Amnesty International Tunisie lance la quatrième édition de son prix des médias pour les droits humains, baptisé cette année «Prix Kamel Labidi pour les médias». Ce concours vise à honorer les journalistes professionnels, les jeunes et les créateurs de contenu engagés dans la défense des droits humains.
Décédé le 17 janvier 2026, Kamel Labidi était un journaliste indépendant et intègre et un défenseur de la liberté de la presse et de la liberté d’expression en Tunisie et dans le monde arabe. Il a pris part à la construction et à la réforme du secteur de la presse et des médias en Tunisie en président l’Instance nationale pour la réforme de de l’information et la communication (Inric) après la révolution du 14 janvier 2011; mais lorsque les libertés ont de nouveau reculé dans le pays, il a choisi de se mettre en retrait une fois de plus, et s’est installé au Liban où il est décédé.
Le prix est ouvert aux journalistes professionnels, aux jeunes, aux citoyens et citoyennes ainsi qu’aux créateurs et créatrices de contenu qui s’engagent à défendre les droits humains et contribuent, par leurs travaux, à mettre en lumière les questions qui y sont liées.
Les candidatures sont ouvertes du 15 septembre au 15 novembre 2026 via le formulaire en ligne.
Vous trouverez les conditions et les modalités de participation à ce lien.
Trois cinéastes tunisiens seront présents à la 37e édition du Festival du film arabe de Fameck qui se tiendra au 1er au 11 octobre 2026 à Thionville Fensch (France). Il s’agit de Hind Meddeb qui présentera son film ‘‘Soudan, souviens-toi’’ hors compétition et présidera le jury de la compétition du documentaire. Pour leur part, Mohamed Ali Nahdi et Amel Guellaty présenteront leurs longs métrages de fiction respectifs ‘‘Le 13e round’’ et ‘‘D’où vient le vent ‘’ en compétition officielle.
Cette 37e édition, qui sera plus que jamais centrée sur le cinéma comme langage universel et espace de résistance pour saisir les enjeux que traverse le monde arabe contemporain, présentera un panorama de 40 longs et 12 courts métrages de fiction, d’animation et documentaires venus d’Algérie, d’Arabie Saoudite, d’Égypte, d’Irak, de Jordanie, du Liban, du Maroc, de Palestine, de Syrie, de Tunisie et du Yémen (dont plusieurs inédits et avant-premières).
Dans le cadre d’un focus, et pour la première fois, le Festival met aussi à l’honneur le Soudan à travers une dizaine de films et célèbre un cinéma de résistance marqué par la censure, qui renaît et se réinvente à travers l’exil.
Porté par des cinéastes engagés, il s’impose dans les festivals par sa maîtrise des codes cinématographiques et sa signature esthétique originale, œuvrant à faire sortir du silence, voire de l’indifférence, un pays meurtri par une grave crise humanitaire et un très important déplacement de population.
La Tunisie ne rejoindra pas la zone euro. Elle n’est pas membre de l’Union européenne (UE), elle ne siège ni à la Banque centrale européenne (BCE), ni dans les institutions qui fixent la politique monétaire du continent. Mais une question mérite d’être posée – à titre d’hypothèse : un pays aussi étroitement arrimé à l’économie européenne a-t-il intérêt à utiliser l’euro ?
Ali Guidara*
L’idée peut sembler iconoclaste. Le dinar est un symbole de souveraineté et un instrument de politique économique. Mais toute monnaie doit aussi être jugée à l’aune de son utilité concrète : facilite-t-elle les échanges, sécurise-t-elle l’investissement, protège-t-elle le pouvoir d’achat et permet-elle à l’économie d’absorber les chocs ?
Pour une économie largement tournée vers l’Europe, la question n’est donc pas théorique. Elle est commerciale, industrielle et financière – mais aussi, on le verra, politique. Il ne s’agit pas de plaider ici pour une adoption immédiate de l’euro, mais d’utiliser cette hypothèse comme un révélateur : que dit-elle de la place de la monnaie dans le modèle économique tunisien ?
Une économie fortement arrimée à l’Europe
La Tunisie exporte massivement vers le marché européen et importe de l’UE une part importante de ses biens d’équipement, de ses intrants et de ses produits intermédiaires. Elle accueille des entreprises européennes et s’insère dans leurs chaînes de valeur, notamment dans les composants électriques, l’automobile, le textile, l’aéronautique et certains services. L’Europe n’est pas seulement son principal client. Elle est aussi un fournisseur, un investisseur et un partenaire de production.
