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JMC 2026 | Le groupe JadaL attendu le 7 octobre à Tunis

La 11e édition des Journées musicales de Carthage (JMC) s’apprête à accueillir l’une des formations majeures de la scène rock indépendante du monde arabe.

Le groupe jordanien JadaL se produira en concert le mercredi 7 octobre 2026 à 21h30 sur la scène du Théâtre de l’Opéra, à la Cité de la Culture Chedli Klibi.

Pionnier du rock arabe, JadaL propose une identité sonore singulière au croisement du rock alternatif, du grunge et du dialecte jordanien, le tout porté par des sonorités orientales caractéristiques.

Les billets pour cet événement sont disponibles à la réservation sur la plateforme officielle du festival.

Y. N.

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Lamjarred condamné de 10 ans et inscrit au fichier des auteurs d’infractions sexuelles

Reconnu coupale de viol aggravé, le chanteur marocain de 41 ans Saad Lamjarred a été condamné avec mandat de dépôt à dix ans de réclusion criminelle pour viol aggravé.

La Cour d’assises d’appel du Val-de-Marne a rendu son verdict, ce samedi 26 septembre 2026, avec une peine plus lourde que celle prononcée par la cour d’assises de Paris en première instance, qui avait condamné le chanteur à six ans de prison par.

Le chanteur de 41 ans a été condamné avec mandat de dépôt à dix ans de réclusion criminelle pour viol aggravé du fait de son état alcoolisé, a indiqué à l’AFP le parquet général, qui avait requis huit ans d’emprisonnement.

La même source affirme que Saad Lamjarred a également été inscrit au fichier des auteurs d’infractions sexuelles ajoutant qu’un pourvoi en cassation va être formé, selon Me Marie Burguburu.

Pour rappel, les faits remontent à 2016 dans une chambre d’hôtel à Paris, où le chanteur a violé Laura P., âgée de 20 ans au moment des faits, et qu’il avait rencontrée le soir même dans une boîte de nuit.

En avril, ce dossier avait par ailleurs donné lieu à la condamnation de cinq personnes pour une tentative de chantage à hauteur de trois millions d’euros, réclamés au chanteur contre le retrait de la plainte et l’absence de la plaignante aux assises.

Alors que Laura P. avait bénéficié d’une relaxe, sa mère, une avocate, une influenceuse et deux complices avaient écopé de six mois à deux ans de prison avec sursis, rappelle encore la même source.

Y. N.

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‘‘Rêve(s)’’ de Baccar et Jaïbi | Autopsie d’un pays qui ne dort plus

Avec ‘‘Rêve(s)… Comédie noire’’, présentée au Théâtre des Régions à Tunis, Jalila Baccar et Fadhel Jaïbi signent bien plus qu’une nouvelle création de Familia Production. Ils livrent un diagnostic. Celui d’une société qui a cessé de distinguer la veille du cauchemar, et qui ne sait plus très bien si elle rêve encore ou si elle se contente de survivre à ses nuits.

Abdelhamid Larguèche

Il existe des œuvres qui divertissent, d’autres qui instruisent. Et puis il y a celles qui dérangent parce qu’elles disent tout haut ce que chacun sait tout bas. ‘‘Rêve(s)’’ appartient à cette dernière catégorie, la plus rare et la plus nécessaire. Dans une Tunisie éreintée par la précarité, désorientée par l’effondrement de ses repères, lassée des discours qui promettent et des institutions qui ne tiennent plus, Baccar et Jaïbi refusent la complaisance. Ils ne consolent pas. Ils montrent.

On aurait tort de lire ‘‘Rêve(s)’’ comme une pièce isolée. Depuis la fondation de Familia Production en 1993, le tandem Baccar-Jaïbi mène une véritable anthropologie des passions tunisiennes. ‘‘Junun’’ (2001) avait exploré la folie, ‘‘Yahia Yaïch-Amnesia’’  (2010) l’oubli et la chute du pouvoir, ‘‘Tsunami’’ (2013) l’angoisse de l’après-révolution. Puis vinrent ‘‘Violence(s)’’ (2015) et‘‘Peur(s)’’ (2017), conçus comme les volets d’une trilogie sur la Tunisie post-2011, disséquant les affects qui gouvernent notre vie collective. On est tenté de voir dans ‘‘Rêve(s)’’ l’aboutissement de ce cycle. Cette parenthèse devenue signature, ce «(s)» du pluriel, dit l’essentiel : il n’y a pas une violence, une peur, un rêve, mais une multitude d’expériences fragmentées, que seul le théâtre peut rassembler sous un même regard.

