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Ukraine | L’entourage de Zelnsky visé par des enquêtes anticorruption

Le président ukrainien Volodymyr Zelensky a limogé mercredi 19 août 2026 sa cheffe adjointe de cabinet, Iryna Mudra, alors que les enquêteurs anticorruption lançaient une vaste enquête visant une organisation criminelle présumée impliquant de hauts responsables liés à la présidence.

Habib Glenza, à Lodz.

Outre Mudra, les suspects comprennent un député en fonction, un ex-parlementaire ainsi que le directeur général et le président du conseil de surveillance d’une banque publique, indique le Bureau national de lutte contre la corruption (Nabu). La description de ces responsables bancaires semble renvoyer à Sense Bank.

Les enquêteurs affirment que le groupe a contribué au blanchiment d’environ 3 millions d’euros (150 millions de hryvnias ukrainiennes) déposés comme caution pour un suspect dans une affaire de corruption.

Il s’agit de l’opération «Midas», une enquête sur des soupçons de corruption au sein de Energoatom, l’entreprise publique ukrainienne de l’énergie nucléaire, devenue la plus vaste affaire de corruption du mandat de Zelensky.

La nouvelle affaire n’est donc pas isolée : elle semble découler directement d’une enquête qui met déjà en cause d’anciens hauts responsables gouvernementaux et des personnes entretenant de longue date des liens personnels et politiques avec Zelensky.

De «Midas» à «Forest Gump»

Le Nabu et le Parquet spécialisé anticorruption (Sapo) ont dévoilé l’opération «Midas» en novembre 2025, au terme de plus d’un an d’enquête.

Ils affirment que les membres d’une organisation criminelle exerçaient une influence sur Energoatom sans y occuper de fonctions officielles, prélevant des pots-de-vin représentant 10 à 15 % des contrats auprès des fournisseurs en échange du déblocage des paiements.

Le Nabu estime qu’environ 85 millions d’euros ont été blanchis via ce système présumé.

L’ancien ministre de la Justice et de l’Énergie Herman Halouchtchenko a été accusé de blanchiment d’argent et de participation à une organisation criminelle.

En février, le Nabu a indiqué que plus de 7,4 millions de dollars, 2,4 millions d’euros et 1,3 million de francs suisses liés au système présumé avaient été transférés ou mis à la disposition de sa famille.

Les 3 millions d’euros au cœur de la dernière enquête, baptisée opération «Forest Gump», auraient été déposés comme caution pour Halouchtchenko

Selon des mandats de perquisition divulgués par des parlementaires ukrainiens, Sense Bank aurait été utilisée pour transférer une partie des fonds de caution. Le Nabu a également rendu publics des enregistrements audios dans lesquels on entend Mudra évoquer Sense Bank et des tentatives présumées d’influencer les décisions la concernant.

Dans une conversation enregistrée en juin, Mudra indique qu’on lui a dit que le directeur général de la banque et le président de son conseil de surveillance viendraient la voir.

Elle évoque aussi une personne prénommée «David» et le président d’une commission parlementaire, qui chercheraient à offrir une protection politique à la banque. On ignore si David fait référence à David Arakhamia, chef du groupe Serviteur du peuple de Zelenskiy au Parlement.

« Ils ne s’en prendront pas à Sense Bank et Sense Bank doit les payer», déclare Mudra sur cet enregistrement. Dans une autre conversation, Mudra affirme que «Timur», qu’elle décrit comme «un réfugié israélien», l’a appelée pour lui demander de prendre en charge le dossier de Sense Bank.

Cette description semble renvoyer à Timur Mindich, ami de longue date et ancien partenaire commercial de Zelensky, présenté comme l’un des cerveaux du système de corruption «Midas» évalué à 100 millions de dollars (85 millions d’euros).

D’un ami de longue date à un ancien chef de cabinet

Mindich faisait partie du premier cercle de Zelensky bien avant son entrée en politique et est copropriétaire de Kvartal 95, la société de production cofondée par le président.

