Lese-Ansicht

Saison des pluies : prévenir plutôt que réparer

À quelques semaines du retour des premières pluies automnales, la prévention des inondations revient au premier plan. Le Conseil ministériel restreint consacré jeudi aux préparatifs de la saison des précipitations remet surtout en évidence un impératif : agir avant les intempéries plutôt que dans l’urgence une fois les dégâts constatés. Curage des oueds et des canaux, entretien des réseaux d’évacuation des eaux pluviales, traitement des zones vulnérables et réalisation des projets de protection constituent autant d’interventions qui doivent être achevées ou accélérées pendant la période estivale.
L’enjeu est d’autant plus important que les épisodes météorologiques violents peuvent désormais survenir sur des périodes très courtes et provoquer des dégâts considérables. Les inondations de janvier dernier en ont encore montré les conséquences dans plusieurs régions. La préparation de la prochaine saison pluvieuse ne relève donc pas d’un simple programme annuel d’entretien. Elle constitue un véritable dispositif de prévention dont dépend la protection des populations, des habitations, des infrastructures et de l’activité économique.

L’été, une période déterminante pour préparer l’automne
Lorsque les fortes précipitations commencent, il est souvent déjà trop tard pour intervenir sur certaines infrastructures. C’est pendant les mois secs que doivent être nettoyés les canaux, dégagés les cours d’eau, entretenus les ouvrages hydrauliques et identifiées les zones présentant les risques les plus importants. Les chiffres présentés lors du Conseil ministériel montrent l’ampleur des opérations engagées, mais également celle du travail restant à accomplir. Sur les 3.800 kilomètres de canaux et de cours d’eau inscrits au programme annuel de curage, 2.250 kilomètres ont été traités. Pour les oueds, 131 kilomètres ont été nettoyés sur les 363 prévus dans 18 gouvernorats. L’entretien des lacs collinaires et des réseaux d’évacuation des eaux pluviales se poursuit également.
Ces interventions peuvent sembler ordinaires, mais leur importance apparaît pleinement lorsque surviennent de fortes pluies. Un canal obstrué par des déchets, des végétaux ou des sédiments peut empêcher l’écoulement normal de l’eau. Un réseau d’évacuation insuffisamment entretenu peut rapidement arriver à saturation. Dans les zones urbaines fortement construites, où les surfaces imperméabilisées empêchent l’eau de s’infiltrer naturellement dans le sol, quelques dizaines de minutes de précipitations intenses peuvent suffire pour submerger certaines rues. C’est précisément pour cette raison que la prévention ne peut être concentrée uniquement sur les semaines précédant l’automne. L’entretien des ouvrages doit être régulier et les interventions programmées suffisamment tôt pour que les infrastructures soient opérationnelles avant les premiers épisodes pluvieux importants.

Les «points noirs», une priorité
Au-delà de l’entretien général des réseaux, l’un des principaux enjeux réside dans l’identification des zones particulièrement exposées aux inondations. Certaines sont connues depuis plusieurs années : quartiers situés en contrebas, routes régulièrement submergées, passages sous les ponts, zones proches des oueds ou secteurs où les réseaux d’évacuation atteignent rapidement leurs limites. Le Conseil ministériel a d’ailleurs insisté sur la nécessité de hiérarchiser les zones à risque et d’actualiser les données concernant les points sensibles. Une démarche indispensable pour concentrer les moyens là où les conséquences d’un épisode pluvieux pourraient être les plus graves. Une enveloppe de 132 millions de dinars a déjà été mobilisée au profit de quinze gouvernorats afin de réparer les dégâts provoqués par les inondations de janvier 2026. Une première tranche de 84 millions de dinars concerne le traitement de 120 points noirs. Ces montants illustrent aussi le coût considérable des intempéries lorsque les infrastructures sont endommagées.
À cela s’ajoutent 29 projets de protection contre les inondations programmées pour 2026, pour un investissement global de 396 millions de dinars. Leur achèvement dans les délais représente un enjeu majeur. Car la prévention a certes un coût, mais les conséquences d’une inondation peuvent être beaucoup plus lourdes : routes endommagées, habitations touchées, réseaux publics détériorés, activités économiques interrompues et parfois, surtout, des vies humaines mises en danger. Traiter durablement les points noirs permet également de sortir d’une logique d’intervention répétitive. Lorsqu’une même zone est inondée à chaque épisode de fortes précipitations, réparer les dégâts après chaque événement ne peut constituer une réponse suffisante. L’objectif doit être de réduire, autant que possible, la vulnérabilité du secteur avant la pluie suivante.

