Lese-Ansicht

Neila Charchour : « Les femmes avancent, les hommes reculent »

Fêter la Journée nationale de la femme tunisienne, chaque année, c’est aussi l’occasion de se demander ce qui a été conservé et ce qui ne l’est pas. Même si le Code du statut personnel (CSP) préserve intégralement les acquis des femmes, le combat est loin d’être terminé. Et ce n’est pas seulement la femme tunisienne qu’il faut invoquer, mais bien la société tunisienne dans son ensemble.

Dans sa majorité, celle-ci considère ces acquis comme faisant désormais partie intégrante de son ADN. Seule une minorité élève la voix pour un retour en arrière, soixante-dix ans après l’adoption du CSP. Comme le faux débat d’un soi-disant retour de la polygamie, un fantasme de certains hommes, à vrai dire.

Neila Charchour, actrice de la société civile, souligne : « Depuis quelques jours, comme à chaque veille de la fête de la femme, on entend des voix s’élever par-ci par-là contre le CSP. Cela me fait sourire, parce que moi, en tant que femme, cela fait longtemps déjà que j’ai fait de Sayyida Khadija, la mère des croyants, mon idole. En effet, le Prophète, lorsqu’il était son époux, n’a jamais pensé à avoir une seconde épouse. Ce n’est qu’après son décès qu’il en a eu plusieurs. Je ne peux m’empêcher de faire un lien avec son indépendance financière. »

Elle ajoute, dans une formule qui résume bien le paradoxe tunisien : “Les femmes avancent et les hommes reculent.”

Cette phrase, lapidaire mais lourde de sens, traduit une réalité complexe. D’un côté, les femmes tunisiennes ont investi des espaces autrefois réservés aux hommes : universités, entreprises, instances de décision, société civile, médias, justice, politique. Elles sont devenues des actrices incontournables du débat public, des cheffes d’entreprise, des magistrates, des élues, des figures de la résistance citoyenne. Leur présence n’est plus une exception, mais une norme en construction.

De l’autre, une partie des hommes peine à se reconnaître dans cette nouvelle carte sociale. Certains y voient une perte de privilèges, une remise en question de rôles traditionnels, voire une menace identitaire. D’où, régulièrement, ces sursauts conservateurs, ces appels à « revenir aux sources », ces tentatives de rouvrir des dossiers clos comme la polygamie, ou ces discours qui assimilent l’émancipation des femmes à une  « occidentalisation » dangereuse.

Mais ce recul n’est pas seulement symbolique. Il est aussi économique et social : chômage masculin plus visible dans certaines régions, difficulté à assumer le rôle de « chef de famille » tel que défini par les anciens modèles, sentiment d’être déclassé dans un marché du travail de plus en plus exigeant en qualifications. Face à cela, la femme, souvent plus diplômée, plus mobile, plus adaptable, apparaît comme celle qui « réussit là où l’homme échoue ». 

Le résultat ? Une tension latente, parfois explosive, entre une féminité qui s’affirme et une masculinité en quête de redéfinition. La solution ne réside pas dans un retour en arrière, mais dans une refonte des rôles sociaux, où hommes et femmes construisent ensemble un nouveau contrat de citoyenneté, fondé sur l’égalité, la complémentarité et le respect mutuel.

Car si les femmes avancent, ce n’est pas contre les hommes, mais pour toute la société. Et si certains hommes reculent, ce n’est pas à cause des femmes, mais à cause de modèles dépassés qui ne correspondent plus aux réalités du XXIe siècle.

L’article Neila Charchour : « Les femmes avancent, les hommes reculent » est apparu en premier sur Leconomiste Maghrebin.

  •  

Thameur Saad : « La Tunisie ne fera pas marche arrière »

À l’occasion de la Journée nationale de la femme tunisienne, Thameur Saad, membre du bureau politique du PDL défend les acquis du Code du statut personnel et rejette toute remise en cause de l’égalité entre les femmes et les hommes. Dans cet entretien, il revient également sur les coupures d’électricité, la situation économique du pays et la nécessité pour la Tunisie de retrouver sa place en Méditerranée. Interview.

L’Economiste Maghrébin : En cette journée nationale de la femme tunisienne, certaines voix évoquent la polygamie, qui représente aujourd’hui une menace, avez-vous le sentiment d’assister à un retour en arrière ?