Dès lors, une frontière monétaire traverse l’économie tunisienne. Les recettes d’exportation sont souvent libellées en euros, tandis que les salaires et une large partie des charges sont payés en dinars. Les machines, les technologies, certains composants et certains financements sont acquis en devises, alors que les entreprises tiennent l’essentiel de leur comptabilité en monnaie nationale. Les investisseurs européens, eux, raisonnent en euros et supportent un risque de change qui pèse sur leurs décisions.
Selon les données de l’Institut national de la statistique (INS) pour 2025, l’UE représentait environ 55% du commerce extérieur tunisien. Près de 70% des exportations tunisiennes étaient destinées au marché européen, contre un peu moins de 44% des importations. Les échanges de biens entre la Tunisie et l’UE ont atteint 26 milliards d’euros en 2025, selon la Commission européenne. Ces chiffres ne suffisent pas à imposer un changement de monnaie, mais ils justifient que le sujet ne soit plus traité comme une simple provocation.
Le précédent des Balkans
L’objection juridique est claire : un pays non membre de l’UE ne peut pas adhérer à la zone euro. L’adoption officielle de l’euro suppose une intégration à l’Union, le respect de critères de convergence et une participation pleine aux institutions monétaires européennes. Mais utiliser l’euro est une autre chose.
Le Kosovo et le Monténégro ont adopté l’euro de manière unilatérale, sans appartenir à l’UE ni à la zone euro, et sans disposer d’un accord monétaire leur donnant accès aux instances de décision de la BCE. Bruxelles et Francfort ont toujours regardé cette situation avec réserve. L’UE ne reconnaît pas l’euroïsation unilatérale comme une voie d’accès à la zone euro. Le précédent montre néanmoins une réalité simple : il est possible, pour un État, de choisir l’euro comme moyen de paiement et unité de compte sans participer à sa gouvernance – et donc sans voix au chapitre sur les décisions qui affectent son économie.
Cette situation en évoque une autre, plus familière en Afrique : le franc CFA. La comparaison est nécessaire. Le franc CFA est une union monétaire instituée par traité, héritée de la période coloniale, adossée à une garantie du Trésor français et à une gouvernance partagée. Aucun pays membre ne peut y renoncer seul. L’euroïsation unilatérale ne crée ni union, ni garantie extérieure, ni gouvernance commune : un État qui choisit l’euro pourrait, en théorie, y renoncer seul, au prix d’une désorganisation économique.
La question tunisienne devient alors plus claire : quels gains pourraient compenser la perte de souveraineté monétaire – et la marge de manœuvre qui l’accompagne ?
Ce que l’euro apporterait
Le premier avantage serait la réduction du risque de change avec le principal partenaire économique du pays. Aujourd’hui, une entreprise tunisienne qui exporte en euros, mais importe aussi des équipements, de l’énergie, des composants ou des services en devises, reste exposée aux mouvements du dinar. Une dépréciation de la monnaie nationale peut améliorer, en apparence, la valeur en dinars des recettes d’exportation. Mais elle renchérit simultanément les importations indispensables à la production. L’effet n’est donc ni uniforme ni mécaniquement favorable à l’économie tunisienne.
Les entreprises les plus intégrées aux chaînes de valeur européennes pourraient gagner en visibilité sur leurs coûts, leurs marges et leurs contrats. Les investisseurs européens seraient moins exposés à l’incertitude monétaire. Les entreprises tunisiennes qui achètent des machines ou mobilisent des financements européens disposeraient d’un cadre plus prévisible.
Le tourisme pourrait aussi y trouver un intérêt : une monnaie directement familière à une clientèle de la zone euro supprimerait le risque de change pour le touriste, rendrait les prix plus immédiatement comparables et simplifierait la comptabilité des opérateurs touristiques.
Des indépendants travaillant avec des firmes internationales et des salariés de groupes étrangers qui perçoivent des revenus en euros, ou encore les familles qui vivent en partie des transferts de la diaspora gagneraient en prévisibilité : ces transferts, envoyés depuis l’Europe notamment, représentaient 6,5% du PIB tunisien à fin 2024 selon la BCT.
L’adoption de l’euro par la Tunisie ne crée pas, à elle seule, de richesse. Mais elle peut réduire les coûts de transaction, améliorer la lisibilité des prix et limiter une part de l’incertitude qui freine l’investissement.
Le coût du dinar
Le revers est majeur : la Tunisie perdrait son instrument monétaire. Avec le dinar, la Banque centrale de Tunisie (BCT) peut agir, dans certaines limites, sur les taux d’intérêt, la liquidité et le taux de change. Une dépréciation peut contribuer à restaurer temporairement la compétitivité-prix des exportations ou à amortir un choc extérieur. Elle a toutefois un coût : elle renchérit les importations, nourrit l’inflation et pèse sur le service de la dette libellée en devises.
