situe le problème. Un exportateur qui ne peut pas démontrer que son produit respecte les exigences européennes risque de perdre ses clients. “Si je n’ai pas de client, comment est-ce que je peux payer le crédit que j’ai pris auprès de ma banque ?”, interroge-t-il. Le risque ESG devient alors un risque commercial, puis un risque financier. Les actifs eux-mêmes peuvent perdre leur valeur s’ils ne permettent plus de générer les revenus nécessaires au remboursement de la dette.

La banque, justement, n’a plus les yeux rivés uniquement sur les états financiers. Elle doit aussi regarder ce qui peut fragiliser le marché de l’entreprise. Dans le cacao ivoirien, cela peut aller jusqu’à la géolocalisation des plantations. L’objectif est de pouvoir tracer l’origine du produit et d’écarter les exploitations situées dans des zones ne respectant pas les règles de déforestation. “Les banques vont plus seulement regarder ce qu’on a fait, la performance financière, mais aussi la performance extra-financière”, souligne Gérard Sié Kambiré.

Reste alors une question: que faut-il réellement mettre sur la table ? C’est là que Salma Frioui, experte IFRS et reporting de durabilité, déplace le débat vers la donnée. Pour elle, le problème n’est pas forcément que les entreprises ne disposent d’aucune information ESG. Elles ont déjà leurs factures d’énergie, leurs données sociales, les questionnaires des donneurs d’ordre ou encore les éléments issus des certifications. “Le problème aujourd’hui, c’est comment transformer ces données ESG en une information financière qui est proportionnée, qui est fiable et qui est surtout orientée vers la décision”, explique-t-elle. Autrement dit, une donnée qui dort dans un fichier Excel ne vaut pas grand-chose pour un financeur si elle ne permet pas de comprendre le risque, la trajectoire de l’entreprise ou l’investissement à réaliser. “L’ESG devient bancable lorsqu’il est traduit en risque, en investissement, en trajectoire et en preuve”, résume-t-elle.

Pas question, pour autant, de demander aux PME exportatrices de reproduire les rapports des grands groupes. Salma Frioui propose plutôt un reporting minimum, construit autour de quelques blocs. L’activité et l’exposition de l’entreprise, l’énergie et le climat, les données sociales et opérationnelles, deux ou trois risques matériels et, enfin, la gouvernance et le plan de transition. Une PME pourrait ainsi documenter ses consommations d’électricité, de gaz ou de carburant, ses effectifs, ses accidents du travail, ses fournisseurs critiques ou encore les risques susceptibles de toucher directement sa production. Elle pourrait aussi fixer un objectif, par exemple une réduction de 30 % de sa consommation d’énergie, puis préciser les investissements nécessaires, le calendrier et les gains attendus. “La banque va financer une trajectoire, financer un projet”, insiste-t-elle. Le reporting ne servirait donc pas seulement à obtenir un crédit. Il pourrait également répondre aux demandes des clients, des donneurs d’ordre ou des bailleurs de fonds. Cette logique conduit Salma Frioui à défendre, en fin de panel, la création d’un “passeport ESG pour les PME”. Le principe : un format commun, proportionné et construit avec les banques, les bailleurs et les donneurs d’ordre, afin d’éviter que chaque financeur ou client réclame à l’entreprise un nouveau dossier.

Une fois le risque identifié et la donnée structurée, reste le nerf de la guerre: le financement! Habib Karaouli, PDG de CAP Bank, estime que le maillon le plus faible de la chaîne reste justement celui-ci. Il évoque plus de 2 000 milliards de dollars investis dans la finance durable à l’échelle mondiale, dont à peine 1 % orienté vers l’Afrique. Selon les chiffres avancés durant le panel, cette enveloppe resterait par ailleurs très concentrée sur quelques pays africains. Pour Karaouli, le problème est donc double : mobiliser davantage de capitaux et surtout faire en sorte qu’ils atteignent les entreprises qui en ont besoin. “La conformité a un coût et la question est : qui va assumer ce coût ?”, souligne-t-il, citant notamment les bilans carbone, les diagnostics et le suivi des recommandations.