Thameur Saad : Bien sûr, il y a toujours des forces rétrogrades. En 1956, Habib Bourguiba lui-même a dû faire face à ces forces. Pensez-vous qu’il a eu toutes les facilités pour faire adopter le Code du statut personnel ? Non. Il a rencontré des difficultés et a dû les affronter. Il a notamment bénéficié du soutien de cheikh El Fadhel Ben Achour, qui l’a aidé à faire adopter cette loi. Ce n’est jamais facile. Les esprits qui sont en avance sur leur temps rencontrent toujours de grandes difficultés pour faire avancer les choses.

Depuis 2011, ces forces rétrogrades ont cru qu’elles avaient mis la main sur le pays. Je dis bien : elles l’ont cru. Mais elles ont oublié une force qu’elles n’avaient pas mesurée : celle des femmes libérées par Bourguiba.

Elles pensaient qu’il serait facile de les soumettre, pardonnez-moi l’expression, mais cela ne peut pas fonctionner. Ni la polygamie, ni la bigamie, ni aucune autre mesure de ce genre ne peuvent s’imposer. Et cela ne concerne pas uniquement les femmes : les hommes eux-mêmes ne l’acceptent pas.
Ils ne peuvent pas accepter que de telles pratiques soient instaurées, car ils pensent à l’ensemble de la société et à leurs filles. Nous avons des filles et nous ne voulons pas qu’elles soient les premières ou les secondes épouses. Nous voulons qu’elles soient les seules. Lorsqu’on dit « première », cela signifie qu’il y en aura une deuxième. Et lorsque l’on dit « deuxième », je préfère ne même pas en parler. Il n’est pas question que le pays fasse marche arrière.

L’avenir sera-t-il féminin ?

Vous vous souvenez du vers d’Aragon qui dit : « La femme est l’avenir de l’homme. » Certaines personnes ne l’acceptent pas, mais moi, j’y crois. Indépendamment de mon appartenance politique, je pense que la femme est l’avenir de l’homme. En réalité, elle ne le sera pas : elle l’est déjà.
On voit des hommes réussir grâce à leur mère, parfois et même souvent grâce à leur sœur, puis, lorsqu’ils grandissent et se marient, grâce à leur épouse. Il en va de même pour les femmes, qui réussissent aussi grâce au soutien de leur mère. Je dis cela pour l’ensemble de la société.
Je crois fermement à l’égalité entre les hommes et les femmes dans tous les domaines. Pour moi, il n’existe aucun domaine dans lequel cette égalité ne soit impossible. L’avenir est déjà là ; il n’est pas ailleurs.

La libération de prisonniers politiques, parmi lesquels Abir Moussi, présidente du PDL, est-elle envisageable prochainement ?

Nous le souhaitons. Nous espérons que la raison prendra le dessus et que les autorités reviendront sur cette condamnation. De toute façon, le fait qu’elle soit en prison ne constitue pas une solution.

Cela vaut pour elle comme pour les autres prisonniers politiques, prisonniers d’opinion ou journalistes emprisonnés. Ce n’est pas l’image de la Tunisie du XXIᵉ siècle. Notre pays est en avance sur l’ensemble des pays arabes, qu’on le veuille ou non. Ils ne l’ont jamais reconnu, mais ils le reconnaissent aujourd’hui parce qu’ils ne peuvent plus faire autrement.

Tous ont peur de la Tunisie. Pourquoi ? Parce qu’elle représente, à leurs yeux, un foyer de rébellion. Et cet esprit de rébellion, c’est l’esprit bourguibien. Ce ne sont pas ces personnes qui l’ont créé : il est profondément lié à l’héritage bourguibien. Lorsqu’une situation atteint un certain niveau, une rupture finit par se produire. C’est ce que l’on appelle, dans la nature, les phénomènes de discontinuité. Il en va de même pour la nature humaine : on supporte, on supporte encore, puis, à un certain moment, on finit par réagir. Pour cela, il faut avoir une véritable force spirituelle. Sans cette force, on devient les esclaves de ses propres idées, de ses opinions et de sa volonté.

Revenons à la situation générale du pays, notamment aux coupures récurrentes d’eau et d’électricité, vous avez certainement une opinion bien précise sur la situation.