L’euro supprimerait cette possibilité. En cas de choc proprement tunisien – crise du tourisme, hausse du coût énergétique ou ralentissement de l’activité – le pays ne pourrait plus ajuster son taux de change. Il lui faudrait absorber le choc autrement : par une modération des salaires ; par une réduction des dépenses publiques, plus difficiles à financer faute de la soupape du taux de change ; ou par une émigration accrue, qui allège la pression sur le marché du travail et ramène des devises via les transferts des expatriés.
C’est l’un des enseignements essentiels de toute union monétaire : lorsque le taux de change disparaît, l’économie doit être suffisamment flexible, productive et solide pour s’ajuster autrement.
L’expérience de la zone euro elle-même le rappelle : la BCE fixe une politique unique, calibrée sur le cycle des grandes économies qui pèsent le plus dans ses décisions. Un pays dont la conjoncture évolue à contretemps de ce cycle, sans possibilité d’ajuster ses taux, doit encaisser le choc autrement – c’est ce qu’ont appris à leurs dépens plusieurs économies périphériques lors de la crise de la dette souveraine des années 2010. Une Tunisie euroïsée n’aurait aucune voix pour infléchir cette politique dans un sens plus favorable à sa propre conjoncture.
Du point de vue de la théorie des zones monétaires optimales, la question centrale est celle de la symétrie des chocs et de la flexibilité interne : dans quelle mesure les cycles tunisien et européen sont-ils alignés, et à quel prix l’économie tunisienne peut-elle s’ajuster sans levier de change ? L’hypothèse de l’euro oblige à poser cette question frontalement, même si la réponse, aujourd’hui, penche clairement en faveur du maintien d’une marge de manœuvre monétaire.
Coexistence des monnaies
Entre le dinar intégralement souverain et l’euro pleinement adopté, il existe une voie intermédiaire : la cohabitation prolongée des deux monnaies.
Cette solution serait sans doute la plus réaliste à court terme. La Tunisie pourrait élargir l’usage de l’euro dans les secteurs déjà exposés aux devises, sans abolir le dinar. Cette cohabitation n’a rien d’abstrait : une partie des mécanismes bancaires liés aux devises existe déjà, notamment pour les entreprises ayant des revenus d’exportation et pour certains comptes en devises. La loi de finances 2026 a d’ailleurs introduit, pour les particuliers, un compte en devises sans autorisation préalable de la BCT – mais le dispositif reste étroit et soumis à des restrictions.
Une forme de coexistence existe à travers les comptes professionnels en devises et les mécanismes destinés aux entreprises exportatrices. Mais elle reste fortement encadrée par la réglementation des changes et ne constitue pas une véritable liberté de circulation entre le dinar et l’euro.
L’enjeu ne serait donc pas d’inventer de toutes pièces un usage de l’euro, mais de construire, pour les entreprises comme pour les particuliers, des circuits plus fluides, plus lisibles et plus larges. Cette transition permettrait de tester les avantages et les inconvénients avant un basculement plus radical. Mais elle comporterait aussi un risque : si les agents économiques perdent confiance dans le dinar, l’euro peut progressivement s’imposer par les faits, dans l’épargne, les contrats et les transactions. L’euroïsation partielle peut alors devenir une euroïsation de fait.
Le vrai débat
Adopter l’euro ne constituerait ni une panacée ni une abdication automatique. Ce serait un arbitrage entre deux choix.
Le premier est monétaire : conserver le dinar, maintenir la capacité de fixer ses propres taux et d’ajuster le taux de change en cas de crise. Le second est économique : réduire l’incertitude avec le principal partenaire commercial du pays et faciliter les décisions d’investissement, pour autant que la réglementation soit claire et la stabilité durable.
Il existe un troisième terme, moins souvent formulé : le terme politique. Une économie davantage arrimée à l’euro devient plus dépendante de décisions prises à Francfort et à Bruxelles sans y avoir voix – une asymétrie déjà visible au Kosovo et au Monténégro. Cette dépendance pourrait peser, plus largement, sur le rapport de force dans les négociations commerciales ou budgétaires avec l’UE, qui n’aurait de son côté aucune obligation nouvelle envers Tunis. Ce n’est pas un argument contre l’euro : le dinar n’offre lui non plus aucune garantie d’indépendance réelle face à un partenaire qui pèse 55% du commerce extérieur du pays.
Le dinar offre une capacité d’adaptation, mais au prix d’une vulnérabilité aux tensions de change et à l’inflation importée. L’euro promet davantage de stabilité, mais impose une discipline bien plus exigeante : compétitivité par la productivité plutôt que par la dévaluation, finances publiques soutenables, système bancaire robuste, montée en gamme industrielle et amélioration du climat des affaires, notamment l’écart entre le cadre réglementaire et son application concrète pour les entreprises. Les indicateurs récents de la Banque mondiale montrent que la Tunisie conserve un écart important entre la qualité du cadre réglementaire et son application opérationnelle, ce qui constitue un frein à l’investissement.
