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Radio Tunisienne | RTCI lance une émission en langue chinoise

Les studios de la Radio Tunis Chaîne Internationale ( RTCI ) ont abrité, hier matin, l’enregistrement de la toute première émission en langue chinoise, animée par Mme Azza Zouari, professeure de langue chinoise.

Cet événement marque la concrétisation de l’accord de partenariat signé en 2024 entre Mme Henda Ben Alaya Ghribi, Présidente-Directrice Générale de la Radio Tunisienne, et Mme Cao Shumin, ministre et secrétaire du Parti de l’Administration nationale de la radio et de la télévision en Chine (NRTA).

Cet accord avait été conclu à l’occasion de la visite d’État effectuée en Chine par le président de la République, Kaïs Saïed, sur invitation de son homologue chinois, Xi Jinping.

Ce nouveau rendez-vous radiophonique en langue chinoise sera diffusé chaque fin de semaine, du vendredi au dimanche, de 16h00 à 17h00, sur les ondes de RTCI.

Y. N.

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Des dattes aux enchères à 25 dinars : l’étrange avis de la municipalité de Ben Guerdane

La municipalité de Ben Guerdane a publié un avis en bonne et due forme. Vente aux enchères publiques d’une quantité de dattes. Une première. Prix d’ouverture : 25 dinars. Séance le 5 octobre 2026, dix heures, salle des réunions de la municipalité. 25 dinars. Pour ce montant, l’administration a mobilisé un avis officiel, un tableau,...

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Fethi Nouri, gouverneur de la BCT : quand la géopolitique s’invite dans les comptes des entreprises

Réunis à Istanbul les 13 et 14 septembre 2026 pour la 8ᵉ édition du Forum des banques centrales de l’OCI-COMCEC, les gouverneurs membres ont planché sur un thème sans détour : comment répondre par la politique monétaire à un monde géopolitiquement fragmenté. Le gouverneur de la BCT, Fethi Zouhaier Nouri, y a livré un plaidoyer appuyé pour davantage de coopération entre pairs.

Pour Nouri, les tensions internationales ne sont plus une donnée extérieure aux économies : elles pèsent directement sur les balances des paiements, les réserves de change et les chaînes d’approvisionnement, en passant surtout par trois canaux ; l’énergie, l’alimentation et le financement extérieur. Il en détaille la mécanique : un choc pétrolier de 10 % entraîne environ 7 % de hausse sur le gaz naturel et 5,4 % sur les engrais, avec des répercussions différées sur la facture d’électricité et le prix du pain. D’après le FMI, ce type de choc pèse nettement plus lourd, de l’ordre du double et demi, sur les économies à faible revenu que sur les pays avancés.

La Tunisie comme cas concret

Le gouverneur de la BCT a évoqué des chiffres tunisiens : un déficit énergétique avoisinant les sept milliards de dinars à fin juin 2026, en progression de 35 % sur un an et une dépendance qui atteignait 55 % au blé russo-ukrainien en 2022, malgré une inflation ramenée depuis à 5,1 %.

Pour les opérateurs tunisiens exposés à l’import (énergie, intrants, matières premières), ce diagnostic confirme l’urgence de couvrir le risque de change et de diversifier les sources d’approvisionnement. Les pistes de règlement en monnaies locales évoquées par la BCT, si elles se concrétisent, pourraient à terme alléger le coût de financement du commerce intra-OCI pour les PME exportatrices.

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Tunindex : léger coup de frein, les Assurances gardent le cap

Le marché financier tunisien a clôturé la séance du mardi 15 septembre 2026 dans le rouge. L’indice phare de la Bourse de Tunis, le TUNINDEX, a enregistré un repli quotidien de 0,20 % pour s’établir à 19 082,15 points. Sa progression depuis le début de l’année atteint 41,88 %.

L’indice TUNINDEX20 subit une évolution similaire avec une baisse quotidienne de 0,26 % à 8 335,92 points, affichant une hausse annuelle de 39,51 %. 

