Lese-Ansicht

3 000 km² en Méditerranée : La Tunisie et la Libye relancent un projet pétrolier stratégique

La coopération énergétique entre la Tunisie et la Libye se concrétise davantage. La société mixte tuniso-libyenne Joint Oil a actualisé le calendrier de son appel d’offres international destiné à attirer des partenaires pour l’exploration du bloc offshore « Joint Oil » et le développement de la découverte de Zarat.

Selon les informations publiées le 12 août par Energy-Pedia, sur la base des éléments communiqués par Joint Oil et son conseiller stratégique Moyes & Co, la nouvelle procédure sera officiellement ouverte le 7 septembre 2026 et restera ouverte jusqu’au 31 décembre 2026. Les offres devront être déposées au plus tard le 8 janvier 2027. Les entreprises retenues devraient être informées le 26 février 2027, tandis que les attributions formelles sont attendues d’ici le 30 avril 2027.

Cette actualisation est importante, puisque le calendrier communiqué au printemps prévoyait initialement une ouverture le 1er août 2026 et une clôture à la fin novembre ou au début décembre. Le nouveau calendrier repousse donc le lancement effectif de la procédure au mois de septembre.

Deux opportunités pétro-gazières mises sur le marché

L’opération porte en réalité sur deux volets distincts. Le premier concerne l’exploration du « Joint Oil Block », un périmètre offshore d’environ 3 000 km² situé dans le bassin Gabès-Tripoli. Joint Oil cherche un partenaire capable de poursuivre l’exploration afin d’identifier de nouveaux gisements, prospects et structures géologiques, dans le cadre d’un accord de partage de l’exploration et de la production (EPSA).

Le bloc se situe à des profondeurs d’eau comprises entre 80 et 120 mètres et bénéficie d’un important volume de données sismiques, avec environ 6 500 kilomètres de données 2D et 1 900 km² de données 3D. Plusieurs forages ont également déjà été réalisés dans le périmètre.

Le deuxième volet concerne la découverte de Zarat et vise cette fois son développement en tant que ressource pétrolière et gazière unifiée. Le dossier prévoit notamment un Development and Production Sharing Agreement (DPSA), un accord d’unitisation ainsi que des accords relatifs à l’exploitation et aux services.

Le site de Joint Oil indique que la découverte de Zarat couvre la zone de Zarat North ainsi qu’une partie du Joint Oil Block. Le projet dispose notamment de données sismiques 2D et 3D, de plusieurs puits d’exploration et de données de réservoir permettant de préparer différents scénarios de développement.

Un projet à la frontière maritime tuniso-libyenne

L’intérêt de cette opération tient également à sa dimension transfrontalière. Joint Oil est une société commune créée en 1988 et associant l’Entreprise tunisienne d’activités pétrolières (ETAP) et OLA Energy Holdings, liée à la Libyan Investment Authority. Elle intervient dans les ressources en hydrocarbures de la zone offshore située entre les deux pays.

La zone proposée aux investisseurs se trouve dans le bassin Gabès-Tripoli, dans le prolongement géologique du bassin de Sabratha-Gabès. Elle est entourée de plusieurs champs pétroliers et gaziers déjà exploités ou connus, notamment El Bouri, El Jurf et Bahr Essalam côté libyen, ainsi que Hasdrubal, Ashtart, Miskar et Didon côté tunisien.

Cette proximité avec des infrastructures existantes constitue l’un des arguments avancés pour attirer des investisseurs : elle pourrait faciliter les opérations offshore, le traitement des hydrocarbures et leur acheminement vers les infrastructures d’exportation.

Lire aussi : Pétrole et gaz : La production nationale poursuit son repli

Une relance après une première tentative en 2023

Le lancement actuel n’est pas une première. Une précédente procédure avait été engagée en 2023 pour cette zone, mais elle n’avait pas permis d’attirer suffisamment d’investisseurs. Le Middle East Economic Survey (MEES) avait déjà fait état, en décembre 2023, d’une tentative de commercialisation de ces actifs offshore. En mai 2026, la publication spécialisée indiquait que Joint Oil relançait la procédure dans un contexte jugé plus favorable à l’investissement énergétique régional.