C’est peut-être là que réside l’intérêt principal de cette hypothèse. Non pas dans l’annonce prématurée de la disparition du dinar, mais dans la question qu’elle oblige à poser : la Tunisie peut-elle bâtir un modèle de croissance moins dépendant de l’ajustement monétaire et davantage fondé sur l’investissement, la productivité et la confiance ?
L’euro ne résoudrait pas les fragilités structurelles de l’économie tunisienne. Mais le débat sur son adoption aiderait à clarifier ce que le pays attend réellement de sa monnaie – et ce qu’il est prêt à transformer pour gagner en stabilité et en prospérité. En ce sens, parler de l’adoption de l’euro, c’est surtout tendre un miroir au modèle économique tunisien.
Alors que l’islam est attaqué de toutes parts en Europe et sans aucune nuance par les partis d’extrême droite qui ont le vent en poupe et que les musulmans sont stigmatisés, le magazine britanniqueThe Economistaffirme dans un éditorial cette semaine que les allégations selon lesquelles l’islam en tant que religion menacerait l’Europe sont fausses mais que l’islamisme en tant qu’idéologie et l’islamophobie nourrie par l’extrême droite constituent bel et bien un danger. Les musulmans ne représentent que 6% de la population européenne qui compte plus de 500 millions d’habitants donc la fable de l’islam conquérant chère à l’extrême droite pour insuffler une peur panique aux électeurs ne tient pas.
Imed Bahri
Dans cet éditorial intitulé «La vérité et les mensonges à propos de l’islam en Europe», publié à l’occasion du 25e anniversaire des attentats du 11 septembre 2001, l’auteur constate que la peur de l’islam s’intensifie dans les pays européens, la moitié de la population estimant désormais que l’islam est incompatible avec les valeurs occidentales.
Le 6 septembre, le parti populiste de droite Alternative pour l’Allemagne (AfD) a remporté 44% des voix en Saxe-Anhalt, son plus large score à ce jour lors d’une élection régionale, mettant en garde contre «l’islamisation» de l’Allemagne et menaçant de déportations forcées.
La paranoïa de la droite extrême
Le même week-end, en Grande-Bretagne, des centaines d’individus masqués ont occupé la ville de Douvres, plaque tournante de l’immigration clandestine entre la France et l’Angleterre, scandant «Arrêtez les embarcations» et «Jésus est le Roi». Cet épisode montre que souvent l’immigration est liée à la religion musulmane et à la menace qu’elle constituerait pour l’Occident chrétien.
En France, l’appel de Marine Le Pen à interdire le port du voile dans les lieux publics recueille le soutien de 60% des électeurs.
Le magazine britannique constate que cette obsession s’est enracinée en Amérique. La crainte n’est plus celle du terrorisme, comme après le 11 septembre, mais celle d’un «complot islamique» visant à prendre le contrôle de l’Europe de l’intérieur, tandis que des membres de l’administration Trump mettent en garde contre le «déclin de la civilisation européenne».
Cette vision nuit aux relations transatlantiques et est fondamentalement erronée. L’Europe n’est confrontée à aucune menace de domination islamique, à aucune radicalisation massive des musulmans ni à une éradication de sa culture.
The Economist rapporte qu’il n’existe pas de «zones de non-droit», la charia n’est pas intégrée au droit national et aucune «grande alternative» démographique ne se profile à l’horizon.
Cependant, le véritable danger qui menace l’Europe selon le magazine britannique est différent. Il s’agit de l’extrémisme alimenté par l’islamisme (la conviction que l’État doit imposer les principes islamiques) et la paranoïa de la droite extrême attisée par les réseaux sociaux. La gauche aggrave la situation en niant les menaces, certes modestes mais bien réelles, que représente l’islam politique. Les responsables politiques du centre font de même, en gardant le silence par crainte d’être accusés de racisme.
Cette dynamique pourrait déjà nuire aux démocraties libérales en Europe, non pas en les remplaçant par un système de califat mais en ralentissant l’intégration et en favorisant des politiques qui porteraient durablement atteinte à leurs libertés.
Les musulmans représentent 6% de la population européenne
The Economist affirme que ces craintes extrêmes sont facilement démasquées. Malgré une immigration record en provenance de pays à majorité musulmane, les musulmans ne représentent que 6% de la population européenne, qui compte plus de 500 millions d’habitants. Si les nouveaux arrivants ont généralement plus d’enfants que les immigrés nés dans le pays, les taux de fécondité tendent à converger en deux générations. En réalité, la plupart des immigrés musulmans souhaitent rester et vivre dans leur nouveau pays et non imposer une version des sociétés qu’ils viennent de quitter.