Passer de la réaction à l’anticipation
La multiplication des phénomènes météorologiques extrêmes impose aujourd’hui de revoir la manière dont le risque est géré. Les fortes précipitations ne sont pas nouvelles en Tunisie, mais leur intensité et leur caractère parfois brutal rendent l’anticipation encore plus nécessaire. Cette préparation ne repose pas uniquement sur les ouvrages de protection. Les systèmes d’alerte précoce, la surveillance météorologique, la circulation rapide de l’information et la coordination entre les différents intervenants sont tout aussi essentiels. Lorsqu’un épisode dangereux est annoncé, quelques heures d’anticipation peuvent permettre de sécuriser certaines zones, d’interdire temporairement des routes ou des passages à risque et d’informer les habitants.
Les citoyens ont également un rôle à jouer. Les déchets abandonnés dans les rues, les canaux ou les cours d’eau peuvent obstruer les systèmes d’évacuation et aggraver les conséquences des pluies. La prévention passe donc aussi par une meilleure gestion des déchets et par le respect des infrastructures destinées à l’écoulement des eaux. À la fin du mois d’août, le calendrier devient désormais serré. Une partie importante des travaux a été réalisée, mais plusieurs centaines de kilomètres de réseaux, d’oueds et de cours d’eau restent encore concernés par les programmes d’entretien. Les prochaines semaines seront donc déterminantes.

La véritable efficacité du dispositif se mesurera finalement lors des premières fortes précipitations. L’objectif n’est évidemment pas de prétendre pouvoir éliminer tout risque d’inondation. Face à certains phénomènes exceptionnels, aucune infrastructure ne peut garantir une protection absolue. Mais anticiper, entretenir, surveiller et intervenir sur les zones les plus vulnérables permet d’en réduire considérablement les conséquences. Et surtout d’éviter que chaque saison des pluies ne ramène les mêmes images, les mêmes dégâts et les mêmes interrogations sur ce qui aurait pu être fait en amont.

Leila SELMI

L’article Saison des pluies : prévenir plutôt que réparer est apparu en premier sur Le Temps News.

  •  

Ezzahra | L’agresseur des chauffeurs de taxi arrêté

La brigade de la police judiciaire de Hammam-Lif a arrêté un individu impliqué dans une série d’agressions (vols avec violence) à l’encontre de plusieurs chauffeurs de taxi individuel.

Selon les informations disponibles, rapportées par Mosaïque FM, le suspect hélait les taxis en prétendant vouloir se rendre dans le quartier de Borj Louzir à Ezzahra, cité balnéaire située dans la banlieue sud de Tunis, et s’asseyait systématiquement à l’arrière du véhicule. Une fois arrivé dans une zone isolée, il prenait le chauffeur par surprise en l’étranglant violemment par-derrière pour le neutraliser, avant de lui dérober son téléphone portable et des sommes d’argent et de prendre la fuite.

À la suite d’investigations, les services de sécurité ont réussi à identifier l’auteur des faits et à localiser l’endroit où il se trouvait. On lui a tendu un guet-apens et procédé à son arrestation. Le ministère public a ordonné son placement en garde à vue pour les besoins de l’enquête, afin d’engager les procédures légales à son encontre et de le déférer à la justice.

I. B.

    L’article Ezzahra | L’agresseur des chauffeurs de taxi arrêté est apparu en premier sur Kapitalis.