La relance intervient donc après plusieurs années durant lesquelles le développement de ces ressources n’a pas abouti à l’arrivée d’un partenaire industriel ou financier suffisamment solide.

Pourquoi ce projet est stratégique pour la Tunisie

L’enjeu est particulièrement important pour la Tunisie, dont la production nationale d’hydrocarbures reste sous pression et dont la dépendance aux importations énergétiques pèse sur la balance commerciale.

Le développement de nouvelles ressources offshore pourrait, s’il aboutit à une production commerciale, contribuer à renforcer l’offre nationale de pétrole et de gaz. Mais il serait prématuré d’en déduire un impact immédiat sur la production ou sur les importations tunisiennes : aucun partenaire n’a encore été sélectionné et aucune décision finale d’investissement n’a été annoncée.

Il faut également distinguer deux étapes : l’exploration du Joint Oil Block, qui comporte un risque géologique inhérent à toute activité d’exploration, et le développement de Zarat, qui correspond à une découverte déjà documentée mais qui nécessite encore un schéma industriel et financier permettant son exploitation commerciale.

Un contexte énergétique libyen également favorable à l’exploration

La démarche intervient alors que la Libye cherche elle aussi à accroître ses investissements dans l’exploration pétrolière. En juin 2026, la National Oil Corporation (NOC) libyenne avait annoncé la signature d’accords définitifs avec plusieurs compagnies internationales ayant remporté la dernière procédure d’appel d’offres du pays, mettant fin à une longue période sans nouvelles entrées internationales dans certains projets d’exploration.

Le contexte n’est toutefois pas sans risques. La Libye reste confrontée à des problèmes de sécurité et à une forte instabilité politique. Début août, des attaques de drones avaient notamment visé le complexe pétrolier de Zawiya, même si la raffinerie elle-même n’avait pas été endommagée.

Pour les investisseurs, le dossier tuniso-libyen présente donc à la fois l’attrait d’un potentiel géologique important et les risques liés à l’environnement régional.

Les prochaines échéances

La prochaine étape sera désormais l’ouverture officielle de la procédure le 7 septembre 2026. Joint Oil prévoit par ailleurs de présenter l’opportunité aux investisseurs lors du London Mediterranean, Middle East & Africa Scout Group (MMEA), le 9 septembre, puis au World Energy Summit à Londres les 29 et 30 septembre 2026.

Le processus devrait ensuite suivre le calendrier suivant :

  • 7 septembre 2026 : ouverture du nouvel appel d’offres ;
  • 31 décembre 2026 : fin de la procédure ;
  • 8 janvier 2027 : date limite de remise des offres ;
  • 26 février 2027 : annonce des soumissionnaires retenus ;
  • 30 avril 2027 au plus tard : attribution formelle des contrats.

À retenir

Il ne s’agit donc pas encore de l’annonce d’un nouveau gisement ni de la signature d’un contrat avec une compagnie pétrolière. La nouveauté est le lancement prochain d’une procédure internationale destinée à sélectionner des partenaires pour deux opérations : l’exploration du Joint Oil Block et le développement de Zarat.

L’enjeu dépasse ainsi la seule recherche de pétrole : pour la Tunisie et la Libye, le dossier constitue un test important de leur capacité à valoriser conjointement une zone offshore transfrontalière, à attirer des capitaux internationaux et à transformer des ressources géologiques identifiées en production énergétique.

L’article 3 000 km² en Méditerranée : La Tunisie et la Libye relancent un projet pétrolier stratégique est apparu en premier sur webdo.

  •  

Libye : La libération d’un otage américain révèle l’influence grandissante de Haftar au Sahel

La libération d’un missionnaire américain retenu en otage pendant neuf mois au Sahel révèle un rôle jusqu’ici peu visible de Khalifa Haftar. Le chef militaire de l’Est libyen ne cherche plus seulement à peser sur l’avenir de la Libye : il étend progressivement son influence vers le Sahel et tente d’en faire un atout dans son rapprochement avec Washington.

