Lese-Ansicht

Tribune Elyes Kasri — Frontières africaines : du péché de Berlin au piège de l’intangibilité

SOUVERAINETÉ TUNISIENNE SÉQUESTRÉE : Des complicités impérialistes aux reniements postcoloniaux : autopsie doctrinale d’une asphyxie géographique et d’un chantage énergétique désamorcé

I. LE PARADOXE DU LOGICIEL POSTCOLONIAL ET LA TRAGEDIE DU REFOULEMENT DE LA MÉMOIRE NATIONALE

La géopolitique de l’Afrique du Nord contemporaine demeure prisonnière d’un des plus grands paradoxes de l’histoire du droit international public : la sacralisation de la carte coloniale par des États neufs qui ont pourtant fondé l’intégralité de leur légitimité historique sur une geste anticoloniale intransigeante.

Par une tribune parue dans le numéro 952 de son magazine, , intitulée « Frontières africaines : du péché de Berlin au piège de l’intangibilité » (Elyes Kasri), L’Économiste Maghrébin a brisé une chape de plomb mémorielle soigneusement entretenue par les appareils de propagande et les nécessités de la realpolitik.
L’article démontre avec une clarté clinique comment le principe du respect des frontières existantes au moment de l’accession à l’indépendance (uti possidetis juris), élevé au rang de dogme par l’Organisation de l’Unité Africaine lors du sommet du Caire en juillet 1964, a opéré un véritable « blanchiment diplomatique » des spoliations territoriales du XIXe.

Pour la Tunisie, ce principe n’a jamais été un gage de paix ou d’équilibre, mais le verrou juridique destiné à pérenniser une asphyxie géographique méthodique.
Entre la signature du traité du Bardo en 1881 et les arbitrages maritimes de la fin du XXe siècle, l’espace souverain de la Tunisie précoloniale a été rogné à l’Ouest par la France au profit de sa colonie de peuplement algérienne, amputé au Sud par les exigences ottomanes et balkanisé à l’Est face à la Libye par les arrangements diplomatiques de la puissance protectrice.
Face à ce bilan, l’opinion publique tunisienne souffre d’une amnésie téléguidée par les gouvernants successifs, soucieux de ne pas indisposer de puissants voisins jaloux de leur héritage colonial et n’hésitant pas à utiliser tous les moyens d’intimidation y compris la force armée, et par une rhétorique lénifiante de la « fraternité maghrébine » qui dissout les droits historiques dans l’émotion politique.
Ce corpus a pour ambition de poser les fondements d’une réappropriation mémorielle et d’un plaidoyer juridique rigoureux. Il s’adresse aux chercheurs, aux diplomates et à la conscience nationale pour démontrer que l’architecture actuelle des frontières de la Tunisie n’est pas un fait de la nature, mais le produit d’une contrainte historique abusive, ouvrant la voie à une contestation légitime des traités asymétriques hérités du siècle dernier.

II. LE PREMIER CYNISME COLONIAL : LA CONVENTION DE 1910 ET L’ASPHYXIE OCCIDENTALE PAR LA LIGNE WINCKLER

Le dépeçage territorial de la Tunisie trouve sa source dans le traitement différencié que la France coloniale imposait à ses possessions d’Afrique du Nord.
Si la Tunisie n’était qu’un protectorat, un État tiers conservant sa souveraineté nominale sous l’autorité du Bey et régi par le droit des traités internationaux, à l’inverse, l’Algérie était découpée en départements français, intégrée organiquement et définitivement au domaine de la République.

Dès lors que l’exploration géologique a laissé entrevoir les richesses minérales et caravanières du Sahara central, le choix de Paris fut dicté par une pure rationalité patrimoniale : tout territoire rattaché à l’Algérie devenait une propriété éternelle de la métropole ; tout territoire laissé à la Tunisie demeurait grevé du statut d’autonomie beylicale et susceptible d’échapper un jour au contrôle direct de la France.
Ce calcul géopolitique se matérialise lors de la Convention frontalière de Tripoli du 19 mai 1910, conclue entre la France, agissant au nom de la Tunisie, et la Sublime Porte ottomane, alors souveraine de la Libye.

