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Gaza | Mohammed Dahlan tire les ficelles depuis Abou Dhabi

Il a initié et financé le nouveau gouvernement d’Ali Chaath qui administre Gaza, conseille la Maison-Blanche et fournit une partie des aides fournies aux personnes déplacées. Les dirigeants du Hamas coopèrent avec lui mais ils n’oublient pas que son objectif ultime est de les destituer. Lui, c’est le très décrié Mohammed Dahlan, ancien chef des Forces de sécurité préventive (liées à l’OLP) dans la bande de Gaza et exilé à Abou Dhabi depuis bientôt deux décennies. Un homme de l’ombre, très soluble dans l’argent et dont les liens avec les Israéliens sont un secret de polichinelle.

Imed Bahri

Jacky Hugi a consacré une enquête au rôle actuel de Dahlan intitulée «Entre Kushner et le Hamas: comment Mohammed Dahlan reconstruit son pouvoir à Gaza?», publiée dans le journal israélien Maariv.  

«Voici Mohammed Dahlan de retour sur le devant de la scène, comme s’il était sorti de nulle part. Ce vétéran de la politique palestinienne est devenu l’une des figures les plus influentes des initiatives internationales concernant la bande de Gaza», cest par ces mots que Jacky Hugi a commencé son enquête. Ce n’est pas l’Autorité palestinienne, mais Dahlan lui-même, exclu du Fatah, qui a été présent dans tous les événements importants concernant Gaza au cours de l’année écoulée : de l’aide alimentaire à l’accord de cessez-le-feu et au projet de reconstruction mené par la Maison-Blanche, a-t-il écrit.

La plupart de ses actions se déroulent discrètement et ne font donc pas la une des journaux mais une chose est sûre, lorsqu’il veut se faire un nom, il sait parfaitement comment s’y prendre.

Dahlan a conseillé les Américains tout au long de cette période, depuis le début de la guerre jusqu’à aujourd’hui. Ses conseils ont notamment porté sur la manière de communiquer avec le Hamas. Il a également mis en place un réseau de fidèles et d’agents dans toute la bande de Gaza, ce qui lui permet de sonder l’opinion publique sur l’ensemble du territoire.

Il y a environ cinq ans, il a fondé le parti Courant démocratique national, dont les représentants sont très actifs dans la bande de Gaza et ont été impliqués dans des échanges avec les services de renseignement égyptiens concernant un cessez-le-feu.

Depuis sa résidence à Abou Dhabi, Dahlan a mis en place un système d’aide alimentaire et matérielle aux populations déplacées, financé par ses propres fonds et par le gouvernement des Émirats arabes unis.

L’économie de Gaza est quasiment paralysée, avec un taux de chômage dépassant les 80%. De ce fait, les besoins fondamentaux de la population dépendent actuellement en grande partie des dons.

Parmi les entités et les pays qui soutiennent l’acheminement de nourriture et de produits de première nécessité à la population de Gaza figurent le Qatar, la Jordanie, les Nations Unies, des associations turques et même certains pays de l’UE. Cependant, Dahlan et les Émirats les ont tous surpassés et certainement pas pour des raisons liées uniquement à la charité.

Ensemble, Dahlan et les fonds gouvernementaux d’Abou Dhabi ont investi plus d’un milliard de dollars dans la bande de Gaza depuis le début du conflit. Et ce n’est sans doute pas par simple philanthropie.

Liens avec les Israéliens

Aujourd’hui, grâce à ses relations et à ses activités dans la bande de Gaza, Dahlan est considéré par beaucoup comme la figure politique la plus influente parmi les différentes factions qui gèrent actuellement la situation.

Il bénéficie d’une ligne de communication directe avec Jared Kushner, conseiller et gendre de Trump. Il entretient également des liens étroits avec le président égyptien Abdel Fattah Sissi depuis des années, en plus de ses contacts avec les services de renseignement égyptiens.

Dahlan n’a pas non plus rompu ses relations avec les dirigeants israéliens. Selon l’enquête de Maariv, presque tous les hauts responsables israéliens qui se sont rendus à Abou Dhabi au cours de la dernière décennie l’ont rencontré secrètement.

Cette semaine, Dahlan a envoyé ses hommes au Caire pour rencontrer des dirigeants du Hamas et d’autres factions palestiniennes. Le sujet de discussion portait sur la coordination des positions pour les mois à venir, jusqu’à la proclamation des résultats des élections israéliennes.

Chacun s’accorde à dire que le plan en quinze points proposé par les Américains a peu de chances d’être mis en œuvre rapidement en raison de l’opposition israélienne.