Également, les enfants de migrants ont plutôt de bons résultats à l’école. En Grande-Bretagne, 67% des Bangladais ayant passé des tests standardisés en 2021 étaient inscrits à l’université avant l’âge de 19 ans, contre 38% des Britanniques blancs. De nombreux musulmans sont engagés en politique, comme en témoignent la ministre de l’Intérieur britannique, Shabana Mahmood, et le maire de Londres, Sadiq Khan. À bien des égards, les attitudes des musulmans peuvent être similaires à celles des autres Européens. Un sondage réalisé par le magazine auprès de musulmans britanniques a révélé peu d’opposition au travail des femmes.
The Economist s’interroge sur les motivations de tant d’Européens à s’opposer à l’islam et considère que certaines positions répandues chez les musulmans nourrissent cette méfiance envers l’Islam. Les sondages du magazine montrent que 52% des musulmans considèrent l’homosexualité comme immorale et que les jeunes musulmans (41% des moins de 35 ans) sont plus enclins que les musulmans plus âgés (25%) à penser que la violence est justifiée en cas d’insulte au Prophète.
Ne pas confondre l’islamisme politique et l’islam comme religion
Pour autant, selon le magazine britannique, le fait d’avoir des opinions socialement conservatrices ne constitue pas en soi une menace. Certains militants d’extrême droite en Europe ne sont pas moins hostiles aux homosexuels qu’aux musulmans qu’ils condamnent mais certaines de ces positions devraient inquiéter les libéraux qui ont longtemps cru que les sociétés ouvertes finiraient par rendre les gens plus tolérants.
The Economist insiste sur le fait que le danger provient de l’islamisme en tant qu’idéologie politique et ne doit pas être confondu avec l’islam en tant que religion. L’islam n’est pas le problème en soi, c’est l’islamisme qui peut l’être. Contrairement aux djihadistes du 11 septembre, la plupart des islamistes ne prônent pas la violence mais beaucoup se livrent à de l’infiltration, c’est-à-dire qu’ils infiltrent les institutions démocratiques pour promouvoir un programme illibéral. Le principal danger de l’infiltration réside au niveau local. De petits réseaux bien organisés peuvent prendre le contrôle d’une école, d’une mosquée, d’un conseil municipal ou d’une association caritative, utilisant ces institutions pour décourager l’intégration et imposer une conformité religieuse aux autres musulmans vivant à proximité.
Les services de sécurité européens sont de plus en plus préoccupés par ces islamistes non violents. En France, les autorités craignent l’infiltration clandestine des Frères musulmans. Un rapport officiel publié l’année dernière mettait en garde contre le risque que l’islamisme ne menace, à terme, les lois laïques et les droits des femmes. Toutefois, cette perspective semble désormais improbable. Le ministère français de l’Intérieur estime que seuls 139 des 2 800 lieux de culte musulmans sont liés aux Frères musulmans. Les principales victimes sont d’autres musulmans.
Dans la moitié des douze circonscriptions de Blackburn, dans le nord de l’Angleterre, les musulmans représentent plus de 60% de la population, et dans deux d’entre elles, ce chiffre dépasse les 80%. Dans ces zones, les femmes peuvent se sentir contraintes de se soumettre aux conseils de la charia pour les questions concernant leur famille. Les musulmans LGBTQ+ et les personnes de tendance libérale sont également victimes d’intimidation. Les musulmans qui n’adhèrent pas à la charia se plaignent que les autorités occidentales, par crainte d’être accusées de racisme s’ils réagissent, ne leur accordent pas la même protection qu’aux citoyens non musulmans.
Face à ces réalités, The Economist met en garde contre le danger de l’islamisme, arguant que ces menaces locales pourraient se transformer en menace continentale du fait de leur instrumentalisation.
Il est dans l’intérêt des islamistes d’affirmer que toute critique de leur projet politique est une attaque contre l’islam lui-même. La gauche populiste, notamment La France insoumise et le Parti vert britannique, a tendance à qualifier de racistes ceux qui soulèvent les questions liées à l’immigration, à la criminalité et à l’Islam politique. Et de son côté, la droite populiste attise souvent la peur en prétendant que tous les musulmans représentent une menace.
Elon Musk compte parmi les plus fervents défenseurs de cette rhétorique, utilisant les réseaux sociaux pour façonner la perception mondiale de l’islam et soutenant la droite antimusulmane en Europe, du parti Alternative pour l’Allemagne (AfD) à Tommy Robinson, l’agitateur britannique qui fera l’objet d’une série de podcasts dès cette semaine.
