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S’il suffisait de pondre des lois…

La vie des politiciens et des dirigeants serait tellement plus simple s’il suffisait de pondre des lois pour résoudre les différents problèmes qui se posent à eux. La distance qui sépare la publication d’une loi et sa mise en application est simple, elle s’appelle : la réalité. C’est à cette réalité que semble se heurter...

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De Djerba à Douz : Ksours, troglodytes et dunes de sable

Je choisis de rejoindre Médenine par la chaussée romaine non sans laisser mes yeux s’imprégner de la solitude de Borj Kastil au mitan des eaux. Vital, le pipe-line serpente le long de la route antique, acheminant l’eau si précieuse jusqu’à l’île de Djerba.

Un chapelet de villages tout au long de la route qui file parmi les oliviers : Rsifet, Khalfallah, Loubigla, El Ghrabat, Hessi Amor et toujours des mosquées, des épiceries, des cafés et des garages. Je traverse rapidement la ville de Médenine pour rejoindre Ksar Metameur où m’attend Mabrouka pour partager le pain, l’huile et le miel. Depuis plusieurs années, Mabrouka accueille les voyageurs dans la vaste cour du ksar désaffecté, à l’ombre des mausolées de Sidi Ahmed Lahjel et Sidi Hassen Ben Kmala. Elle me raconte la chronique du village et ses dernières semaines à la tâche.

J’ai toujours refusé le sort qui est celui de ces ksours amazigh dont le délabrement relatif souligne notre désaffection pour ce pan de notre patrimoine et aussi nos contentieux avec l’histoire. Comment sauver ces monuments qui sont partie intégrante de notre mémoire mais ne sont pas considérés comme tels ? C’est en me reposant cette sempiternelle question que je quitte Mabrouka.

Assis à même le sol, des hommes jouent aux dominos au seuil d’un café. Je discute un moment avec eux. Des généralités et la saison décisive de l’automne. Je prends ensuite la route de Matmata. Les villages s’égrenent devant moi : Allamet Machlouch et ses cafés assoupis ; la bifurcation vers Beni Khedache et Bir Soltane ; Al Saykha puis Dkhilet Toujane et Ouled Mhelhel qui marquent le début de l’ascension.

Arrêt devant le village fantôme de Toujane où vivent quelques âmes dont on reconnaît les maisons blanchies à la chaux au milieu des vestiges de couleur terre. Plus loin, je reconnais Tounine qui se cache dans les replis montagneux, la route de Zmerten qui va vers nulle part, Meztata au fond de la vallée et les chemins invisibles de Techine et Hafi Rassou.

À peine arrivé à Matmata, je me rends à Tijma pour retrouver Myriam qui me régale d’une chakchouka dont le rustique de la préparation se conjugue à la saveur des terroirs et dans laquelle je trempe mon pain tabouna encore chaud.

La route vers Douz. Rectiligne et précédée par quelques villages troglodytes qui commencent à Haddege passent Ksar Beni Aissa et Bou Dhafer puis arrivent au triangle amazigh entre Tamezret, Taoujout et la lointaine Zraoua dont les vestiges massifs réveillent une mémoire occultée.

Sinon une transversale qui mène jusqu’à Ksar Ghilane, aucune route ne s’élance du long tapis de bitume qui mène jusqu’à Douz. Parfois, un troupeau de chameaux ou des dunes de sable rompent la monotonie minérale.

L’arrivée à Douz. Nouail et El Faouar sont à quelques kilomètres. Après l’incontournable halte sur la grand-place, je mets le cap sur Jbil et El Hessi. Le sable a envahi une partie de la route mais la dune se maintient plutôt bien. Le silence règne absolument et le soleil s’apprête à se fondre dans la nuit naissante. L’instant est simplement modelé par la beauté des éléments et l’élévation n’en dévient que plus naturelle.

Inspiré, en éveil et aberrant, je suis la course toujours renaissante du jour et de la nuit. Au bout du crépuscule, alors que l’obscurité hésite encore, la lune dans sa plénitude, illumine le ciel étoilé. Et moi, jouant avec le sable, au seuil d’une nouvelle anabase.

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Et si le Brésil basculait dans le camp Trump ?

Le spectaculaire succès de Flávio Bolsonaro au premier tour place Lula en position de challenger. Portée par le coût de la vie, l’insécurité et une puissante dynamique conservatrice, l’extrême droite brésilienne n’a jamais semblé aussi proche de reconquérir le pouvoir. Analyse.

 

Séisme politique au Brésil dimanche 4 octobre mais également dans l’ensemble de l’Amérique Latine. Donné favori par tous les sondages sans exception, le président sortant Luiz Inacio Lula da Silva a été devancé, à la surprise générale, au premier tour par Flávio Bolsonaro. Ainsi, avec 47,06 % des voix contre un peu plus de 45 % pour le président sortant, le fils de l’ancien président d’extrême droite, Jair Bolsonaro, a créé la surprise et aborde désormais le second tour du 25 octobre en position de force.