De nombreux points nécessitent une coordination entre les différentes parties. La bande de Gaza est actuellement une zone d’intense activité politique, militaire et internationale.

Les premiers soldats marocains sont arrivés dans la bande ces derniers jours et ont commencé à prendre position. Le projet de reconstruction est également en cours et, cette semaine, grâce aux pressions exercées par Jared Kushner lors de sa rencontre avec Benjamin Netanyahu, Israël a autorisé pour la première fois l’entrée de bulldozers pour déblayer les décombres.

Au Caire, le gouvernement technocratique palestinien d’Ali Chaath attend le feu vert pour entrer dans la bande. Israël continue d’empêcher son entrée en raison du refus du Hamas de rendre les armes.

Parallèlement, Israël et le Hamas continuent d’échanger des tirs, l’armée israélienne attaquant et tuant presque quotidiennement des chefs de la branche armée du Hamas

Dimanche dernier a marqué une nouvelle étape politique importante. Jared Kushner a rencontré Khalil al-Hayya, chef du bureau politique du Hamas.

Depuis le début du conflit, des responsables américains ont rencontré des dirigeants du Hamas mais une rencontre de cette ampleur est sans précédent. Le plus haut responsable du Hamas face à face avec le plus haut envoyé du président américain!

Tout cela se déroule alors que les États-Unis considèrent le Hamas, dans son intégralité, comme une organisation terroriste en vertu de leur législation.

Une fortune amassée grâce aux conseils en sécurité

Mohammed Dahlan, âgé de 64 ans, est né et a grandi à Khan Younis. Il a bâti sa fortune considérable en fournissant des services de conseil en sécurité aux gouvernements, se spécialisant dans la protection des personnes et des infrastructures étatiques.

Il a acquis son expérience dans sa jeunesse auprès des Soviétiques, lorsqu’il était officier au sein du Fatah. Durant la Première Intifada, il fut expulsé vers la Jordanie, puis s’installa en Tunisie où il rejoignit la direction palestinienne.

Après les accords d’Oslo, il retourna dans la bande de Gaza et devint un proche collaborateur de Yasser Arafat. Ce dernier le nomma à la tête du Service de sécurité préventive de la bande de Gaza et il devint par la suite ministre de l’Intérieur de l’Autorité palestinienne.

Les dirigeants du Hamas et du Jihad islamique, ainsi que leurs branches armées, figuraient parmi ses principales cibles sécuritaires. Il entreprit alors une répression féroce contre eux, œuvrant à déjouer les attaques contre les Israéliens.

Cependant, un profond désaccord éclata rapidement entre Dahlan et Arafat, Dahlan jugeant le style administratif d’Arafat obsolète et la promotion de personnes non qualifiées à des postes clés.

Lorsque la bande de Gaza tomba aux mains du Hamas en 2007, Dahlan se trouvait à Ramallah et n’occupait aucune fonction officielle. Il demeura néanmoins l’artisan de la doctrine de sécurité de l’Autorité palestinienne à Gaza.

L’affrontement avec Abou Mazen

Dahlan s’installa en Jordanie puis à Abou Dhabi où il commença à se constituer une base populaire en soutenant les Palestiniens indépendamment de l’Autorité palestinienne. Il se distingua notamment par le financement de colis alimentaires pour les personnes démunies dans les camps de réfugiés. Mahmoud Abbas, alias Abou Mazen, considéra cela comme une activité subversive contre son autorité et tenta de l’arrêter. Au plus fort de leur conflit, il exclut Dahlan du Fatah.

Aujourd’hui, en l’absence d’un leader palestinien charismatique, Dahlan représente pour les Américains et les Israéliens un interlocuteur de premier plan. Il est à leurs yeux relativement jeune, modéré, laïc et très éloigné de l’appareil pléthorique de l’Autorité palestinienne. Politiquement, il est perçu comme modéré, pragmatique et indépendant mais aussi comme un homme politique avisé et difficile à gérer.

Le partenariat actuel entre Dahlan et le Hamas pourrait être trompeur. À ce stade, le Hamas avait désespérément besoin de lui pour défendre sa position face aux Américains. Et c’est précisément ce qui s’est produit. Dahlan a été l’un des principaux facteurs ayant conduit la Maison-Blanche à privilégier la reconstruction de Gaza plutôt que de poursuivre ses efforts pour éliminer le Hamas. Cependant, pour le mouvement, Dahlan demeure un adversaire politique. Nul ne peut prédire l’évolution de la situation et il pourrait redevenir un ennemi du Hamas. Les dirigeants du mouvement se souviennent encore très bien des dures années 1990, lorsque Dahlan agissait comme le shérif de Gaza, les traquant sans relâche.