Suspect dans l’opération «Midas», Mindich a quitté l’Ukraine pour Israël en novembre 2025. Son nom apparaît aussi dans l’enquête «Dynasty», dans laquelle le Nabu et le Sapo affirment que plus de 8,8 millions d’euros ont été blanchis via un complexe résidentiel de luxe en périphérie de Kyiv, à partir de fonds provenant en partie de systèmes de corruption, notamment chez Energoatom.

Mais le nom le plus en vue cité dans l’affaire «Dynasty» est celui d’Andriy Iermak, ancien chef de cabinet de Zelensky et pendant des années l’une des figures les plus puissantes d’Ukraine.

Iermak a dirigé le cabinet du président de 2020 jusqu’à son départ en 2025, devenant le plus proche confident politique de Zelensky et jouant un rôle central dans la politique intérieure, la diplomatie et la conduite de la guerre.

En mai 2026, le Nabu et le Sapo ont désigné Iermak comme suspect dans l’affaire de blanchiment d’argent «Dynasty». Un tribunal a ordonné son placement en détention avec la possibilité d’une libération sous caution de 2,7 millions d’euros, somme qui a ensuite été versée. Iermak nie les accusations.

La même enquête met également en cause l’ancien vice-Premier ministre Oleksiy Chernyshov, qui a occupé plusieurs hautes fonctions gouvernementales sous Zelensky et est présenté comme un ami de longue date de la famille présidentielle.

D’autres enquêtes ont rattrapé d’anciens membres de l’administration présidentielle. Rostyslav Shurma, ex-chef adjoint chargé de la politique économique, a été désigné comme suspect en janvier dans une affaire distincte portant sur des abus présumés dans le système de subventions aux énergies renouvelables en Ukraine.

Le Nabu et le Sapo soupçonnent Shurma, son frère Oleg et d’autres personnes d’avoir détourné environ 2,7 millions d’euros. Les deux frères ont été placés sur une liste de recherche en février, et un tribunal a ordonné leur détention par contumace en avril. Shurma, actuellement à l’étranger, nie tout acte répréhensible.

Une proximité douteuse et dérangeante

Ces enquêtes surviennent à un moment particulièrement sensible pour les ambitions européennes de l’Ukraine.

Kiev et Bruxelles ont ouvert en juin le cluster Fondamentaux des négociations d’adhésion de l’Ukraine, qui couvre notamment l’État de droit, la justice, les marchés publics et le contrôle financier. Un deuxième cluster, consacré aux relations extérieures a suivi en juillet.

L’UE a souligné que les progrès réalisés sur le cluster Fondamentaux détermineront le rythme global des négociations d’adhésion de l’Ukraine, plaçant l’indépendance et l’efficacité des institutions anticorruption du pays sous un examen particulier.

La série d’enquêtes dresse pour Zelensky un tableau politique de plus en plus délicat.

Son ancien chef de cabinet a été désigné comme suspect. D’anciens chefs adjoints de cabinet également. Son ami de longue date et ancien partenaire commercial est impliqué dans plusieurs grandes affaires. D’anciens ministres et d’autres hauts responsables de son administration sont eux aussi devenus suspects.

Chacune des enquêtes menées par le Nabu et le Sapo suscite aussi une forte mobilisation de l’opinion. Des dizaines de milliers d’Ukrainiens sont descendus dans la rue en 2025 pour défendre l’indépendance du Nabu et du Sapo après la décision du Parlement de restreindre les pouvoirs de ces autorités anticorruption.

La société civile a aussi réclamé des investigations supplémentaires sur des soupçons de corruption au plus haut niveau de l’État. 

Pour un président arrivé au pouvoir en 2019 en promettant de rompre avec l’establishment politique corrompu du pays, la proximité de tant d’affaires visant son entourage a un coût politique de plus en plus lourd.