Pour le camp Bolsonaro, c’est bien la démonstration que le « bolsonarisme » a survécu à son fondateur et peut désormais caresser le rêve de reconquérir le palais présidentiel.

Rejet

Comment expliquer ce spectaculaire basculement ? Primo par la baisse du pouvoir d’achat. Car derrière les chiffres flatteurs de l’économie, un chômage ramené à 5,2 %, une croissance attendue à 2 % au deuxième semestre 2026 et l’inflation en reflux, se cache une réalité beaucoup moins reluisante. Pour une grande partie des Brésiliens, l’embellie reste virtuelle puisqu’elle ne se traduit ni dans le caddie ni dans les factures et encore moins dans les fins de mois. Bref, entre les statistiques qui se veulent rassurantes et le portefeuille des ménages, le fossé est devenu électoralement explosif.

Secundo : par l’emballement de la dette publique qui atteignait 81,9 % du PIB en juin, tandis que les taux d’intérêt restent élevés. Les critiques du gouvernement accusent Lula de ne pas maîtriser suffisamment les dépenses publiques.

Tertio : par le manque de renouvellement du personnel politique au Brésil. « Les gens sont tout simplement épuisés. Ils ont l’impression que la classe politique ne fait que proposer toujours la même chose. Lula va avoir 81 ans à la fin du mois et semble proposer des solutions à des problèmes qui ont déjà plus de 20 ans », affirme Felipe Krause, politologue et ancien diplomate, directeur du département d’études brésiliennes à l’université d’Oxford.

Ensuite, on retrouve l’insécurité et la violence qui constituent un terrain favorable à la droite. En effet, une partie des jeunes électeurs notamment considère que la gauche ne répond pas suffisamment à leurs préoccupations en matière de sécurité.

Ajoutons à ces facteurs le poids croissant des évangéliques, dont une partie rejette les politiques sociales de la gauche, perçues comme de « l’assistanat ».

Jair Bolsonaro en version light

Surfant sur la lassitude des Brésiliens, voire leur mécontentement de la politique du président sortant, le sénateur de 45 ans a ainsi réussi à transformer l’élection en référendum sur le bilan de Lula. Son message est simple : le Brésil aurait besoin de « changement », de moins d’impôts, de davantage de sécurité et d’un pouvoir plus ferme.

Pour les observateurs, son mérité est d’avoir compris que, pour gagner, il n’était pas nécessaire de refaire exactement la campagne de son père. Il s’est présenté comme une version plus modérée de Jair Bolsonaro et a surtout parlé du portefeuille et des préoccupations quotidiennes des Brésiliens. Ces électeurs réclament moins de réglementation, davantage de liberté économique et des réponses plus musclées à l’insécurité.

« La campagne de Flavio Bolsonaro a pratiquement effectué un sans-faute au cours des 30 derniers jours », estime le politologue Creomar de Souza, soulignant sa capacité à parler de la vie chère et des difficultés rencontrées au quotidien.

Virage à droite ?

Rappelons enfin qu’une victoire de Flávio Bolsonaro aurait enfin une portée internationale. Le Brésil rejoindrait ainsi une Amérique latine où les forces conservatrices ont enregistré plusieurs succès récents, notamment en Argentine, en Colombie et au Pérou. Certes, Donald Trump n’a pas officiellement soutenu Flávio Bolsonaro. Mais son influence a pesé sur la campagne. Depuis le procès de Jair Bolsonaro, le président américain a multiplié les droits de douane et les sanctions contre Brasilia, donnant au scrutin brésilien une dimension géopolitique supplémentaire.

Alors, est-il envisageable que le Brésil de Lula vire à droite ? L’électorat brésilien étant assez conservateur, une partie conséquente a été réceptive au message envoyé par Jair Bolsonaro sur la religion, la défense des valeurs familiales, face à un risque d’explosion de la famille traditionnelle si Lula venait à être élu. Son fils a réussi quant à lui à attirer une partie supplémentaire de l’électorat évangélique et catholique traditionnel conservateur. Il est même parvenu à associer Lula et le Parti des travailleurs (PT) à la corruption. En votant pour lui, certains espèrent empêcher le retour de la gauche au pouvoir.

Une stratégie efficace dans un pays où une partie de la population semble désormais davantage préoccupée par son niveau de vie et sa sécurité que par les grands clivages idéologiques. Le Brésil sera-t-il sur le point de devenir le huitième État consécutif en Amérique du Sud, à accorder une victoire présidentielle à une droite prête à s’aligner sur Donald Trump ? Le peuple tranchera le 25 octobre.

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