Les opérations de délimitation sur le terrain furent confiées au commandant français Winckler. Sous couvert de fixer les limites des tribus nomades de la Jeffara, Winckler dévia arbitrairement la ligne de démarcation vers l’Est.
Ce tracé purement artificiel amputa la Tunisie de dizaines de milliers de kilomètres carrés de son hinterland saharien naturel, déplaçant le point de contact final vers ce qui deviendra la Borne 233.
Les portions territoriales ainsi arrachées à la Régence de Tunis furent immédiatement incorporées administrativement aux Territoires du Sud de l’Algérie française, rattachés aux Départements des Oasis. C’est ce tracé impérialiste précis qui privera plus tard la Tunisie de la pleine souveraineté sur les immenses nappes d’hydrocarbures de la région d’El Borma.

III. LE DEUXIÈME FRONT DE L’AMPUTATION : LE MARCHANDAGE ITALIEN ET LE TRAITÉ FRANCO-LIBYEN DE 1955

L’asphyxie de la frontière orientale tuniso-libyenne répond au même cynisme de la puissance protectrice, combinant balkanisation territoriale et concessions diplomatiques majeures faites sur le dos de la Tunisie. Au début du XXe siècle, la France doit composer avec les convoitises coloniales de l’Italie en Méditerranée. Pour obtenir le feu vert de Rome lors de l’établissement du protectorat français au Maroc, Paris conclut des accords diplomatiques secrets, notamment les accords Barrère-Prinzetti de 1902.

Lors de la négociation de la convention de 1910, la France s’autolimita délibérément au Sud-Est de la Tunisie, coupant les routes d’extension de la Régence vers Ghadamès et figeant le terminal côtier à Ras Jedir.
Paris offrait ainsi une frontière saharienne élargie et stabilisée à la future Libye italienne, que Rome envahit dès 1911 lors de la guerre italo-turque. Ainsi, la Tunisie beylicale se retrouvait doublement spoliée : réduite à l’Ouest pour enrichir l’Algérie française, et bloquée au Sud-Est pour satisfaire le troc franco-italien.

Le processus de dépeçage se prolongea de manière critique à la veille de l’indépendance tunisienne. En août 1955, alors que la France négocie les accords d’autonomie interne avec Tunis, elle signe secrètement à Tripoli un Traité d’amitié et de bon voisinage avec le Royaume de Libye du roi Idris.
La France, qui occupait militairement la province stratégique du Fezzan depuis 1943, cherche à tout prix à y maintenir ses bases aériennes et à obtenir des permis de recherche pétrolière pour ses compagnies.

Pour complaire à Tripoli, la diplomatie française valide une délimitation des confins sahariens et maritimes extrêmement restrictive pour la Tunisie. Paris s’abstient volontairement de faire valoir les titres juridiques historiques de la Régence de Tunis sur son plateau continental. C’est ce renoncement français majeur de 1955 qui servira de fondement technique et de piège légal lors du grand contentieux maritime des années 1980.

IV. LE CORPUS DES ENGAGEMENTS CONTRACTUELS DU GPRA ET LE CRI DU CŒUR DU BARDO

À son indépendance en 1956, la Tunisie hérite d’une frontière saharienne mutilée. Face à la guerre de libération algérienne, Habib Bourguiba fait le choix d’une solidarité maghrébine active, transformant le territoire tunisien en base arrière politique et militaire pour le Front de Libération Nationale et l’Armée de Libération Nationale.

Ce soutien de géant, payé au prix fort par le peuple tunisien lors du massacre de Sakiet Sidi Youssef le 8 février 1958, s’articule autour d’un pacte juridique clair : l’Algérie indépendante devra réparer les injustices des tracés coloniaux. L’autorité officielle représentant la révolution est alors le Gouvernement Provisoire de la République Algérienne. C’est avec cette entité légitime que la Tunisie signe deux accords contraignants.