    •  

    Tunisie | La canicule pourrait se poursuivre toute la semaine prochaine  

    La nouvelle vague de chaleur que connaît la Tunisie depuis hier, samedi 22 août 2026, devrait se poursuivre jusqu’à la fin de la semaine prochaine. Les températures devraient rester élevées dans la plupart des régions, accompagnées du vent de sirocco, prévoit l’Institut national de la météorologie (INM).

    À partir de ce dimanche 23 août, et durant les journées de lundi 24 et mardi 25 août, les températures connaîtront une hausse notable, dépassant les normales saisonnières de 6 à 10 degrés.

    Les températures maximales devraient osciller entre 42 et 47 degrés dans la plupart des régions, avec la présence du sirocco, tandis qu’elles varieront entre 37 et 41 degrés dans les zones côtières et les régions montagneuses.

    Les prévisions indiquent que ce temps chaud et ces températures élevées persisteront dans la majeure partie du pays au cours des prochains jours, toujours accompagnés du sirocco, ce qui nécessite de la vigilance, en particulier durant les heures les plus chaudes de la journée.

    Espérons que cette nouvelle vague de canicule ne sera pas accompagnée, comme souvent depuis la mi-juillet dernier, de pannes d’électricité et de coupures de l’eau de robinet.

    I. B.

    L’article Tunisie | La canicule pourrait se poursuivre toute la semaine prochaine   est apparu en premier sur Kapitalis.

    •  

    Zarzis | Poursuite des recherches des disparus du naufrage de migrants irréguliers

    Dans un communiqué publié hier soir, samedi 22 août 2026, l’Union générale tunisienne du travail (UGTT) a appelé à l’ouverture d’une enquête sérieuse et urgente pour faire la lumière sur les circonstances du naufrage d’une embarcation transportant 15 migrants en situation irrégulière, survenu dans la nuit du vendredi à samedi, au large de Zarzis, au sud-est de la Tunisie.

    Selon d’autres sources, l’embarcation transportait 17 personnes lorsqu’elle a fait naufrage, environ six heures après avoir quitté le port d’El Ktef. Une personne a été secourue après avoir passé près de 24 heures en mer et trois corps ont été repêchés.

    L’organisation syndicale a appelé à mobiliser tous les moyens disponibles pour poursuivre les opérations de recherche et de sauvetage et à garantir une prise en charge humaine et responsable de l’incident, tout en appelant à démanteler les réseaux de passeurs et de trafic d’êtres humains impliqués dans l’organisation de ces traversées et à traduire les responsables en justice.

    La centrale a également insisté sur la nécessité pour les services de l’État d’assurer un soutien psychologique et social complet aux familles touchées et de les accompagner face aux conséquences de ce drame. Et exprimé son rejet de ce qu’elle a qualifié d’«approche sécuritaire dans la gestion du dossier de la migration irrégulière», estimant que ce phénomène relève avant tout d’enjeux sociaux, économiques et humanitaires, plutôt que d’une question de sécurité.

    Pour l’UGTT, les solutions pérennes de ce fléau de la migration clandestine résident dans la mise en place de politiques économiques et sociales garantissant le droit au travail et à une vie digne dans le pays, ainsi que l’ouverture de voies légales et sûres pour la migration et le travail à l’étranger.

    Dans ce contexte, la centrale a souligné qu’elle se coordonnait avec ses partenaires au sein des organisations syndicales internationales et régionales afin de protéger les droits des migrants, de préserver leur dignité et de lutter contre toutes les formes d’exploitation.

    Pour sa part, Mustapha Abdelkebir, président de l’Observatoire tunisien des droits de l’homme, a confirmé l’achèvement des procédures médicales concernant trois victimes repêchées du naufrage d’une embarcation de migration irrégulière, ainsi que la remise de leurs dépouilles à leurs familles ce dimanche 23 août.