Sur le plan des indices sectoriels, les évolutions sont contrastées. Les Assurances affichent la plus forte hausse de la journée avec un gain de 0,91 % à 30 851,68 points, portant leur progression annuelle à 55,77 %. L’indice des Services Financiers progresse quant à lui de 0,19 % à 28 930,86 points (+54,45 % sur l’année).

À l’inverse, l’indice des Produits Ménagers et de Soin Personnel enregistre la baisse la plus marquée de la séance en chutant de 2,53 % à 3 319,99 points, ce qui porte sa performance annuelle à -6,37 %. Les Services aux Consommateurs et la Distribution reculent tous deux de 1,19 % à 7 181,73 points et 11 314,78 points (+44,09 % sur l’année). L’indice des Banques cède 0,13 % à 14 229,94 points (+47,16 % sur l’année). L’indice des Industries demeure quant à lui inchangé à 2 327,49 points (+29,26 % sur l’année).

Sur le marché principal des titres de capital, plusieurs variations de cours notables sont à signaler. Le titre Magasin Général a clôturé à 12,740 dinars tunisiens (TND) et BTE (ADP) à 6,430 TND, tous deux réservés à la hausse. Parmi les autres mouvements significatifs du jour, Amen Bank a terminé à 90,300 TND avec un plus haut à 90,390 TND, la BIAT a clôturé à 166,300 TND et la STAR a gagné du terrain pour finir à 92,000 TND contre un cours de référence de 91,000 TND. Du côté des baisses, Artes s’est replié de 10,480 TND à 10,190 TND, Attijari Bank est descendu de 81,500 TND à 80,000 TND et SAH a reculé de 12,820 TND à 12,470 TND.

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Cinq marques tunisiennes participent au MICAM Milano 2026, le plus grand salon international de la chaussure

La Tunisie a participé pour la deuxième fois de suite au MICAM Milano, du 13 au 15 septembre 2026, avec cette année cinq entreprises du secteur qui présentent leurs collections pour hommes et femmes sous la bannière du Cepex. L’édition 2026, la 102ᵉ, rassemble plus de 1 000 marques venues du monde entier, pour une fréquentation professionnelle attendue autour de 20 000 visiteurs sur les trois jours.

La progression du nombre d’exposants tunisiens d’une édition à l’autre traduit une résistance certaine du secteur, même si le marché local comme l’export restent sous pression. Le profil des entreprises présentes a changé: certaines pilotent aujourd’hui tout le cycle de production, jusqu’à commercialiser leurs propres modèles sous marque tunisienne, tout en gardant des contrats avec de grandes enseignes internationales premium. Le design et le montage font désormais partie des points forts reconnus à la filière, en plus de l’argument prix qui reste déterminant.

Un accueil favorable des acheteurs

Les stands tunisiens ont rapidement attiré l’attention d’acheteurs internationaux venus chercher des partenaires de fabrication en marque blanche, un signal que l’offre locale colle désormais aux attentes du marché européen. Le consulat général de Tunisie à Milan a par ailleurs rendu visite aux exposants dès l’ouverture, en soutien à leur présence.

Le glissement d’un modèle de sous-traitance vers la marque propre change la donne pour les industriels tunisiens : chaque paire vendue sous nom propre capte davantage de marge qu’une simple prestation de façon. Pour un investisseur, il est, en ce sens, nécessaire de financer en priorité les capacités de design et de développement produit, plutôt que la seule ligne de montage dans l’objectif de suivre la filière dans sa montée en gamme.