Une entreprise qui arrive avec une démarche ESG structurée part toutefois avec un avantage. “Incontestablement, ce sont des facteurs positifs qui sont pris en compte” , affirme Habib Karaouli. Mais le banquier doit désormais composer avec une palette de risques plus large : évolution rapide des réglementations dans les pays de destination, changement climatique, tensions géopolitiques et fermetures de marchés. Il cite aussi les effets possibles du changement climatique sur certaines activités tunisiennes, notamment l’agroalimentaire et l’aquaculture. La hausse des températures de la Méditerranée devient ainsi, à ses yeux, un paramètre à intégrer dans l’évaluation d’un projet. Cette nouvelle donne change aussi le métier bancaire. “Les critères d’appréciation ont changé. C’est une question de veille”, résume-t-il. Une entreprise qui maîtrise déjà son exposition et dispose d’un référentiel clair bénéficie, selon lui, d’un ‘avantage favorable’ dans l’analyse et sera ‘servie avant les autres'”.

Pour sortir de cette logique où les PME doivent seules absorber le coût de leur mise à niveau, Habib Karaouli propose une ligne de financement à trois volets. Un premier consacré au renforcement des fonds propres, un deuxième aux crédits bonifiés d’investissement et un troisième au financement des études préalables, notamment les bilans carbone et diagnostics ESG. Une approche qui s’inspire, selon lui, du programme de mise à niveau tunisien lancé en 1996.

Le financement ne peut cependant pas se limiter à quelques entreprises déjà structurées. C’est précisément là que Riadh Naouar, Manager Upstream & Advisory Services FIG NWC chez IFC, élargit le débat. Il rappelle le rôle que peuvent jouer les banques régionales dans le financement du commerce et des exportations africaines, en prenant notamment l’exemple de Coris Bank, présente dans plusieurs pays du continent.

Pour lui, les PME exportatrices ne peuvent pas être considérées isolément. Une entreprise qui exporte peut dépendre de centaines, voire de milliers de petites entreprises en amont. “Il y a des PME qui sont liées à des chaînes de valeur. […] Toutes ces PME dans ta chaîne de valeur doivent se conformer”, explique-t-il.

Le problème devient alors celui de la donnée et du savoir. Les banques ont besoin d’informations suffisamment solides pour projeter les trajectoires climatiques de leurs portefeuilles. Or, ces données restent encore trop fragmentées dans plusieurs secteurs africains. Sans cette matière première, difficile de mesurer correctement le risque et donc de généraliser le financement vert.

D’où l’importance, selon Riadh Naouar, du rôle des donneurs d’ordre, des multinationales et des bailleurs. Les grandes entreprises qui imposent de nouveaux standards aux fournisseurs doivent aussi contribuer à leur transmission. “Les bailleurs, les donneurs d’ordre jouent un rôle important de vulgarisation”, estime-t-il, en prenant notamment l’exemple de la filière cacao.

Le financement de la transition passe donc aussi par le transfert de compétences. “L’accès au savoir est un élément clé”, insiste-t-il. L’enjeu n’est plus seulement de financer une PME ou mille PME, mais de pouvoir accompagner l’ensemble d’une chaîne de valeur.

Au terme du panel, les quatre intervenants livrent chacun leur solution. Riadh Naouar défend un écosystème réunissant régulateurs, financeurs, donneurs d’ordre et chaînes de valeur. Habib Karaouli revient sur sa ligne de financement à trois volets. Salma Frioui propose son “passeport ESG pour les PME”. Gérard Sié Kambiré, lui, revient au point de départ : les entreprises doivent apprendre à parler le langage des banques.

“Plus je comprends votre langage, je suis à même de vous satisfaire”, explique-t-il. Il appelle donc les PME à intégrer une véritable culture du risque, tout en demandant aux banques de jouer leur rôle dans cette mise à niveau. Car la chaîne ne peut pas fonctionner à sens unique : si l’entreprise doit prouver, mesurer et investir, le financement doit lui aussi être capable de suivre cette transformation.

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4e édition African ESG Summit: “Ne subissez pas la demande ESG européenne, transformez les données qu’elle exige en avantage commercial”, selon Steven Tebbe

Et si les nouvelles règles européennes n’étaient pas seulement une contrainte pour les exportateurs africains, mais aussi une occasion de renforcer leur position face à leurs acheteurs? C’est, en substance, le message porté par Steven Tebbe lors de la 4e édition de l’African ESG Summit.

