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Ce que l’Europe craint d’un effondrement tunisien

Que l’Allemagne ait un intérêt direct à la stabilité tunisienne, personne ne le conteste. Mais l’Allemagne n’est jamais seule quand elle parle de stabilité et de Sahel à un chef d’État nord-africain : elle parle aussi, de fait, au nom du continent européen qui a fait de la Tunisie son verrou migratoire et énergétique, et qui n’a pas oublié qu’un effondrement tunisien se traduirait par une pression migratoire sur ses propres côtes.

Moktar Lamari *

Il faut se méfier des communiqués diplomatiques qui se ressemblent trop pour être honnêtes — et se méfier plus encore de ceux qui ne se ressemblent pas du tout. Explication…

Le 31 août, Johann Wadephul, ministre allemand des Affaires étrangères, a atterri à Tunis, dans une visite imprévue et urgente, pour une tournée maghrébine présentée comme une simple courtoisie anniversaire : soixante-dix ans de relations diplomatiques tuniso-allemandes, une délégation d’industriels, des dossiers énergie et chaînes d’approvisionnement automobile.

Rien, en apparence, qui justifie qu’un ministre des Affaires étrangères d’un pays du G7 se déplace en personne, accompagné de son patronat, pour aller souffler des bougies protocolaires. Sauf que le décor a craqué presque aussitôt, et de la façon la plus flagrante qui soit : les deux capitales ont raconté deux rencontres différentes.

Avant même l’atterrissage, le ministère allemand des Affaires étrangères annonçait sur son propre site que les discussions avec Kaïs Saïed porteraient sur leurs «intérêts communs en faveur de la stabilité de la Tunisie». Une fois sur place, interrogé par la chaîne publique allemande ARD, Wadephul est allé plus loin encore, évoquant sans détour le terrorisme et la montée de «l’islamisme», et présentant la migration comme l’un des fils conducteurs de sa tournée nord-africaine.

En conférence de presse à Tunis, il a par ailleurs insisté sur la volonté allemande d’«exploiter les potentiels mutuels», en particulier dans «l’approvisionnement en énergie respectueuse du climat» — une manière polie de dire qu’on est venu sécuriser des tuyaux, pas signer des cartes postales.

Or aucun de ces trois sujets — Sahel, terrorisme islamiste, énergie climatique — ne figure dans le compte rendu publié depuis le Palais de Carthage.

Pas une ligne, pas une allusion. À la place, la présidence tunisienne met en scène un Kaïs Saïed qui disserte sur l’humanité entrant dans une «nouvelle étape de son histoire» nécessitant une pensée fondée sur la liberté et la justice, et qui profite de l’audience pour exiger la révision de plusieurs accords — au premier rang desquels l’accord d’association avec l’Union européenne, jugé trop déséquilibré.

Intérêt direct de l’Europe à la stabilité tunisienne

Deux ministères, une seule et même rencontre, et pourtant deux comptes rendus qui pourraient décrire deux réunions tenues à des années de distance. Ce genre de dissonance ne s’invente pas dans un simple exercice de communication maladroit ; il trahit deux agendas qui se sont croisés dans la même salle sans jamais vraiment se parler — l’un venu évaluer un risque, l’autre venu réciter un grief.

Que l’Allemagne — troisième marché à l’export pour la Tunisie, pilier de l’approvisionnement automobile européen, hôte de 7 500 étudiants tunisiens et de milliers de soignants tunisiens dans ses hôpitaux — ait un intérêt direct à la stabilité tunisienne, personne ne le conteste.

Mais l’Allemagne, dans l’architecture européenne, n’est jamais seule quand elle parle de stabilité et de Sahel à un chef d’État nord-africain : elle parle aussi, de fait, au nom d’un continent qui a fait de la Tunisie son verrou migratoire et énergétique, et qui n’a pas oublié qu’un effondrement tunisien se traduirait en semaines, pas en mois, par une pression migratoire sur ses propres côtes.

On ne dépêche pas le chef de sa diplomatie, escorté d’industriels et suivi d’un crochet immédiat à Alger pour discuter interconnexions électriques, si le seul enjeu a trait à un anniversaire à souligner.

On le fait quand on veut prendre le pouls d’un pays avant qu’il ne s’arrête de battre.

