Dans un communiqué publié ce mercredi 17 septembre 2026, l’organisation Avocats sans frontières (ASF) exprime «son entière solidarité et son soutien» à l’avocat et défenseur des droits humains Ghazi Mrabet, qui a fait l’objet d’un mandat de dépôt, mardi 16 septembre, «au terme de huit jours de garde à vue durant lesquels il n’a pas pu rencontrer ses avocats.»
L’organisation fait part de «sa consternation» et affirme avoir eu «le privilège de collaborer à de nombreuses reprises avec Me Mrabet, dont elle salue l’engagement constant en faveur de la défense des droits humains, et notamment des personnes les plus vulnérables».
Rappelons que le premier juge d’instruction près le Pôle judiciaire économique et financier a émis un mandat de dépôt à l’encontre de Me Mrabet et d’autres personnes poursuivies dans la même affaire, parmi lesquelles figure un individu recherché et condamné par contumace à 40 ans de réclusion pour trafic de drogue.
Les membres du comité de défense rejette catégoriquement toutes les accusations portées contre leur collègue et nie tout lien entre lui et un quelconque réseau de stupéfiants. Ils précisent que Me Mrabet se trouvait au domicile de l’individu recherché dans le cadre strictement professionnel de ses fonctions, celui étant l’un de ses clients.
Les débats, lors de la 153e assemblée de l’Union interparlementaire (UIP), l’organisation mondiale des parlements nationaux, qui se tiendra à Arusha (Tanzanie) du 5 au 9 octobre2026, porteront sur la sécurité maritime, le commerce régional et la résilience économique, d’une part, et les tensions budgétaires tunisiennes qui confèrent une dimension économique aux enjeux de gouvernance, d’autre part.
Le niveau élevé de la dette publique tunisienne et les possibilités limitées de financement extérieur placeront les discussions sur la gouvernance et les opportunités économiques, lors de l’Assemblée de l’UIP, dans un contexte budgétaire immédiat.
L’économie tunisienne a enregistré une croissance de 2,5 % en 2025, tandis que la dette publique est demeurée supérieure à 80 % du PIB et que les autorités ont eu de plus en plus recours au financement intérieur, le financement extérieur étant devenu inaccessible et à des taux prohibitifs.
Si les recettes touristiques et les envois de fonds ont progressé, le déficit commercial a continué, quant à lui, à se creuser et à alimenter des pressions inflationnistes.
Outre les problématiques du déficit budgétaire et de l’endettement, l’assemblée de l’UIP à Arusha, mettra aussi l’accent sur la gouvernance, l’inclusion et les opportunités offertes aux communautés.
L’usine de dessalement d’eau de mer de Djerba, la première à grande échelle en Tunisie, construite en 2018 et dotée d’une capacité de production de 50 mètres cubes par jour, devra bientôt être dotée d’une troisième ligne, offrant une capacité supplémentaire de 25 mètres cubes par jour, ce qui portera la production totale à 75 mètres cubes. Encore faut-il lui trouver les financements internationaux requis et en lancer rapidement les travaux, car le stress hydrique dont souffre l’île s’aggrave sans cesse.
Le ministère de l’Agriculture, des Ressources hydrauliques et de la Pêche a approuvé la procédure accélérée de décaissement des fonds destinés à ces travaux d’extension qui comprennent également le renforcement du réseau d’adduction et de distribution d’eau, grâce à la pose d’environ 60 kilomètres de nouvelles conduites et au remplacement des canalisations vétustes.
En réponse à une question parlementaire, le ministère Ezzeddine Ben Cheikh a indiqué que le coût total du projet est estimé à environ 200 millions de dinars tunisiens : 95 millions de dinars pour l’extension de l’usine et 105 millions pour le renforcement du réseau.
Ce projet, mis en œuvre par la Société nationale d’exploitation et de distribution des eaux (Sonede) avec le financement de la banque allemande de développement KfW et de l’Agence française de développement (AFD), a été spécifiquement conçu pour réduire la dépendance de l’île aux eaux souterraines et garantir une source supplémentaire d’eau potable, y compris durant les pics d’affluence touristique.
Tout en confirmant l’objectif d’une capacité finale de 75 mètres cubes par jour, la Sonede souligne le rôle crucial de l’usine pour répondre aux besoins de la population insulaire et soutenir les activités économiques, notamment le tourisme.
Toutefois, près de dix ans après l’inauguration de l’usine, la hausse de la consommation et la dégradation des ressources conventionnelles ont rendu nécessaire la réalisation de cette extension, déjà envisagée dans le projet initial. Le problème se fait particulièrement sentir durant les mois d’été, période où l’augmentation de la population temporaire liée au tourisme s’ajoute à la demande des communautés locales.
Le député Ghassen Yamoun a évoqué les fréquentes interruptions de l’approvisionnement en eau potable et la pression croissante sur les ressources hydriques, appelant à accélérer ce projet pour lequel, selon le ministère, les études techniques nécessaires ont déjà été réalisées. Toutefois, le projet d’extension est conditionné par la mobilisation de fonds et la conclusion d’accords de prêt avec des organismes de financement, notamment la KfW et la Banque mondiale.
Selon le député, les négociations n’ont pas encore suffisamment progressé. L’accélération annoncée par le ministère vise donc à lever l’un des principaux obstacles ayant jusqu’ici freiné l’augmentation des capacités de production : le financement qui reste à mobiliser.
Renforcer le recours aux eaux non conventionnelles
Le dossier de Djerba s’inscrit dans une stratégie plus large par laquelle la Tunisie cherche à accroître la part des ressources en eau non conventionnelles dans le système national. La première étape de cette politique a été l’usine de Djerba, suivie de la station de Zarat, dans le gouvernorat de Gabès, inaugurée en juillet 2024 par le président Kaïs Saïed. Après l’achèvement de la phase expérimentale, cette usine, dotée d’une capacité de 50 mètres cubes par jour, a été conçue pour desservir environ 1,1 million de personnes et constitue le premier projet majeur réalisé dans le cadre du programme national de dessalement lancé les années précédentes.
La deuxième grande usine opérationnelle est celle de Sfax, officiellement inaugurée le 18 juin 2026 par le ministre de l’Agriculture. Elle est entrée en service avec une capacité initiale de 100 mètres cubes par jour et une extension ultérieure jusqu’à 250 mètres cubes par jour est prévue. Construite dans le cadre de la coopération tuniso-japonaise, elle représente l’un des projets les plus importants du programme national de diversification des ressources en eau et vise à renforcer l’approvisionnement de Sfax et de ses environs.