Ancien Directeur général de CDP Europe et ancien collaborateur d’EFRAG, il a livré une lecture assez différente de la réglementation européenne. Pour lui, l’enjeu n’est plus seulement de savoir comment les entreprises africaines vont se conformer aux exigences européennes. Il faut surtout comprendre ce que les acheteurs européens doivent désormais obtenir de leurs fournisseurs pour pouvoir, eux-mêmes, respecter leurs obligations. “Je ne suis pas ici pour vous dire comment fonctionne votre marché. Vous le connaissez bien mieux que moi. Ce que je peux vous apporter, c’est une vision depuis l’intérieur de la salle où sont formulées les exigences qui vous concernent”, a-t-il annoncé.

Steven Tebbe connaît effectivement le sujet de l’intérieur. Il explique avoir consacré 10 ans au développement de l’activité de CDP Europe, organisation spécialisée dans la collecte de données environnementales auprès des entreprises et des investisseurs. Il a ensuite travaillé au sein d’EFRAG, impliqué dans le processus européen ayant conduit à l’élaboration des European Sustainability Reporting Standards (ESRS).

En effet, son premier constat est plutôt inhabituel dans un discours consacré à l’ESG. Après plusieurs années durant lesquelles les entreprises africaines ont été prévenues d’un durcissement massif de la réglementation européenne, Bruxelles a finalement engagé un mouvement de simplification. Le périmètre de la CSRD a été réduit et le cadre européen du reporting de durabilité a été révisé. “Beaucoup d’entre vous ont probablement passé trois ans à entendre qu’un mur de réglementation européenne arrivait”, a-t-il relevé. Selon Tebbe, cette évolution doit servir de leçon. Une entreprise africaine ne devrait pas bâtir sa stratégie commerciale uniquement sur l’hypothèse d’un durcissement continu des réglementations européennes. A dire vrai, “une règle qui arrive avant que quiconque ne veuille réellement les données qu’elle produit est une règle qui peut facilement être abandonnée lorsque la politique change”, estime-t-il. Cela ne signifie toutefois pas que la demande européenne en matière de données ESG disparaît. Certaines réglementations sont désormais suffisamment ancrées dans les échanges commerciaux pour modifier les relations entre acheteurs et fournisseurs. Le mécanisme d’ajustement carbone aux frontières (CBAM), entré dans son régime définitif au 1er janvier 2026, concerne notamment le ciment, le fer et l’acier, l’aluminium, les engrais, l’électricité et l’hydrogène. À cela s’ajoutent les exigences de traçabilité liées au règlement européen contre la déforestation, qui concernera notamment des filières comme le cacao et le bois. 

Quant aux entreprises africaines présentes sur ces marchés, ces dispositifs ne sont donc pas seulement une affaire de conformité. Ils touchent directement la relation commerciale avec l’acheteur européen. C’est précisément là que Steven Tebbe veut déplacer le regard. “Aucune de ces règles ne s’applique à vous. Chacune s’applique à votre acheteur, et votre acheteur ne peut pas satisfaire ses obligations sans vous”, explique-t-il. La nuance est importante! Juridiquement, c’est souvent l’entreprise européenne qui porte l’obligation. Mais pour remplir cette obligation, elle doit obtenir des informations de son fournisseur. Origine du produit, géolocalisation d’une parcelle, traçabilité, émissions incorporées, données de production… autant d’informations qui peuvent devenir indispensables à la poursuite de la relation commerciale. “Ce n’est pas une charge de conformité. C’est une dépendance”, résume Tebbe. Cette dépendance pourrait, selon lui, modifier le rapport de force. Un grand acheteur peut toujours envoyer un questionnaire à son fournisseur et lui demander de remplir une nouvelle série de données. Mais derrière chaque question se trouve un coût. “Il y a un questionnaire, un portail, une demande”Veuillez compléter ceci pour vendredi”. Ce qui est présenté comme une exigence fait alors supporter le coût au fournisseur”, observe-t-il.

Or, la donnée ne se produit pas toute seule. Cartographier des parcelles, mesurer les émissions incorporées ou assurer la traçabilité d’une chaîne qui relie des milliers de producteurs à un seul conteneur nécessite des outils, du personnel et des investissements.