‘‘Rêve(s)’’ prolonge ce travail en descendant d’un étage. Après les passions visibles, voici le territoire intime, celui que l’on croyait inviolable : le songe. Et le constat est terrible. Même là, le désordre du monde s’est installé.

Le brutalisme, une éthique avant d’être une esthétique

On a souvent parlé du dépouillement des mises en scène de Fadhel Jaïbi. Le mot «brutalisme» convient mieux. En architecture, le brutalisme désignait ce choix de laisser le béton à nu, de montrer la structure sans l’enduit qui la dissimule. C’est exactement ce que fait Jaïbi : il retire le décoratif, le confortable, le rassurant, pour ne laisser apparaître que l’ossature. Les corps des comédiens deviennent le seul matériau, la parole le seul ornement.

Ce choix n’a rien d’une coquetterie formelle. Il est moral. Dans une époque saturée d’images lisses, de communication et de faux-semblants, montrer la charpente nue du réel est un acte de vérité. Le théâtre brutaliste ne cherche pas à plaire : il cherche à ce que l’on ne puisse plus détourner le regard.

Au centre de la pièce se dresse l’immeuble délabré «El Mauro». L’historien ne peut s’empêcher d’y reconnaître ces bâtisses du centre-ville de Tunis, héritées d’un autre siècle, que l’on laisse pourrir faute de propriétaires, de volonté ou de mémoire. Patrimoine orphelin, sans héritiers déclarés, habité par ceux que la ville ne voit plus. Chaque fissure y est un chapitre de notre histoire non écrite.

Mais l’immeuble est davantage qu’un décor : c’est un corps social. Ses murs lézardés sont nos institutions, ses escaliers branlants nos trajectoires sans issue, ses appartements cloisonnés nos solitudes juxtaposées. Ce qui s’effondre ici n’est pas seulement la pierre : c’est la transmission elle-même, ce lien fragile entre générations qui permet à une société de savoir d’où elle vient et où elle va.

Les habitants de ce lieu, portés par Jalila Baccar, Jamel Madani, Mohamed Châabane, Mounir Khazri et Meriem Ben Hamida avec une justesse sans faille, ne sont ni des héros ni des victimes exemplaires. Ce sont des vivants cabossés, des êtres au bord de la déraison, qui ressemblent à nos voisins, à nos proches, à nous-mêmes.

Le cadavre et la police : ce que l’ordre ne sait pas voir

Puis survient la découverte d’un cadavre, et avec elle l’irruption de l’appareil policier. Tout bascule. Le mort, c’est ce que la communauté porte en elle sans oser le nommer : un deuil inachevé, une promesse enterrée, peut-être ces espérances de 2011 que personne n’a pris la peine d’inhumer dignement. La police, elle, arrive non pour comprendre mais pour classer, interroger, soupçonner. Face au mystère, l’État n’a qu’un réflexe : l’ordre.

C’est là que la pièce touche au plus juste. Elle montre une société où la rationalité administrative ne sait plus répondre à la détresse humaine, où l’on traite les symptômes par la contrainte faute de savoir les écouter. Le masque de la normalité se fissure, et derrière lui apparaît le vertige d’une collectivité qui ne se reconnaît plus.

Et pourtant, on rit. Pas de ce rire léger qui fait oublier, mais d’un rire qui griffe, qui dérange, qui arrive par effraction. Le texte de Jalila Baccar, ciselé jusqu’à la dernière réplique, fait de la comédie noire la seule langue encore capable de dire l’indicible. Quand la tragédie devient quotidienne, elle ne peut plus être racontée sur le mode tragique : elle bascule dans l’absurde, et l’absurde appelle le rire.

Ce rire s’inscrit dans une vieille tradition tunisienne, celle de la satire populaire qui, face aux puissants comme face au malheur, a toujours préféré la dérision au silence. Rire de sa propre folie, c’est encore refuser d’y sombrer entièrement. C’est une forme de dignité.