– Le premier est le Procès-verbal du 6 janvier 1959 : signé secrètement à Tunis, ce document acte la reconnaissance par les dirigeants algériens du caractère arbitraire des frontières sahariennes tracées par l’armée française. Le GPRA s’y engage formellement à ouvrir des négociations de rectification territoriale dès la proclamation de l’indépendance.

– Le second document est la Déclaration Commune du 26 juillet 1961 : alors qu’à Évian, la France tente de détacher le Sahara de l’Algérie en raison de ses richesses en hydrocarbures, Bourguiba fait pression en réclamant les droits sahariens de la Tunisie. Pour obtenir l’appui vital de Tunis, le président du GPRA, Ferhat Abbas, co-signe un protocole diplomatique majeur.
La clause textuelle de cet accord est irréfutable : le Gouvernement Provisoire de la République Algérienne reconnaît d’une part que le tracé actuel des frontières sahariennes résulte d’arbitrages coloniaux abusifs et d’autre part, s’engage à réviser d’un commun accord avec le Gouvernement Tunisien les revendications légitimes de ce dernier dès la proclamation de l’indépendance. Ce corpus écrit démontre de manière définitive qu’Alger avait validé l’inopposabilité des frontières coloniales à la Tunisie.

Conscient des réticences qui commençaient à poindre chez certains cadres militaires de l’ALN hébergés à Tunis, Habib Bourguiba prononce devant l’Assemblée constituante réunie au Bardo, le 5 février 1959, un discours d’une vive force dramatique. Ce texte, le plus émouvant de sa doctrine maghrébine, dénonce par avance l’ingratitude d’un voisin que la Tunisie porte à bout de bras :
« Notre peuple souffre, notre peuple saigne, et nous partageons notre pain quotidien avec nos frères algériens que nous protégeons et abritons au péril de notre propre sécurité. Sakiet Sidi Youssef en est le témoignage éternel inscrit dans le sang de nos enfants. Malgré cela, lorsque nous évoquons nos droits légitimes sur notre propre Sahara, spolié par l’administration coloniale, nous percevons une surdité douloureuse chez ceux-là mêmes que nous portons à bout de bras. Il est déchirant de constater que la fraternité des combats s’arrête là où commencent les frontières tracées par l’oppresseur. Je le dis avec une profonde tristesse : si l’Algérie indépendante venait à s’approprier les injustices territoriales de la France en nous opposant une fin de recevoir, ce ne serait pas seulement un reniement de la parole donnée, ce serait une blessure inguérissable infligée à l’âme tunisienne. La Tunisie ne demande l’aumône de personne, elle réclame la restitution de son dû, au nom de la justice et du sang versé en commun ».

V. LE PROCESSUS DE RENIEMENT GÉOPOLITIQUE ET LE DOUBLE JEU MULTILATÉRAL

L’accession de l’Algérie à la souveraineté en juillet 1962 balaie instantanément les engagements contractuels civils du GPRA. Le clan militaire d’Oujda, dirigé par Houari Boumédiène, écarte Ferhat Abbas et installe Ahmed Ben Bella à la présidence.
Face aux diplomates tunisiens qui exigent l’application des accords de 1959 et 1961, Ben Bella choisit la carte de la temporisation psychologique. L’Algérie traverse alors une crise interne majeure et fait face aux revendications territoriales du Maroc sur Tindouf.

Lors de ses tête-à-tête avec Bourguiba, Ben Bella prononce cette formule de diversion morale : « Mon frère Habib, ne nous poignardez pas dans le dos alors que l’encre de notre indépendance est encore fraîche et que nos martyrs ne sont pas tous enterrés. Laissez-nous stabiliser le pouvoir, consolider la révolution, et je vous jure que nous réglerons la question des frontières dans la fraternité, loin des tracés coloniaux ». Bourguiba cède à cette rhétorique affective, commettant l’erreur d’accorder un moratoire verbal sans garanties.