“La cartographie coûte de l’argent. La mesure des émissions incorporées coûte de l’argent. Construire une traçabilité de mille producteurs jusqu’à un seul conteneur coûte de l’argent. Et quelqu’un devra payer”, souligne-t-il. Pour l’expert, c’est précisément sur ce terrain que les exportateurs africains peuvent reprendre la main. Plutôt que d’attendre que l’acheteur européen demande les données, ils devraient commencer par lui poser une question : de quelles informations a-t-il besoin pour remplir ses propres obligations ?

“Les exportateurs qui réussissent le mieux posent une question à leur acheteur au lieu d’attendre la demande. La question est simplement : qu’avez-vous à déclarer et de quoi avez-vous besoin de ma part pour le faire ?”

La différence peut sembler minime. Elle ne l’est pas. Elle permet de passer d’une logique de fournisseur qui subit une nouvelle exigence à celle d’un partenaire qui apporte une information dont l’acheteur a besoin. En fait, lorsqu’une donnée est indispensable à une transaction, qu’elle peut avoir une conséquence juridique et qu’elle coûte de l’argent à produire, elle acquiert une valeur économique. “Les choses qui ont ces trois propriétés ont un prix. Et les choses qui ont un prix peuvent être financées”, avance-t-il.

La traçabilité ne devrait donc plus être considérée uniquement comme une dépense supplémentaire imposée par l’ESG. Elle peut devenir un actif, à condition d’être structurée, fiable et disponible. Le même raisonnement vaut pour le calendrier réglementaire. Le report de certaines obligations européennes ne doit pas être interprété comme une raison pour attendre. “Le déplacement de la directive sur le devoir de vigilance à 2028 n’est pas un répit. Je pense que c’est une fenêtre”, dit Tebbe. Pour lui, le fournisseur qui prépare ses données avant que l’acheteur ne les réclame se trouve dans une position différente de celui qui doit les rassembler dans l’urgence. “Le fournisseur dont la documentation est prête avant qu’elle ne soit demandée négocie. Celui qui la rassemble sous une ligne rouge ne négocie pas”.

Le message de Steven Tebbe tient dans un changement de perspective. L’ESG n’est pas uniquement une histoire de règles européennes auxquelles les entreprises africaines doivent se plier. C’est aussi une question de valeur, de données et de rapport de force commercial. “Je dirais, exportez ce dont l’Europe ne peut pas se passer et comprenez clairement que ce dont elle ne peut pas se passer aujourd’hui, c’est la preuve qu’elle ne peut obtenir que de vous”. 

Le produit reste donc au cœur de l’exportation. Mais la capacité à prouver son origine, sa traçabilité ou son empreinte environnementale pourrait devenir tout aussi stratégique. Car, selon Tebbe, les acheteurs européens ne manqueront pas nécessairement de fournisseurs. Ils pourraient en revanche manquer de fournisseurs capables de documenter ce qu’ils vendent. Et ceux-là, justement, seront plus difficiles à remplacer.

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Birgit Lamm: “On a besoin d’entrepreneurs courageux et d’investisseurs créatifs et optimistes”

Une technologie peut être prometteuse sans trouver son chemin jusqu’au marché. Entre une solution technique et un produit compétitif, il faut encore du capital, de la prise de risque et des entrepreneurs capables de porter le projet. C’est sur cette articulation que Birgit Lamm, country director Tunisie et Libye de la Friedrich Naumann Foundation (FNF), a insisté lors du lancement de la 4e édition de l’African ESG Summit, jeudi 8 octobre, à Tunis.

“Nous soutenons l’entrepreneuriat et l’économie de marché parce que ce sont les entrepreneurs qui développent la richesse d’une société”, a-t-elle souligné.

Ils prennent des risques, cherchent des investissements et créent des emplois. Pour la représentante de la FNF, cette dynamique garde toute sa place dans une période où les entreprises doivent revoir une partie de leurs modèles face aux changements climatiques.

Birgt Lamm lors de la 4e édition de l’African ESG Summit.