Une force de police de deux mille membres

Outre ses autres responsabilités, Dahlan a obtenu avec succès le financement nécessaire à la création de la nouvelle force de police palestinienne. Dans sa phase initiale, cette force devrait compter deux mille officiers en uniforme, tous originaires de la bande de Gaza, déjà recrutés, certains ayant reçu une formation en Égypte et en Jordanie. Cette force est destinée à remplacer la police du Hamas. Sa mission principale sera le maintien de l’ordre public mais elle sera également chargée de récupérer les armes du Hamas et de protéger les membres du mouvement contre les représailles.

Si le Hamas ainsi que les milices armées par Israël pour combattre le Hamas étaient désarmés, cette force de police deviendrait la seule force de sécurité restante dans la bande de Gaza. Cependant, cette force serait loyale à celui qui la paie, à savoir Mohammed Dahlan.

Le rapport indique que le Hamas est pleinement conscient des implications de ce plan, Dahlan est en train de bâtir sa propre force privée sur les ruines de l’appareil dirigeant du mouvement.

Tant qu’il continuera à faire avancer le projet de reconstruction et à envoyer des centaines de millions de dollars d’équipements et de vivres, il bénéficiera du soutien du Hamas mais le moment décisif surviendra lorsqu’il commencera à «recouvrer sa dette» et à étendre son influence sur la bande de Gaza par le biais de la police. À ce moment-là, le Hamas tentera probablement de l’entraver. Jacky Hugi conclut par une affirmation frappante : «Tant qu’ils sont en vie !», ce qui sous-entend que l’élimination physique des membres du Hamas même s’ils ont accepté le plan international et le nouveau gouvernement technocratique n’est pas définitivement exclue par les ennemis du mouvement. 

Ce qui est certain pour le moment c’est que Mohammed Dahlan a réussi deux choses, redevenir un protagoniste de premier plan à Gaza ce qui était impensable il y a encore quelques années et en même temps, il a pris sa revanche sur l’OLP et Abou Mazen qui sont complètement exclus du dossier de Gaza.

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Ankara-Tel-Aviv : le regain de tensions peut-il déboucher sur un conflit armé ?

Quid de l’escalade des tensions entre Israël et la Turquie ? Existe-t-il un risque de conflit armé entre Tel-Aviv et Ankara ?  

 

La guerre des mots, d’une violence inédite, qui oppose le président turc, Recep Tayyip Erdogan, au Premier ministre israélien, Benyamin Netanyahou, peut-elle un jour se transformer en affrontement armé ?

Entre les deux dirigeants, les passes d’armes ne se comptent plus. Netanyahou, accuse notamment Erdogan de soutenir le « terrorisme » en permettant à des responsables du Hamas de séjourner en Turquie, tandis qu’Ankara multiplie les critiques contre la politique israélienne notamment  à Gaza.

Dans ce climat de tension croissante, Israël a également franchi un seuil symbolique cette année en reconnaissant le génocide arménien. Une décision particulièrement lourde de conséquences, puisque les gouvernements israéliens s’étaient jusque-là gardés de prendre une telle position afin de ne pas compromettre davantage leurs relations déjà fragiles avec la Turquie.

 

Lire aussi: La Turquie émet un mandat d’arrêt international contre Netanyahu

 

La Syrie, nouveau théâtre de confrontation

Et c’est désormais sur le dossier syrien que se cristallisent les tensions entre Ankara et Tel-Aviv. Depuis la chute de Bachar al-Assad, la Turquie s’est engagée activement dans la reconstruction de la Syrie et y apporte également un soutien militaire. Un peu plus d’un an, cette présence turque et israélienne repose sur un statu quo aussi fragile que tacite.

Ankara consolide son influence dans le nord de la Syrie, notamment dans les zones proches de sa frontière, tandis qu’Israël cherche à étendre la sienne dans le sud du pays. Deux présences qui, jusqu’ici, cohabitent sans affrontement direct, mais dont les zones d’influence pourraient tôt ou tard se retrouver sur une trajectoire de collision.

Mais, à l’aube du mardi 18 août, une série de frappes israéliennes s’abat sur la base aérienne d’Abou Douhour, dans le nord de la Syrie. Cet aéroport militaire, situé à quelque 70 kilomètres de la frontière turque, est hors service depuis plusieurs années. Mais le bombardement, qui n’a fait aucune victime, a tout l’air d’un avertissement adressé à Recep Tayyip Erdogan : depuis la chute de Bachar el-Assad, en décembre 2024, la Syrie est devenue le nouveau théâtre de confrontation par procuration entre le président turc et le Premier ministre israélien.