La station de Sfax n’est toutefois pas considérée comme un projet clos. Les autorités ont déjà prévu des travaux d’extension supplémentaires dans le cadre du plan 2026-2030. Les études de conception initiales sont terminées et une partie des infrastructures nécessaires a déjà été construite, tandis que la capacité pourra être augmentée progressivement. Parallèlement, la Sonede œuvre au renforcement du réseau de distribution de la région, avec un projet soutenu par la Banque mondiale visant à améliorer la surveillance des conduites et à détecter plus rapidement les fuites.
Le projet de Sousse est encore plus proche de la phase opérationnelle. L’usine de dessalement de la ville, dont la capacité prévue est de 50 mètres cubes par jour, a vu ses quatre composantes principales achevées et est entrée dans la phase d’essais techniques en août 2026. Ces essais portent sur le prétraitement de l’eau et sur la vérification de la conformité de l’eau produite aux normes requises. Ce n’est qu’une fois ces tests et vérifications terminés que l’usine sera prête pour une exploitation effective.
Le choix du dessalement répond à une transformation structurelle de la problématique de l’eau en Tunisie. Les ressources en eau conventionnelles sont soumises à une pression croissante en raison de la sécheresse, de l’irrégularité des précipitations et de l’augmentation de la consommation, tandis que les eaux souterraines — en particulier dans le sud et les zones côtières — ne peuvent plus répondre seules à la demande. La stratégie vise donc à intégrer le dessalement de l’eau de mer, les transferts interbassins, la réutilisation des eaux usées traitées et l’entretien des infrastructures existantes.
Une nouvelle unité de réanimation chirurgicale a été inaugurée, mercredi 16 septembre 2026, au centre hospitalier universitaire de Sidi Bouzid, au centre de la Tunisie. Elle dispose de huit lits, dont quatre sont déjà entièrement équipés, tandis que les quatre autres seront aménagés dans une phase ultérieure.
Cette nouvelle unité vise à renforcer la capacité de l’hôpital à prendre en charge les patients ayant subi une intervention chirurgicale nécessitant des soins intensifs, ainsi qu’à améliorer la qualité des soins.
La Tunisie mise sur le modèle «Zéro déchet» pour s’attaquer à l’un des problèmes environnementaux les plus urgents du pays : la gestion et la valorisation des déchets urbains. Voilà pour les bonnes intentions, les stratégies et les plans sur la comète. Pour ce qui est de la réalité, les déchets urbains sont aujourd’hui jetés partout, les citoyens comme les responsables municipaux ne font pas beaucoup pour aider à améliorer cette situation que tout le monde crée et dont tout le monde en même temps se plaint.
La gestion des déchets demeure l’un des principaux défis environnementaux de la Tunisie. Selon des données publiées en mars dernier par le ministère de l’Environnement, le pays produit chaque année environ 3,3 millions de tonnes de déchets ménagers, dont la collecte et le transport sont principalement assurés par les municipalités.
Dans ce contexte où les annonces sont souvent présentées comme des réalisations, le ministère de l’Environnement a lancé, dans la région du Grand Tunis, le projet national de transition vers le «Zéro déchet», mis en œuvre en collaboration avec le Programme des Nations Unies pour le développement (Pnud) et avec le soutien du Fonds pour l’environnement mondial (FEM). S’il n’y avait pas ces deux institutions internationales pour s’y associer et, surtout, le financer, l’on se demande bien si ce projet aurait vu le jour, un jour. Qu’on nous permette d’en douter…
Selon un communiqué du ministère, le programme impliquera les quatre gouvernorats de l’agglomération de la capitale et un total de 34 communes. Celles-ci seront accompagnées dans l’élaboration de plans d’investissement et de financement visant à mettre en place les infrastructures nécessaires au traitement, à la récupération et à la valorisation des déchets.
L’une des premières initiatives concrètes concerne La Marsa, où la création d’une unité de valorisation des déchets ménagers et assimilés est prévue ; cette installation desservira également les communes de Sidi Bou Saïd et de Carthage.
La Tunisie produit chaque année environ 3,3 millions de tonnes de déchets ménagers… Leurs collecte et transport sont principalement assurés par les municipalités.
Une usine de production d’engrais organiques devrait par ailleurs voir le jour dans la même localité. Le ministre de l’Environnement, Habib Abid, a visité, le 11 septembre 2026, le site en compagnie des responsables du projet, après s’être entretenu à Tunis avec la représentante résidente du Pnud, Céline Moyroud.
Le plan prévoit également un renforcement de la réglementation contre l’usage de plastiques à usage unique ainsi que l’introduction de mécanismes de responsabilité élargie des producteurs pour diverses catégories de matériaux, allant des déchets de construction et de démolition aux emballages et aux équipements électroniques.
Un autre volet concerne le développement du compostage des déchets verts et organiques. Les autorités entendent par ailleurs développer, au sein des cimenteries, l’utilisation de combustibles dérivés de déchets non recyclables (les «RDF») pour remplacer progressivement une partie des combustibles fossiles.
Le projet s’inscrit dans le cadre de l’initiative internationale «Shifting to Zero Waste Against Pollution » (Swap), promue par le Pnud et financée par le FEM ; cette initiative, qui associe également la Chine, la Turquie, l’Uruguay et la Sierra Leone, vise à réduire la pollution, à favoriser l’économie circulaire et à améliorer la gestion des ressources dans les villes.
Traverser la Méditerranée, de la Sicile à la Tunisie, à la force de la pagaie pour récolter des fonds destinés à la recherche sur la santé néonatale. Tel est le défi de «The Smuggle», une traversée en canoë de type «surfski», un type de kayak de mer, partie avant-hier matin, de Marsala en direction des côtes tunisiennes, avec une arrivée prévue dans la région de Tunis, à Sidi Bou Saïd, après environ 273 kilomètres de navigation.
Les protagonistes de cette aventure sont Andrea Menga, 23 ans, originaire de Monopoli, et Giovanni De Carlo, 27 ans, de Chiavari. Tous deux suivent le cursus «Medtec» conjoint à l’Université Humanitas et au Politecnico di Milano, un programme qui associe une formation en médecine et chirurgie à une formation en génie biomédical.