Le reniement formel s’articule lors du sommet de l’Organisation de l’Unité Africaine au Caire en juillet 1964. Ébranlée par la Guerre des Sables contre le Maroc, l’Algérie déploie son appareil diplomatique pour faire sacraliser le principe de l’intangibilité des frontières héritées de la colonisation.
Le cynisme doctrinal est absolu : le régime algérien, qui tire sa légitimité du combat anticolonial, s’approprie le tracé impérialiste de la Ligne Winckler de 1910 et de la Borne 233 pour exclure la Tunisie du partage.

Lorsque la Tunisie découvre le gisement géant d’El Borma en 1964, l’Algérie déploie ses forces armées pour sécuriser la majeure partie du bassin sédimentaire. Affaiblie par la santé déclinante de son leader, la Tunisie est acculée à ratifier le Traité de délimitation frontalière finale du 16 avril 1970.

Ce renoncement aux droits de la Tunisie précoloniale trouve son prolongement maritime face à la Libye. Porté devant la Cour Internationale de Justice, le différend sur la délimitation du plateau continental débouche sur l’arrêt du 24 février 1982. La Cour valide un tracé largement calqué sur les lignes de concessions techniques issues du traité de 1955, attribuant à la Libye le contrôle exclusif du champ pétrolifère de Bouri, le plus productif de la Méditerranée.

En mars 2023, le président Kaïs Saïed dénoncera publiquement cette sentence historique, rappelant que la Tunisie n’a reçu que des miettes d’un bassin d’hydrocarbures dont un partage équitable aurait suffi à assurer l’indépendance financière et la prospérité du domaine national.

VI. LE RAPPORT DE FORCE INVERSÉ : DÉCONSTRUCTION DU CHANTAGE ÉNERGÉTIQUE AUTOUR DU TRANSMED

Pour pérenniser ce statu quo frontalier asymétrique, d’aucuns agitent régulièrement le spectre de la vulnérabilité énergétique tunisienne, notamment via l’axe du gazoduc TRANSMED, reliant l’Algérie à l’Italie en traversant le territoire national.
Selon cette vulgate, la Tunisie devrait s’abstenir de toute revendication mémorielle ou territoriale sous peine de voir ses vannes coupées unilatéralement par Alger. L’analyse technique et systémique des flux démontre que cette menace est une illusion rhétorique : un chantage gazier sur le TRANSMED causerait l’effondrement immédiat du régime algérien lui-même.

Depuis la reconfiguration mondiale des approvisionnements énergétiques post-2022, le TRANSMED est devenu un actif hautement stratégique surveillé par les puissances occidentales. Le gaz transitant par le sol tunisien sécurise le tissu industriel de l’Europe du Sud. Toute tentative d’Alger d’interrompre ou de manipuler ce flux sous prétexte de pressions politiques sur Tunis provoquerait une réponse diplomatique et financière immédiate de l’Italie et de l’Union européenne, isolant définitivement l’Algérie sur la scène internationale.

De surcroît, le pipeline constitue avant tout la jugulaire économique de l’État rentier algérien. Le budget de l’Algérie est maintenu sous perfusion par l’exportation de gaz. Tarir le TRANSMED équivaudrait, pour Alger, à couper sa propre artère financière en se privant instantanément de ses flux de devises essentiels. Sans ces revenus gaziers, le pouvoir algérien se retrouverait incapable de financer la paix sociale intérieure, assurée par de coûteux programmes de subventions de première nécessité pour contenir l’insurrection populaire. Le chantage au gaz est donc inapplicable : Alger ne peut l’utiliser sans déclencher sa propre implosion intérieure. La Tunisie, pivot géographique incontournable du transit, détient un levier d’interdépendance majeur qu’elle doit apprendre à faire valoir.