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SAH: résilience et performance au rendez-vous

La Société d’Articles Hygiéniques – SAH a publié ses états financiers intermédiaires pour le premier semestre 2026. Les revenus se sont élevés à 230,502 MTND, contre 220,500 MTND à la même période en 2025. Cette croissance est soutenue à la fois par la résilience du marché local et par la croissance des ventes à l’international. Le chiffre d’affaires en Tunisie a totalisé 192,395 MTND, les exportations 43,733 MTND, confirmant l’ancrage régional de la marque

Du côté des charges, les achats consommés de matières premières et d’emballages se sont établis à 119,949 MTND, en légère baisse par rapport aux 123,832 MTND de 2025. Les charges de personnel ont atteint 30,065 MTND. Grâce à la maîtrise rigoureuse des coûts et à l’optimisation des marges, SAH a dégagé un excédent brut d’exploitation de 51,052 MTND (44,898 MTND fin juin 2025). Le résultat d’exploitation s’est établi à 39,897 MTND. La hausse des charges financière de 30,3% à 13,422 MTND est due à des pertes de change de 2,785 MTND. Le résultat net de l’exercice s’est élevé à 24,087 MTND.

Au niveau des capitaux propres, la situation nette de la société est de 328,920 MTND, y compris des bénéfices reportés de 208,306 MTND, témoignant de la solidité financière de SAH. Les actionnaires pourront être tranquilles quant à leurs dividendes de l’année prochaine.

Globalement, ces comptes intermédiaires ont confirmé la capacité de SAH à maintenir le cap de la croissance, à préserver ses équilibres financiers et à conforter sa position de leader incontesté sur le marché des articles hygiéniques en Tunisie.

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Les startups tunisiennes de l’agroéquipement et de l’agritech à l’assaut du marché nigérian

Du 16 au 20 novembre 2026, le Centre de promotion des exportations (Cepex) déploiera, en partenariat avec l’ambassade de Tunisie à Abuja, un dispositif de rencontres B-to-B ciblant les secteurs de l’agriculture et de l’élevage, à l’occasion du salon NIAEXPO au Nigéria.

Le Nigeria a fait de la sécurité et de la souveraineté alimentaires une priorité de politique publique, avec une modernisation accélérée de ses filières agroalimentaires. C’est dans ce contexte que les entreprises tunisiennes sont invitées à se positionner, avec un accent sur trois créneaux: les intrants et équipements agricoles, les solutions numériques et technologies d’élevage dites «agriculture intelligente», ainsi que la nutrition et les médicaments vétérinaires.

Un programme structuré en plusieurs étapes

La première étape de cette initiative consiste en un webinaire de préparation consacré aux spécificités du marché nigérian, avant la présence physique au salon via un stand national collectif. S’ajoutent à cela des rendez-vous B-to-B organisés en amont, ainsi que des visites de terrain et rencontres institutionnelles sur place. Les entreprises tunisiennes du secteur peuvent d’ores et déjà s’inscrire auprès du Cepex pour intégrer la délégation tunisienne.

Pour les PME tunisiennes de l’agroéquipement et de l’agritech, ce type de mission collective réduit sensiblement le coût d’entrée sur un marché aussi vaste que le Nigeria, en mutualisant logistique et visibilité. La dynamique de modernisation agricole nigériane, couplée à une demande croissante en intrants et technologies, ouvre une fenêtre concrète pour des partenariats de distribution ou des joint-ventures, à condition d’anticiper dès maintenant le cadre réglementaire et logistique local.

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Film « Naza » : ovation de 25 minutes à Venise, tempête en Israël

À Venise, le documentaire “Naza“ a provoqué une véritable onde de choc. Ovationné par le public et récompensé par le Prix spécial du jury, ce film israélien dévoile les pratiques inhumaines de Tsahal à Gaza. Glaçant.

 

Ovation exceptionnelle de 25 minutes à Venise pour un film documentaire consacré aux civils palestiniens tués délibérément par Tsahal à Gaza, qui vient fissurer, voire pulvériser, le récit soigneusement entretenu selon lequel  Tsahal serait « la plus morale du monde ». Au point  que le ministre israélien de la Culture est allé jusqu’à réclamer la déchéance de nationalité des deux auteurs du film, pourtant eux-mêmes citoyens israéliens. Une réaction qui, à elle seule, donne la mesure de la sensibilité du sujet et de la gravité des faits dénoncés.

