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Développement local : l’argent existe, mais les communes n’arrivent pas à le mobiliser

Les fonds existent, mais les communes ne parviennent pas à s’en saisir. Réunis, mercredi 7 octobre, à Tunis, lors d’un atelier organisé par ONU-Habitat, des experts ont pointé la difficulté des municipalités tunisiennes à accéder aux financements nationaux et internationaux dédiés à l’investissement local, notamment en matière de climat et de développement durable. Résultat : de nombreux plans de développement local peinent à se concrétiser.

La rencontre s’inscrivait dans le cadre de la « Plateforme de partenariat pour la localisation des Objectifs de développement durable (ODD) en Tunisie ». Cette initiative mondiale vise à décliner les 17 objectifs de l’Agenda 2030 en politiques, plans d’action et budgets à l’échelle locale, en renforçant la coordination entre institutions nationales et locales et en fournissant aux territoires pilotes des outils pratiques de planification et de mise en œuvre.

Cinq communes pilotes

Pour sa première phase en Tunisie, le programme a retenu cinq municipalités, choisies avec ONU-Habitat et les gouvernorats concernés, selon leurs spécificités géographiques et culturelles et leur potentiel : Kélibia (Nabeul), Sened (Gafsa), Sejnane (Bizerte), Zahret Medyen (Béja) et Bechri Fatnassa Negga (Kébili). L’initiative part d’un constat : le défi du développement local ne tient pas seulement à l’élaboration des plans, mais à la capacité des communes à réunir les moyens financiers et techniques nécessaires pour les réaliser.

Pour l’expert en finances locales, Ahmed Guidara, l’intérêt de la plateforme est de rapprocher les mondes de la planification urbaine et de la finance, car un plan ne peut aboutir sans ressources. Il a rappelé que la capacité d’investissement des collectivités est déterminante, alors que celles-ci se heurtent à plusieurs obstacles, en particulier une faible capacité d’épargne et de constitution de ressources propres.

Il a également relevé que de nombreuses sources de financement restent sous-exploitées, à commencer par les fonds internationaux consacrés au climat. Les collectivités y accèdent difficilement, faute d’accompagnement de l’État et de structures qualifiées et accréditées pour monter et suivre ces projets.

M. Guidara a appelé à mieux valoriser les financements de la Caisse des prêts et de soutien des collectivités locales ainsi que les programmes nationaux. Selon lui, la plateforme peut aussi harmoniser les visions et favoriser la coopération intercommunale, notamment pour des projets climatiques conjoints, ce qui réduirait les coûts et améliorerait l’efficacité de l’investissement local.

Des projets à rayonnement régional

Le spécialiste en développement urbain Achraf Ghrib a, de son côté, présenté la plateforme comme un espace de rencontre entre municipalités, conseils régionaux et locaux, experts, associations, bailleurs de fonds et partenaires internationaux, afin de concevoir des projets réalisables localement.

Il a insisté sur la nécessité, pour les projets des communes pilotes, de dépasser le cadre strictement local : ils doivent produire un impact économique, environnemental et touristique à l’échelle régionale, tout en créant des emplois et en améliorant la qualité de vie et des services pour les habitants.

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En Tunisie, la ZLECAf franchit le cap des 400 transactions

Après Lomé, Tunis. Les rendez-vous consacrés à la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf) se multiplient et changent progressivement de nature. Il ne s’agit plus seulement de présenter les ambitions du marché unique africain, mais de mettre les entreprises face aux conditions concrètes de son utilisation. Après Biashara Afrika, organisé à Lomé en mai dernier, le “Programme d’appui aux petites et moyennes entreprises, Cohorte Afrique du Nord” réunit cette semaine à Tunis des PME, des exportateurs et des structures d’appui de plusieurs pays de la région.

Organisée du 6 au 9 octobre par le Secrétariat général de la ZLECAf, la rencontre constitue un espace de travail autour d’une question très opérationnelle: comment permettre à une PME de passer de l’intérêt pour le marché africain à une véritable opération commerciale? Les échanges portent notamment sur les règles de l’accord, les instruments disponibles, le financement du commerce, les paiements numériques, la logistique et les services d’accompagnement à l’export. Des rencontres entre entreprises sont également prévues.

