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À propos de l’expérience carcérale d’Ahmed Néjib Chebbi

La veille de son arrestation le 4 décembre 2025, lors d’une conversation avec Meriem Zghidi — fille du militant défunt Salah Zghidi —, Ahmed Néjib Chebbi lui a dit : «J’ai commencé mon expérience carcérale avec Salah, ton père, en 1968, et je la terminerai avec Mourad, ton frère.» (D’après la page Facebook de Meriem Zghidi).

Fathi Ben Haj Yahia *

1968 – 2026 : cinquante-huit années se sont écoulées entre ces deux dates.

Le pays a traversé de longues années de crises et de bouleversements successifs, depuis la grave crise du coopérativisme qui a failli l’anéantir jusqu’à la situation actuelle — une situation telle que même le plus méchant n’oserait se réjouir de notre sort, quand bien même il s’y efforcerait.

Entre ces deux époques, au cœur de la tourmente, s’est écrite une autre histoire : celle tracée par Ahmed Néjib Chebbi, depuis sa détention à la prison de Borj Erroumi en 1968 jusqu’à son incarcération actuelle à la prison de Mornaguia, où il observe une grève de la faim. Il a peut-être même oublié le nombre de grèves de la faim qu’il a menées au cours de près de soixante années de militantisme, alors qu’il a désormais dépassé le cap des quatre-vingts ans.

Un homme qui ne s’est jamais incliné face à l’arbitraire

Il a été incarcéré en 1968, devenant ainsi témoin de la mise en place du premier tribunal de sûreté de l’État, des lieux de torture physique et morale au sein des locaux de la police politique, ainsi que d’une justice aux ordres du «Grand Combattant».

En prison, son parcours a croisé celui du groupe «Perspectives» ; il en est devenu par la suite l’une des figures de proue avant sa transformation en l’organisation clandestine «L’Ouvrier tunisien» (Al-Amil al-Tounsi), dont il fut l’un des principaux dirigeants en exil à Paris jusqu’au début des années 1980.

Il a ensuite créé le Parti démocrate progressiste (PDP) en 1983, formation qui s’est transformée en Parti républicain (Al-Joumhouri) au début de la révolution de 2011.

Au-delà de toute évaluation globale de ces expériences politiques, il faut reconnaître à cet homme qu’il n’a jamais plié l’échine face à l’autoritarisme, de l’ère Bourguiba à nos jours. Il a été de toutes les pages glorieuses de l’histoire des luttes démocratiques menées par l’opposition au cours des soixante dernières années, figurant toujours au premier rang et parmi les figures de proue de ceux qui ont brisé le mur de la peur — ce mur que les régimes successifs n’ont cessé d’ériger en entretenant une confusion délibérée entre le prestige de l’État et la crainte qu’il inspire.

Son seul tort, aujourd’hui, est d’avoir refusé de plier, en dépit de son état de santé, de la toute-puissance du pouvoir et de la dureté de la prison.

Quelque chose de Sisyphe qui force l’admiration

Son unique moyen d’action aujourd’hui est la grève de la faim, une méthode qu’il avait déjà employée lors de l’une des étapes les plus marquantes de la lutte contre Ben Ali — alors au sommet de sa puissance. C’était à l’époque où un groupe de militants de diverses obédiences politiques s’était réuni dans le cabinet de l’avocat Ayachi Hammami — lui-même emprisonné aujourd’hui — pour réclamer les libertés et la libération des prisonniers politiques. Cet événement eut lieu le 18 octobre 2005, alors que la Tunisie accueillait le Sommet mondial sur la société de l’information.

L’histoire de cet homme revêt une dimension tragique indéniable. On y décèle peut-être une part de Sisyphe qui force l’admiration et le respect, mais elle témoigne aussi, peut-être, de la métamorphose du mythe et d’une réécriture de son dénouement. N’avons-nous pas vécu la journée du 14 janvier 2011 alors que nul Tunisien ne s’attendait à une telle issue ? (À l’exception, bien entendu, des mages et des devins).

Une personne arborant un tel sourire permanent, un optimisme inébranlable et la conviction que la Tunisie mérite ce qu’il y a de plus beau, ne peut que vivre un nouveau moment marquant la fin de l’absurde !

Traduit de l’arabe.

* Militant de gauche et ancien prisonnier politique.

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Tunisie : PhosCo annonce une nouvelle découverte de phosphate dans la région de Rouhia

La société australienne PhosCo annonce une nouvelle découverte de phosphate dans la région de Rouhia, dans le gouvernorat de Siliana, après les premiers forages réalisés dans la partie nord de son permis d’exploration de Sekarna.

La présence de phosphate dans ce secteur n’est pas inconnue. Des travaux géologiques anciens avaient déjà signalé des affleurements phosphatés dans la région et un forage réalisé en 2007, initialement destiné à rechercher du plomb et du zinc, avait également recoupé une couche de phosphate.

La nouveauté annoncée ce lundi 5 octobre concerne donc une zone précise du permis de Sekarna, baptisée « Sekarna North » par PhosCo, où la société indique qu’aucun forage antérieur n’était connu.

Deux premiers forages, deux intersections phosphatées

Les deux premiers forages réalisés par PhosCo dans cette partie nord du permis ont tous deux rencontré une minéralisation phosphatée.

Le forage SKDD-2026-01 a traversé une couche de 6 mètres à partir de 46,5 mètres de profondeur. Le second, SKDD-2026-02, a rencontré 7,4 mètres de phosphate à partir de 25 mètres.

Les analyses en laboratoire permettant de déterminer les teneurs en P₂O₅ de ces deux intersections sont encore attendues.

Ces résultats doivent donc être distingués d’une estimation de ressources ou de réserves exploitables. Des forages supplémentaires seront nécessaires pour déterminer l’étendue de la zone, sa teneur moyenne et son éventuel intérêt économique.

Sekarna, un permis distinct de Gasaat

Le permis de Sekarna couvre environ 128 km² dans le secteur de Rouhia. Il est distinct du projet Gasaat, situé plus au sud-ouest et sur lequel PhosCo a multiplié les campagnes de forage depuis 2025.

C’est autour de Gasaat que la société avait successivement annoncé des résultats à KM, puis à DOH et KH. En mai 2026, l’intégration des premières estimations de ressources de KM et SAB avait porté les ressources minérales déclarées de Gasaat à 166,6 millions de tonnes, avec une teneur moyenne de 20,6 % de P₂O₅.

La découverte annoncée à Rouhia élargit donc les travaux de PhosCo à un autre permis phosphatier, plutôt qu’elle ne constitue une extension directe de Gasaat.

Lire aussi: Phosphate tunisien : De nouveaux forages renforcent le potentiel de Gasaat

De nouveaux résultats également à DOH

Dans la même annonce du 5 octobre, PhosCo fait état de nouveaux résultats de forage à DOH.

Deux forages supplémentaires y ont rencontré respectivement 8,1 mètres de minéralisation phosphatée à partir de 64,9 mètres de profondeur et 9 mètres à partir de 22 mètres. Les analyses de teneur sont également en cours.

La succession des campagnes menées à Gasaat et désormais dans la partie nord de Sekarna montre l’élargissement progressif du programme d’exploration de PhosCo dans le bassin phosphatier tunisien.

À Rouhia, le principal enjeu sera désormais de savoir si les premiers résultats obtenus à Sekarna North se confirment sur une superficie suffisamment importante pour permettre à PhosCo d’établir, à terme, une première estimation de ressources.

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