Mandat d’arrêt international contre Netanyahou

Autre théatre de confrontation : la situation humanitaire catastrophique à Gaza. Ainsi, vendredi 21 août 2026, la Turquie a annoncé émettre un mandat d’arrêt international contre le Premier ministre israélien, Benyamin Netanyahou, dans le cadre d’une enquête sur l’interception de la flottille pour Gaza et la détention des militants à bord.

« Dans le cadre de la procédure judiciaire relative à l’attaque en eaux internationales contre les activistes de la flottille (…) et conformément aux mandats d’arrêt émis le 14 juillet 2026 à l’encontre de Benyamin Netanyahou et Afek Moskovitch pour génocide, le ministère de la Justice a demandé au ministère de l’Intérieur d’émettre des notices rouges en vue de leur arrestation internationale », a affirmé le ministre turc de la Justice, Akin Gürlek, sur son compte X.

Ainsi, le Premier ministre israélien est poursuivi pour « crimes contre l’humanité, génocide, privation aggravée de liberté, coups et blessures volontaires, torture, destruction de biens, pillage aggravé et détournement de véhicules de transport », a-t-il ajouté.

Pour rappel, les 430 membres d’équipage de la Flottille, composée d’une cinquantaine de bateaux arraisonnés par l’armée israélienne en Méditerranée, à l’ouest de Chypre, avaient été amenés de force en Israël puis détenus à la prison de Ktziot, dans le sud-ouest du pays, avant d’être expulsés en mai dernier.

Partis de Turquie, les militants de la Global Sumud Flotilla voulaient attirer l’attention sur la situation humanitaire dans la bande de Gaza, dévastée par plus de deux ans de guerre, en brisant le blocus maritime imposé par Israël. En avril, une précédente flottille pour Gaza avait déjà été interceptée par Israël au large de la Grèce.

A noter également que le ministre d’extrême droite israélien de la Sécurité nationale, Itamar Ben Gvir, avait provoqué un tollé au sein même de son gouvernement et à l’étranger en publiant une vidéo de militants de la flottille agenouillés et les mains liées, après leur arrestation en mer.

 

Erdogan : « un dictateur antisémite »

Peu après l’annonce turque, le bureau de Benyamin Netanyahou a réagi en qualifiant le président turc Recep Tayyip Erdogan de « dictateur antisémite » : « [Il] a massacré des Kurdes, abrite des terroristes du Hamas, occupe la moitié de Chypre et emprisonne un nombre record de journalistes et de responsables politiques qui s’opposent à lui. Il cherche maintenant à étendre son agression contre Israël à la Syrie. Israël ne le tolérera pas », prévient le communiqué ce vendredi.

« Nous ne tolérerons pas un enracinement militaire turc progressant vers le sud, car cela nous menace », avait déclaré Benyamin Netanyahou quelques jours avant, alors que la Turquie dément toute présence sur le site. La Turquie a démenti toute présence de ses troupes « avant ou pendant l’attaque ». Ankara a prévenu qu’il continuerait « résolument » de protéger l’intégrité et la souveraineté de la Syrie. En revanche, la présidence turque a tenu à préciser qu’elle n’envisageait pas de riposte et qu’Ankara ne tomberait pas « dans le piège » tendu par le Premier ministre israélien.

Garder la tête froide

Au final, les deux puissances régionales pourraient-elles aller jusqu’à l’affrontement armé ? Jusqu’à présent, cette hypothèse semblait encore peu crédible en Turquie. Les deux pays sont en effet des alliés des États-Unis, même si leurs relations avec Washington et leurs intérêts stratégiques divergent profondément. La Turquie dispose par ailleurs de la deuxième armée de l’OTAN en effectifs et son industrie de défense a connu des avancées spectaculaires ces dernières années, notamment dans le domaine des drones.

Ankara a également renforcé ses garanties sécuritaires en signant, le 7 août, un pacte de défense avec l’Arabie saoudite et le Pakistan, prévoyant notamment un principe de solidarité en cas d’agression contre l’un des États signataires. Un nouvel élément à prendre en compte dans l’équation régionale.

Côté israélien, l’ouverture d’un front direct avec la Turquie serait, à l’évidence, une entreprise extrêmement risquée. Mais si la perspective d’une guerre ouverte reste encore peu probable, les analystes jugent de plus en plus plausible la multiplication d’incidents et d’affrontements indirects entre les deux puissances, sur les différents théâtres où leurs intérêts stratégiques se chevauchent, à commencer par la Syrie. Le véritable danger pourrait donc moins résider dans une guerre déclarée que dans une escalade progressive, nourrie par des confrontations successives et de plus en plus difficiles à contenir.

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