Reste la question centrale, que la pièce pose sans jamais y répondre à notre place. Le rêve était le dernier territoire de liberté, l’espace où chacun pouvait encore imaginer autre chose que ce qui est. Que devient une société lorsque même ce refuge est envahi par l’angoisse, lorsque la nuit n’offre plus d’échappée mais prolonge le cauchemar du jour ?

Un acte de santé publique

Un peuple qui ne rêve plus est un peuple qui a cessé de se projeter. Il ne se révolte plus, il ne construit plus, il endure. C’est ce danger que Baccar et Jaïbi mettent en scène, avec une gravité que la comédie ne fait qu’aiguiser. Plus le tableau est sombre, plus l’exigence de lumière devient pressante.

On ne sort pas de ‘‘Rêve(s)’’ apaisé. On en sort secoué, inquiet, mais réveillé. Et c’est précisément ce qui fait de ce spectacle une nécessité. Dans un pays qui souffre de toutes parts et risque de s’habituer à sa propre déchéance, ce théâtre n’est pas un luxe réservé à quelques initiés. C’est un service rendu à la collectivité, une forme de santé publique de l’esprit.

Tant qu’il se trouvera des artistes pour nous tendre ce miroir sans fard, et un public pour oser s’y regarder, cette société n’aura pas tout à fait renoncé à elle-même. La folie que nous voyons sur scène est la nôtre. La reconnaître, c’est déjà commencer à en guérir.

* Historien, professeur émérite à l’Université de la Manouba.

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Notre regard sur la tentative de coup d’État contre Bourguiba en 1962

Il est des épisodes de l’histoire nationale qui, parce qu’ils ont été immédiatement enfermés dans un récit officiel, cessent presque de faire l’objet d’une véritable enquête historique. La tentative de coup d’État de décembre 1962 contre Habib Bourguiba est de
ceux-là.

Abdelhamid Larguèche *

L’affaire semblait depuis longtemps classée : un groupe de militaires et de civils, conduit par Lazhar Chraïti, aurait projeté d’assassiner le président de la République et de renverser le régime. L’échec du complot, les arrestations, le procès devant le tribunal militaire et les condamnations avaient fourni les éléments d’un récit devenu dominant.

Le mérite premier du nouveau livre de Mohamed El May, ‘‘محاولة الانقلاب على بورقيبة: مؤامرة 1962’’, publié en 2026, est précisément de rouvrir ce dossier à partir des documents judiciaires et des paroles des principaux protagonistes.

Ce n’est pas seulement un nouveau récit de l’affaire. C’est une invitation à relire une séquence décisive de l’histoire de la Tunisie indépendante.

Faire parler ceux qui avaient été condamnés

L’apport le plus important du livre réside dans la publication d’un ensemble documentaire considérable : vingt-cinq interrogatoires de prévenus, quatre plaidoiries de la défense, les dernières déclarations des accusés et le jugement. Ce choix est historiquement précieux.

Pendant longtemps, les condamnés de 1962 ont surtout existé dans la mémoire publique à travers les accusations portées contre eux et le récit politique qui accompagna le procès. El May restitue leurs propres paroles. Non pas pour les transformer automatiquement en vérité, encore moins pour les réhabiliter, mais pour permettre à l’historien et au lecteur de mesurer la diversité de leurs positions, de leurs motivations et de leurs itinéraires.

C’est là toute la différence entre une histoire racontée à partir d’un verdict et une histoire qui revient aux sources du dossier.

Les interrogatoires ne constituent évidemment pas une parole transparente. Un accusé interrogé par les enquêteurs peut chercher à minimiser son rôle, à en charger un autre, à protéger des proches ou à présenter son engagement sous un jour plus favorable. Mais cette limite ne diminue pas leur intérêt. Elle impose au contraire de les confronter entre eux et de les croiser avec la presse de l’époque, les archives et les autres témoignages.

C’est cette confrontation qui fait naître l’histoire.

L’un des effets les plus intéressants de la documentation réunie par Mohamed El May concerne la place de Lazhar Chraïti dans l’affaire.

Le récit traditionnel avait fortement personnalisé la tentative autour de sa figure. Or les interrogatoires font apparaître un paysage plus complexe, dans lequel Omar Bembli semble jouer un rôle beaucoup plus important que ne le laissait entendre le récit traditionnel.