Ils ont pris le départ le 15 septembre à 6h30 depuis le quai de la Società Canottieri Marsala, à bord d’un kayak biplace conçu pour la navigation en haute mer. L’arrivée sur la rive sud de la Méditerranée est prévue entre le 18 et le 19 septembre, bien que la durée et l’itinéraire dépendent de l’état de la mer et du rythme de la traversée.
L’expédition est accompagnée d’un bateau de soutien, indispensable pour assurer l’assistance et la sécurité lors des étapes en haute mer.
Traversée de la Méditerranée en sens inverse
L’aspect sportif n’est toutefois qu’un moyen de donner de la visibilité à «Safer», un dispositif d’assistance respiratoire néonatale. Développé dans le cadre de recherches menées au Politecnico di Milano, ce système est destiné aux établissements de santé disposant de ressources limitées. Il est conçu pour fonctionner sans apport externe d’oxygène médical et avec une faible consommation d’énergie ; ces caractéristiques sont jugées essentielles pour une utilisation dans des zones où les infrastructures et les chaînes d’approvisionnement sont fragiles, selon un communiqué des organisateurs. L’organisation «Medici con l’Africa Cuamm» est partenaire du futur essai clinique prévu en Ouganda. La campagne vise à financer le développement, la validation sur le terrain, la formation du personnel soignant ainsi que le processus de certification du dispositif. Le budget indiqué pour l’étude clinique est de 185 000 euros.
Le nom même «The Smuggle» — littéralement «la contrebande» — est délibérément symbolique. Les organisateurs précisent que l’initiative ne vise ni à imiter ni à transformer en spectacle les routes migratoires de la Méditerranée, mais à effectuer la traversée en sens inverse afin de convertir l’attention suscitée par cet exploit sportif en ressources pour la recherche et l’accès aux soins.
L’arrivée à Sidi Bou Saïd parachèvera ainsi un pont sportif et solidaire entre les deux rives de la Méditerranée, la mer servant non seulement de terrain pour le défi athlétique, mais aussi de vecteur à un projet de santé destiné aux enfants des pays les moins favorisés.
Au temps de la colonisation française, les richesses naturelles de la Tunisie étaient pillées par l’occupant. Au lendemain de l’indépendance, ces richesses ont souvent été données en gestion et exploitées par des sociétés étrangères… pour des miettes. Paradoxalement, le peuple tunisien, propriétaire de ces richesses, a du mal à joindre les deux bouts et s’endette à bout de bras pour survivre. Il est temps de mettre un terme à cette injustice et rendre au peuple ce qui lui revient. Les Norvégiens ont trouvé une formule, un fonds souverain, pourquoi ne pas s’en inspirer ? Les difficultés financières de notre pays et sa mauvaise gouvernance actuelle, portée par la dépense de fonctionnement et l’endettement extérieur, n’y plaident certes pas, mais ce n’est pas une raison pour ne pas sérieusement y penser.
Habib Glenza
Pour gérer nos ressources naturelles (pétrole, gaz, phosphate…) de manière juste et équitable, nous devons nous inspirer du Fonds souverain norvégien créé en 1990 après un vote mémorable au parlement, qui a décidé à l’unanimité que le gisement pétrolier d’Ekofisk, découvert en 1969, est la propriété du peuple norvégien et non de l’Etat. Il a, en plus, ordonné la création d’un fonds pour assurer l’avenir des générations futures, afin qu’elles ne dépendent plus du seul budget de l’Etat
Avec 5 millions et demi d’habitants pour 385 199 km2, dont 307 860 km2 de terre, la Norvège est, après l’Islande et la Russie, le pays le moins densément peuplé d’Europe. Il est aussi aujourd’hui l’un des plus riches et prospère.
L’économie norvégienne est un bastion prospère du capitalisme social, une combinaison entre marché libre et intervention de l’État. Le gouvernement, par le biais de grandes entreprises publiques, contrôle quelques domaines particulièrement stratégiques, comme une partie du secteur pétrolier.
Malgré un niveau de vie comptant parmi les plus élevés au monde, les Norvégiens s’inquiètent à propos des deux prochaines décennies, lorsque leurs réserves de gaz et de pétrole commenceront à s’épuiser. C’est pourquoi le pays dépose, depuis 1990, la totalité de ses revenus pétroliers dans le fonds pétrolier norvégien. Le capital ainsi obtenu est investi à l’étranger : à la fin 2016, il est estimé à 850 milliards d’euros et en 2021, il atteint 1 162 milliards de dollars avec une progression de 10% par an environ. Les revenus pétroliers de la Norvège en 2022 s’élèvent à environ 131 milliards d’euros, presque le triple de ses revenus de 2021.
De la découverte du gisement d’Ekofisk à la règle de 3%
En décembre 1969, le gisement pétrolier d’Ekofisk est découvert en mer du Nord. La Norvège comprend vite le risque : quand une rente pétrolière tombe dans un budget national, elle se transforme en dépenses courantes, en inflation et en monnaie surévaluée. Le parlement vote alors en 1990 la création d’un fonds souverain (Statens pensjonsfond Utland en norvégien, ou «Fonds de pension gouvernemental-Étranger»), qui commence à être alimenté en 1996.
Le mécanisme tient en trois règles : 1 – les revenus des hydrocarbures, appartiennent au peuple norvégien, seront versés dans le fonds souverain et non dans les caisses de l’Etat ; 2 – le fonds souverain doit investir 100% des revenus à l’étranger ; 3 – l’Etat ne peut prélever qu’environ 3% de la valeur du fonds par an.
Résultat ? Depuis 1996, l’Etat a versé dans le Fonds 550 milliards d’euros et en retiré 61 milliards. Le reste des revenus, à savoir 1330 milliards d’euros, représentent des rendements cumulés ! C’est là que réside le miracle de ce Fonds qui a gagné plus d’argent en investissant qu’en pompant dans les caisses de l’Etat.
En effet, le Fonds souverain norvégien s’est accru de 23 milliards de dollars en 1998 à 2 292 milliards en 2026 ! Ainsi, le peuple norvégien n’a plus besoin d’endetter son Etat et a garanti l’avenir de ses enfants.