    Trois ambulances ont été mobilisées pour transporter les corps de l’hôpital vers les familles, en vue de procéder aux funérailles, a-t-il ajouté. Les corps ont été transférés à l’hôpital régional Sadok Mokaddem de Djerba pour l’accomplissement des procédures nécessaires et la vérification de l’identité des défunts.

    Il convient de noter que le ministère public avait ordonné l’ouverture d’une enquête judiciaire pour franchissement illicite des frontières maritimes ayant entraîné la mort, suite au naufrage de l’embarcation au large de Zarzis.

    Les opérations de recherche des autres personnes disparues se poursuivent avec la participation d’unités maritimes côtières et d’unités navigantes, en coordination avec la Marine nationale, parallèlement à la mobilisation d’un hélicoptère pour renforcer les efforts d’intervention et de sauvetage.

    Sur un autre plan, les familles et proches des victimes ont manifesté hier soir à Ben Guerdane et des heurts ont eu lieu entre la population et les forces de l’ordre.

    I. B.  

    L’article Zarzis | Poursuite des recherches des disparus du naufrage de migrants irréguliers est apparu en premier sur Kapitalis.

    •  

    Les centres de médecine esthétique bientôt réglementés en Tunisie  

    Dans un communiqué publié samedi 22 août 2026, que nous reproduisons ci-dessous, le Syndicat tunisiens des médecins esthétiques (Sytmes) salue le ralliement de l’ensemble des consœurs, confrères et sociétés savantes à la dynamique de réforme initiée et portée par ses instances représentatives.

    La publication récente du communiqué du Conseil national de l’Ordre des médecins (Cnom) concernant l’exercice illégal de la médecine constitue une étape importante dans la protection de la santé publique et dans la défense de la médecine réglementée.

    Mais cette avancée est aussi le fruit d’un travail de fond mené depuis plusieurs années par les professionnels du secteur, et notamment par Systmes qui n’a cessé d’alerter les autorités sur les dangers liés à l’exercice clandestin de la médecine esthétique.

    À travers plusieurs réunions ministérielles, et avec l’ARP, des enquêtes de terrain et la constitution de dossiers documentés concernant des personnes exerçant illégalement la médecine, Sytmes a choisi d’agir concrètement plutôt que de rester dans la simple dénonciation.

    Ces dossiers ont été officiellement transmis aux ministères afin de porter la réalité du terrain à la connaissance des autorités, de défendre les médecins qui exercent dans le respect de la réglementation et, surtout, de protéger les patients contre des pratiques réalisées en dehors de tout cadre médical et sécuritaire

    Parallèlement, Sytmes annonce la sortie officielle imminente du cahier de charges des centres de médecine esthétique pour réglementer ce secteur.

    Ce cahier des charges, représente une avancée majeure et permettra aussi de lutter contre les pratiques illégales et remplira le vide juridique ayant mené à beaucoup d’anarchie. Il permettra de mieux encadrer les pratiques, de définir les exigences nécessaires à la sécurité des patients et de distinguer clairement les professionnels de santé formés et autorisés des structures qui exercent en dehors du cadre légal.

    Sytmes tient à rappeler que ce combat n’est pas dirigé contre une profession ou contre des individus. Il s’agit avant tout d’un combat pour la sécurité du patient, pour la qualité des soins et pour le respect de la loi.

    La médecine esthétique est une médecine à part entière. Elle nécessite une formation médicale, des compétences spécifiques, des équipements conformes, une connaissance des complications et surtout la capacité de prendre en charge un patient lorsque survient un incident.

    Aujourd’hui, la reconnaissance de cette problématique par les autorités constitue une avancée que nous saluons.

    Le Sytmes continuera à travailler avec les autorités compétentes afin que les décisions prises soient réellement appliquées sur le terrain et que l’exercice de la médecine esthétique se fasse dans un cadre sécurisé, réglementé et respectueux du patient.

    Notre objectif reste le même : protéger le patient, défendre la médecine et valoriser les professionnels qui exercent dans les règles.

    Communiqué.