VII. L’ANALYSE DOCTRINALE DES COMMIS DE L’ÉTAT TUNISIEN

La dénonciation de cette asphyxie territoriale et énergétique n’est pas une construction contemporaine ; elle a été documentée avec rigueur par les plus hauts commis de la République Tunisienne.
L’apport de l’éminent constitutionnaliste et juriste tunisien, le professeur Lazhar Bououni (1948-2017), ancien ministre de la Justice, reste fondamental pour contester la légitimité des accords frontaliers.
Dans ses recherches universitaires publiées au sein de la Revue Tunisienne de Droit, il démontre que l’Algérie a violé de manière flagrante le principe de l’estoppel en droit international public. Un État ne peut adopter une posture qui contredit ses engagements antérieurs lorsque celle-ci lèse un tiers.
L’Algérie a accepté l’aide vitale de la Tunisie sur la base de la promesse écrite de réviser les frontières en 1959-1961, pour ensuite rejeter sa propre signature en invoquant la résolution de l’OUA de 1964. Pour M. Bououni, le traité de 1970 est entaché d’un vice de consentement moral fondamental, signé sous la contrainte d’un rapport de force militaire asymétrique. Il applique la même rigueur critique à l’arrêt de la CIJ de 1982, soulignant la mauvaise foi méthodologique de la partie adverse.

Le témoignage de Driss Guiga, figure de proue de l’appareil sécuritaire de Bourguiba (1947-2026), apporte la validation factuelle de ce préjudice. Nommé ministre de l’Intérieur au lendemain de l’attaque de Gafsa en janvier 1980 — où un commando armé s’était infiltré via la frontière occidentale —, M. Guiga inspecte personnellement les confins algéro-tunisiens.
Dans ses mémoires parus en octobre 2024, il consigne un constat sans appel : le tracé imposé par Alger en 1970 a privé la Tunisie de ses défenses naturelles sahariennes, créant une frontière artificielle, vulnérable et difficile à sécuriser. Il dénonce l’usage de cette asymétrie géographique par Alger comme un levier d’influence permanent visant à brider les orientations souveraines de Tunis.

VIII. CONCLUSION : POUR UN SOUVERAINISME MESURÉ ET SCIENTIFIQUE

La réévaluation mémorielle de l’asphyxie territoriale de la Tunisie n’est ni un appel au chauvinisme acrimonieux ni une tentative de déstabilisation des équilibres maghrébins. C’est un acte de salubrité intellectuelle nécessaire.
Tant que l’opinion publique tunisienne acceptera le récit biaisé de frontières fraternelles intangibles, la Tunisie restera en position de faiblesse doctrinale structurelle, contrainte de subir les asymétries économiques et sécuritaires imposées à ses dépens.

En s’appuyant sur les archives de 1910, les engagements écrits du GPRA de 1961, l’analyse de la convention maritime de 1955 et l’interdépendance réelle du réseau TRANSMED, ce corpus démontre que les droits de la Tunisie sur son espace demeurent imprescriptibles au regard de la vérité historique. Le combat pour la souveraineté de demain commence par le refus de l’amnésie d’aujourd’hui.