La gouvernance du Fonds souverain norvégien
Le Fonds souverain norvégien valait environ 2 000 milliards d’euros au 30 juin 2026, soit 22 683 milliards de couronnes norvégiennes ou 2 300 milliards de dollars. Sa valeur a progressé de 125 milliards d’euros sur le semestre. Cela représente près de 355 000 € par citoyen.
En guise de comparaison avec les pays endettés, la dette américaine a atteint 40 000 milliards de dollars à la mi-août 2026, soit 108 000 euros par habitant et celle française à 52 000 euros par habitant. En Norvège, cette progression se décompose en trois mouvements : +155 milliards d’euros de rendement des investissements, +7,9 milliards d’apports nets de l’État après ponction des frais, et -38 milliards d’effet de change, la couronne s’étant renforcée.
Le fonds souverain norvégien détient exactement 7 077 lignes d’actions dans 54 pays, pour 1 454 milliards d’euros. Ses trois plus grosses positions sont Nvidia (54 milliards d’euros), Apple (46 milliards d’euros) et Alphabet (44 milliards d’euros), devant Microsoft. Détail que la presse passe souvent sous silence : le classement par valeur détenue ne suit pas le classement des capitalisations mondiales, parce que les pondérations indicielles et les exclusions éthiques déforment légèrement le portefeuille. Le fonds détient 1,53 % de toutes les actions cotées de la planète, et jusqu’à 2,27 % des actions européennes appartiennent au peuple norvégien
À quel pays la Norvège prête-t-elle ?
Oslo prêt 320 milliards d’euros de dette aux États-Unis, en tête avec 184 milliards d’euros (soit 57 %), devant le Japon (22,3 milliards d’euros) ; le Royaume-Uni (17,2 milliards d’euros) ; l’Allemagne (14,4 milliards d’euros) ; Singapour (13,2 milliards d’euros) ; Canada, Italie, et France (7,9 milliards d’euros chacun).
L’inventaire immobilier, à lui seul, compte 1 625 propriétés détenues en direct dans le monde : 714 plateformes logistiques (dont 681 avec Prologis), 550 commerces, 219 bureaux et 137 immeubles résidentiels luxueux.
Le fonds est copropriétaire de 47 adresses sur Regent Street aux côtés de The Crown Estate, le patrimoine foncier de la Couronne britannique, de 225 actifs à Covent Garden et Chinatown, de 171 immeubles à Mayfair et Belgravia avec Grosvenor, et du 7 Times Square à New York.
Quand on fait du shopping sur Regent Street, le loyer commercial revient à la Norvège, qui est un modèle de gouvernance dont chaque pays devrait s’inspirer pour ne plus dépendre du budget de l’Etat. Ce modèle de gouvernance assure totalement l’avenir des générations à venir.
Dans un peu moins de sept mois, la France élira son nouveau président. Et, sans surprise désormais, Marine Le Pen apparaît en tête des intentions de vote dans plusieurs scénarios de la présidentielle de 2027. Il y a pourtant un demi-siècle, le parti dont elle a hérité de son père, le Front National (FN), végétait aux marges de la vie politique française. Comment, des casernes d’Alger aux portes de l’Élysée, le lepénisme a-t-il accompli cette incroyable traversée ?(Photo : Tout compte fait, Marine Le Pen n’a pas renié grand-chose du passé raciste et xénophobe de son père, Jean-Marie Le Pen).
Abderrahmane Cherfouh *
Pour comprendre cette ascension, il faut remonter bien avant la création du FN en 1972. Il faut revenir à une France sortie meurtrie par la guerre, à une extrême droite marginalisée après la libération, puis aux guerres coloniales qui vont offrir à une partie de cette famille politique un nouveau terrain de combat.
Le legs colonial et raciste de Le Pen père
Jean-Marie Le Pen appartient à cette génération. Après l’Indochine, il s’engage en Algérie. Élu député en 1956, il rejoint en 1957 le 1er régiment étranger de parachutistes et participe à la bataille d’Alger.
Le dossier de la torture restera attaché à son nom. Il ne s’agit pas ici de reprendre une accusation sans fondement : témoignages, déclarations publiques de Le Pen lui-même et enquêtes journalistiques ont nourri pendant des décennies un dossier historique particulièrement lourd.
Pour les Algériens, qui connaissent le prix du sang et le prix humain de cette guerre, cette page de l’histoire ne peut évidemment être traitée comme un simple épisode parmi d’autres. Elle ne peut davantage être réduite à une querelle mémorielle entre Français et Algériens. La torture, les exécutions sommaires, les déplacements forcés et les violences faites aux populations civiles relèvent de questions qui dépassent les frontières et les nationalités. Elles touchent à ce qu’il y a de plus fondamental dans l’idée même de dignité humaine.
C’est aussi pour cette raison que l’histoire de Jean-Marie Le Pen en Algérie ne peut être séparée de l’histoire politique qui suivra. La guerre d’Algérie appartient au passé, mais certaines des idées, certains des hommes et certains des réseaux qui s’y sont engagés ont continué leur parcours dans la France métropolitaine après 1962.
En 1962, l’Algérie devient indépendante. Pour les défenseurs de l’Algérie française, c’est une défaite historique. Certains rejoignent l’OAS, d’autres sont emprisonnés, d’autres encore poursuivent leur combat politique en métropole.
Les hommes ne disparaissent pas avec les causes perdues. Les réseaux se recomposent.
1972 : la naissance du FN
Le FN est fondé en octobre 1972. Il n’est pas, à l’origine, le simple parti personnel de Jean-Marie Le Pen. Le nouveau mouvement rassemble plusieurs courants de l’extrême droite, avec notamment des cadres issus d’Ordre nouveau, des anciens partisans de l’Algérie française, des nationalistes et des catholiques traditionalistes.
Parmi les personnalités des débuts figurent François Brigneau et Pierre Bousquet, dont les parcours sont marqués par la collaboration avec les Nazis et, pour le second, par son engagement dans la Waffen-SS.
Cette généalogie ne signifie évidemment pas que tous les futurs électeurs du FN partageront ces références. Elle permet simplement de comprendre le milieu politique dans lequel le parti prend naissance.
À ses débuts, le FN est électoralement marginal. Jean-Marie Le Pen comprend cependant qu’il lui faut sortir du ghetto de l’extrême droite traditionnelle et trouver un thème capable de toucher beaucoup plus largement. Ce thème sera l’immigration.