Pour un exportateur tunisien, la question est loin d’être secondaire. L’ouverture d’un marché ne signifie pas automatiquement qu’une entreprise peut y vendre dans de bonnes conditions. Elle doit encore savoir à quelles préférences tarifaires elle peut prétendre, comment justifier l’origine de son produit, quelles formalités accomplir et vers quels interlocuteurs se tourner. C’est sur cette partie, souvent moins visible que les annonces autour de la ZLECAf, que se joue une partie de l’accès effectif aux marchés africains.

Source: AfCFTA

La Tunisie dispose désormais d’un premier retour d’expérience. Rappelons que le pays a délivré son premier certificat d’origine dans le cadre de la ZLECAf en mai 2023. Depuis, plus de 400 opérations d’exportation et d’importation ont été réalisées dans le cadre de l’accord, selon le ministre du Commerce et du Développement des exportations, Samir Abid. Et ce, d’après l’agence TAP. Ce chiffre permet surtout de mesurer le chemin déjà parcouru par les entreprises, mais aussi celui qui reste à faire. “Pour le secteur privé, l’enjeu n’est plus de savoir si le dispositif existe. Il est de déterminer comment l’intégrer dans une stratégie commerciale, quels marchés cibler et comment rendre l’offre tunisienne suffisamment compétitive pour y trouver sa place. En plus, les règles d’origine occupent ici une place centrale. Elles déterminent notamment si un produit peut bénéficier des avantages commerciaux prévus par l’accord. Pour une entreprise qui travaille avec plusieurs fournisseurs ou qui incorpore des matières premières importées, leur maîtrise peut donc avoir une incidence directe sur la possibilité de profiter des préférences accordées dans le cadre de la ZLECAf”.

C’est aussi l’une des raisons pour lesquelles le ministère du Commerce cherche à faire davantage remonter les besoins des entreprises. Les représentants du secteur privé sont associés aux travaux de la Commission nationale de suivi des négociations et de mise en œuvre de l’accord et consultés sur différents dossiers, dont les règles d’origine. Selon la même source, le ministère dit également suivre les entreprises ayant déjà effectué des opérations dans le cadre de la ZLECAf afin d’identifier les blocages rencontrés sur le terrain.

Cette remontée d’expérience peut être particulièrement utile aux PME. Une grande entreprise dispose généralement de ressources dédiées au juridique, au commerce international ou à la logistique. Pour une petite structure, une procédure mal comprise, un coût supplémentaire ou un manque d’information sur un marché peut suffire à retarder une opération, voire à décourager son lancement.

Le sujet dépasse d’ailleurs la seule question tarifaire. Pour se développer en Afrique, une entreprise doit aussi identifier des partenaires locaux, comprendre les circuits de distribution, sécuriser ses paiements et organiser sa logistique. Les rencontres B2B et les programmes d’accompagnement prennent alors une importance particulière. Ils permettent de réduire une partie du coût de prospection et surtout de passer plus rapidement de la recherche d’un marché à l’identification d’un client ou d’un partenaire.

D’ailleurs, d’autres rendez-vous sont annoncés dans les prochains mois, notamment la 4e édition des Rencontres d’affaires tuniso-africaines, prévue les 9 et 10 décembre 2026, ainsi que la première édition d’Africa First Expo, du 5 au 7 novembre, sous le thème “Consommez africain”, selon le ministre du Commerce.

Pour les entreprises tunisiennes, cette succession de rencontres peut avoir une utilité à condition de ne pas rester au stade du networking. L’intérêt est aussi d’en tirer des informations exploitables: quels marchés présentent une demande pour le produit proposé, quelles conditions d’entrée s’appliquent, quels distributeurs rechercher et quelles adaptations commerciales ou réglementaires sont nécessaires.

 

 

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