En effet, le documentaire « Naza », réalisé par le journaliste d’investigation Yuval Abraham et la réalisatrice Rachel Szor, a été distingué, samedi 13 septembre, par le prestigieux Prix spécial du jury de la 83ᵉ Mostra de Venise.

S’appuyant sur 24 témoignages anonymes de membres de l’armée israélienne et des services de renseignement, ce film choc livre un récit particulièrement glaçant sur la conduite des opérations militaires dans la bande de Gaza et décrit les mécanismes de ciblage et de bombardement  des civils dans cette enclave palestinienne.

Ainsi, à travers ces témoignages, les réalisateurs mettent en lumière des pratiques et des ordres qui, selon leurs sources, soulèvent de graves interrogations sur le traitement inhumain des civils palestiniens.

« Dommages collatéraux »

Ce film de 80 minutes qui a laissé de nombreux spectateurs stupéfaits, cite des militaires israéliens qui y témoignent décrivant le sentiment de travailler dans une « usine » à tuer ou dans un jeu vidéo mortel lorsqu’ils utilisaient des systèmes de ciblage alimentés par l’IA pour bombarder Gaza.

Froide comptabilité

D’ailleurs, le titre même du film, « Naza », jeu de mots avec « nazi », est loin d’être anodin. L’acronyme serait également utilisé au sein de l’armée israélienne pour désigner le nombre de civils susceptibles d’être tués lors d’une frappe visant un combattant du Hamas. Des victimes, femmes et enfants pour la plupart, sont dans cette logique tordue reléguées au rang de simples « dommages collatéraux ».

Une illustration parfaite de la déshumanisation des civils palestiniens, justifiée au nom de la prétendue lutte contre le terrorisme ? À un moment particulièrement glaçant du documentaire, le journaliste d’investigation Yuval Abraham demande à un officier israélien quel nombre de victimes civiles peut être considéré comme « acceptable » pour atteindre une cible ? La réponse tombe, froide comme un couperet, « 500 » !

Autrement dit, selon ce témoignage, l’élimination d’un seul membre du Hamas pourrait justifier, aux yeux de certains responsables opérationnels, une frappe susceptible de faire jusqu’à 500 victimes civiles. Des hommes, des femmes et des enfants ainsi réduits à la froide comptabilité des « dommages collatéraux ».

Le documentaire met également en cause l’utilisation de l’intelligence artificielle dans les opérations militaires. Sur ce point, l’armée israélienne répond que « la sélection et l’approbation des frappes sont faites par du personnel humain ».

Entre fureur et déni

Inutile de rappeler à ce propos que ce documentaire choc qui brise enfin un tabou sur la guerre à Gaza a fortement déplu aux autorités israéliennes.

Si le journal de gauche Haaretz a donné la parole aux deux réalisateurs israéliens, Yuval Abraham et Rachel Szor, à propos de leur volonté de distribuer le film « aussi largement que possible », en Israël, l’essentiel des réactions officielles ont été critiques, sur le fond comme sur la forme.

Ainsi, l’armée israélienne a rejeté catégoriquement ces accusations et contesté la crédibilité des témoignages au point qu’une réunion au plus haut niveau a été consacrée lundi 14 septembre au film. L état-major considère le documentaire comme une « attaque contre l’État d’Israël ». Il dénonce des « calomnies », des « distorsions de la réalité » et de « fausses accusations », et affirme que les allégations concernant un tel nombre de victimes civiles sont « complètement fausses ».

De son côté, le ministre israélien de la Culture, Miki Zohar, réclame une enquête destinée à déterminer l’origine des informations utilisées dans le documentaire. Il souhaite également que la citoyenneté israélienne soit retirée aux réalisateurs au motif d’un manque de loyauté. La déchéance de nationalité est légalement possible en Israël mais reste rarement appliquée.