Les solutions proposées par la droite populiste ne sont pas moins extrêmes que celles offertes par les islamistes dont elle prétend protéger l’Europe. Les promesses d’expulsions massives, de ségrégation et d’interdictions vestimentaires terrorisent les musulmans, entravent leur intégration et les poussent dans les bras des extrémistes. Tout pays qui met en œuvre de telles politiques se rendra compte que la haine qu’elle déchaîne causera des dommages profonds et durables.
Les musulmans européens s’intègrent progressivement
Par conséquent, les responsables politiques européens doivent proposer une alternative. La violence et les menaces de violence doivent être poursuivies en justice mais il ne doit y avoir aucun tabou au nom de la sensibilité culturelle, la liberté d’expression n’est pas l’ennemie de la tolérance mais bien une condition essentielle à celle-ci.
La solution ne sera pas rapide mais l’espoir est permis. Les musulmans européens s’intègrent progressivement, à l’instar des vagues précédentes de migrants catholiques, juifs et caribéens dans les pays d’accueil. L’arrivée de ces groupes avait suscité une vive inquiétude quant à leur intégration. Finalement, tous ont trouvé leur place. Les musulmans trouveront la leur aussi si la division et la suspicion n’entravent pas leur intégration.
Une étude publiée en 2026 sur la Bundesliga a comparé plusieurs indicateurs de performance avec des modèles prédictifs appliqués aux saisons 2022/23 à 2024/25. Les résultats montrent que l’EPV pré-match atteignait 58,3 % de précision, contre 55,6 % pour le modèle xG pré-match.(Photo Unsplash: joueur sur le terrain de football).
Ce résultat rappelle qu’un simple bilan de victoires ne suffit pas pour évaluer correctement une équipe avant un pari, y compris lors de l’analyse de données provenant de plateformes telles que 1xbet.cm; la comparaison gagne en précision lorsque les résultats récents sont rapprochés des occasions créées, du niveau des adversaires et du contexte du match.
La forme récente donne un premier repère
Le bilan des derniers matchs reste utile pour mesurer la dynamique immédiate d’une équipe. Pourtant, le nombre de points obtenus ne décrit pas toujours la qualité réelle des performances produites.
Une étude publiée dans Plos One a examiné différentes statistiques utilisées pour prévoir les résultats futurs dans plusieurs grands championnats européens. Les chercheurs ont constaté que les données xG prédisaient généralement mieux les résultats suivants que les buts ou les tirs seuls, une approche qui peut également être appliquée aux données consultées après un 1xbet télécharger; si une équipe gagne trois matchs avec peu d’occasions franches, son bilan mérite donc une lecture plus prudente. Une série favorable peut aussi découler d’une efficacité inhabituelle devant le but.
Le niveau des adversaires change la lecture des statistiques
Une série de résultats n’a pas la même valeur selon les adversaires rencontrés. Une équipe peut afficher quatre victoires consécutives après avoir affronté plusieurs formations situées dans le bas du classement.
À l’inverse, deux défaites contre des adversaires nettement mieux classés peuvent masquer une performance compétitive. Les modèles Elo répondent précisément à ce problème en intégrant la qualité relative des équipes rencontrées.
Une étude publiée dans International Journal of Forecasting a montré que les évaluations Elo fournissaient des variables utiles pour prévoir les résultats des matchs de football.
Le principe reste simple : une performance contre un adversaire fort pèse davantage lorsqu’on mesure la qualité réelle d’une équipe.
Les métriques avancées affinent la comparaison
Les statistiques traditionnelles décrivent le résultat, tandis que les métriques avancées cherchent à quantifier la manière dont l’équipe l’a obtenu.
Le xG estime la qualité des occasions créées à partir de caractéristiques associées à chaque tentative. L’EPV évalue plutôt la valeur attendue d’une situation de possession selon sa capacité à produire une progression dangereuse.
Une recherche récente sur trois saisons de Bundesliga a précisément comparé ces deux approches dans les prévisions pré-match. L’EPV obtenait une précision de 58,3 %, tandis que le modèle xG atteignait 55,6 %.
Ces chiffres ne signifient pas que l’EPV gagne systématiquement contre le xG. Ils montrent plutôt que plusieurs métriques peuvent apporter des informations différentes avant un match.
Quels indicateurs faut-il comparer avant un pari ?
Une comparaison structurée réduit le risque de donner trop de poids à une seule statistique. Chaque indicateur doit aussi correspondre à la question que pose le match.