Kevin Rideout, un Américain travaillant pour une organisation missionnaire évangélique, enlevé au Niger en octobre 2025 par une filiale de l’organisation État islamique active dans le Sahel, a retrouvé la liberté jeudi 13 août après neuf mois de captivité.

Selon une enquête publiée vendredi 14 août par Reuters, les autorités de l’Est libyen contrôlées par Khalifa Haftar ont joué un rôle central dans sa libération et son transfert vers Benghazi.

Les circonstances exactes restent toutefois entourées d’incertitudes. Plusieurs sources de Reuters évoquent une négociation menée notamment par Cherif Ould Tahar, un homme d’affaires malien disposant de connexions avec des groupes armés et des réseaux régionaux.

L’une des sources citées par Reuters affirme qu’une rançon aurait été versée par la partie libyenne, sans que Reuters puisse établir les modalités exactes de l’accord. Les forces de Haftar présentent une version différente, assurant qu’une unité d’élite aurait mené une opération militaire au Mali pour libérer l’Américain.

Haftar étend son influence au-delà de la Libye

Au-delà du sort de l’otage, l’affaire révèle surtout la capacité du camp Haftar à intervenir dans un espace qui dépasse largement l’Est libyen.

Le Sahel est devenu l’un des principaux foyers mondiaux d’activité des groupes jihadistes liés à Al-Qaïda et à l’organisation État islamique. Le Niger et le Mali occupent une place centrale dans cet espace sécuritaire, tandis que le sud libyen constitue depuis longtemps une zone de circulation reliant l’Afrique du Nord au Sahel.

Selon Reuters, l’intervention dans le dossier Rideout illustre la manière dont Haftar s’est progressivement construit une position d’intermédiaire sécuritaire régional. Une position qu’il cherche désormais à valoriser auprès de l’administration américaine.

L’affaire intervient justement au moment où les relations entre Washington et le camp Haftar connaissent une évolution notable.

Washington intensifie ses contacts avec le camp Haftar

En juin, Saddam Haftar, fils de Khalifa Haftar et numéro deux des forces de l’Est, s’est rendu aux États-Unis où il a rencontré le secrétaire d’État Marco Rubio.

Cette rencontre s’inscrit dans les efforts américains visant à rapprocher les deux principaux centres de pouvoir libyens. Un projet de réunification révélé en juillet par Reuters prévoit une transition de 36 mois associant les camps de l’Est et de l’Ouest.

Dans l’une des configurations discutées, Abdelhamid Dbeibah resterait Premier ministre tandis que Saddam Haftar prendrait la tête du Conseil présidentiel. Le camp Haftar obtiendrait également un rôle majeur dans la gestion budgétaire. Le projet reste cependant en négociation et rien ne garantit sa mise en œuvre.

La libération de Kevin Rideout intervient donc dans un contexte où les Haftar ont tout intérêt à démontrer à Washington qu’ils peuvent être autre chose qu’une puissance militaire contrôlant une partie de la Libye : un partenaire capable d’agir sur les grands dossiers sécuritaires régionaux.

Le Sahel comme nouvelle carte diplomatique

Cette évolution pourrait modifier la perception du camp Haftar à Washington. Sa position géographique, ses relations avec plusieurs acteurs du Sahel et son contrôle d’une grande partie du sud et de l’est libyens lui donnent accès à un espace stratégique allant de la Méditerranée aux frontières du Niger, du Tchad et du Soudan.

Pour les États-Unis, confrontés à une influence jihadiste croissante au Sahel et à une présence russe importante dans plusieurs pays de la région, disposer d’interlocuteurs capables d’opérer dans ces réseaux présente un intérêt évident.

Mais l’affaire Rideout impose aussi une grande prudence. Les modalités exactes de sa libération restent inconnues et les différentes versions disponibles sont contradictoires.

Une chose apparaît néanmoins plus clairement : Khalifa Haftar cherche désormais à transformer son influence militaire libyenne en utilité stratégique régionale. Et la libération d’un otage dont le retour constituait une priorité américaine lui offre une carte particulièrement précieuse dans son dialogue avec Washington.

Lire aussi :

L’article Libye : La libération d’un otage américain révèle l’influence grandissante de Haftar au Sahel est apparu en premier sur webdo.

  •  
❌