Lese-Ansicht

Un nouveau cadre de dialogue national pour sortir la Tunisie de la crise   

Trois des quatre composantes du Quartet du dialogue national, prix Nobel de la Paix 2015 * — la Ligue tunisienne des droits de l’homme (LTDH), l’Ordre national des avocats tunisiens (Onat) et l’Union générale Tunisienne du Travail (UGTT) —reprennent la parole ensemble, dans un cadre de coordination commun face à la crise politique, économique et sociale que traverse le pays. Et publient, ce jeudi 3 septembre 2026 le communiqué conjoint suivant sous le titre «La Tunisie d’abord, et le peuple au-dessus de toute considération».

La Tunisie traverse aujourd’hui une crise politique, économique et sociale profonde, résultat de choix et de politiques qui ont prouvé leur incapacité à résoudre les crises accumulées, et qui ont même contribué à aggraver la souffrance des Tunisiens, à affaiblir leur pouvoir d’achat, et à élargir les cercles de la pauvreté, du chômage et de la précarité — au point que le citoyen a perdu confiance dans les institutions de l’État et dans leur capacité à répondre à ses revendications légitimes.

Le pays connaît également un recul grave dans le domaine des droits et des libertés, un resserrement continu de l’action politique, syndicale et civile, ainsi qu’une instrumentalisation croissante de la justice dans les conflits politiques, portant atteinte à son indépendance, aux garanties d’un procès équitable et aux droits de la défense — ce qui frappe l’une des garanties les plus importantes de protection du citoyen et menace les fondements de l’État de droit et des institutions.

Les prisons et les centres de rétention connaissent des conditions qui ne répondent pas aux exigences de la dignité humaine ni aux normes internationales.

Dans le même contexte, le pays connaît un recul de la liberté des médias, une répression des voix libres, et une mainmise croissante sur les institutions médiatiques.

Les crises de l’eau et de l’électricité, la pénurie de médicaments et de produits de base, ainsi que la hausse des prix, ne sont plus de simples difficultés conjoncturelles ; elles touchent désormais directement les conditions de vie quotidienne et la dignité des Tunisiens, aggravent leurs souffrances et approfondissent leur sentiment d’impasse.

Le drame de la noyade de jeunes de Ben Guerdane, et les tragédies similaires qui l’ont précédé, confirment que la migration irrégulière n’est pas seulement un dossier sécuritaire, mais bien la conséquence directe du désespoir, de l’impasse et de la perte d’espoir en l’avenir — ce qui fait porter au pouvoir une responsabilité politique et sociale pleine et entière dans le traitement de ses causes profondes, et non la simple gestion de ses conséquences.

Inutile de rejeter la responsabilité sur autrui, car le pouvoir en place porte l’entière responsabilité politique de ses choix, de ses décisions et de leurs conséquences, après des années de gestion des affaires publiques en dehors de toute logique de dialogue et de participation, dans un contexte d’absence de transparence, d’opacité sur les données, et de restriction du droit à exprimer une voix divergente.

La Tunisie ne peut être gouvernée selon une logique de déni, de silence ou de voix unique, tout comme les crises ne peuvent être affrontées en excluant la société et ses forces vives.

On ne peut sortir de la situation actuelle que par une révision globale des choix économiques, sociaux et politiques dont l’échec est avéré, et par l’ouverture d’un véritable processus de dialogue sociétal, menant à des solutions capables de sauver le pays, de préserver son unité, de protéger les droits et les libertés, et de redonner confiance et espoir aux Tunisiens.

Nous, organisations signataires, annonçons le lancement d’un cadre de coordination commun pour la Tunisie et les Tunisiens, animés par notre conviction profonde de la nécessité de la vigilance, de la protection des acquis du peuple, de l’attachement à l’État de droit et des institutions, de la préservation de l’indépendance de la société civile, et de la défense des droits et des libertés.

Ce cadre restera en permanence ouvert à toutes les forces vives et démocratiques, et à tous les acteurs nationaux qui croient en la Tunisie et en son avenir, afin d’œuvrer ensemble à l’ouverture d’un nouvel horizon national, qui redonne sa place au dialogue et à la participation, préserve l’avenir des générations futures, et garantit à la Tunisie son unité, sa place et sa dignité.

Signataires :

Président de la Ligue tunisienne pour la défense des droits de l’homme — Bassem Trifi ;  

Bâtonnier de l’Ordre national des avocats de Tunisie — Boubaker Ben Thabet ;

Secrétaire général de l’Union générale tunisienne du travail (UGTT) — Slaheddine Selmi.

* Au célèbre Quartet, il manque l’Union tunisienne de l’industrie, du commerce et de l’Artisanat (patronat). On ne sait pas si l’organisation patronale a été sollicitée et qu’elle a refusé de se joindre à l’initiative. Son absence, en tout cas, pose des questions. Il faut dire que sa direction actuelle est totalement illégale puisque l’organisation n’a pas tenu son congrès depuis plusieurs années.  

L’article Un nouveau cadre de dialogue national pour sortir la Tunisie de la crise    est apparu en premier sur Kapitalis.

  •  

UGTT – Ordre des avocats – LTDH : la sonnette d’alarme

Dans un communiqué commun publié jeudi 3 septembre 2026, l’UGTT, l’Ordre des avocats et la LTDH dressent un tableau sévère de la situation actuelle en Tunisie. Et ce, entre crise politique, économique et sociale profonde, érosion des droits et libertés, instrumentalisation de la justice, détérioration des conditions carcérales et recul de la liberté des médias.

Les trois organisations pointent aussi les pénuries d’eau, d’électricité et de médicaments, la flambée des prix et le désespoir qui alimente la migration irrégulière des jeunes Tunisiens. Tout en citant notamment le drame de Ben Guerdane.

Elles imputent la responsabilité de cette dégradation au pouvoir en place après « cinq ans » de gestion sans dialogue ni transparence. Et elles appellent à une révision globale des politiques et à l’ouverture d’un « dialogue sociétal » sérieux.

Pour ce faire, elles annoncent la création d’un « cadre de coordination commun » ouvert à toutes les forces démocratiques. Tout en évitant, selon des commentaires accompagnant le texte, toute montée en gamme militante ou escalade revendicative.

L’article UGTT – Ordre des avocats – LTDH : la sonnette d’alarme est apparu en premier sur Leconomiste Maghrebin.

  •  
❌