Les données les plus utiles comprennent généralement :
les résultats des cinq ou six derniers matchs ;
le différentiel xG sur cette même période ;
les buts attendus créés et concédés ;
la qualité moyenne des adversaires récents ;
les performances à domicile ou à l’extérieur ;
les absences susceptibles de modifier le niveau collectif ;
les ratings Elo ou autres évaluations de force ;
l’évolution récente des performances plutôt que les seuls résultats.
Une fenêtre de six matchs peut offrir un compromis raisonnable entre actualité et volume statistique. Une étude consacrée aux modèles xG a justement utilisé les six rencontres précédentes pour construire certaines variables prédictives.
Le xG permet de distinguer résultat et performance
Le nombre de buts marqués peut varier fortement d’un match à l’autre. Le xG cherche plutôt à mesurer la qualité sous-jacente des occasions produites.
Une équipe qui marque quatre buts sur six tirs difficiles peut afficher un excellent bilan tout en créant moins que ses adversaires. Une équipe qui obtient davantage d’occasions dangereuses mais convertit peu de tirs peut présenter le profil inverse.
Une étude consacrée aux clubs européens a montré que les résultats à court terme peuvent être fortement influencés par l’aléatoire. Les auteurs recommandent donc d’associer les résultats observés aux données xG pour évaluer la performance.
Le contexte du match modifie la valeur des statistiques
Les statistiques brutes ne tiennent pas toujours compte du score, du lieu ou des circonstances qui ont influencé le comportement des équipes. Une équipe menée 0-1 ne produit pas les mêmes séquences offensives qu’une équipe devant 1-0.
Une étude publiée en 2026 a précisément analysé l’effet du score et des écarts disciplinaires sur les tirs cadrés et le xG. Les chercheurs ont utilisé des données minute par minute issues des cinq grands championnats européens.
Cette approche permet de mieux interpréter les chiffres lorsqu’une équipe adapte son risque tactique au scénario.
Les divergences statistiques peuvent fournir un signal
Une divergence entre résultats et métriques avancées mérite une analyse distincte. Elle peut révéler une série particulièrement efficace ou, au contraire, une période où les résultats sous-estiment la qualité produite.
Une étude publiée en 2026 sur la Bundesliga a également comparé un modèle xG récent avec les prix du marché sur onze saisons. Les cotes affichaient une meilleure calibration statistique, tandis que le modèle conservait certains signaux distincts des prix.
Cette observation renforce l’intérêt d’une comparaison indépendante avant de considérer une cote comme suffisamment attractive.
La comparaison doit rester orientée vers le prochain match
Les données historiques deviennent utiles lorsqu’elles éclairent les conditions du match à venir. Une longue série de résultats perd rapidement de sa pertinence si l’effectif, l’entraîneur ou le contexte tactique ont changé.
Les ratings Elo offrent une manière de conserver une mesure de force relative, tandis que les métriques xG décrivent plus directement la production offensive et défensive récente.
Si plusieurs indicateurs convergent, l’évaluation gagne en cohérence. Si les données divergent fortement, il vaut mieux réduire le poids accordé aux statistiques les plus superficielles.
Au cœur des réserves silencieuses d’un musée, un manuscrit attribué à Omar Khayyâm ouvre une porte vers un autre temps. Dans ‘‘Khayyâm et moi’’, Orang Gholikhani fait dialoguer la figure du grand savant persan du XIe siècle avec sa propre trajectoire, entre Iran, France et exil. Une traversée où la poésie, la science et la mémoire deviennent autant de moyens d’interroger la liberté.
Djamal Guettala
Au Louvre, la découverte d’un manuscrit présenté comme le journal intime d’Omar Khayyâm bouleverse le narrateur. Face à ces pages venues des siècles passés, une question s’impose : faut-il les rendre publiques ou respecter le silence de celui qui les a écrites ? L’hésitation devient le point de départ d’un dialogue imaginaire entre deux hommes séparés par près d’un millénaire.
Cette rencontre constitue le fil conducteur de ‘‘Khayyâm et moi’’, publié le 15 janvier 2026 aux éditions L’Harmattan, dans la collection «L’Iran en transition». Orang Gholikhani y mêle récit de vie, histoire, réflexion philosophique et traduction de cent quatrains. Le livre fait ainsi circuler le lecteur entre la Perse médiévale de Khayyâm, l’Iran bouleversé par les événements de la fin du XXe siècle et l’expérience personnelle de l’auteur installé en France.
Khayyâm, au-delà du poète du vin
La figure de Khayyâm constitue évidemment le cœur du récit. L’auteur entend cependant se démarquer d’une représentation souvent réductrice du poète, ramené à ses quatrains sur le vin, le plaisir et la beauté fugitive de l’existence.