Le FN ne peut plus promettre le retour de l’Algérie française. Il peut en revanche présenter l’immigration comme une menace pour l’identité, l’emploi, la sécurité, le logement ou les prestations sociales.
L’immigré devient progressivement le bouc émissaire idéal des frustrations sociales.
Le parti ne parle plus seulement aux anciens militants de l’Algérie française. Il s’adresse au salarié inquiet pour son emploi, au chômeur, à celui qui attend un logement, à celui qui a le sentiment que les partis traditionnels ne l’écoutent plus.
C’est là que s’opère la première grande transformation du lepénisme : une idéologie marginale devient progressivement une offre électorale nationale.
C’est une histoire dramatique pleine de contradictions. Des hommes venus d’ailleurs ont combattu pour la France, parfois comme chair à canon, participé à sa libération, puis contribué à sa reconstruction, souvent dans les emplois les plus difficiles. Et pourtant, celui dont on avait hier besoin des bras allait devenir, dans certains discours politiques, celui dont on conteste aujourd’hui la présence, ainsi que celle de ses enfants et petits-enfants.
Hier, on avait besoin de ses bras ; aujourd’hui, sa présence devient un problème, une menace — et parfois même un bulletin de vote à conquérir.
Montretout : la fortune au service d’une ambition
En 1976, la succession d’Hubert Lambert, riche héritier et sympathisant d’extrême droite, dont Jean-Marie Le Pen a hérité, procure à l’agitateur politique une indépendance financière considérable. Le domaine de Montretout, sur les hauteurs de Saint-Cloud, devient à la fois le quartier général, le centre politique et le sanctuaire familial de l’univers lepéniste. Cette aisance matérielle soudaine permet à un chef de parti encore marginal de s’inscrire dans la durée.
Des polémiques ont entouré cette succession, mais elles ne doivent pas être transformées en accusations que les faits établis ne permettent pas de soutenir.
Le FN commence réellement à percer au début des années 1980. Aux élections européennes de 1984, la liste conduite par Jean-Marie Le Pen obtient 10,95 % des suffrages exprimés. Mais Jean-Marie Le Pen possède une autre arme : la provocation. En 1987, interrogé sur les chambres à gaz, il parle d’un «point de détail» de l’histoire de la Seconde Guerre mondiale. Quelques années plus tard, lançant lors d’un meeting son sinistre «Je préfère voir les vaches que les Arabes», il enfonce le clou de l’outrage calculé.
Ces deux déclarations font le tour du monde. Le Pen choque, ses adversaires condamnent, les médias relaient et le FN occupe l’espace public. La provocation devient une méthode de communication politique.
21 avril 2002 : le plafond de verre se brise
Puis survient le séisme. Le 21 avril 2002, le plafond de verre se brise. Jean-Marie Le Pen accède au second tour de l’élection présidentielle et provoque un véritable tremblement de terre politique.
Ce n’est plus seulement le destin d’un parti marginal qui vacille : ce sont les fondations d’une société multiculturelle construite au fil de plusieurs générations qui commencent à être ébranlées.
Les répliques de ce séisme seront nombreuses. Elles traverseront la vie politique française, modifieront le débat public et contribueront, année après année, à faire passer certaines idées de la marge vers le centre de la scène politique.
Le 21 avril, Jean-Marie Le Pen obtient 16,86 % des suffrages au premier tour et arrive devant Lionel Jospin, qui recueille 16,18 %. Jacques Chirac arrive en tête avec 19,88 %. Le Premier ministre socialiste est éliminé. La France et le reste du monde découvrent avec stupeur que le candidat de l’extrême droite est au second tour.
Le phénomène s’explique par plusieurs facteurs : fragmentation exceptionnelle du premier tour, dispersion des candidatures de gauche, abstention et progression du FN…
Mais l’événement reste historique. Au second tour, Jacques Chirac obtient 82,21 % des suffrages exprimés contre 17,79 % à Jean-Marie Le Pen. Ces 82,21 % ne constituent évidemment pas un plébiscite personnel pour Jacques Chirac. Des socialistes, des communistes, des écologistes, des centristes, des gaullistes et des électeurs qui n’avaient aucune sympathie particulière pour le président sortant se retrouvent, le temps d’un scrutin, dans le même camp.
82,21 % des suffrages exprimés ont alors parlé d’une seule voix : non pas pour Chirac, mais contre Le Pen. On croit avoir fermé la porte. En réalité, elle vient de s’ouvrir.
L’histoire présidentielle française devrait pourtant nous apprendre à nous méfier des certitudes.
En 1995, Jacques Chirac est longtemps distancé par Édouard Balladur dans les intentions de vote. Les ralliements à Balladur se multiplient. Puis Chirac remonte. Au premier tour, il obtient finalement 20,8 %, contre 18,6 % à Balladur, tandis que Lionel Jospin arrive en tête avec 23,3 %. Chirac gagne ensuite le second tour.
La leçon est simple : les sondages mesurent une opinion à un moment donné ; ils ne déposent pas les bulletins dans les urnes.
En 2002, presque personne n’avait véritablement prévu l’élimination de Jospin.
Pourquoi faudrait-il considérer aujourd’hui que 2027 est déjà écrite ?
Marine Le Pen : de la provocation à la banalisation
Les sondages actuels placent certes Marine Le Pen dans une position particulièrement favorable. Mais une élection présidentielle demeure une rencontre entre une campagne, des candidats, des événements, des choix d’électeurs et un contexte qui peut encore changer.
Marine Le Pen a compris ce que son père n’avait jamais réellement pu accomplir : pour atteindre l’Élysée, il ne suffit plus d’être le porte-parole de la colère. Il faut devenir crédible. Elle entreprend donc la «dédiabolisation». Le vocabulaire change. Certaines provocations sont mises à distance. Le pouvoir d’achat, les services publics, la sécurité, la souveraineté et la protection des classes populaires occupent davantage le discours.
Le FN devient RN (Rassemblement national) en 2018. Mais changement de style ne signifie pas disparition du socle politique. L’immigration demeure centrale, l’identité et la sécurité restent des thèmes majeurs et la préférence nationale continue d’occuper une place importante dans le projet.
Jean-Marie Le Pen avait fait de la provocation une arme. Sa fille a fait de la banalisation une stratégie. Et c’est peut-être là sa plus grande réussite : les thèmes autrefois considérés comme ceux de l’extrême droite ont progressivement pénétré le débat général.
Que reste-t-il de la France des grandes consciences ?