Source : The Kyiv Independent 

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Cisjordanie : la colonie E1, une condamnation en mots, une complicité dans les faits

Six pays européens – Allemagne, France, Italie, Norvège, Pays-Bas et Royaume-Uni – ont publié une déclaration conjointe qualifiant d’« inacceptable » la décision du gouvernement israélien de lancer des appels d’offres pour le projet de colonie E1, en Cisjordanie. Le texte est ferme sur le papier. Il l’est beaucoup moins dans ses conséquences.

Le projet E1 n’a rien d’une nouveauté surgie par surprise. Depuis plus de vingt ans, ce corridor situé entre Jérusalem-Est et la colonie de Maalé Adoumim est identifié par les diplomates, les organisations humanitaires et les Nations unies comme l’un des projets les plus destructeurs pour l’avenir d’un État palestinien viable : il couperait la Cisjordanie en deux, isolerait Jérusalem-Est de son arrière-pays palestinien, et rendrait purement théorique toute continuité territoriale. Que six gouvernements européens le redécouvrent aujourd’hui avec indignation n’efface pas des années de tolérance implicite envers l’expansion continue des colonies.

Une déclaration sans levier

La déclaration rappelle, à juste titre, que les colonies israéliennes en Cisjordanie sont illégales au regard du droit international, position que le Conseil de sécurité des Nations unies a lui-même réaffirmée. Mais rappeler le droit ne suffit pas à le faire respecter. Le texte se contente d’« exhorter » Israël à retirer ses projets et de mettre en garde les entreprises contre les risques juridiques et réputationnels d’un engagement dans ces chantiers. Aucune sanction, aucune mesure commerciale, aucune conditionnalité concrète n’accompagne ces mots. Après des décennies de déclarations similaires restées sans effet sur le terrain, cette nouvelle mise en garde s’inscrit dans une longue tradition européenne : condamner fermement tout en continuant, dans les faits, à commercer, coopérer et dialoguer normalement avec les autorités responsables de la colonisation.

Ce qui frappe peut-être davantage que le contenu de la déclaration, c’est son signataire manquant : les États-Unis. Washington, principal allié militaire et diplomatique d’Israël, principal fournisseur d’aide et protecteur habituel d’Israël au Conseil de sécurité, ne figure pas parmi les six pays qui condamnent le projet E1. Cette absence n’est pas anodine : elle illustre la position structurelle des États-Unis, qui ont historiquement mis leur droit de veto au service d’Israël face à des résolutions bien plus consensuelles que cette déclaration, et qui n’ont jamais fait de l’arrêt de la colonisation une condition réelle de leur soutien économique et militaire. Sans l’alignement de Washington, la portée de toute pression européenne reste, de fait, limitée.

La déclaration elle-même reconnaît que la Cisjordanie traverse une période d’instabilité grave, marquée par des violences de colons contre des civils décrites comme sans précédent, ainsi que par de sérieuses restrictions pesant sur l’économie palestinienne. Ce constat, formulé par les gouvernements signataires eux-mêmes, souligne l’écart entre la gravité de la situation qu’ils décrivent et la faiblesse des instruments qu’ils mobilisent pour y répondre.

Au-delà d’Israël et des États-Unis, c’est l’ensemble de la communauté internationale que cette séquence interroge : des gouvernements européens qui maintiennent des accords commerciaux et de coopération avec Israël sans conditionnalité réelle liée aux colonies, des entreprises qui, malgré les avertissements, continuent de participer à des projets situés en territoire occupé, et des instances internationales dont les résolutions, aussi solennelles soient-elles, ne sont assorties d’aucun mécanisme d’application contraignant.

Tant que la dénonciation de l’illégalité des colonies ne s’accompagnera pas de conséquences tangibles (suspension d’accords, restrictions commerciales ciblées, pressions diplomatiques coordonnées avec Washington) ce type de déclaration continuera de fonctionner comme un exutoire rhétorique plus que comme un outil de changement.

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