De surcroît, Birgit Lamm rejoint sur ce point le constat de Sahar Mechri, directrice exécutive de Managers et fondatrice de l’African ESG Summit. “Cette année, je pense que tout le monde a appris et senti personnellement que le changement climatique est réel”, a-t-elle relevé. Désormais, le sujet se retrouve dans les chaînes de valeur et dans les méthodes de production. Les entreprises doivent adapter leurs activités et intégrer davantage la durabilité dans leurs choix économiques. Une évolution qui, selon Birgit Lamm, ne pourra pas se faire en reproduisant les mêmes modèles. “On ne peut pas continuer de la même manière comme on a développé le système économique depuis des années ou même des siècles”, estime-t-elle.

Encore faut-il que les nouvelles solutions puissent tenir sur un marché. Pour Birgit Lamm, une innovation ne peut pas rester au stade de la bonne idée ou de la prouesse technique. Elle doit pouvoir déboucher sur un produit, trouver des clients et afficher un prix qui lui permet de rester dans la course. Elle cite notamment les énergies renouvelables et la transition énergétique. Les ingénieurs ont déjà développé de nombreuses solutions techniques. Le travail se poursuit désormais sur leur application économique et sur la création de produits capables de rivaliser avec les offres existantes. “On doit également trouver des solutions économiques faisables dans les marchés avec des prix compétitifs et on doit chercher aussi l’investissement”, ajoute-t-elle.

D’ailleurs, ce point-là place les startups en première ligne. Elles peuvent tester de nouvelles solutions, prendre des risques et chercher des marchés encore peu explorés. Mais une idée, même solide, ne va pas très loin sans financement. Les investisseurs ont eux aussi leur rôle à jouer, notamment lorsqu’il s’agit d’accompagner des technologies ou des modèles économiques encore en phase de développement.

Birgit Lamm insiste ainsi sur la nécessité de rapprocher entrepreneurs et investisseurs. “On a besoin des startups et des entrepreneurs qui sont vraiment courageux et qui trouvent des investisseurs qui sont aussi créatifs et optimistes qu’on peut vraiment développer un marché pour ces produits dans le futur”, déclare Lamm.

Cette relation entre capital et innovation devient particulièrement importante dans les secteurs liés à la transition énergétique. Les solutions techniques existent, mais leur développement nécessite des moyens, des débouchés et une capacité à s’inscrire dans la durée. Le marché reste le passage obligé. Le raisonnement dépasse par ailleurs les frontières tunisiennes. Les chaînes de valeur sont devenues globales et les entreprises évoluent dans des marchés de plus en plus connectés. Pour Birgit Lamm, les réponses doivent suivre le même mouvement. “Le changement climatique, ce n’est pas seulement ici en Tunisie, les chaînes de valeur aujourd’hui sont globales. Alors on doit aussi trouver des solutions globales et régionales”, a-t-elle affirmé.

C’est aussi ce qui donne à l’African ESG Summit, selon elle, une portée particulière. Réunir les acteurs autour de l’ESG ne consiste pas seulement à parler de transition. Il s’agit aussi de faire circuler les idées, de rapprocher les porteurs de solutions des investisseurs et de créer les conditions permettant à ces innovations de trouver leur place dans les économies africaines.

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African ESG Summit: coup d’envoi de la 4e édition sous le signe de l’export durable

Le climat n’attend plus. C’est, en substance, le constat fait par Sahar Mechri, directrice exécutive du magazine Managers et fondatrice de l’African ESG Summit, à l’ouverture de sa 4e édition. Le rendez-vous se tient aujourd’hui, 8 octobre, au Sheraton Tunis, sur le thème “Exportez durablement”. Après trois éditions à parler des risques climatiques à venir, le constat a changé. Les entreprises commencent désormais à en subir les effets.

“Nous avons parlé du risque climatique au futur. Cet été, ce futur s’est conjugué au présent”, a déclaré Sahar Mechri à l’ouverture du sommet.

Dans les entreprises comme dans les usines, les conséquences du changement climatique se font déjà sentir. De quoi rendre nécessaire, selon elle, un “recalibrage” des modèles économiques.

Sahar Mechri

À vrai dire, cette évolution concerne directement les entreprises exportatrices. Pendant longtemps, le prix, la qualité et le délai ont constitué les trois critères de référence. Désormais, un quatrième entre dans l’équation: la preuve!