Il faudrait cependant éviter de remplacer une simplification par une autre : passer du « complot de Chraïti » au « complot de Ben Bembli » ne ferait que déplacer le problème.

Ce que les documents semblent plutôt révéler, c’est l’existence d’un milieu hétérogène dans lequel se rencontrent des militaires, d’anciens combattants de la lutte nationale, des civils et des hommes issus de sensibilités politiques différentes.

La question historique devient alors plus intéressante : comment des trajectoires aussi différentes ont-elles pu converger, à la fin de 1962, autour de l’idée d’une action contre le pouvoir de Bourguiba ?

Les frustrations de l’après-indépendance

C’est probablement sur ce terrain que le livre ouvre les pistes les plus fécondes.

Les témoignages réunis par El May font apparaître, derrière le projet politique, une accumulation de frustrations. Elles ne sont pas toutes de même nature.

Il y a d’abord des griefs politiques : le règlement de la question de Bizerte, les rapports avec la France, les choix effectués après l’indépendance, la concentration progressive des pouvoirs et la place réservée aux différentes composantes du mouvement national.

Mais il existe aussi une autre dimension, plus sociale et personnelle.

Certains anciens combattants semblent avoir considéré que leur participation à la lutte nationale leur donnait des droits particuliers dans l’État nouvellement indépendant : responsabilités, postes, autorisations, terres, avantages ou reconnaissance.

Cette dimension est essentielle pour comprendre les tensions de l’après-indépendance. La génération qui avait combattu pour l’indépendance ne partageait pas nécessairement la même conception de ce que devait être l’État indépendant.

Pour les uns, l’indépendance devait ouvrir une nouvelle étape de construction institutionnelle. Pour d’autres, ceux qui avaient combattu dans les maquis pouvaient considérer qu’ils étaient les véritables fondateurs de cet État et qu’ils devaient donc en occuper les premières places.

Le conflit n’était donc pas seulement un conflit entre des individus et un président. Il touchait à une question beaucoup plus profonde : à qui appartient la légitimité dans un État nouvellement indépendant ?

Pour les uns, l’indépendance devait ouvrir une nouvelle étape de construction institutionnelle. Pour d’autres, ceux qui avaient combattu dans les maquis pouvaient considérer qu’ils étaient les véritables fondateurs de cet État et qu’ils devaient donc en occuper les premières places.

Le conflit n’était donc pas seulement un conflit entre des individus et un président. Il touchait à une question beaucoup plus profonde : à qui appartient la légitimité dans un État nouvellement indépendant ?

La question de Bizerte apparaît également comme un élément important de cette histoire.

La bataille de Bizerte de 1961 avait constitué un moment majeur de la mobilisation nationale. Mais son issue et les accords qui suivirent avaient nourri, dans certains milieux, des interrogations et des frustrations.

Il faut ici distinguer les faits des mémoires politiques qui se sont construites autour d’eux.

Ce qui importe historiquement, c’est que Bizerte apparaît dans les témoignages comme l’un des éléments à travers lesquels certains protagonistes de 1962 exprimaient leur désaccord avec les orientations du pouvoir.

L’événement n’était donc pas seulement une affaire de personnes. Il s’inscrivait dans les débats, les déceptions et les recompositions politiques de la Tunisie des premières années de l’indépendance.

Le procès est lui aussi un objet d’histoire

Il serait cependant incomplet de s’arrêter aux préparatifs du complot.

Le procès militaire de 1963 constitue lui-même un objet historique majeur.

Les interrogatoires, les plaidoiries, les dernières paroles des accusés et le jugement publiés par Mohamed El May permettent de revenir sur la manière dont la justice militaire a traité cette affaire.

Là encore, il faut éviter les conclusions trop rapides. Un procès politique ou militaire ne peut être étudié seulement à travers son verdict. Il faut regarder les conditions de l’instruction, la défense, les catégories d’accusation, les peines prononcées et la manière dont l’affaire fut ensuite intégrée au récit national.

Autrement dit, l’historien doit étudier à la fois ce qui s’est passé en 1962 et la manière dont la Tunisie officielle a raconté ce qui s’était passé.