Il convient de rappeler qu’il y a quelques années, nous avions élaboré plusieurs programmes, notamment dans le domaine de l’énergie. Malheureusement, la Tunisie ne dispose pas de ressources naturelles suffisantes. Elle dépend donc des importations et ce qui se passe dans le monde a un impact direct sur notre pays. Nous n’avons pas les moyens de supporter la hausse des prix du pétrole.

Par ailleurs, la production nationale de pétrole a diminué. Nous avons atteint un certain seuil et, lorsque nous le dépassons, nous risquons de subir des coupures généralisées.

Cela ne signifie pas qu’il faut justifier ces coupures. Pour ma part, je ne suis pas d’accord avec cette situation. Nous aurions pu l’anticiper et prendre les mesures nécessaires bien plus tôt. La responsabilité d’un responsable politique ne se limite pas aux aspects techniques. Elle est avant tout politique. Un responsable politique doit prévoir, anticiper et agir afin d’éviter que de telles crises ne se produisent.
Malheureusement, cela est arrivé et les conséquences ont été très néfastes pour l’économie tunisienne. Les coupures ont affecté tous ceux qui utilisent des réfrigérateurs, les hôtels, les restaurants et les ménages , ainsi que les hôpitaux.

Ces derniers ont dû recourir à des groupes électrogènes. La situation semble s’être quelque peu améliorée, mais il faut maintenant que les choses se rétablissent rapidement afin d’éviter une catastrophe économique majeure. Les coupures ont un impact direct sur l’économie nationale. C’est là tout le problème.

Sur le plan diplomatique et les relations internationales, vous avez également évoqué les relations de la Tunisie avec l’étranger. Quelles sont, selon vous, les priorités dans ce domaine ?

Nous avons beaucoup de travail à accomplir sur le plan des relations internationales, surtout dans la conjoncture actuelle. Nos contacts avec le reste du monde sont devenus plus difficiles et il faudra revoir cette situation afin de redonner à la Tunisie sa véritable place en Méditerranée.
La Méditerranée est notre espace naturel, notre zone de proximité. Au-delà, il y a le Moyen-Orient, le Maghreb, l’Afrique, l’Europe et l’ensemble du monde. En Libye, la situation n’est pas encore stabilisée. Il faut que la stabilité soit rétablie pour que nous puissions construire des projets communs.

Nous avons pourtant connu cette stabilité par le passé. Malheureusement, elle appartient à une autre époque. J’espère que nous la retrouverons bientôt.

Vous êtes donc optimiste ?

J’ai toujours été optimiste et je ne peux que l’être. Sinon, nous perdons espoir. Il faut être optimiste dans la vie. Si nous ne le sommes pas, nous avons déjà perdu.

L’article Thameur Saad : « La Tunisie ne fera pas marche arrière » est apparu en premier sur Leconomiste Maghrebin.

  •  

13 Août – Khaled Dabbabi : « Le CSP a besoin d’une refonte réelle et courageuse »

Considéré depuis 1956 comme la « Constitution sociale » de la Tunisie, le Code du statut personnel (CSP) a longtemps fait figure de texte avant-gardiste. Mais entre inégalités successorales, dot et statut de chef de famille réservé à l’époux, ses limites sont aujourd’hui pointées du doigt. Khaled Dabbabi, enseignant-chercheur en droit public et en sciences politiques, dresse un constat sans concession et plaide pour un véritable code de la famille. Entretien.

Depuis 2011, plusieurs voix, notamment des juristes, des acteurs de la société civile et des militants, revendiquent une réforme du CSP. Quelles réformes demandent-ils précisément et pourquoi sont-elles jugées nécessaires ?

Le CSP revêt une importance capitale dans l’histoire institutionnelle de l’État tunisien. Il a été adopté puis promulgué en 1956, c’est-à-dire trois ans avant la promulgation de la Constitution de 1959. C’est la raison pour laquelle que le CSP est considéré comme la « Constitution sociale » de la Tunisie.
Dans son contexte historique, le CSP peut être considéré comme un texte avant-gardiste (certains spécialistes l’ont qualifié de véritable « révolution par le droit »). Il a apporté avec lui des mesures innovantes et avant-gardistes pour l’époque et pour l’aire culturelle et civilisationnelle arabo-musulmane, telles que l’abolition de la répudiation et l’exigence du divorce judiciaire, l’exigence d’un âge minimum pour le mariage, l’abolition de la tutelle du père et, surtout, l’interdiction de la polygamie et sa pénalisation.
Par la suite, et par touches successives, ce socle initial a été consolidé par d’autres mesures. Et ce, aussi bien par des textes externes au CSP, telle la loi 58-27 du 4 mars 1958 relative à la tutelle publique, à la tutelle officieuse et à l’adoption, ou la loi 98-75 du 28 octobre 1998 relative à l’attribution d’un nom patronymique aux enfants abandonnés ou de filiation inconnue; que par la révision du CSP lui-même, dans le but de l’adapter davantage à l’évolution de la famille tunisienne. On peut citer, dans ce contexte, la loi 93-74 du 12 juillet 1993, qui a supprimé le devoir d’obéissance incombant à l’épouse.