________________________________________
CORPUS BIBLIOGRAPHIQUE ET ARCHIVISTIQUE DE RÉFÉRENCE :
Sources Primaires et Actes Internationaux :
• Ministère des Affaires Étrangères (France), Documents diplomatiques français (1871-1914), Imprimerie Nationale, Paris. (Correspondance de 1902-1911 sur les accords territoriaux franco-italiens).
• Régence de Tunis & Empire Ottoman, Convention finale de délimitation de la frontière entre la Tunisie et la Tripolitaine, Tripoli, 19 mai 1910.
• Winckler (Commandant), Rapport topographique et cartographique sur la délimitation de la frontière méridionale de la Tunisie, Service géographique de l’Armée, Paris-Tunis, 1911.
• Gouvernement Provisoire de la République Algérienne, Procès-verbal de la conférence bilatérale secrète sur les confins sahariens occidentaux, Tunis, 6 janvier 1959.
• Ministère des Affaires Étrangères (France), Traité d’amitié et de bon voisinage entre la France et la Libye, Tripoli, 10 août 1955.
• Abbas (Ferhat) et Bourguiba (Habib), Déclaration commune tuniso-algérienne sur la révision des frontières sahariennes, Tunis, 26 juillet 1961.
• Organisation de l’Unité Africaine, Résolution AHG/Res. 16(I) sur l’intangibilité des frontières héritées de la colonisation, Le Caire, 17-21 juillet 1964.
• Cour Internationale de Justice, Affaire du Plateau continental (Tunisie/Jamahiriya arabe libyenne), Arrêt du 24 février 1982.
• République Tunisienne, Journal Officiel de la République Tunisienne, Décret n° 70-170 du 20 mai 1970, portant ratification du traité frontalier tuniso-algérien.
Travaux Académiques et Littérature Géopolitique
• Abbas (Ferhat), Autopsie d’une guerre : L’Aurore, Éditions Albin Michel, Paris, 1980.
• Bououni (Lazhar), Le régime juridique des frontières sahariennes : Éléments pour une étude du contentieux frontalier tuniso-algérien, Revue Tunisienne de Droit, Volume XIV, n° 2, Tunis, 1982.
• Bououni (Lazhar), L’arrêt de la Cour internationale de Justice dans l’affaire du plateau continental tuniso-libyen : une lecture critique, Revue Tunisienne de Droit, Tunis, 1983.
• Despois (Jean), La Tunisie : ses régions, Éditions Armand Colin, Paris, 1961.
• Flory (Maurice), « La notion de frontière en Afrique du Nord », Annuaire de l’Afrique du Nord, Éditions du CNRS, Paris, 1965.
• Grimaud (Nicole), La politique extérieure de l’Algérie (1962-1978), Éditions Karthala, Paris, 1984.
• Guiga (Driss), Sur le chemin de Bourguiba : mémoires d’un acteur clé de l’histoire tunisienne, Éditions de L’Économiste Maghrébin, Tunis, octobre 2024.
• Kasri (Elyes), « Frontières africaines : du péché de Berlin au piège de l’intangibilité », L’Économiste Maghrébin, n° 952, août-septembre 2026 [INDEX].
• Maltese (S.), Le TRANSMED et la sécurité de l’approvisionnement gazier de l’Europe du Sud, Revue de l’Énergie, Milan/Paris, 2022.
• Martel (André), Les frontières tunisiennes (1881-1911) : Textes et cartes, Université de Tunis, 1965.
• Martel (André), « Le différend frontalier tuniso-algérien (1956-1970) », Revue d’histoire moderne et contemporaine, Tome XVIII, Paris, 1971.
• Martel (André), « La frontière tuniso-libyenne : de la zone mouvante à la ligne Winckler », Annuaire de l’Afrique du Nord, Éditions du CNRS, Paris, 1966.
• Rainero (Romain H.), Les Italiens dans la Tunisie coloniale : ambitions et réalités d’une présence, Éditions Économica, Paris, 1982.

L’article Tribune Elyes Kasri — Frontières africaines : du péché de Berlin au piège de l’intangibilité est apparu en premier sur Leconomiste Maghrebin.

  •  

Europe : la montée du rejet de l’immigration

Le sentiment d’absence de perspectives qui touche une partie de la jeunesse des pays du Sud de la Méditerranée contribue à alimenter un flux migratoire continu vers l’Europe. Pour les États européens, ces flux migratoires, importants et durables, sont d’abord appréhendés comme un défi pour les politiques d’asile et d’immigration, mais aussi comme une question sécuritaire et identitaire. Dans ce contexte, l’externalisation du contrôle des frontières, notamment à travers des accords conclus avec des régimes des pays du Sud, s’est progressivement imposée comme l’un des principaux instruments de la politique migratoire européenne. Une solution qui n’a permis ni de stopper les flux ni de tempérer les craintes des opinions publiques européennes.

