Jeux méditerranéens : Hafnaoui renonce, son état psychologique en cause
Le champion olympique tunisien Ahmed Ayoub Hafnaoui ne participera finalement pas aux Jeux méditerranéens de Tarente, en Italie, prévus du 20 août au 3 septembre 2026.
La décision a été prise à l’issue d’une réunion réunissant des représentants de la Fédération tunisienne de natation, du ministère de la Jeunesse et des Sports ainsi que des représentants du nageur. Le médecin qui suit Hafnaoui a confirmé qu’il n’était pas actuellement en mesure de prendre part à la compétition, aussi bien sur le plan physique que psychologique, rapporte l’agence TAP.
Cette précision sur son état psychologique constitue un élément particulièrement important. Pour un sportif de très haut niveau, la préparation à une compétition internationale ne se limite pas à la condition physique. La capacité à supporter la pression, à maintenir la concentration et à retrouver les exigences d’une préparation de haut niveau fait également partie des conditions nécessaires pour reprendre la compétition.
Le choix de renoncer aux Jeux méditerranéens apparaît ainsi comme une décision de prudence plutôt qu’un simple forfait sportif. Une participation alors que le nageur n’est pas considéré comme prêt mentalement et physiquement pourrait en effet compromettre son retour à la compétition et accentuer la pression qui accompagne son statut de champion olympique.
Hafnaoui reste, depuis son sacre olympique à Tokyo en 2021 puis ses performances internationales, l’un des principaux symboles de la natation tunisienne. Cette trajectoire explique aussi les attentes considérables qui entourent chacune de ses apparitions. Son absence à Tarente rappelle qu’après une période de haut niveau, le retour à la compétition doit parfois passer par une phase de récupération et de reconstruction, y compris sur le plan psychologique.
Une question qui dépasse le simple forfait
La situation de Hafnaoui remet également au premier plan une question encore peu évoquée dans le sport tunisien : la santé mentale des sportifs de haut niveau.
La pression des résultats, les attentes du public, les obligations institutionnelles et médiatiques ainsi que la difficulté de maintenir pendant plusieurs années le niveau exigé par le sport professionnel peuvent peser lourdement sur les athlètes. L’état mental ne constitue donc pas un élément secondaire de la préparation sportive : il peut conditionner directement la capacité à s’entraîner et à concourir.
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Dans ce contexte, l’avis du médecin chargé du suivi de Hafnaoui donne un autre sens à son retrait. Il ne s’agit pas nécessairement d’un abandon de la compétition, mais d’une décision visant à ne pas précipiter son retour alors qu’il n’est pas encore considéré comme prêt.
Des interrogations sur l’anticipation et l’accompagnement
La décision suscite également des réactions dans le milieu sportif tunisien. Dans un post publié après l’annonce du forfait, Faten Ghattas, ancienne nageuse, fait part de sa « déception » et de sa « frustration », tout en précisant ne pas connaître les coulisses du dossier et ne pas vouloir « juger sans savoir ». Son interrogation porte surtout sur le calendrier de la décision et sur la capacité du dispositif d’encadrement à anticiper une éventuelle difficulté.
Alors que Hafnaoui évolue aux États-Unis au sein d’une structure de haut niveau et qu’une équipe tunisienne se prépare à participer aux Jeux méditerranéens, elle s’interroge notamment sur la possibilité de prévenir, d’accompagner ou d’anticiper la situation avant d’aboutir à un forfait annoncé à quelques jours du début de la compétition.
« Y avait-il un pilote dans l’avion ? », écrit-elle, avant de poser plus largement la question de la gestion du sport de haut niveau en Tunisie et de la communication autour de ses champions. Ces interrogations ne remettent pas en cause la nécessité de respecter l’état de santé ou mental du nageur, mais soulèvent la question de la manière dont son entourage sportif et institutionnel a géré cette situation et dont elle a été communiquée au public.
Les primes et les attentes autour du champion
Le dossier intervient également dans un contexte où les performances de Hafnaoui ont donné lieu à des récompenses financières importantes. Le nageur a perçu l’ensemble de ses droits, pour un montant d’environ 570 000 dinars, auxquels s’est ajoutée une prime de 50 000 dinars accordée par le Comité national olympique tunisien.
Ces montants ont parfois nourri les débats publics sur les revenus et les obligations des sportifs de haut niveau. Mais ils ne changent pas la réalité fondamentale : une rémunération ou une prime ne peut se substituer à la préparation physique et psychologique nécessaire pour reprendre la compétition.
Le cas Hafnaoui pourrait ainsi contribuer à faire évoluer le regard porté sur les champions tunisiens : derrière les médailles, les performances et les primes, il existe aussi des sportifs confrontés à la pression, aux périodes de doute et aux exigences psychologiques d’une carrière internationale.
Pour Hafnaoui, la priorité semble aujourd’hui être de retrouver les conditions nécessaires à un retour durable, plutôt que de participer à une compétition à tout prix.
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