Le ministre de la Culture a également évoqué un « film méprisable », une récompense « révoltante » et des auteurs qui chercheraient les « applaudissements des antisémites du monde entier ».

Pour sa part, l’ancien ministre de la Défense, Avigdor Lieberman, leader du parti d’extrême droite “Israël Beitenou“, associé à la coalition d’opposition à Benyamin Netanyahou, a fustigé « un tissu de diffamations et de calomnies contre l’Etat d’Israël, contre Tsahal et contre [leurs] magnifiques combattants », en se moquant par ailleurs d’un festival qualifié de « woke » et d’« antisémite ».

Pourtant, l’auteur de « Naza », que le magazine américain New York Magazine considère comme « l’un des films les plus importants de notre époque », persiste et signe. Pour lui, les violences commises par l’armée israélienne à Gaza ne relèvent nullement d’accidents isolés, mais d’une logique assumée : « Ce n’est pas un accident, mais bien le fruit d’une stratégie délibérée. Des actes meurtriers et des politiques fondés sur une déshumanisation totale des Palestiniens », affirme-t-il.

Le réalisateur explique également avoir choisi de présenter les témoignages en hébreu, afin que le film puisse être vu et compris par le public israélien. Une démarche qu’il résume sans détour : « C’est notre pays qui commet ces crimes ».

Saluons à ce propos le courage d’un Juste parmi les Justes en ces temps où la vie humaine ne vaut pas  plus qu’une balle perdue.

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Orang Gholikhani fait dialoguer l’exil occidental et l’éternité persane

Au cœur des réserves silencieuses d’un musée, un manuscrit attribué à Omar Khayyâm ouvre une porte vers un autre temps. Dans ‘‘Khayyâm et moi’’, Orang Gholikhani fait dialoguer la figure du grand savant persan du XIe siècle avec sa propre trajectoire, entre Iran, France et exil. Une traversée où la poésie, la science et la mémoire deviennent autant de moyens d’interroger la liberté.

Djamal Guettala

Au Louvre, la découverte d’un manuscrit présenté comme le journal intime d’Omar Khayyâm bouleverse le narrateur. Face à ces pages venues des siècles passés, une question s’impose : faut-il les rendre publiques ou respecter le silence de celui qui les a écrites ? L’hésitation devient le point de départ d’un dialogue imaginaire entre deux hommes séparés par près d’un millénaire.

Cette rencontre constitue le fil conducteur de ‘‘Khayyâm et moi’’, publié le 15 janvier 2026 aux éditions L’Harmattan, dans la collection «L’Iran en transition». Orang Gholikhani y mêle récit de vie, histoire, réflexion philosophique et traduction de cent quatrains. Le livre fait ainsi circuler le lecteur entre la Perse médiévale de Khayyâm, l’Iran bouleversé par les événements de la fin du XXe siècle et l’expérience personnelle de l’auteur installé en France.

Khayyâm, au-delà du poète du vin

La figure de Khayyâm constitue évidemment le cœur du récit. L’auteur entend cependant se démarquer d’une représentation souvent réductrice du poète, ramené à ses quatrains sur le vin, le plaisir et la beauté fugitive de l’existence.

Mathématicien, astronome et philosophe, Khayyâm apparaît comme un homme de connaissance, habité par le doute et la volonté de comprendre le monde. Pour Orang Gholikhani, cette curiosité est fondamentale : «Pour moi, Khayyâm est avant tout quelqu’un de curieux, qui cherche à comprendre le monde et la vie, et qui refuse les explications toutes faites de la société.»

Cette recherche de vérité explique aussi la place du doute dans son œuvre. Khayyâm ne semble jamais totalement satisfait des réponses que les hommes apportent à leur propre existence. La mort, le temps, le destin, la religion et la place de l’être humain dans l’univers traversent ses interrogations.