 

Les Européens face à l’immigration

Si la perception de l’immigration au sein des sociétés européennes demeure à la fois contrastée et ambivalente, elle s’est affirmée comme une préoccupation politique majeure. Selon l’Eurobaromètre de l’automne 2025, elle était citée par 20 % des Européens parmi les principaux problèmes auxquels l’Union européenne était confrontée. Cette importance accordée à la question migratoire contribue à en faire un enjeu électoral central au sein de chaque pays européens, du Danemark à l’Italie en passant par l’Allemagne. Cette préoccupation se traduit politiquement moins par un rejet uniforme de l’immigration que par une montée de la demande de contrôle, de restriction et de régulation des flux migratoires.

La première manifestation de cette évolution réside dans la progression des partis de droite radicale et national-conservatrice. Ces formations politiques mettent l’accent sur le renforcement du contrôle des frontières, la fin de l’immigration irrégulière, le durcissement des politiques d’asile, ainsi que sur « l’assimilation » des populations immigrées.

La deuxième conséquence, peut-être plus significative encore, réside dans le déplacement progressif des partis traditionnels de droite ou de gauche vers des positions plus restrictives. Même lorsqu’ils ne participent pas au gouvernement, les partis de droite radicale exercent une pression sur l’ensemble du champ politique en imposant l’immigration parmi les priorités de l’agenda électoral.

Les formations traditionnelles sont ainsi conduites à renforcer leur discours sur le contrôle des frontières, la lutte contre l’immigration irrégulière et les exigences d’intégration.

 

Le cas de la France et la perspective de l’élection de Marine Le Pen

La France illustre ainsi un phénomène plus large observable à l’échelle européenne : la question migratoire ne se réduit plus à la gestion administrative des flux. Elle est devenue un enjeu central de la compétition politique, un marqueur idéologique et un révélateur des transformations contemporaines des démocraties européennes.

En France, l’immigration connaît une progression soutenue depuis le début des années 2000. Le nombre d’immigrés est ainsi passé d’environ 4,5 millions en 2000 à 6,8 millions en 2020.

Depuis les années 1970 et les conséquences du premier choc pétrolier (dont le chômage de masse), la question migratoire occupe en France une place disproportionnée dans le débat politico-médiatique. Cette centralité s’est notamment traduite par une succession de réformes législatives : plus d’une vingtaine de textes consacrés à l’asile et à l’immigration ont ainsi été adoptés au cours des deux dernières décennies. Cette inflation législative témoigne de la difficulté des gouvernements successifs à stabiliser une politique migratoire cohérente et durable, mais aussi de la forte politisation d’un sujet devenu un marqueur essentiel de la compétition électorale.

Dans le discours politique et institutionnel, l’immigration tend ainsi à être fréquemment associée à des enjeux sociaux, sécuritaires et identitaires. Cette association contribue à légitimer le renforcement des politiques de contrôle, la restriction de certaines conditions d’accueil et d’accompagnement des étrangers, ainsi que le développement de dispositifs d’externalisation du contrôle migratoire.

La question migratoire se trouve dès lors de plus en plus appréhendée à travers le prisme du rétablissement de l’ordre, de la maîtrise des frontières et de l’autorité de l’État. Une tendance qui n’a fait que nourrir la dynamique politique et électorale de Marine Le Pen et de son parti, plus près que jamais d’une victoire à la prochaine élection présidentielle (avril 2027)…

L’article Europe : la montée du rejet de l’immigration est apparu en premier sur Leconomiste Maghrebin.

  •  

Rue Sadikia : Long sillage de nostalgies et cadastre des émotions

À la confluence de l’avenue Bourguiba, la rue de Rome et l’avenue de France, la rue Sadikia a un long sillage de nostalgies. Artère commerçante, au cœur de la ville, la rue Sadikia porte désormais le nom de Gamal Abdenasser. Elle a ainsi rebaptisée à la mort de ce dernier.