    L’article Les centres de médecine esthétique bientôt réglementés en Tunisie   est apparu en premier sur Kapitalis.

    •  

    Greffe de cheveux | La question que la Tunisie n’a pas encore posée

    La Tunisie s’installe sur un marché du tourisme capillaire estimé à un milliard de dollars par an pour la seule Turquie. Elle en importe aussi le vide réglementaire : nul ne sait, aujourd’hui, qui est habilité à tenir l’instrument. Trois mesures simples permettraient d’y répondre avant qu’un scandale ne s’en charge.

    Dr Khalil El Cadhi *

    Il y a une question simple que personne ne pose à un patient qui rentre d’une greffe de cheveux : qui tenait l’instrument ?

    Elle paraît absurde. Pour une appendicectomie, personne ne se la poserait — on sait que c’est un chirurgien. Pour la restauration capillaire, la réponse est devenue incertaine, et cette incertitude est en train de devenir un problème de santé publique. Y compris chez nous.

    Un marché d’un milliard de dollars, et presque aucune donnée

    Une étude publiée en 2025 dans Aesthetic Plastic Surgery par une équipe de la Mayo Clinic estime que la seule Turquie génère environ un milliard de dollars par an sur le tourisme capillaire, Istanbul en étant l’épicentre. Les auteurs décrivent un secteur porté par des prix très inférieurs, des forfaits tout compris, et un marketing numérique agressif qui minimise les risques. Ils décrivent aussi trois choses moins souvent citées : le rôle croissant de techniciens non supervisés, des pratiques de substitution où le patient ne rencontre pas le praticien qu’on lui a promis, et ce qu’ils appellent un «trou noir de données» — l’absence quasi totale de standardisation, de contrôle et de déclaration des complications. Personne ne compte. Les seuls chiffres qui remontent sont ceux des systèmes de santé d’origine, qui prennent en charge les patients au retour.

    La Tunisie s’installe sur ce marché. Elle en a les moyens : un corps médical formé, des prix compétitifs, une proximité avec l’Europe. Elle en importe aussi, mécaniquement, les zones grises.

    Ce que la greffe est réellement

    Il faut redire ce que recouvre le mot. Une greffe par extraction folliculaire — la technique dite FUE, aujourd’hui majoritaire — consiste à prélever un à un plusieurs milliers de follicules sur une zone donneuse, puis à les réimplanter dans des incisions de moins d’un millimètre, selon un angle, une profondeur et une densité qui déterminent le résultat pour le restant de la vie du patient.

    Ce n’est pas un soin esthétique. C’est un acte chirurgical, avec anesthésie locale, saignement, risque infectieux et risque nécrotique.

    Un chapitre de référence publié en 2023 dans Facial Plastic Surgery par Kenneth Williams et Shady El-Maghraby le formule sans détour : le prélèvement en FUE exige une longue courbe d’apprentissage, une endurance physique et une coordination œil-main supérieure à la moyenne. Les auteurs constatent que les taux de complications sont supérieurs à la moyenne dans deux situations — lorsque le médecin lui-même est insuffisamment formé, et lorsque l’acte est délégué de façon irrégulière à des personnes non habilitées et non formées.

    C’est exactement la seconde situation qui s’est industrialisée.

    Le prix d’une chaîne de montage

    En 2024, un chirurgien plasticien d’Istanbul, Fatih Ceran, a publié dans Aesthetic Plastic Surgery la plus grande série de complications documentée à ce jour sur ce point précis : dix-huit patients ayant développé une nécrose de la zone receveuse après greffe.

    Les chiffres méritent d’être lus lentement. Âge moyen : 36 ans. Tous avaient été opérés en une seule séance, avec en moyenne 3 899 unités folliculaires implantées. Les facteurs de risque relevés étaient banals et connus : tabagisme chez deux tiers d’entre eux, hypertension, diabète. Tous ont nécessité une prise en charge chirurgicale par débridement. Et surtout : cicatrices et échec de greffe chez la totalité des patients.