Mais alors…?

Pourtant, et malgré tous ces efforts, le CSP a besoin d’une refonte réelle et courageuse pour qu’il rime réellement avec le vécu de la famille tunisienne du XXIe siècle, et pour qu’il devienne enfin compatible et conforme aux dispositions constitutionnelles et internationales dûment ratifiées par l’État tunisien en matière d’égalité devant la loi et de non-discrimination.

Le CSP souffre encore de plusieurs lacunes, insuffisances et inégalités devenues anachroniques. On peut citer à cet égard l’inégalité successorale, le maintien du statut de chef exclusif de famille au profit de l’époux-père, ou la pérennisation de la dot en tant que condition substantielle du contrat de mariage, etc.

En effet, le CSP souffre encore de plusieurs lacunes, insuffisances et inégalités devenues anachroniques. On peut citer à cet égard l’inégalité successorale, le maintien du statut de chef exclusif de famille au profit de l’époux-père, ou la pérennisation de la dot en tant que condition substantielle du contrat de mariage, etc.
Personnellement, je considère que le CSP était un bon code, mais pas aussi révolutionnaire, même pour son époque : on aurait pu et dû mieux faire. Il reste un code d’inspiration purement musulmane, présenté comme une relecture moderne du droit musulman classique.
Même dans son style et sa rédaction, ce texte s’apparente davantage à un recueil de fiqh (مدونة فقهية) qu’à un véritable code de droit positif étatique. Même sa dénomination pose problème : le terme « statut personnel » n’est pas un terme juridique ; il est issu du jargon du fiqh et du droit musulman classique.

Personnellement, je considère que le CSP était un bon code, mais pas aussi révolutionnaire, même pour son époque : on aurait pu et dû mieux faire. Il reste un code d’inspiration purement musulmane, présenté comme une relecture moderne du droit musulman classique.

Ce référentiel religieux a malheureusement toujours enfermé la question de la famille tunisienne dans un débat purement identitaire et religieux. Alors qu’il s’agit en réalité d’une question de droit objectif, de droits subjectifs, de citoyenneté, d’égalité et de constitutionnalité.
La famille tunisienne mérite désormais un véritable code de la famille, et non un code du statut personnel, qui opère une rupture courageuse, totale et radicale avec cet héritage identitaire archaïque, et au sein duquel toute famille tunisienne, musulmane ou non, puisse s’intégrer. Un code qui oriente enfin le débat vers son champ sémantique naturel, celui des droits et de la légalité constitutionnelle.

Le Parlement, dans sa configuration actuelle, est-il en mesure d’examiner, de débattre et d’adopter des réformes aussi avant-gardistes ?

On sait tous que le Parlement actuel n’est qu’une simple chambre d’enregistrement, au sein d’un régime et d’un système politiques largement inégalitaires qui profitent au chef de l’État et chef de l’exécutif. On a pu observer la très faible qualité du fonctionnement de cette institution. Elle est très mal partie, voire structurellement incapable d’assumer une mission aussi délicate.
Pire encore, on a vu et entendu certains députés inciter au retour de la polygamie et légitimer le viol des femmes. Comme disent les Français : « Qui souffre d’un manque ne peut guère l’offrir ». On ne peut pas demander à ce Parlement, faible, effrité et conservateur, de penser à des réformes aussi audacieuses.

La société tunisienne serait-elle prête à accepter une telle réforme si elle était adoptée, notamment face aux éventuelles résistances des milieux conservateurs ?