Mathématicien, astronome et philosophe, Khayyâm apparaît comme un homme de connaissance, habité par le doute et la volonté de comprendre le monde. Pour Orang Gholikhani, cette curiosité est fondamentale : «Pour moi, Khayyâm est avant tout quelqu’un de curieux, qui cherche à comprendre le monde et la vie, et qui refuse les explications toutes faites de la société.»
Cette recherche de vérité explique aussi la place du doute dans son œuvre. Khayyâm ne semble jamais totalement satisfait des réponses que les hommes apportent à leur propre existence. La mort, le temps, le destin, la religion et la place de l’être humain dans l’univers traversent ses interrogations.
L’auteur découvre Khayyâm dès l’adolescence. Cette rencontre intellectuelle aura une influence durable sur son parcours : «Il m’a appris qu’un scientifique pouvait aussi être un homme de poésie, de vin et de contemplation, et que la science pouvait servir à mieux saisir le mystère de l’univers.»
La langue et le savoir comme résistance
Pour comprendre Khayyâm, le livre remonte loin dans l’histoire persane. Cette plongée historique n’est pas un simple décor. Elle permet à Orang Gholikhani de réfléchir à la manière dont une civilisation conserve son identité malgré les invasions, les changements de pouvoir et les ruptures historiques. Cyrus, la conquête arabe, Ferdowsi et son ‘‘Shahnameh’’, puis la Perse médiévale et ses grandes figures scientifiques composent les différentes étapes de cette histoire. La langue persane, la littérature et les sciences apparaissent comme des formes de continuité. L’auteur résume cette conviction dans une formule particulièrement évocatrice : «La poésie et les sciences sont, en ce sens, des roches insubmersibles qui nous maintiennent à la surface, même au cœur des tempêtes les plus violentes.»
Cette conception de la transmission explique aussi pourquoi le livre s’adresse, au-delà des lecteurs familiers de la littérature persane, aux jeunes générations issues de l’immigration iranienne. Gholikhani souhaite leur offrir une porte d’accès à une histoire et à une culture dont ils peuvent être éloignés.
Le récit personnel trouve ici toute sa place. Arrivé en France à 18 ans, l’auteur relit son propre parcours à la lumière de celui de Khayyâm. L’exil n’est plus seulement une rupture géographique : il devient une autre manière de regarder son pays d’origine et son histoire.
Trois femmes pour imaginer Khayyâm aujourd’hui
La dernière partie du livre réserve un choix particulièrement significatif. Lorsqu’il s’interroge sur celui ou celle qui pourrait incarner Khayyâm aujourd’hui, Orang Gholikhani répond par trois femmes : Forugh Farrokhzad, Maryam Mirzakhani et Jasmin Moghbeli.
La première représente la poésie et la liberté de création. La deuxième, les mathématiques et l’excellence scientifique. La troisième, l’exploration spatiale et une nouvelle génération iranienne présente au-delà des frontières terrestres.
Ce choix repose aussi sur une constatation de l’auteur : notre époque, marquée par une spécialisation croissante des savoirs, laisse moins de place aux figures universelles capables de réunir science, philosophie et poésie comme Khayyâm ou Léonard de Vinci.
À travers ces trois femmes, l’auteur inscrit donc l’héritage de Khayyâm dans le présent. Il ne s’agit plus seulement de célébrer une figure historique, mais de chercher où son esprit pourrait se reconnaître aujourd’hui.
La traduction de cent quatrains vient prolonger cette réflexion. Le temps, la beauté éphémère, le doute, le plaisir de l’instant et la condition humaine y retrouvent leur place.
‘‘Khayyâm et moi’’ est finalement un livre sur la transmission autant que sur l’exil. Orang Gholikhani ne cherche pas simplement à ressusciter un poète du XIe siècle. Il tente de comprendre pourquoi sa pensée continue de nous parler, près de mille ans plus tard. «Nous ne sommes qu’un maillon dans l’évolution de l’humanité. Il nous appartient d’assumer notre rôle du mieux possible», écrit-il. Une manière de refermer le livre sur une idée simple : Khayyâm appartient au passé, mais les questions qu’il pose appartiennent toujours au présent.
Auteur franco-iranien, Orang Gholikhani est arrivé en France à l’âge de 18 ans pour y poursuivre des études universitaires en électronique. Après son diplôme, il a travaillé dans les technologies de l’information, notamment dans le domaine des solutions logicielles destinées aux sciences de la vie, où il a exercé des fonctions liées au management et à la relation clients. Parallèlement à son parcours professionnel, il s’est consacré à l’écriture et à la valorisation de la culture persane. »Khayyâm et moi », s’inscrit dans cette démarche, entre littérature, histoire et transmission de la culture persane.