L’auteur découvre Khayyâm dès l’adolescence. Cette rencontre intellectuelle aura une influence durable sur son parcours : «Il m’a appris qu’un scientifique pouvait aussi être un homme de poésie, de vin et de contemplation, et que la science pouvait servir à mieux saisir le mystère de l’univers.»

La langue et le savoir comme résistance

Pour comprendre Khayyâm, le livre remonte loin dans l’histoire persane. Cette plongée historique n’est pas un simple décor. Elle permet à Orang Gholikhani de réfléchir à la manière dont une civilisation conserve son identité malgré les invasions, les changements de pouvoir et les ruptures historiques. Cyrus, la conquête arabe, Ferdowsi et son ‘‘Shahnameh’’, puis la Perse médiévale et ses grandes figures scientifiques composent les différentes étapes de cette histoire. La langue persane, la littérature et les sciences apparaissent comme des formes de continuité. L’auteur résume cette conviction dans une formule particulièrement évocatrice : «La poésie et les sciences sont, en ce sens, des roches insubmersibles qui nous maintiennent à la surface, même au cœur des tempêtes les plus violentes.»

Cette conception de la transmission explique aussi pourquoi le livre s’adresse, au-delà des lecteurs familiers de la littérature persane, aux jeunes générations issues de l’immigration iranienne. Gholikhani souhaite leur offrir une porte d’accès à une histoire et à une culture dont ils peuvent être éloignés.

Le récit personnel trouve ici toute sa place. Arrivé en France à 18 ans, l’auteur relit son propre parcours à la lumière de celui de Khayyâm. L’exil n’est plus seulement une rupture géographique : il devient une autre manière de regarder son pays d’origine et son histoire.

Trois femmes pour imaginer Khayyâm aujourd’hui

La dernière partie du livre réserve un choix particulièrement significatif. Lorsqu’il s’interroge sur celui ou celle qui pourrait incarner Khayyâm aujourd’hui, Orang Gholikhani répond par trois femmes : Forugh Farrokhzad, Maryam Mirzakhani et Jasmin Moghbeli.

La première représente la poésie et la liberté de création. La deuxième, les mathématiques et l’excellence scientifique. La troisième, l’exploration spatiale et une nouvelle génération iranienne présente au-delà des frontières terrestres.

Ce choix repose aussi sur une constatation de l’auteur : notre époque, marquée par une spécialisation croissante des savoirs, laisse moins de place aux figures universelles capables de réunir science, philosophie et poésie comme Khayyâm ou Léonard de Vinci.

À travers ces trois femmes, l’auteur inscrit donc l’héritage de Khayyâm dans le présent. Il ne s’agit plus seulement de célébrer une figure historique, mais de chercher où son esprit pourrait se reconnaître aujourd’hui.

La traduction de cent quatrains vient prolonger cette réflexion. Le temps, la beauté éphémère, le doute, le plaisir de l’instant et la condition humaine y retrouvent leur place.

‘‘Khayyâm et moi’’ est finalement un livre sur la transmission autant que sur l’exil. Orang Gholikhani ne cherche pas simplement à ressusciter un poète du XIe siècle. Il tente de comprendre pourquoi sa pensée continue de nous parler, près de mille ans plus tard. «Nous ne sommes qu’un maillon dans l’évolution de l’humanité. Il nous appartient d’assumer notre rôle du mieux possible», écrit-il. Une manière de refermer le livre sur une idée simple : Khayyâm appartient au passé, mais les questions qu’il pose appartiennent toujours au présent.

Auteur franco-iranien, Orang Gholikhani est arrivé en France à l’âge de 18 ans pour y poursuivre des études universitaires en électronique. Après son diplôme, il a travaillé dans les technologies de l’information, notamment dans le domaine des solutions logicielles destinées aux sciences de la vie, où il a exercé des fonctions liées au management et à la relation clients. Parallèlement à son parcours professionnel, il s’est consacré à l’écriture et à la valorisation de la culture persane.  »Khayyâm et moi », s’inscrit dans cette démarche, entre littérature, histoire et transmission de la culture persane.

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