Contrairement à ce que l’on croit, la société tunisienne est une société largement conservatrice, qui envisage presque tout sous l’angle de l’identité et de la religion. Certains députés qui se disent de gauche sont contre l’égalité. Certains responsables politiques qui se disent laïcs tiennent des propos radicalement contraires à la laïcité et à la modernité.
La magistrature est également conservatrice ; sa jurisprudence, notamment judiciaire, reste marquée par une tendance largement conservatrice, en particulier en matière de droits et de libertés. Le même constat vaut pour l’administration, et même pour certains universitaires : que dire alors du citoyen ordinaire ?
Toutefois, l’égalité, la modernité et la démocratie ne doivent jamais attendre le changement de cette mentalité dominante. Parfois, pour pouvoir avancer et opérer la rupture épistémologique souhaitée, il faut savoir choquer, ne pas se contenter des perceptions et mentalités dominantes, et aller au-delà pour proposer un nouveau modèle sociétal, moderne, en phase avec le XXIe siècle. Si la mentalité dominante est en retard et reste figée dans des idéaux que l’humanité a dépassés, l’État doit, lui, vivre dans le présent et raisonner pour l’avenir.
René Descartes disait : « Pour atteindre la vérité, il faut une fois dans sa vie se défaire de toutes les opinions qu’on a reçues, et reconstruire tout à nouveau ». L’État tunisien est appelé ici à être, à la fois, audacieux et cartésien.

Comment sensibiliser l’opinion publique à l’importance d’une réforme en profondeur du Code du statut personnel ? Un débat sociétal préalable est-il indispensable pour parvenir à un consensus ?

Une loi efficiente et efficace est toujours une loi intériorisée par les citoyens.  On peut rédiger les plus beaux textes : ils resteront lettre morte s’ils ne reflètent pas un certain crédo politique et sociétal ancré dans la société, et une certaine maturité civilisationnelle enracinée.

La citoyenneté, la culture du respect du droit, le civisme et l’égalité doivent être inculqués dès l’école, le collège et le lycée. Il est trop tard pour devenir un citoyen démocrate à l’âge de vingt ans. La démocratie s’apprend bien avant et notre système éducatif reste lacunaire, voire stérile, sur ce point.

J’ai dit que l’État ne doit jamais attendre le changement des mentalités ; mais, au-delà du volet juridique, il doit lui-même œuvrer à ce changement des perceptions archaïques et les éradiquer par d’autres moyens, non juridiques cette fois. C’est-à-dire par une stratégie claire visant une refonte totale et une véritable révolution de notre système éducatif, l’un des maillons les plus faibles du passé comme du présent.
La citoyenneté, la culture du respect du droit, le civisme et l’égalité doivent être inculqués dès l’école, le collège et le lycée. Il est trop tard pour devenir un citoyen démocrate à l’âge de vingt ans. La démocratie s’apprend bien avant, et notre système éducatif reste lacunaire, voire stérile, sur ce point.
Notre système fait sortir des sujets et non des citoyens.

L’article 13 Août – Khaled Dabbabi : « Le CSP a besoin d’une refonte réelle et courageuse » est apparu en premier sur Leconomiste Maghrebin.

  •  

13 août : Cinq femmes qui ont marqué l’histoire de la Tunisie

Ce 13 août, la Tunisie célèbre, comme chaque année, la Fête nationale de la Femme, une journée qui rend hommage aux Tunisiennes et à leur contribution à la société, à la culture, à la politique et au développement du pays. Cette date coïncide avec l’anniversaire de la promulgation, en 1956, du Code du statut personnel, texte fondateur qui a profondément transformé le statut juridique et social des femmes tunisiennes.

Mais bien avant cette réforme majeure, et longtemps après, des femmes ont marqué l’histoire de la Tunisie par leur engagement, leur courage et leur capacité à briser les barrières de leur époque. De Aziza Othmana, figure emblématique du XVIIe siècle, aux pionnières de la médecine, du mouvement national, de la politique et de la défense des droits des femmes, leurs parcours racontent aussi une autre histoire de la Tunisie.

À l’occasion de cette journée, retour sur cinq femmes dont les noms restent associés à des étapes importantes de l’histoire tunisienne : Aziza Othmana, Bchira Ben Mrad, Tawhida Ben Cheikh, Habiba Menchari et Radhia Haddad.

Aziza Othmana, une figure de générosité à travers les siècles

Bien avant l’émergence des mouvements féministes et les grandes réformes du XXe siècle, Aziza Othmana avait déjà inscrit son nom dans l’histoire de la Tunisie.