Modigliani, Davin, Pace et consorts

Cette rue concentre plusieurs immeubles qui témoignent de diverses époques et pour certains, remontent au dix-neuvième siècle. Avec la Nationale, cette rue abrite aussi l’un des fleurons architecturaux de Tunis.

Dans cette rue qui commence avec l’ambassade de France et se termine avec l’ancienne chancellerie italienne, les édifices de représentation ne manquaient pas.

Côté commerces, la chocolaterie Modigliani, les tissus Baranès, la maison Davin, le salon Pace ou encore le Monoprix, tenaient le haut du pavé.

Chacun a ses propres souvenirs avec cette rue de toutes les convergences dont le square Mongi Bali est à l’autre bout. Ce square qui fait face à la grande gare de Tunis, portait auparavant le nom de Philippe Thomas, le découvreur des phosphates dans le sud tunisien.

Tailleurs, libraires, coiffeurs et bistrots

Les souvenirs de la rue Sadiki sont innombrables et incluent toutes les rues adjacentes qui portent les noms de pays européens.

Qui a vécu dans cette rue ? Qui se souvient des tailleurs, libraires, coiffeurs et autres commerçants de la rue Sadikia ?
Aujourd’hui, cette artère a beaucoup changé et a été en partie investie par le commerce informel.

Il n’en reste pas moins qu’elle demeure un repère dans nos mémoires et une des madeleines de Tunis.

Souvenirs polyphoniques d’une rue de Tunis

Sur cette branche se sont posées plusieurs impressions et nostalgies. Certains parce qu’ils y ont habité, se sont remémoré les fastes du Palazzo Maurizio Attias dont la date de fondation figure en chiffres romains en haut de l’édifice.

D’autres, se sont souvenu du magasin Vogue, des chaussures Willy, de la mercerie Francine ou du Comptoir des élégantes.

Les souvenirs épars ont jailli ici et là : le bar à Zézé dont on dit que le gérant était originaire de Tabarka, la pâtisserie Candy, les coiffeurs Eugène et Pino, la grande succursale de la Poste où tout Tunis venait pour téléphoner, le bijoutier Ayari, le photographe Bua, le tailleur Elie Sebag, les meubles Louis Labbé, le cabinet du docteur Hamadi Ben Salem et d’autres lieux de mémoire comme le magasin Orosdi Back qui fut l’une des grandes enseignes de la ville.

Cet inventaire à plusieurs mains, ce reflet de nombreuses mémoires prenait d’autres couleurs lorsque la petite-fille du coiffeur Pace surgit dans la conversation ou bien lorsque le lointain descendant d’un négociant en pièces agricoles invoque le souvenir de ses aïeux.

Dépoussiérer les lieux de mémoire vive

Avec toutes ces voix, souvent venues de nulle part, toute une rue revit et renaît à ses traces. Tant de lieux de mémoire ont ainsi besoin d’être dépoussiérés, allégés des strates amnésiques qui les recouvrent, restitués à ceux qui ont cessé d’y vivre.

Chaque ruelle recèle des trésors de réminiscences. Il suffit de suggérer leur existence, les recenser, les partager pour qu’elles reprennent goût à la lumière. La rue Sadikia n’est qu’un exemple de ce cadastre des émotions qui recouvre virtuellement les pavés de Tunis.

Piéton dans la ville, je suis sensible à ces vestiges parfois invisibles, à ces brindilles de vie oubliées par le temps et dont les passagers contemporains ignorent la complexité et la charge magique. Un peu comme Joyce à Dublin ou Pessoa à Lisbonne, je rêve de récolter des images, des objets, des débris, des documents, des fragments de choses, des instants fragiles.

Pour ensuite les disperser à la manière des cailloux du Petit Poucet. Pour ensuite arpenter la ville à leur recherche. Pour enfin les retrouver dans les méandres vifs de ma ville siamoise, mon millefeuille urbain, mon énigmatique forêt de symboles.

Lire aussi :

L’article Rue Sadikia : Long sillage de nostalgies et cadastre des émotions est apparu en premier sur webdo.

  •  
❌