Et ce pouls, aujourd’hui, est franchement inquiétant. Pendant que Wadephul serrait des mains à Carthage, des quartiers entiers de Tunis, de Sfax, du Kef, de Djerba ou de Gabès continuaient de vivre au rythme de coupures d’eau et d’électricité répétées, parfois plusieurs fois par jour — le symptôme le plus visible d’un réseau Steg en déficit structurel de production que plus aucun décret présidentiel ne peut masquer.

Des menaces terroristes en Tunisie sont probables selon des sources proches de la chancellerie allemande.

À cela s’ajoutent des pénuries récurrentes de médicaments essentiels dans les pharmacies, remontées presque chaque semaine par la société civile et les syndicats de la santé, signe que même la chaîne d’approvisionnement pharmaceutique, pourtant vitale, craque sous la pression budgétaire et le manque de devises.

Les trois ingrédients de l’embrasement social

Ce sont exactement les trois ingrédients — eau, courant, médicaments — dont l’histoire politique récente du monde arabe a montré qu’ils précèdent, presque toujours, l’embrasement social. Ce n’est pas un hasard si le crochet algérien de Wadephul porte précisément sur l’offre électrique : Berlin cherche, très concrètement, des solutions de dépannage énergétique pour un voisin tunisien exsangue, faute de pouvoir compter sur une réforme interne que le régime refuse d’engager.

Rien de tout cela ne serait alarmant si le contexte politique tunisien n’était pas déjà à ce point tendu.

Un pouvoir réélu à 90,7 % sur une participation de 28,8 %, une opposition emprisonnée par dizaines, un Premier ministre limogé presque chaque année, une dette publique qui frôle 85 % du PIB, un déficit qui se creuse de nouveau : la marge de manœuvre du régime pour absorber un choc social supplémentaire est proche de zéro.

Quand l’eau, l’électricité et les médicaments manquent en même temps, la colère ne cherche plus de porte-parole partisan ; elle descend dans la rue directement, comme on l’a vu ailleurs dans la région ces derniers mois.

Et c’est précisément ce scénario que l’Europe, par la voix de son émissaire allemand, semble être venue évaluer de très près — sans jamais le dire tout haut. La visite protocolaire de Wadephul n’est peut-être qu’une couverture élégante pour une question bien plus brutale que Berlin, et derrière elle Bruxelles, se pose désormais sans détour : combien de temps le système Saïed peut-il encore tenir avant que la rue ne tranche à sa place ? 

Economiste universitaire.

Blog de l’auteur: E4T.

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Incendies en Tunisie : L’Union européenne apporte 200.000 euros à l’aide d’urgence

L’Union européenne a annoncé une contribution humanitaire d’urgence de 200.000 euros pour venir en aide aux populations touchées par les incendies ayant frappé plusieurs régions de Tunisie. Ce financement, annoncé le 31 août, soutient l’intervention du Croissant-Rouge tunisien dans le cadre du Fonds d’urgence pour les interventions en cas de catastrophe de la Fédération internationale de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge. L’opération doit permettre d’aider 15.000 personnes vulnérables pendant six mois.

Une contribution européenne de 200.000 euros

L’Union européenne a annoncé une aide humanitaire d’urgence de 200.000 euros destinée à soutenir les populations affectées par les incendies en Tunisie.

La contribution européenne s’inscrit dans le cadre du Fonds d’urgence pour les interventions en cas de catastrophe, le DREF, de la Fédération internationale des Sociétés de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge.

Elle doit permettre de renforcer l’intervention menée sur le terrain par le Croissant-Rouge tunisien auprès des communautés touchées par les incendies.

Une opération déjà lancée pour 15.000 personnes

Cette nouvelle contribution soutient une opération humanitaire déjà annoncée par la Fédération internationale de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge.

L’intervention, prévue sur une durée de six mois jusqu’à la fin février 2027, cible environ 15.000 personnes parmi les populations les plus vulnérables touchées par les incendies.

Les bénéficiaires doivent notamment recevoir une assistance en matière d’abri et d’articles ménagers essentiels, ainsi qu’un soutien alimentaire et financier.