Issue de la dynastie mouradite et connue pour son immense générosité, elle a consacré une partie importante de ses biens à des œuvres de bienfaisance. Son héritage reste notamment associé à l’aide aux plus démunis et au financement d’œuvres sociales et religieuses.

Son nom demeure aujourd’hui profondément ancré dans la mémoire collective tunisienne, notamment à travers l’hôpital Aziza Othmana, l’un des établissements hospitaliers les plus connus de Tunis. Plusieurs siècles après sa disparition, elle reste ainsi l’une des grandes figures féminines de l’histoire du pays.

Bchira Ben Mrad, une pionnière du mouvement féminin

Au XXe siècle, Bchira Ben Mrad s’impose comme l’une des premières grandes figures du militantisme féminin tunisien.

En 1936, elle fonde l’Union musulmane des femmes de Tunisie, l’une des premières organisations féminines du pays. Son engagement dépasse alors la seule question de la condition féminine. Elle œuvre également pour l’éducation des filles et participe à la mobilisation des femmes autour de la cause nationale, à une période où la Tunisie était encore sous protectorat français.

Son parcours symbolise l’entrée progressive des femmes tunisiennes dans l’espace public et leur participation au mouvement national.

Tawhida Ben Cheikh, ouvrir la voie aux femmes dans la médecine

Le nom de Tawhida Ben Cheikh est indissociable de l’histoire de la médecine tunisienne. Première femme médecin tunisienne, elle fait partie de ces pionnières qui ont ouvert aux femmes l’accès à des domaines longtemps réservés aux hommes.

Après ses études de médecine, elle s’engage dans plusieurs spécialités, notamment la pédiatrie et la gynécologie. Elle consacre également une partie importante de son parcours à la santé des femmes et à la planification familiale.

À travers son parcours exceptionnel, Tawhida Ben Cheikh a non seulement marqué l’histoire médicale du pays, mais elle est aussi devenue un symbole de réussite et d’émancipation pour plusieurs générations de Tunisiennes.

Habiba Menchari, une voix féministe avant l’heure

À une époque où la parole des femmes était largement absente du débat public, Habiba Menchari s’est distinguée par des prises de position audacieuses en faveur de l’émancipation féminine.

Au début du XXe siècle, elle participe aux débats sur la place des femmes dans la société et défend leur droit à l’éducation et à une plus grande liberté. Ses interventions, parfois controversées dans le contexte de l’époque, ont contribué à faire émerger une réflexion sur la condition féminine en Tunisie.

Son parcours témoigne de l’existence, bien avant l’indépendance et le Code du statut personnel, de voix tunisiennes qui remettaient déjà en question les normes sociales imposées aux femmes.

Radhia Haddad, de la lutte nationale à la vie politique

Figure du mouvement national puis de la Tunisie indépendante, Radhia Haddad a joué un rôle majeur dans la vie publique.

Elle a notamment présidé l’Union nationale de la femme tunisienne et fait partie des premières Tunisiennes à accéder aux institutions politiques du pays. Son engagement illustre la place progressivement conquise par les femmes dans les sphères de décision après l’indépendance.

Son parcours reste associé à une génération de femmes qui ont accompagné la construction de l’État tunisien moderne tout en défendant une plus grande participation féminine à la vie publique.

Cinq parcours, un héritage commun

Ces cinq femmes n’ont ni vécu à la même époque ni mené les mêmes combats. Aziza Othmana appartient à la Tunisie du XVIIe siècle, tandis que les autres ont marqué, chacune à leur manière, les transformations sociales et politiques des XIXe et XXe siècles.

Pourtant, leurs parcours se rejoignent sur un point essentiel : chacune a laissé une empreinte durable dans son domaine. Par la générosité et la solidarité, l’engagement national, la médecine, la prise de parole féministe, la politique ou la défense des libertés, elles ont contribué à élargir la place des femmes dans l’histoire tunisienne.

En ce 13 août, leur mémoire rappelle ainsi que les acquis dont bénéficient aujourd’hui les Tunisiennes ne sont pas seulement le résultat de réformes institutionnelles. Ils sont aussi l’héritage de femmes qui, à différentes périodes de l’histoire, ont ouvert des voies nouvelles et repoussé les limites imposées par leur époque.

Lire aussi :

L’article 13 août : Cinq femmes qui ont marqué l’histoire de la Tunisie est apparu en premier sur webdo.

  •  
❌