Cette évolution conduit à une question plus large. Que leur arrive-t-il, à ces nouveaux réactionnaires qui semblent parfois avoir oublié une partie de l’histoire intellectuelle de leur propre pays ?
Il fut un temps où des intellectuels français se trouvaient en première ligne pour défendre des causes que tout semblait condamner : l’affaire Calas, affaire Dreyfus, l’indépendance algérienne, la dénonciation de la torture, la paix au Vietnam…
De Rousseau à Voltaire, de Zola à Sartre, la France a connu une longue tradition d’intellectuels considérant que leur rôle n’était pas seulement d’écrire, mais aussi de déranger, de contester et, lorsque leur conscience l’exigeait, de s’opposer à la raison d’État.
Zola avait risqué sa réputation avec «J’accuse». Pendant la guerre d’Algérie, des intellectuels et des citoyens français avaient choisi l’insoumission plutôt que le silence.
Aujourd’hui, une partie du paysage intellectuel semble davantage préoccupée par l’audience, la carrière et la visibilité. L’époque a changé. Mais une question demeure : que vaut une intelligence lorsqu’elle n’est plus capable de prendre le risque de défendre une cause impopulaire ?
Cette évolution conduit également à s’interroger sur la capacité de la France à défendre une conception véritablement universelle des droits de l’Homme.
C’est dans ce paysage qu’il faut regarder Gaza. Si j’évoque Gaza, ce n’est pas parce que les victimes sont palestiniennes. C’est précisément parce qu’elles sont des victimes : des femmes, des enfants, des vieillards, des populations civiles. Leur religion ne devrait rien changer à notre indignation. Leur nationalité non plus. Leur appartenance ethnique ou politique encore moins. Un enfant reste un enfant. Une vie humaine reste une vie humaine. La justice n’a pas de passeport. La souffrance n’a pas de religion.
C’est pourquoi la position de Dominique de Villepin mérite d’être rappelée : il a régulièrement appelé à défendre le droit international et à ne pas détourner le regard devant le drame humanitaire de Gaza.
Ce qui mérite d’être retenu ici n’est pas qu’il aurait choisi «le camp palestinien». C’est qu’il a rappelé que le droit et la dignité humaine ne devraient pas être soumis à la logique des camps. C’est cela, l’universalisme.
Des casernes d’Alger aux portes de l’Élysée
L’histoire du lepénisme est finalement celle d’une métamorphose : une génération marquée par les guerres coloniales, l’Algérie française, la décolonisation, la recomposition de l’extrême droite, la naissance du FN, l’immigration transformée en arme électorale, les provocations de Jean-Marie Le Pen, le séisme du 21 avril 2002, puis la dédiabolisation menée par sa fille.
Le parti qui végétait aux marges de la vie politique française est devenu une force politique majeure.
Marine Le Pen a déjà atteint deux fois le second tour de la présidentielle et se présente aujourd’hui pour 2027 dans une position particulièrement favorable. Mais rien n’est joué. L’histoire électorale française a suffisamment montré que les certitudes des sondages pouvaient être démenties par le suffrage universel.
La question dépasse désormais largement la seule famille Le Pen. Elle concerne une France qui fut longtemps fière de ses grandes consciences, de ceux qui, d’Emile Zola à Gisèle Halimi, de Victor Hugo à Jean-Paul Sartre, choisirent parfois leur conscience plutôt que la raison d’État.
La France des droits de l’Homme saura-t-elle encore reconnaître ce qui a fait sa grandeur ? Retrouvera-t-elle le sursaut républicain qui fut le sien le 5 mai 2002 ?
Le jour de l’élection, la France des droits de l’Homme saura-t-elle encore dire : basta à l’exclusion, basta au racisme, basta à la politique du deux poids, deux mesures ? Saura-t-elle rester fidèle à ce qu’elle a longtemps prétendu être, ou choisira-t-elle d’abdiquer et de laisser faire ? La réponse appartiendra aux Français.
Des casernes d’Alger aux portes de l’Élysée, la marche aura été longue. Mais le dernier mot n’appartient ni aux sondages, ni aux héritiers, ni aux stratèges. Il appartiendra au peuple français.
Le chercheur égyptien Eslam Hamza Ibrahim Al Dassouky s’apprête à soutenir sa thèse de doctorat qui a pour thème : «La configuration de l’espace dans la poésie de Tahar Bekri» à la Faculté des lettres et des arts de l’Université de Banha, en Egypte (Département de français). Ph. Anne Savate.
Né le 7 juillet 1951 à Gabès et vivant en France depuis les années 1980, Tahar Bekri est un poète, essayiste et critique littéraire tunisien de langues française et arabe. Auteur d’une trentaine d’ouvrages, sa poésie, saluée par la critique, est traduite en plusieurs langues, notamment le russe, l’anglais, l’italien, l’espagnol et le turc.
La soutenance aura lieu le samedi 19 septembre 2026 à 11h.
Donald Trump a négligé les diplomates durant son premier mandat et encore plus durant le second, c’est à sa famille et à ses proches qu’il confie les dossiers sensibles et tant pis s’ils sont incompétents ! Alors que le secrétaire d’État Marco Rubio est marginalisé à tel point qu’on oublie qu’il existe, il s’occupe uniquement de l’Amérique latine, ce sont son ami homme d’affaires Steve Witkoff et surtout son gendre, affairiste lui aussi, Jared Kushner, qui ont la haute main sur les grands dossiers de la politique internationale. «Monsieur Gendre» n’oublie pas de s’engraisser au passage mais aussi, en grand sioniste devant l’Éternel, à veiller aux intérêts d’Israël.
Imed Bahri
Le magazine américain The New Yorker a publié une enquête de Dexter Filkins intitulée «La diplomatie du dollar de Jared Kushner» dans laquelle l’auteur estime que le gendre de Trump incarne ce profil de personnes à Washington pour qui la fonction publique constitue un moyen d’accéder à davantage d’opportunités pour augmenter sa fortune.
Dans les dernières heures précédant la déclaration de guerre des États-Unis à l’Iran en février dernier, Kushner a rencontré des négociateurs iraniens à Genève, dans une tentative désespérée d’éviter un conflit qui a plongé la région dans le chaos et déstabilisé l’économie mondiale. Après la réunion, Kushner a déclaré aux journalistes que les négociateurs iraniens ne méritaient pas son temps : «Beaucoup de manigances. En gros, ils jouent avec nous sur tous les fronts, et le terrain est très, très glissant».