C’est justement là que se situe, d’après Sahar Mechri, le véritable changement de regard sur la durabilité. “Nous parlons le langage de la valeur et pas celui du sacrifice”, insiste-t-elle au fil de ses propos. Et d’ajouter: “Mesurer son empreinte carbone, documenter ses pratiques ou améliorer sa traçabilité ne relève donc plus seulement d’un engagement environnemental. Cela peut aussi permettre à une entreprise de protéger ses marchés, de faciliter son accès au financement vert et de conserver sa place dans des chaînes de valeur qui se recomposent”. Et le mouvement ne s’arrête pas aux frontières européennes.

“La Chine, le Japon, la Malaisie ou encore le Nigeria ont eux aussi adopté des normes de reporting de durabilité”, rappelle-t-elle. Autrement dit, ces nouvelles exigences concernent progressivement plusieurs marchés. Pour les entreprises africaines, il devient dès lors nécessaire de s’y préparer plutôt que d’attendre qu’elles s’imposent à elles.

En outre, la fondatrice a également placé la donnée au cœur de la relation entre donneurs d’ordre et fournisseurs. “En effet, les grands groupes qui ont pris des engagements climatiques doivent agir sur leurs propres émissions, mais aussi sur celles générées par leurs chaînes d’approvisionnement. Les achats deviennent ainsi l’un des principaux leviers sur lesquels ils peuvent agir”.

Qui plus est, “la donnée devient une monnaie d’échange”, souligne-t-elle. De fait, un fournisseur capable de documenter ses émissions, la traçabilité de ses produits ou encore ses pratiques ESG dispose de plus d’arguments face à son client. La donnée ne sert donc plus uniquement à satisfaire une demande de conformité. Elle peut aussi peser dans la négociation. Cette question prend une autre ampleur avec l’évolution du cadre européen sur le devoir de vigilance. Les grands groupes sont appelés à concentrer leurs contrôles sur les zones où les risques sont les plus importants. Pour leurs fournisseurs, la qualité des informations disponibles devient alors déterminante. À défaut de données propres à l’entreprise, des références sectorielles ou géographiques pourraient servir de point de comparaison.

“Une moyenne ne rend jamais justice au meilleur”, précise Sahar Mechri. Le risque, pour une entreprise performante qui ne documente pas ses résultats, est donc de voir ses efforts dilués dans une moyenne qui ne reflète pas sa réalité. C’est dans cette logique que la traçabilité prend une nouvelle dimension. Elle ne constitue plus seulement une réponse aux exigences réglementaires. “C’est votre carte de visite”, a-t-elle lancé aux entreprises présentes au sommet.

Les échanges de cette 4e édition porteront précisément sur ces nouveaux enjeux. Au menu: le carbone et son intégration dans les décisions et les prix, la traçabilité, la logistique, le financement, la maîtrise des risques ESG, mais aussi l’IA, qui s’installe progressivement dans les outils de collecte et d’analyse des données.

Mais le sommet ne se limite pas aux discussions. Il cherche aussi à créer des passerelles entre les entreprises et les opportunités d’affaires. Les sessions B2B occupent ainsi une place importante dans le programme. Lors de la précédente édition, 149 rencontres avaient été organisées, avec à la clé une soixantaine de transactions. “Des contrats, de la valeur et des emplois”, résume Sahar Mechri.

Dans le même esprit, les Sustainability Awards mettent en avant les entreprises qui passent à l’action. Cette édition accueille également un hackathon organisé avec STAR Assurances, autour du sport comme levier d’inclusion.

Le travail se poursuit enfin au-delà du sommet avec African ESG Intelligence, une newsletter lancée il y a quelques mois à destination des décideurs. Son ambition est de leur permettre de suivre les évolutions réglementaires, de comprendre leurs implications pour l’entreprise et de repérer les nouveaux financements et opportunités d’investissement.

Sur les écrans du sommet, une autre initiative est venue illustrer cette volonté de passer des échanges aux opportunités concrètes. Il s’agit de WAGANE, le Club Export by Managers, lancé en septembre avec un premier chapitre à Dakar. Le club entend créer de nouvelles passerelles entre les PME tunisiennes et les marchés africains, en misant notamment sur les rencontres B2B et un accompagnement au plus près des opportunités.