    Une nécrose du cuir chevelu ne se rattrape pas. Le tissu cicatriciel ne porte plus de cheveux, et il consomme définitivement une zone receveuse que le patient n’a qu’une fois.

    Une autre étude turque, publiée la même année dans le Journal of Craniofacial Surgery, rappelle que l’ischémie du lit receveur est liée aux lésions tissulaires causées par les instruments et au nombre de greffons par centimètre carré. Autrement dit : la densité et la vitesse ne sont pas des arguments commerciaux neutres. Ce sont des variables cliniques.

    Le consensus des sociétés savantes

    La position des sociétés professionnelles est constante. Dans une revue publiée en 2022 dans Der Hautarzt, Andreas Finner écrit que les risques médicaux d’une pratique «à la chaîne» de cette chirurgie par du personnel non habilité et non médecin — telle que rapportée aussi bien dans des cliniques nationales que dans le tourisme médical — ne doivent pas être sous-estimés.

    L’International Society of Hair Restoration Surgery, qui regroupe plus de 1 100 praticiens dans 70 pays, mène depuis plusieurs années une campagne de sensibilisation sur la chirurgie capillaire illicite. Sa position tient en une phrase : l’acte est médical, et il relève d’un médecin.

    Ce que je vois en consultation

    Je reçois régulièrement des patients qui viennent pour une reprise. Ce ne sont pas des cas rares ni des exceptions statistiques : c’est devenu une part identifiable de mon activité, et je ne suis pas le seul praticien de la région dans ce cas.

    Ce qui frappe dans ces consultations n’est pas la technique employée. C’est que beaucoup de ces patients sont incapables de me dire qui les a opérés. Ils ont vu un commercial avant l’intervention, parfois un médecin quelques minutes le jour même, et des opérateurs dont ils ignorent la qualification pendant les six à huit heures qu’a duré la séance. Ils n’ont pas de compte rendu opératoire. Ils ne savent pas combien de greffons ont été prélevés, ni sur quelle surface.

    Un patient qui ne peut pas nommer son opérateur ne peut ni se plaindre, ni être suivi, ni être réparé correctement.

    Trois choses que la Tunisie pourrait décider

    Rien de ce qui précède n’appelle une interdiction. La restauration capillaire est une chirurgie utile, aux résultats durables, et la Tunisie a les compétences pour la pratiquer au meilleur niveau. Ce qui manque n’est pas la compétence, c’est le cadre.

    Trois mesures, aucune coûteuse.

    Qualifier l’acte. Dire explicitement que le prélèvement et l’implantation folliculaires sont des actes médicaux, et qu’ils engagent la responsabilité d’un médecin inscrit à l’Ordre. Cela ne prive personne d’un métier : le rôle d’assistance existe, il est légitime, il est encadré ailleurs. Il faut simplement dire où passe la ligne.

    Rendre l’opérateur identifiable. Un compte rendu opératoire remis au patient, nommant le médecin responsable, la technique, le nombre de greffons et la surface traitée. C’est le minimum exigé pour n’importe quel autre acte chirurgical. Il n’y a aucune raison que celui-ci fasse exception.

    Compter. Le «trou noir de données» décrit par l’équipe de la Mayo Clinic n’est pas une fatalité. Un recueil des complications, même simple, même déclaratif, permettrait de savoir ce que produit réellement ce marché — et donnerait aux praticiens sérieux de ce pays l’argument qui leur manque aujourd’hui.

    La Tunisie a construit sa réputation médicale sur la qualité, pas sur le volume. Le tourisme capillaire est en train de tester cette réputation. Il vaudrait mieux poser la question maintenant, pendant qu’on peut encore y répondre par une règle, plutôt que dans quelques années par un scandale.

    * Chirurgien de la restauration capillaire, Djerba, Full Member de l’International Society of Hair Restoration Surgery.

    Site web de l’auteur.

    L’article Greffe de cheveux | La question que la Tunisie n’a pas encore posée est apparu en premier sur Kapitalis.

    •  
    ❌