Un amateurisme diplomatique inquiétant
Le gendre de Donald Trump, à l’apparence juvénile, s’est vu octroyer des pouvoirs extraordinaires ces dernières années. Avec Witkoff, l’envoyé spécial du président, il a été chargé de mettre fin aux guerres à Gaza, en Ukraine et partout où elles éclatent.
Kushner, 45 ans, n’accorde que peu d’importance à l’art de la diplomatie. Il estime que la connaissance de l’histoire de la région ou des détails des positions des parties négociatrices importe moins que l’écoute des différents points de vue et la recherche de compromis. Il affirme que les accords de paix sont comme des transactions immobilières, les deux impliquent des négociations ardues et parfois des tromperies. Les difficultés rencontrées par de nombreux diplomates avant lui, soutient-il, ne témoignent pas de la complexité des problèmes internationaux, mais plutôt des lacunes de ses prédécesseurs. En 2020, après la présentation par Trump de son premier plan de paix pour le Moyen-Orient, il déclare : «On me critique depuis deux ans pour ne pas avoir suivi leur approche. Si l’un d’eux avait réussi, je n’aurais pas à gérer cette situation».
Pourtant, ni Kushner ni Witkoff ne prêtent grande attention aux conseils des experts, même lorsqu’ils s’attaquent à deux dossiers complexes comme l’Iran et l’Ukraine. Ils négocient sans conseillers ni connaissance des détails de ces deux conflits.
L’auteur cite un diplomate au fait des négociations avec l’Iran, selon lequel, lorsque le ministre iranien des Affaires étrangères, Abbas Araghtchi, a commencé à faire des concessions, les Américains n’ont pas pleinement saisi la portée des propositions. Ils ont consulté Rafael Grossi, directeur général de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA), mais ce dernier participait aux pourparlers en tant que tiers neutre. Un ancien responsable de la Maison-Blanche ayant travaillé sur le dossier nucléaire iranien a exprimé sa profonde frustration face à ce manque de préparation : «Les Iraniens sont venus vous présenter une proposition. Qu’est-ce que cela signifie réellement ? Quel impact aura-t-elle sur eux, à court ou à long terme ? Quelles sont les solutions alternatives ? L’absence de conseillers techniques constitue une grave négligence».
«À en juger par les propos de Kushner et Witkoff, il est clair qu’ils ne maîtrisent pas grand-chose sur le plan technique», a déclaré Kelsey Davenport, experte en non-prolifération à l’Arms Control Association.
Israël impose et les Etats-Unis disposent
Un ami de Kushner s’est montré encore plus direct : «C’est un homme sympathique mais il est complètement déconnecté de la réalité». Inquiet, le ministre omanais des Affaires étrangères, Badr al-Busaidi, s’est rendu à Washington pour tenter d’éviter la guerre. N’ayant pu rencontrer Trump, il s’est entretenu avec le vice-président J.D. Vance, un opposant déclaré à la guerre, qui a affirmé sur CBS «qu’un accord était à portée de main» mais Witkoff et Kushner ont alors annoncé à Trump que l’Iran refusait de capituler. L’attaque a commencé.
Au fur et à mesure que la guerre se déroulait, Kushner a avancé une justification surprenante pour attaquer les Iraniens : «Ils auraient pu, vous savez, se doter de l’arme nucléaire en quelques jours ou semaines s’ils s’en étaient donné les moyens». Cette justification était illogique. Depuis les frappes de 2025 contre les installations nucléaires iraniennes, l’AIEA n’avait trouvé aucune preuve de reprise du programme d’armement nucléaire.
En réalité, Trump a été poussé à la guerre par Benjamin Netanyahu qui pensait qu’une campagne coordonnée permettrait de renverser rapidement le régime iranien.
Lorsque les services de renseignement américains ont localisé les hauts responsables, Israël a lancé la frappe. Trump a alors décidé que les États-Unis ne pouvaient éviter la guerre, selon le secrétaire d’État Marco Rubio : «Une action israélienne était attendue et nous savions qu’elle entraînerait une attaque contre les forces américaines». Sept mois plus tard, Trump est toujours empêtré dans le conflit et confronté à une crise économique mondiale due à la fermeture du détroit d’Ormuz et aux pénuries de munitions essentielles.
Pour tout autre envoyé présidentiel, les négociations avec l’Iran auraient eu des conséquences désastreuses mais pas pour Kushner, la guerre n’était pas sa priorité. Tout en négociant avec l’Iran, il gérait également des milliards de dollars d’investissements versés dans son fonds d’investissement privé par d’autres gouvernements de la région.
Tout au long de la présidence de Trump, Kushner a bâti sa carrière sur l’alliance du monde des affaires et de la politique. Il affirme que son expérience d’homme d’affaires contribue à ses efforts diplomatiques car elle lui permet de trouver des solutions novatrices à des problèmes généralement traités par des bureaucrates ingénieux.
À mesure qu’il parcourait le monde au service de Trump, son implication dans les affaires commerciales des pays où il opérait s’est accrue. Il représente une nouvelle génération de personnalités à Washington, pour qui la fonction publique devient un moyen d’amasser des fortunes colossales.
Ces deux dernières années, un groupe de personnes proches de la Maison-Blanche, parmi lesquelles les frères Witkoff, le conseiller en cryptomonnaies David Sacks et d’autres membres de la famille Trump, ont utilisé leurs fonctions officielles pour s’enrichir de milliards de dollars.
«Je les connais tous», déclare un ancien responsable américain qui était en poste au Moyen-Orient, qui ajoute: «Ils assistent aux réunions et mènent des affaires parallèlement à leur diplomatie. Ils disent : Assez parlé de cessez-le-feu. Nous avons cet hôtel que nous voulons construire ! Voilà le genre de politique étrangère que mène l’Amérique aujourd’hui».
Lorsque Kushner a quitté Washington après la fin du premier mandat de Trump, il était épuisé par quatre années de conflits internes et embarrassé par les émeutes du 6 janvier. L’auteur cite un ami qui affirme: «Jared et Ivanka ont délibérément choisi de se retirer et de ne pas apparaître comme les représentants de Trump».