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Pour une loi de finances de rupture

Avec l’approche du lancement de la saison du débat budgétaire, il est temps de changer d’approche. Depuis des années, les députés restent prisonniers de propositions symboliques ou qui ne mènent qu’à des économies de façade, alors que l’urgence est de remettre l’appareil productif en mouvement.

 

Et cette année, le challenge est encore plus difficile avec l’intention de ne pas augmenter la pression fiscale sur les PME. Comment donc financer l’État, avec tous ses engagements sociaux et son rôle clé, sans étouffer ceux qui produisent ? Certes, la réponse ne réside pas dans une hausse d’impôts, ni dans des coupes budgétaires, mais dans des articles de loi qui libèrent les flux financiers et qui corrigent les distorsions qui pénalisent la production locale. La loi de finances ne pourra pas tout apporter, mais elle constitue l’un des principaux moyens pour initier un tel mouvement.

 

Débloquer la circulation de la liquidité interne

Le problème en Tunisie ne réside pas dans un manque global d’épargne, mais dans sa mauvaise allocation et sa thésaurisation. Les banques regorgent de liquidités ou préfèrent des placements sans risque, tandis que les PME et les porteurs de projets s’asphyxient par manque de fonds de roulement.

La loi de finances peut introduire des dispositions fiscales modulées pour les établissements de crédit qui consacrent un pourcentage minimal de leurs crédits au financement direct de l’investissement productif, de l’innovation et de l’exportation à forte valeur ajoutée. De leur côté, les entreprises peuvent être incitées à réinvestir dans l’extension de l’outil de production et la modernisation technologique.

Celles qui n’ont pas une telle marge de manœuvre et qui se heurtent au mur des garanties réelles ont besoin de l’appui de l’État. Le renforcement des fonds de garantie publics permettrait aux banques de prêter plus facilement sans exiger des garanties disproportionnées.

 

Combattre les rentes et corriger les distorsions

L’économie tunisienne souffre de diverses distorsions, comme les barrières réglementaires lourdes, les régimes privilégiés ou d’autorisations qui protègent des situations de rente, et une concurrence déloyale de l’informel. Libérer la production locale demande un grand nettoyage législatif.

Il faut impérativement rationaliser la fiscalité des intrants industriels. Les entreprises locales subissent des taxes douanières ou fiscales lourdes sur l’importation de leurs matières premières ou de leurs équipements semi-finis, rendant l’importation de produits finis concurrents une solution optimale pour les consommateurs. Il s’agit d’aligner la fiscalité pour que produire localement soit moins coûteux et plus simple qu’importer.

La loi de finances doit aussi intégrer des mesures d’incitation à la régularisation tout en renforçant la traçabilité des flux pour assainir le marché.

 

Optimiser la dépense et l’investissement public productif

L’État ne peut pas se désengager de ses rôles sociaux, mais il doit cesser d’allouer des ressources à des dépenses improductives pour les rediriger vers des effets de levier économiques.

La loi de finances doit lever les verrous juridiques qui pénalisent l’investissement privé, national et international. En même temps, chaque soutien de l’État, allégement fiscal ou subvention accordée à une entreprise ou à un secteur doit être assorti d’objectifs mesurables en termes de création d’emplois, d’intégration locale ou d’exportation. Il est temps de mettre fin aux aides aveugles. L’argent public ne doit profiter qu’à ceux qui génèrent de la croissance organique.

Enfin, les économies réalisées doivent être redirigées vers la formation professionnelle ciblée, en adéquation directe avec les besoins des secteurs porteurs, ce qui garantit aux PME un accès à une main-d’œuvre qualifiée, réduisant ainsi les coûts de formation et de productivité.

L’État va présenter une version qui combine des mesures ciblées et qui préserve les équilibres macroéconomiques. Les députés doivent, par des propositions, transformer le projet qu’ils auront en un instrument de libération des énergies productives. Pour un député, la valeur d’une proposition ne se mesure pas au nombre de bénéficiaires potentiels annoncés, mais à la chaîne de causalité économique qu’elle déclenche. C’est cette logique qui doit guider chaque article soumis à l’examen parlementaire.

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