L’opération prévoit également une aide dans les domaines de la santé, du soutien psychosocial, de l’eau, de l’assainissement et de l’hygiène.

Le document initial de la FICR consacré aux incendies en Tunisie prévoyait une enveloppe DREF de 499.911 francs suisses pour financer l’opération humanitaire.

L’annonce européenne de 200.000 euros concerne une contribution versée dans le cadre de ce même mécanisme DREF.

Par ailleurs, les 15.000 personnes ciblées correspondent à la population bénéficiaire déjà prévue dans le cadre de l’opération humanitaire.

Plus de 41.000 personnes affectées selon les évaluations

Selon les évaluations reprises dans le dispositif humanitaire, environ 41.479 personnes ont été affectées directement ou indirectement par les incendies et leurs conséquences, notamment les perturbations liées à l’approvisionnement en eau et en électricité.

Les incendies ont particulièrement fragilisé les communautés rurales et forestières, dont les moyens de subsistance dépendent notamment de l’agriculture, de l’élevage, des arbres fruitiers et des ressources forestières.

Le Croissant-Rouge tunisien a mobilisé ses volontaires pour participer aux évacuations, aux premiers secours, à la distribution d’eau et d’aide humanitaire ainsi qu’à l’accompagnement psychosocial des populations touchées.

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Tunisie-UE : Kaïs Saïed demande un accord d’association « plus équilibré et plus juste »

Kaïs Saïed a appelé à revoir l’accord d’association entre la Tunisie et l’Union européenne. Le président de la République a formulé cette demande lundi 31 août, lors de sa rencontre au palais de Carthage avec le ministre allemand des Affaires étrangères, Johann Wadephul. Il a également plaidé pour la conversion de prêts en investissements, tout en formulant des critiques sur l’utilisation passée de certains financements.

Revoir l’accord avec l’Union européenne

Lors de son entretien avec Johann Wadephul, Kaïs Saïed a évoqué la nécessité de réviser plusieurs accords, dont celui liant la Tunisie à l’Union européenne.

Selon le communiqué de la présidence de la République, le chef de l’État souhaite que cet accord soit revu afin de devenir « plus équilibré et plus juste ».

La question des relations tuniso-européennes a également été abordée lors des entretiens entre les ministres tunisien et allemand des Affaires étrangères. Mohamed Ali Nafti a, pour sa part, souligné la volonté de la Tunisie de développer l’accord d’association sur la base du respect mutuel et en tenant compte des mutations géostratégiques et économiques dans l’espace euro-méditerranéen.

Kaïs Saïed plaide pour la conversion des prêts en investissements

Le président de la République a également abordé la question du financement de l’économie tunisienne.

Kaïs Saïed a plaidé pour la conversion de prêts en investissements, estimant, selon le communiqué présidentiel, que la population tunisienne n’avait pas réellement bénéficié de certains financements.

Le chef de l’État a également affirmé qu’une grande partie de certains fonds avait été détournée de sa destination, faisant supporter aujourd’hui à la Tunisie un lourd coût.

Une coopération tuniso-allemande à renforcer

Kaïs Saïed a par ailleurs confirmé la volonté de la Tunisie de renforcer davantage sa coopération avec l’Allemagne.

Les domaines de l’enseignement supérieur, de la recherche scientifique, de la formation professionnelle, de l’énergie et de l’innovation technologique ont notamment été évoqués lors de la rencontre.

Johann Wadephul a, de son côté, déclaré que l’Allemagne et l’Union européenne demeuraient des partenaires fiables de la Tunisie, soulignant la volonté de Berlin de renforcer la coopération entre les deux pays.

Aucun processus formel de renégociation annoncé

La demande tunisienne de revoir l’accord d’association constitue une position politique clairement exprimée lors de cette visite.

À ce stade, aucun calendrier ni processus formel de renégociation de l’accord entre la Tunisie et l’Union européenne n’a toutefois été annoncé même si en novembre 2025, le ministre des Affaires étrangères, de la Migration et des Tunisiens à l’étranger, Mohamed Ali Nafti, avait annoncé que la Tunisie travaille actuellement à la révision de son accord avec l’Union européenne, en coordination avec plusieurs ministères, afin d’en actualiser les termes et de mieux refléter la réalité économique nationale.

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