C’est probablement l’un des grands intérêts du livre de Mohamed El May.

À cet égard, un discours prononcé par Bourguiba après la découverte de la conspiration constitue une source particulièrement révélatrice.

Bourguiba y présente l’affaire comme une menace directe contre sa personne et contre l’existence même de l’État. Il insiste sur les projets d’assassinat et sur la volonté supposée des conspirateurs de provoquer le chaos.

Mais son discours apporte également un éclairage involontairement précieux sur les ressorts du conflit.

Il revient longuement sur les anciens combattants, sur ceux qui considèrent que leur participation à la lutte nationale leur confère des droits particuliers et sur les frustrations liées aux postes, aux privilèges ou aux avantages attendus.

Il affirme au contraire un principe qui est au cœur de sa conception de l’État : l’indépendance ne peut signifier la remise du pouvoir à ceux qui ont combattu les armes à la main. Tous les citoyens doivent être égaux devant l’État.

Cette partie du discours mérite d’être confrontée aux témoignages publiés par El May.

Non parce que le discours présidentiel constituerait la clé permettant de résoudre l’affaire, mais parce qu’il montre comment Bourguiba lui-même interprétait le conflit.

De la légitimité révolutionnaire à la légitimité de l’État

C’est peut-être ici que se trouve le véritable enjeu historique de 1962.

Les premières années de l’indépendance sont marquées par le passage d’une légitimité de la lutte nationale à une légitimité fondée sur l’État.

Ce passage ne va pas de soi.

Ceux qui avaient combattu dans la clandestinité, dans les maquis ou dans les réseaux politiques pouvaient considérer que leurs sacrifices leur donnaient une place particulière dans la nouvelle Tunisie.

Bourguiba défendait une conception différente : une fois l’indépendance acquise, la légitimité ne devait plus appartenir aux combattants en tant que tels, mais aux institutions de l’État.

Le conflit de 1962 peut ainsi être lu comme l’un des moments où s’affrontent deux conceptions de la légitimité nationale.

L’une s’appuie sur le sacrifice et le combat passé ; l’autre sur la construction d’un État centralisé, organisé et durable.

Cette opposition n’épuise évidemment pas l’affaire. Elle ne doit pas faire oublier les ambitions personnelles, les rivalités politiques, les sensibilités idéologiques et les frustrations sociales qui apparaissent dans les témoignages.

Mais elle permet de replacer l’événement dans une histoire plus large de la construction de l’État tunisien.

Il faut enfin saluer une précaution essentielle que devrait conserver toute lecture du livre : rouvrir un dossier n’équivaut pas à réhabiliter ceux qui furent condamnés.

L’historien n’est ni procureur ni avocat.

Son travail consiste à établir les faits, à confronter les versions, à mesurer les contradictions et à restituer aux acteurs leur complexité.

Le livre de Mohamed El May rend possible ce travail parce qu’il redonne accès à des sources qui permettent de dépasser le récit simplifié d’une affaire définitivement close.

Il ne répond pas à toutes les questions. Et c’est précisément ce qui fait sa valeur.

Il invite à poursuivre l’enquête : dans les archives de l’État, dans la presse de 1962-1963, dans les archives militaires et judiciaires, dans les mémoires des familles et dans les témoignages ultérieurs des protagonistes.

Une affaire qui mérite enfin de sortir de la légende

Soixante-quatre ans après les événements, la tentative de 1962 mérite donc autre chose qu’une répétition du récit qui s’est imposé au lendemain du procès.

Le livre de Mohamed El May ne détruit pas ce récit. Il le met à l’épreuve des documents.

Et c’est déjà beaucoup.

En faisant entendre les accusés, en faisant apparaître la diversité des trajectoires, en donnant à voir les motivations politiques et sociales qui traversaient la Tunisie de l’après-indépendance et en permettant de revenir sur le procès lui-même, il transforme une affaire longtemps réduite à une « conspiration » en objet d’histoire.

C’est probablement là son apport essentiel.

L’intérêt de 1962 n’est pas seulement de savoir qui voulait renverser Bourguiba. Il est de comprendre pourquoi, quinze ans à peine après le début de la lutte nationale, des hommes issus de cette même histoire en sont venus à envisager une rupture violente avec le pouvoir issu de l’indépendance.

* Historien.

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