La famille Kushner s’installe à Indian Creek, en Floride, où elle acquiert une somptueuse demeure de 24 millions de dollars construite sur une île privée, un havre de paix surnommé «le refuge des milliardaires». Kushner fonde sa propre société de capital-investissement, Affinity Partners, et met à profit ses relations pour constituer un portefeuille d’investissements lucratif. En 2024, il déclare : «À ce stade de ma vie, je souhaite me concentrer sur mon entreprise».
Avec le retour de Trump à la Maison-Blanche, ce dernier insiste pour que Kushner le rejoigne. Après quelques hésitations initiales, Kushner accepte et est envoyé avec Witkoff pour traiter des questions internationales, alors que l’influence des États-Unis est en déclin. Leur première étape est l’Ukraine, où ils présentent un plan de paix. Certains observateurs soupçonnent que la Russie a en réalité proposé aux Américains des accords commerciaux en échange d’un accord de paix favorable. «C’est l’opinion générale!», selon un ancien responsable américain.
Arrogance et suffisance héritées de son père
Dexter Filkins a relevé que l’assurance de Kushner, que certains qualifient plutôt d’arrogance, s’est pleinement manifestée en 2024 lors d’une conférence à l’Université Harvard. Il y a dressé un bilan cinglant de plusieurs accomplissements diplomatiques majeurs des administrations précédentes : l’accord de Barack Obama visant à limiter le programme nucléaire iranien était «l’un des accords les plus stupides» jamais conclus, et les accords d’Oslo, qui définissaient en 1993 le processus de création d’un État palestinien, étaient un «échec total». Il s’est montré beaucoup plus élogieux envers son propre travail : «Je pense que mon bilan au Moyen-Orient est sans égal ces dernières années». Cette assurance a agacé les diplomates chevronnés. «Il est incroyablement sûr de lui et extrêmement arrogant», a déclaré un ancien responsable américain qui a travaillé avec lui.
Le sentiment de supériorité de Kushner remonte à son enfance à Livingston, une ville cossue du nord du New Jersey, au sein d’une famille juive orthodoxe. Son père, Charles*, avait amassé une fortune considérable dans le secteur de la construction. Malgré les généreux dons de Charles aux œuvres caritatives locales, son caractère suscitait le scepticisme. Un proche de la famille déclara: «Charles Kushner avait une très mauvaise réputation au sein de la communauté juive. Il était connu pour sa grossièreté et son avidité. Les Kushner sont réputés pour leur cupidité».
Une autre connaissance décrivit Kushner et son parcours universitaire médiocre comme «l’incarnation grotesque de celui qui a tout reçu». Malgré ses qualifications académiques modestes, Kushner fut admis à l’université Harvard après que son père eut promis 2,5 millions de dollars et les dons commencèrent à affluer dès son inscription.
À l’arrivée au pouvoir de Trump, Kushner est devenu une sorte de ministre sans portefeuille, travaillant sur des dossiers allant de la réforme du droit pénal à la renégociation des accords commerciaux. À l’instar du président, il avait tendance à s’appuyer davantage sur ses amis fortunés que sur les fonctionnaires. Un ancien haut responsable républicain proposa de recruter des experts en politique financière et monétaire mais Kushner refusa, déclarant : «Vous ne comprenez pas. Nous embauchons des milliardaires, des milliardaires!»
Israël, Israël et toujours Israël !
Kushner s’est rapidement concentré sur le Moyen-Orient, où il a contribué à mettre en œuvre une politique de soutien indéfectible à Israël. Il a grandi avec des convictions intransigeantes sur la région, et son père était depuis longtemps un donateur pour des causes israéliennes, notamment des organisations comme les Amis américains de la Yeshiva de Beit El**, qui soutiennent les colonies en Cisjordanie. Charles Kushner est également un ami personnel du Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu depuis des décennies.
Trump et ses conseillers estimaient que l’Iran, principal adversaire des États-Unis au Moyen-Orient, avait bénéficié d’une impunité totale. Pour contenir ce pays, ils souhaitaient renforcer les liens avec l’Arabie saoudite, mis à rude épreuve sous Obama. Trump a chargé Kushner de rétablir ces liens. Les agences de renseignement américaines ont restreint l’accès de Kushner aux documents hautement classifiés, craignant que ses intérêts commerciaux ne le rendent vulnérable à une exploitation par des adversaires étrangers mais certains diplomates voyaient en son parcours un atout majeur pour le Moyen-Orient. À l’instar des monarchies du Golfe, les familles Trump et Kushner fonctionnaient essentiellement comme des entreprises familiales.
Les affaires de Kushner sont largement financées par le Etats du Golfe.
Des relations étroites avec les États du Golfe
Les relations étroites de Kushner avec les États du Golfe ont joué un rôle central dans les accords d’Abraham. Le New Yorker rappelle sa relation étroite avec le prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane et le soutien apporté par l’administration Trump à l’ascension de l’homme fort de l’Arabie saoudite.
Après le départ de Trump de la Maison-Blanche, Kushner a continué de tirer profit de cette relation et des investissements qui en ont découlé, largement financés par des fonds du Golfe.
Un ami de Kushner affirmé au New Yorker que ce dernier est retourné à la Maison-Blanche lors du second mandat de son beau-père en partie parce qu’il pensait pouvoir aider Israël. Bien qu’il ait parfois évoqué l’amélioration des conditions de vie des Palestiniens, il n’a pas hésité à bafouer leurs intérêts pour garantir les accords d’Abraham. À l’université Harvard en 2024, il a déclaré que le meilleur endroit pour les Gazaouis serait probablement le désert du Néguev, en Israël. Il n’a pas expliqué comment ils seraient contraints de se déplacer ni s’ils seraient autorisés à revenir. Il a décrit Gaza comme «un lieu misérable construit par des ONG et des terroristes».
Le Moyen-Orient n’était pas le seul terrain où Kushner a prospéré, il a également mené des projets controversés en Albanie et ailleurs.
Pendant ce second mandat de Trump, il continue de s’enrichir. En 2025, de nouveaux investissements en provenance du Moyen-Orient ont contribué à une croissance de 30% de son fonds, atteignant plus de six milliards de dollars. Affinity Partners estime son taux de rendement interne annuel à 25%. Parmi ses projets figurent deux investissements majeurs en Israël : 110 millions de dollars dans le groupe Shlomo, une société de location de voitures et environ 300 millions de dollars dans Phoenix Financial, une compagnie d’assurance.